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Full text of "Revue des études juives 1887"

REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



fk-k 



VERSAILLES 

CERF ET FILS, IMPRIMEURS 
59, RUE DUPLESSIS, 59 




REVUE 



A/ 

DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME QUATORZIÈME 



PARIS. 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 bis , RUE LAFAYETTE , l""t^ 

1887 ^<^V^ 



1>S 
101 

t.lU 



RECHERCHES RIRLIQUES 



IX' 

\ 

CAÏNITES ET SÉTHITES. 

Notre dernière recherche ayant été consacrée aux récits de 
Genèse, ix, 18-xi, 9, qui se rapportent aux événements subsé- 
quents au déluge, il aurait été naturel d'étudier immédiatement la 
description du déluge et la vie du patriarche qui en est le héros. 
Je préfère cependant remonter, au préalable, à Genèse, iv-v, qui 
renferme deux listes de patriarches antérieurs au déluge. Mes 
lecteurs connaissent déjà la raison qui me fait agir de la sorte. 
J'ai voulu entreprendre des études détachées, afin de mieux 
échapper à l'entraînement d'un système prémédité ; je tiens fer- 
mement à cette mesure de précaution, et, en faisant abstraction, 
pour le moment, du résultat auquel je suis parvenu dans l'étude 
précédente, je m'appliquerai à envisager les deux chapitres pré- 
cités de la Genèse, d'abord en eux-mêmes, ensuite dans leur rela- 
tion avec les récits qui les entourent, double opération inévitable 
pour la critique du texte. Quand la forme matérielle des récits sera 
critiquement fixée, je procéderai à l'examen de leur composition ; 
les investigations sur l'origine et l'âge des documents seront 
réservées pour la fin. Nous avons suivi la même méthode dans 
le mémoire précédent, nous la suivrons ici ; toute autre risquerait 
d'entamer la solidité de nos conclusions. 

I. — Teneur des chapitres iv et v. 

Ces deux chapitres s'occupent de la postérité d'Adam et d'Eve 
après leur exil du paradis. Le chapitre iv raconte les faits sui- 

1 Voir Revue, tome XII, p. 3, et tome XIII, p. 1 et 161. 

T. XIV, N° 27. î 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vants. Après cet événement, le couple patriarcal procréa deux 
fils, dont l'aîné, nommé Gain, fut cultivateur, et le cadet, nommé 
Abel, berger de moutons. Après un certain temps, les deux frères 
offrirent chacun un sacrifice à Ialrwé. Gain apporta des produits 
de la terre, Abel les premiers-nés et les plus gras de ses moutons, 
lahwé ayant fait bonne figure à Abel et à son offrande et négligé 
Gaïn et son offrande, ce dernier se fâcha et en garda rancune 
à son frère. En vain, Dieu lui adressa-t-il une légère admonesta- 
tion, Caïn, poussé par la jalousie, tua traîtreusement son frère 
Abel au milieu des champs, et, quand Dieu lui demanda où était 
son frère, il répondit effrontément : « Je ne sais pas, suis-je le 
gardien de mon frère? » Convaincu de fratricide, Caïn fut con- 
damné à mener une vie errante dans une région déserte, mais il 
eut la vie sauve et reçut la promesse que sa mort serait cruelle- 
ment vengée. Caïn, à peine installé dans le désert, construisit une 
ville, à laquelle il donna le nom de son fils aîné, Hénoch. Celui-ci 
eut pour fils Irad, pour petit-fils Mehuïaël et pour arrière petit- 
fils Metusaël, personnages dont l'auteur ne donne que les noms. 
La légende est un peu plus nourrie au sujet du fils de Metusaël, qui 
porte le nom de Lamech. Celui-ci, ayant pris deux femmes, Ada et 
Silla, eut de la première deux fils, Yabal, initiateur de ceux qui 
habitent dans les tentes et exercent l'élève des bestiaux ; Yubal, 
initiateur des musiciens. Sa seconde femme lui donna un fils, 
Tubal (- Caïn), qui inventa l'art de forger le cuivre et le fer, et 
une fille du nom de Naama. Le récit se termine par une courte 
allocution que Lamech adressa à ses femmes et dans laquelle il 
leur raconta qu'il avait tué un homme et un enfant qui lui avaient 
fait quelques blessures. Il ajouta que celui qui s'attaquerait à lui 
risquerait de subir une peine infiniment plus grande que le meur- 
trier éventuel de Caïn. 

Le second texte, iv, 25-v, 1-32, donne la lignée des Séthites. Elle 
débute par une introduction sommaire relatant la naissance de Seth 
après la mort d'Abel, ainsi que celle de son fils Énos, au temps 
duquel on a commencé à invoquer le nom de lahwé (iv, 25, 26). 
Le reste donne la généalogie des patriarches depuis Adam jus- 
qu'au déluge, en marquant leur âge à la naissance du premier fils 
et la durée de leur vie. Cette liste porte le titre de ûtn rmbin *ibo, 
« livre de la généalogie d'Adam », et est précédée d'une introduction 
(v. 1 et 2) qui rappelle le récit de la création de l'homme (Genèse, i, 
26-28). En général, chaque registre patriarcal se termine par le 
mot hfcrh, « et il mourut » ; une exception est faite pour Hénoch 
qui est enlevé vivant par Dieu (v. 24). La liste énumère dix pa- 
triarches : Adam, Sêt, Énos, Caïnan, Mahalalêl, Yared, Hénoch, 



RECHERCHES BIBLIQUES 3 

Matusalem, Lamech, Noé. La naissance de celui-ci est considérée 
par son père Lamech comme annonçant une ère nouvelle, où 
l'homme trouvera plus de satisfaction et de rémunération dans 
les travaux de la terre (v. 29). La liste s'arrête à la naissance des 
trois fils de Noé ; ce patriarche était alors âgé de cinq cents ans 
(v. 32). 



IL — État de conservation des textes. 

Les deux textes dont nous venons d'esqu isser sommairement 
le sujet renferment certaines expressions qui présentent plus ou 
moins de difficultés d'interprétation. Nous allons les passer en 
revue ci-après, afin d'en déterminer la nature et, s'il est possible, 
de les aplanir, sans troubler violemment l'économie du texte tra- 
ditionnel. 



Premier texte (iv, 1-24). 

Naissance et occupations de Caïn et tfAbel (v. 1 et 2). Le 
rapprochement de "j^p et WDp est un simple fait d'assonnance 
semblable à beaucoup d'autres explications de noms propres. 
L'emploi de na pour ù? a pour but d'écarter l'idée de l'origine à 
la fois humaine et divine propre à presque tous les héros de l'an- 
tiquité ; c'est dans la même intention que l'auteur s'est servi de 
mm au lieu de triiba. Le Stfc ™o 6eoG des Septante est simplement 
le résultat d'une négligence analogue à celle qu'on observe au 
verset 4, qui a également ©edç. La faute manifeste du dernier pas- 
sage montre bien qu'il serait inexact de corriger le texte hébreu 
d'après les Septante. — Les expressions *jNit irn et finit* *nb mar- 
quent bien la différence des métiers choisis par les deux frères. 

Sacrifice de Caïn et d'Abel (v. 3-5). L'expression vague ypi2 
tnai (cf. I Rois, xvn, 7) indique que les deux sacrifices n'ont pas 
été faits en même temps, et, en effet, les naissances dans le menu 
bétail précèdent de plusieurs semaines, au moins, la moisson des 
céréales. L'auteur ne dit pas que l'offrande apportée par Caïn ait 
été .des d'njss, bien que l'expression lï-nbrpai l3$tifc rrnDntt dont il 
se sert au verset 4 aurait dû lui suggérer, comme contre-poids, 
celle de ïiïïinïi ^d (bs) miûan» (cf. Deutéronome, xxvi, 21, 10), au 
verset 3. Faut-il attribuer la radiation de rpiaan au désir que pou- 
vaient avoir les scribes de rendre inférieur le sacrifice de Caïn et 
de motiver ainsi son rejet? Ce n'est pas absolument nécessaire. 



/, REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Au contraire, réflexion faite, on ne tarde pas à voir que l'emploi 
du terme rrrçflwi, qui aurait impliqué l'idée de bonne qualité, était 
tout à fait déplacé au sujet des fruits de la terre maudite, qui 
étaient maigres et chétifs (m, 17-18). Le rejet du sacrifice de 
Caïn, qui a donné tant de tablature aux exégètes, a aussi sa raison 
d'être dans cet état de choses. Elle est des plus simples : la terre 
ayant été maudite, les fruits de la terre n'ont pas pu être agréés 
par Iahwé. La locution parallèle inrtito ban bsïi ba et bai "pp ba 
înrrafc donne à penser qu'il s'agit d'une théophanie : Caïn se sentit 
blessé de ce que Iahwé avait assisté au sacrifice de son frère, 
tandis qu'il s'était absenté du sien ; de là sa haine contre ce 
dernier. 

Avertissement divin et crime de Caïn (v. 6, 7 et 9). La ques- 
tion : « Pourquoi es-tu fâché et pourquoi baisses-tu les yeux f ? » 
ne veut pas seulement rappeler à Caïn les inconvénients de la 
mauvaise humeur et les suites fâcheuses qu'elle peut avoir (Tuch, 
Kuenen et d'autres), mais, conformément au verset 9 et ni, 9, 
Dieu fait comprendre à Caïn qu'il connaît la trahison que celui-ci 
ourdit contre son frère innocent. Caïn ne devait pas voir, dans le 
refus de Dieu d'accepter un sacrifice tiré d'un objet maudit, une 
injure personnelle et en vouloir à son frère, qui n'en pouvait rien. 
Gomme Caïn garda le silence, la parole divine continua plus expli- 
cite : N'est-ce pas? Si tu veux faire du bien (à quelqu'un), tu lèves 
les yeux bien haut ; mais si tu ne veux pas faire du bien, alors la 
victime attend à la porte que tu viennes exercer ton pouvoir sur 
elle pendant qu'elle te prodigue ses démonstrations d'amitié 2 . 
L'admonestation insiste notamment sur la vilenie de l'action cri- 
minelle méditée par Caïn, qui consiste à trahir un frère qui a pour 
lui les sentiments les plus affectueux. C'est le vrai sens de ce 
passage difficile. La signification de « victime » que j'attribue à 
naan résulte du participe y:p, « est couché », qui se dit des ani- 
maux, surtout du menu bétail. L'animal sous-entendu est, sans 
doute, -p3>ïa a bouc » ; de là, le genre masculin assigné exception- 
nellement à n^an. Les suffixes de inpTUîn et ia se rapportent natu- 
rellement à Abel, et non à son symbole naan rwu». Le mot nnsb 
caractérise bien l'animal sacrifié, qui, suivant les rites, est placé à 
la porte du sanctuaire ; mais le participe f:m a été choisi de pré- 
férence à iïïijp, afin de mieux peindre la confiance de la victime 
trahie. 

1 Mot-à-mot : « ta face ». 

2 Mot-à-mot : « si tu fais du bien, (il y a) élévation (de la face), et si tu ne fais pas 
du bien, la victime gît à la porte et à toi est son désir, et toi, tu domines sur elle ». 



RECHERCHES BIBLIQUES 5 

Au verset 9, il manque le complément direct denw^i; on ignore 
ce que Caïn dit à Abel. Les Septante, le texte samaritain et le 
Targum de Jérusalem ajoutent rron nabi, « allons aux champs >j. 
Au point de vue de la langue, je préférerais îTjtert ttfiptt, car ^brt 
rmziî-j ne s'emploie que suivi d'un autre verbe (Genèse, xxvn, 5 ; 
Ruth, il, 2) *. En tout cas, l'authenticité de STTffiïi + verbe est ga- 
rantie par le membre de phrase qui suit immédiatement : Wi 
STflDa ûnrm. Pour cette raison, on doit renoncer définitivement à 
la correction de nwN'n en iTattî'n, « Caïn guetta son frère Abel ». 
Si ce verbe y était, on s'attendrait à û^nb ùmtra Wï, « et quand 
ils étaient seuls ». 

Punition de Caïn (v. 9-15). Les versets 9 et 10 sont clairs. Au 
verset 11, \n indique le lieu : « sur la terre », de même que le yn 
de m, 15, indique le rang ou le milieu. Caïn, lâche comme tous les 
assassins, trouve que son bannissement sur une terre inculte est 
un châtiment ("ji^ comme I Samuel , xxvni, 10 ; Lamentations, 
iv, 6) trop insupportable. Ce qui l'effraie, c'est que, ayant perdu 
la protection divine (nnON ^paEtoi), il peut être tué par le premier 
venu, soit par un autre homme de la postérité d'Adam, soit par 
une bête féroce habitant le désert (cf. I Rois, xm, 24). L'allusion 
aux bêtes est indiquée par 7«»fa-b3 ; celle qui est relative aux 
hommes réside dans njnïT», car le verbe yyrt n'a jamais un animal 
pour sujet. 

Caïn au désert et sa postérité (v. 16-24). Installé sur la terre 
des nomades (ms "pN), Caïn devint père d'Hénoch et se mit à 
construire une ville, afin d'assurer un refuge à ses enfants. Le 
sujet de wi est Caïn, et cela se comprend facilement : l'établis- 
sement d'un domicile est toujours l'affaire du père de famille. La 
leçon ftJJOT biik yé^ est visiblement corrompue ; le grec èv «c^vaû? 
axTivoTpd'fwv est un expédient ; !">:ptt ï-upn (Kuenen) ne convient pas 
à cause de son sens ordinaire de « acquéreur de bétail ». Je pro- 
pose de lire ï-^ptt ^b^N îw ; les parcs de bestiaux chez les habi- 
tants du désert sont mentionnés dans II Chroniques, xiv, 14. Le 
verset 22 ne réclame que l'adjonction de ia». Le mot tûttb est 
probablement une ancienne variante de fcnh, qui, mise d'abord 
sur la marge, a fini par entrer dans le texte. Les Septante ne pa- 
raissent pas avoir lu le mot bs dans leur manuscrit; de là, leur 
acpupoxd-oç, xa^xeùç = rânn lôtA. L'élément ^p dans ^p bain semble 
avoir été ajouté dans le but de distinguer ce Tubal du Tubal ja- 
phétite (Genèse, x, 2). 

1 Si je ne me trompe, cette observation a déjà été faite par M. P. de Lagarde. 



6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Deuxième texte (iv, 25-v, 32). 

Introduction. Naissance de Seth et d'Énos (iv, 25, 26). Au ver- 
set 25, les Septante ont omis à tort le mot w, qui est indispen- 
sable pour indiquer la production de la nouvelle branche, et 
ajouté, également à tort, le verbe iftEft, qui est une copie oiseuse 
de iv, 1. Sur irnba, voyez plus loin. L'expression Niii du, qui a été 
conservée dans la version grecque, marque bien l'importance du 
nouveau membre de famille. Cette importance consiste, d'après le 
texte massorétique, dans l'inauguration du culte de Ialrwé à cette 
époque. Le fond est certainement authentique, mais renonciation 
en est trop vague, pour être primitive ; il faut donc lire, en partie 
avec les Septante 1 : snïr û^n aipb brin rtj, « celui-ci commença à 
invoquer le nom de Ialrwé ». La leçon massorétique est due, sans 
doute, à une école d'aggadistes dont l'hostilité systématique aux 
patriarches antédiluviens se fait jour dans plusieurs écrits midras- 
chiques, hostilité qui va jusqu'à considérer l'époque d'Énos comme 
souillée par la naissance du paganisme. 

Généalogie des Séthites (v, 1-32). Le texte, consistant en répé- 
titions d'une même formule, n'offre pas de difficulté. La forme 
masculine Nnp^i (v. 3), pour anpm (iv, 25), était inévitable à cause 
du contexte et ne constitue pas une contradiction. La phrase 
tPïibaïi ns ^n ^bïirm du verset 22 est copiée du verset 24 et 
mise à la place du ^rrn réglementaire (Dillmann). On y reconnaît la 
main d'un scribe hostile qui voyait dans ce patriarche un homme 
que Dieu a fait mourir avant qu'il pût tourner au mal. Dans cet 
ordre d'idées, Hénoch n'a marché avec Dieu qu'après la nais- 
sance de Mathusalem et n'eut pas une jeunesse vertueuse. — Dans 
l'exclamation prophétique i^anr iiî (v. 29), il n'y a pas une expli- 
cation de rà, mais une simple assonnance (Dillmann). La correc- 
tion des Septante idjt^ (oûtoç SiavaTtaûaei rifxaç), « celui-ci nous procu- 
rera du repos », est au fond inexacte, puisque rien dans le récit 
ultérieur concernant ce patriarche ne montre la réalisation d'une 
telle prévision. En réalité, Noé a apporté au genre humain une 
consolation suprême en inaugurant la première réconciliation 
entre Dieu et lui (vin, 21 et suiv.). Le travail de la terre sera 
toujours pénible, mais, la terre cessant d'être maudite, les culti- 
vateurs en retireront un produit rémunérateur, qui les consolera 
de leur peine 2 . La prévision de l'amélioration morale de l'homme 

1 Sur la leçon des Septante, voyez plus loin, p. 21 note. 

2 M. Dillmann rejette, avec raison, l'opinion émise par quelques savants que les 



RECHERCHES BIBLIQUES 7 

(Dillmann) était prématurée à cette époque, puisque la corruption 
n'a été propagée parmi les Séthites que longtemps après la nais- 
sance de Noé (Genèse, vi, 1-3). 



III. — Composition des textes. 



La critique moderne est d'accord pour considérer nos deux textes 
comme émanant d'auteurs différents. La liste caïnite est assignée 
à l'écrivain ialrwéiste, ou C, et la liste séthite au second élohiste, 
ou A. Outre cela, on signale des éléments disparates dans chacun 
des récits, éléments qui en détruisent notablement l'unité et en 
altèrent la forme primitive. Nos lecteurs ne seront peut-être pas 
fâchés de se faire une idée du bien fondé de ces conclusions. 
' Envisageons d'abord les relations de la pièce iv, 17-24, avec 
celle de 25-26. Ces pièces ne peuvent pas, nous dit-on, venir d'un 
seul auteur par les raisons suivantes : 

1* La généalogie des Caïnites se compose presque des mêmes 
noms propres que celle des Séthites ; comment admettre que le 
même écrivain, sans être lié par son modèle, se soit ainsi répété et 
ait dédoublé une liste unique qu'il avait à sa disposition ? 

2° Le récit relatif à l'invention des arts et métiers, dans 17-24, 
n'a de sens raisonnable que dans la supposition de la continuité 
ininterrompue du genre humain, et, par conséquent, de l'absence 
d'un déluge universel, tandis que les versets 25 et 26 servent déci- 
dément de transition à l'histoire de Noé et du déluge. 

3° D'autre part, on signale une grave contradiction entre 2-16, 
où Caïn est nomade, et 17-24, où il est regardé comme construc- 
teur de ville. Un auteur unique ne se serait pas contredit de la 
sorte; il aurait, au. contraire, s'il eût été en présence de différences 
dans la tradition orale, cherché à les atténuer dans son récit. 

Malheureusement, en admettant la diversité des auteurs, les 
difficultés sont seulement déplacées, mais ne sont nullement apla- 
nies, car les contradictions restent à la charge du dernier rédac- 
teur, ce qui est la même chose ou à peu près. Passe encore si 
celui-ci s'était toujours borné à mettre côte à côte les passages de 
ses auteurs d'une manière impersonnelle, mais les critiques lui 



mots "iS^tlj" 1 !"iï feraient allusion à la production du vin par Noé 'Genèse, ix, 20-21). 
Il ajoute spirituellement : « Vom Wein als Beruhigungsmiltel gegen den gôttlichen 
Fluch zu weissagen oder weissagen zu lassen, ist auch nicht Sache der bibl. 
Schriftsteller ; wer davon weissagt, steht Mich. 2, 11 geschrieben [Die Genesis, 
5 e éd., p. 116). » 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

attribuent une ingérence extraordinaire dans la transformation 
des documents primitifs ; comment donc aurait-il laissé subsister 
de telles contradictions dans sa compilation ? 

Autre embarras : personne n'a encore réussi, jusqu'à présent, à 
déterminer le nombre exact des auteurs du chapitre iv. MM. Well- 
liausen et Kuenen voient dans les versets 1, 26 joints immédia- 
tement à 16 6-24 1 l'œuvre de C (chez eux I 1 ) ; plus tard, un auteur 
anonyme aurait interpolé 2 a et 3-16 a, et, enfin, un troisième 
auteur, P, aurait ajouté de son chef 25, 26, afin de rattacher le 
tout au récit ialrwéiste du déluge. M. Budde assigne 25, 26 à I 2 , 
et 2 a, 3-16 a à I 3 . Somme toute : trois auteurs, un rédacteur et un 
nombre indéterminé d'obscurs remanieurs pour un texte de vingt- 
six lignes I 

On peut toujours faire trois ou quatre petits rideaux d'un 
grand rideau qu'on déchire. Ce qui est impossible, c'est d'en 
changer l'étoffe. Cette impuissance domine aussi la thèse de la 
critique dissolvante. Les lambeaux détachés du chapitre iv se 
ressemblent les uns aux autres comme deux gouttes d'eau. Les 
savants précités le sentent eux-mêmes et se voient obligés de 
conserver l'étiquette fondamentale /, qu'ils varient, en l'affu- 
blant de numéros d'ordre microscopiques 1, 2, 3; mais, en 
agissant ainsi, ils se contentent d'une illusion optique qui n'ex- 
plique rien. M. Dillmann, qui fait cette remarque, ajoute deux 
autres arguments dont la justesse saute aux yeux. Il est impos- 
sible que l'auteur des chapitres n et suivants, ou /, qui se préoc- 
cupe spécialement de problèmes moraux, ait changé subitement son 
plan aux versets 17-24 pour n'y signaler que des faits relatifs au 
progrès de la civilisation matérielle. Mais voici qui est absolument 
décisif : la pièce 1-16 porte plus de marques de son homogénéité 
avec C (= /) que celle de 17-24. En dehors de 7 6, qui est tiré de 
ni, 16, et la mention d'Éden au verset 16, il y a ici l'identité du 
but, savoir la constatation de la croissance du péché, ainsi que la 
même finesse du dessin psychologique que celle du chapitre ii-iii. 
Il y a aussi les mêmes expressions et tours de phrase, par 
exemple r'tpirt fî> mn ,ns nstD ftim» ,!-nto ,una /rrpnb ,ïipn thn, 
et les questions faites par Dieu ; tout cela ne saurait être pris 
pour une imitation intentionnelle, mais pour les traits caractéris- 
tiques du style de C. 

1 Ainsi : tti y-ian nip^n ^p na nbm nrim "ip^n mn na w diNïn 

« Adam connut sa femme Eve, qui devint enceinte et enfanta Caïn, et celui-ci habita 
dans la terre de Nôd » : Trois sujets différents dans le même verset sont peu pro- 
bables ; puis, le nom de Tii n'a aucune raison d'être sans le *\y\ yi des versets 12 
et 14. 



RECHERCHES BIBLIQUES 9 

Pour sortir de ces graves embarras, M. Dillmann avait jadis pro- 
posé le moyen suivant. La pièce relative à Gain serait l'œuvre pro- 
pre de C, tandis que la généalogie caïnite, appartenant à un autre 
écrivain, par exemple, à B, mais déjà connue de C, comme le mon- 
tre v. 15 a, y aurait été introduite plus tard. Par qui ? C'est difficile 
à dire. Dans la quatrième édition, M. Dillmann y voyait la main 
du Rédacteur ou R, lequel aurait aussi poussé en avant le récit de 
Caïn, et pratiqué, de plus, quelques interpolations au verset 25. 
Dans la cinquième édition, M. Dillmann penche plutôt vers l'opi- 
nion de M. Rudde, qui, insistant avec raison sur ce que les versets 
17-24 accusent également des traits de parenté indéniables avec les 
pièces de C (comme ^ ,»itt d} /rn» diDn ; v. 19 avec x, 25), estime 
que C avait déjà accepté de son modèle la généalogie des Caïnites, 
moins dans le but de décrire les progrès obtenus dans la civili- 
sation, lesquels sont choses secondaires pour lui, que pour carac- 
tériser le développement du péché, et cela sans se soucier des 
difficultés ressortant du verset 17. On le voit, le résultat est bien 
maigre. 

Si, à propos de 1-24, la critique piétine sur place, son désarroi 
s'achève par les versets 25 et 26. D'abord on y avait soupçonné 
une interpolation de R, destinée à servir de transition de la généa- 
logie caïnite à celle des Séthites du chapitre v ; mais, en consi- 
dérant que ce but ne motiverait pas 26 &, que C s'intéresse aussi 
à la marche du culte de Iahwé, enfin que C, qui raconte plus loin 
l'histoire de Noé, doit déjà avoir lui-même ménagé une transition 
au moyen de la lignée séthite (Hupfeld, Wellhausen), on recon- 
naît que ces versets sont le reste de la généalogie séthite de C, 
dont les autres membres auraient été omis par le Rédacteur, à 
cause du chapitre v. Outre cela, on pourrait supposer tout de 
même que les versets 25 et 26 étaient primitivement placés chez 
C avant le verset 1 ; en ce cas, Caïn et Abel ne seraient pas les 
premiers fils d'Adam, mais seraient nés quelque temps après. 
Cette ordonnance aurait été déplacée par R, par égard aux versets 
17-24, en même temps qu'il interpolait le mot w et le membre de 
phrase "j^p imn "O nns, dans le verset 25. M. Dillmann, à qui nous 
empruntons cette exposition, fait remarquer que les. difficultés 
pourraient être plus facilement écartées sur la base de cette hypo- 
thèse, mais que, si l'on admet que les versets 17-24 étaient déjà ac- 
ceptés par C, les inconvénients précités demanderaient à être levés 
d'une autre manière. Le même savant termine son exposition par 
ces mots significatifs : « La théorie de critique littéraire, capable 
de résoudre toutes les difficultés de ce chapitre d'une façon égale- 
ment satisfaisante, n'a pas encore été trouvée jusqu'à présent ». 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Enfin, la généalogie séthite du chapitre v ne serait pas non plus 
exempte d'interpolations et de remaniements dus au Rédacteur. 
M. Budde revendique le verset 24 pour son I 2 , tandis que M. Dill- 
mann insiste, au contraire, sur la triple répétition de û^iibN(rî) et 
en maintient l'origine élohiste. Le verset 25 est généralement con- 
sidéré comme ayant été tiré du document C par le Rédacteur. 
Celui-ci aurait changé en même temps rra n« ib"m en p ibvn 
ro M2V nM N^p^i ; mais la nécessité d'un tel remaniement n'est 
pas évidente, car il aurait suffi de commencer le verset 26 par 
tyabhftN'n, d'après l'analogie de iv, 1. Tout ce qu'il est permis de 
dire, c'est que l'auteur de la généalogie séthite se rapporte au 
récit du chapitre m, 17, mais rien ne prouve que le verset en 
question doive son origine à un autre document. 



IV. — L'hypothèse unitaire. 



Quand une hypothèse scientifique est impuissante à expliquer 
la cause des phénomènes qui tombent sous l'observation, il est 
légitime, il est même urgent d'en proposer une autre. Vouloir la 
conserver malgré sa nullité, serait faire preuve d'une obstination 
aussi improductive que rétrograde, car, en fait de science, cesser 
d'avancer, c'est reculer. L'hypothèse documentaire ayant échoué 
dans la solution des difficultés de nos textes, nous allons examiner 
si l'hypothèse contraire, qui maintient l'unité des sources, ne 
serait pas plus heureuse. Bien entendu, il s'agit ici de deux hypo- 
thèses également légitimes dont la valeur doit être établie par des 
preuves intrinsèques et littéraires. Les considérations extérieures 
s'appuyant sur l'autorité d'une école ou sur celle d'une longue tra- 
dition n'ont aucune valeur à nos yeux et seront soigneusement 
exclues du débat. 

Avant d'aller plus loin, il sera opportun de jeter un coup d'œil 
sur la base même du système dont nous venons de faire ressortir 
l'impuissance absolue. D'après l'école critique la plus récente, 
l'auteur de la généalogie caïnite, B ou bien I 1 , tout en enregis- 
trant Noé soit comme fils de Lamech, soit comme fils de Yabal 
(Budde), aurait suivi une tradition qui ignorait l'épisode du déluge. 
En cela, l'écrivain, un Israélite du Nord, aurait montré sa con- 
naissance du cycle légendaire phénicien, qui se tait également 
sur cet épisode. On peut dire, sans hésitation aucune, que c'est là 
une supposition toute gratuite. En ce qui concerne la mytho- 
logie phénicienne, il est vrai que les maigres extraits fournis par 



RECHERCHES BIBLIQUES 11 

la littérature grecque existante ne parlent pas du déluge, mais 
cela ne prouve pas grand'chose. J'ai déjà fait remarquer ailleurs 
que la tradition diluvienne que l'on constate en Grèce n'a pu y 
parvenir que par l'entremise des Phéniciens, chez lesquels elle 
dut exister depuis longtemps l , Il y a plus, suivant le témoignage 
explicite de Josèphe (Antiquités, chap. m), Hiérôme, Mnazéas 
et plusieurs autres auteurs qui ont écrit sur les antiquités des 
Phéniciens ont tous parlé du déluge ; cet événement faisait donc 
partie intégrante des cycles mythiques de ce peuple. Ceci étant, 
l'hypothèse précitée perd toute vraisemblance et s'écroule d'elle- 
même. Non seulement le récit du déluge est commun à tous les 
Sémites du Nord, mais l'auteur de la généalogie caïnite, en ar- 
rêtant sa liste à Lamech et ses enfants, qui correspondent ma- 
nifestement à Lamech et les noachides contemporains du dé- 
luge, fait bien voir que, suivant lui, la race de Gaï'n était perdue 
pour l'humanité et ne laissa pas de descendants; autrement il 
n'eût pas manqué d'en faire expressément la remarque à la fin 
de son récit, en ajoutant quelque chose comme ma an d^a YT*Vïn. 
L'opinion de M. Budde, d'après laquelle le récit de la multiplica- 
tion des hommes sur la terre (vi, 1 et suiv.) se rattacherait immé- 
diatement à l'histoire du caïnite Lamech (iv, 24), est, selon moi, 
inadmissible : les expressions ï-wiNtt ^s by et dïib rn" 1 m» de 
vi, 1, sont absolument incompatibles avec "na yna, iv, 16, et avec 
la mention des femmes et de la fille de Lamech dans iv, 19 et 22. 
D'autre part, il est également impossible de considérer Noé comme 
le fils de Yabal (Budde) : il y a incompatibilité de métier : Yabal 
est le père des nomades éleveurs de bestiaux, Noé, au contraire, 
est un homme attaché au sol, un agriculteur sédentaire 2 . Toutes 
ces circonstances concourent donc à faire exclure aussi bien l'idée 
d'une tradition ignorant le déluge que les violents remaniements 
du texte essayés sur cette base. Le chapitre iv est bien à sa place 
où il est ; il s'agit seulement de le comprendre et de rechercher si 
les difficultés signalées par la critique forcent réellement à lui assi- 
gner le caractère d'une compilation hétérogène et d'un amalgame 
de pièces incohérentes. Je ne crois pas qu'il faille en arriver à 
une telle extrémité. 

Commençons notre examen par la difficulté n° 3. Y a-t-il une 
véritable contradiction entre la condamnation de Caïn à la vie no- 

1 Voyez Mélanges de critique et d'histoire, p. 71. 

2 Je réserve pour le prochain article la preuve que le nom de Noé est insépara- 
blement lié à la légende du déluge et qu'il n'a pas d'existence hors d'elle. La 
démonstration de ce fait demanderait des considérations qui ne peuvent entrer 
dans Pétude présente. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

made (1-16) et la considération de celui-ci comme un constructeur 
de ville (17-24) ? On peut répondre carrément : Non, car, en fait, il 
n'est pas de peuple nomade qui n'ait pas, pour le moins, un centre 
fixe autour duquel il gravite, et où se tiennent des foires pério- 
diques pour faire échanger les produits de la contrée contre d'au- 
tres produits qu'on y importe. L'Arabie, particulièrement, a été 
de tout temps un pays de commerce et d'échange, et toute tribu 
quelque peu notable a son bourg central entouré de palissades ou 
de murailles solides, une qaria comme l'appellent les Arabes. 
Les grandes tribus ont plusieurs bourgs échelonnés le long des 
wadis ; de là, un nom comme celui de Wadi el-qurâ, <t vallée des 
bourgs », au nord de Médine. La ville que l'auteur du chapitre iv 
fait construire par Gaïn, devenu père de famille, était la sœur des 
qnrâ arabes et nous n'y voyons rien d'extraordinaire. L'image 
de tribus nomades sans établissement central ne répond pas à 
la réalité des choses et l'auteur hébreu n'a pas pu y songer un 
seul instant. 

La difficulté n°2 est, quand on la regarde de près, plutôt appa- 
rente que réelle. De ce que les Gaïnites ont été les inventeurs de 
certains arts, il ne suit nullement qu'ils en aient fait un secret 
ou un monopole. Il est plus naturel de penser que ces inventions 
se répandirent bientôt parmi les Séthites et passèrent ainsi à l'hu- 
manité postdiluvienne. Remarquez, au surplus, combien les trois 
inventions que la Genèse assigne aux fils du Gaïnite Lamech sont 
faciles à conserver, une fois qu'on en a l'idée. La garde des trou- 
peaux, inventée par Yabal, peut se continuer par le premier venu 
sans apprentissage préalable. La fabrication des instruments pri- 
mitifs de la musique orientale, attribuée à Yubal, n'exige pas non 
plus une habileté extraordinaire ; enfin, quant à l'art de travailler 
le fer et le cuivre, inventé par Tubal, la Genèse le suppose floris- 
sant avant le déluge, puisque elle admet comme une chose toute 
naturelle la construction d'une arche colossale qui a réclamé la 
mise en œuvre, non seulement de divers instruments de métal, mais 
aussi d'une foule d'objets métalliques forgés et indispensables à la 
consolidation du bâtiment. Toutes les vraisemblances se joignent 
donc en faveur de la thèse qui ne sépare pas le récit des Gaïnites 
de celui du déluge, car, au cas contraire, l'auteur du dernier récit 
n'eût pas pu passer sous silence l'invention du métier de forgeron 
sans lequel la construction de l'Arche eût été une entreprise irréa- 
lisable. En un mot, la difficulté que nous examinons n'existe pro- 
prement pas dans l'hypothèse traditionnelle qui regarde la généa- 
logie caïnite comme étroitement liée à celle des Séthites pour 
former l'humanité antédiluvienne. 



RECHERCHES B1RLIQUES 13 

Arrivons à la difficulté n° 1, qui est vraiment sérieuse. Les deux 
listes donnent des noms presque identiques ; cela est incontes- 
table ; il est aussi vrai qu'un auteur ne dédouble pas, de propos 
délibéré, une liste unique sans avoir une grave raison d'agir 
ainsi ; mais, ce qui est moins urgent, c'est de rejeter sur le rédac- 
teur l'incohérence dont on veut décharger l'auteur. Gomment le 
Rédacteur de la Genèse a-t-il pu laisser côte à côte deux listes qui 
s'excluent l'une l'autre, sans intervenir, suivant son habitude, 
pour faire disparaître la contradiction, soit en diversifiant les 
noms des deux listes, soit en supprimant dans la liste caïnite les 
trois noms w* /barirra ,bwDnrflfl, sur lesquels l'auteur n'apporte 
aucun fait. Je ne crois pas qu'on paisse invoquer sérieusement 
l'éveil de scrupules excessifs dans l'âme du Rédacteur en cet en- 
droit, car Dieu sait de combien de suppressions sans gêne il était 
capable, suivant les critiques. En réalité, l'état de choses est pré- 
cisément l'inverse de ce que ces savants se l'imaginent. L'identité 
ou à peu près des deux listes reste une énigme insoluble quand on 
voit dans celles-ci une juxtaposition extérieure due au rédacteur 
dont la tâche consiste uniquement à façonner le style et à lisser 
les sutures des -textes afin de donner à la compilation un air 
d'unité. Que si, au contraire, on se met à la place de l'auteur, le 
dédoublement de la liste primitive est parfaitement compréhen- 
sible dès que l'on suppose une cause l'obligeant à agir de la sorte. 
Cette cause ne peut raisonnablement être cherchée au dehors, 
mais dans la méthode même de l'historiographie hébraïque des 
origines. Or, que voyons-nous? Nous voyons que les narrations 
de la Genèse, quelque diverses qu'elles soient, mettent constam- 
ment en parallèle les lignées secondaires et les lignées principales : 
Japhéto-Chamites et Sémites (x, 1-20 et 21-33 ; xi, 10-27), Nacho- 
rides et Abrahamides (xxn, 20, et xxv), fils d'Ésaùet fils de Jacob 
(xxxvi et xlvi, 8-2*7). Toutes ces lignées secondaires,, perdues pour 
le monothéisme, sont rapidement passées en revue, et l'auteur se 
contente de mentionner leur existence dans le but avéré d'en for- 
mer les ombres de son tableau. Un système aussi conséquent pour 
toute la période postérieure au déluge pouvait-il convenablement 
être en défaut pour la période antérieure ? L'auteur ne l'a pas cru : 
il a préféré l'équilibre à l'inégalité, la régularité à l'exception ; et 
qui soutiendra qu'il a eu tort? Une seule difficulté l'embarrassait : 
la légende primitive ne connaissait qu'une seule liste, celle de la 
généalogie séthite ; créer de nouveaux noms pour la liste secon- 
daire était impraticable, force lui fut donc de remplir celle-ci par 
les mêmes noms, tantôt laissés intacts, tantôt légèrement modifiés. 
Puis, il obtint la divergence exigée, en intervertissant partielle- 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment l'ordre d'énumération et en réduisant la liste à sept généra- 
tions. Dès lors, il lui a été possible d'offrir dans l'humanité antédi- 
luvienne les types parfaits des deux divisions de l'humanité histo- 
rique : une race adonnée à tous les vices et privée de la vérité 
religieuse, mais habile dans les arts et les raffinements de la vie 
sociale, à côté d'une race connaissant la vraie religion, possédant 
plus de saints que d'artistes, mais inconstante et encline à re- 
tomber dans la démoralisation au moment de la tentation; c'est, à 
ne pas s'y tromper, l'image anticipée du dualisme persistant entre 
le monde païen et Israël. 

Ce qui précède concerne les grandes lignes de l'historiographie 
de la Genèse. Au point de vue de l'histoire restreinte des Noa- 
chides, le dédoublement de la liste séthite a permis à l'auteur de 
rétablir une harmonie remarquable dans les événements qui se 
sont passés avant et après le déluge. Dans les deux périodes, les 
situations diverses ne changent pas beaucoup à l'agissement de 
Dieu et des hommes. Gomme manifestation de la justice suprême, 
la malédiction divine qui frappe Caïn pour avoir tué son frère 
répond d'avance à la malédiction qui frappe Chanaan par suite 
d'une atteinte portée à l'honneur paternel. L'atténuation dans la 
forme n'enlève rien à l'égalité fondamentale des deux actes, car, 
suivant la législation pentateutique, l'insulte à l'égard des parents 
est punie de mort (Exode, xxi, 17). Comme manifestation de la 
longanimité divine, le signe (mis) donné à Caïn abattu fiv, 15) pré- 
lude au signe du pacte de conservation accordé au faible reste 
de l'ancien monde (ix, 12-17). D'autre part, la construction de 
la première ville antédiluvienne par un homme voué à la vie 
nomade a son contre-poids, à l'époque postdiluvienne, dans la 
construction de Babel par des tribus qui devaient vivre séparées. 
Chose remarquable, l'état social se modifie aux deux périodes 
dans un ordre identique : agriculture (iv, 2 = x, 20) S vie nomade 
temporaire (iv, 16 = xi, 2), établissement urbain (iv, 17 = xi, 4), 
dispersion définitive (iv, 20 = xi, 8). Une telle uniformité dans la 
description accuse la main d'un même auteur. Quand on ajoute, 
enfin, que les deux époques débutent l'une et l'autre par des rites 
sacrificiaires (iv, 3-4 = vin, 20), cette identité d'esprit et de com- 
position devient aussi complète que possible ; l'auteur se meut 
dans un cercle d'idées restreintes ; il varie un thème unique. 



1 J'ai à peine besoin de faire remarquer que, malgré l'erreur très enracinée dans 
certains milieux, la Genèse considère l'agriculture comme le seul état digne de 
l'homme (n, 15). L'expression ÏTKÏJZi ùnT»ïl2 Wl (iv, 8) fait bien voir que la 
famille d'Adam habitait rPDlD, dans une maison. 



RECHERCHES BIBLIQUES 15 

Nous venons d'établir l'unité d'auteur pour les deux généalogies 
parallèles de l'humanité antédiluvienne. Nous avons aussi fait 
entrevoir que la priorité appartient à la liste séthite. Ce point 
de vue a d'autant plus besoin d'être démontré qu'il va à rencontre 
de l'opinion générale des critiques qui relèguent toutes les deux 
indépendamment à un modèle commun. Cependant, le manque de 
toute donnée chronologique déterminant les naissances des per- 
sonnages y figurant fait déjà voir l'importance très secondaire 
que l'auteur leur attribue ; mais le caractère de doublet que nous 
attribuons à la liste caïnite ressortira avec évidence par l'examen 
des noms qu'elle contient. Des deux noms qui ont une forme 
identique sur les deux listes, *pb, par suite de son obscurité 
étymologique, ne nous apprend malheureusement pas grand'chose, 
mais "sjlan, dont le sens de « initiation » n'est pas douteux, con- 
vient parfaitement au personnage séthite que ses relations avec 
les anges ont initié à tous les secrets de la création, tandis que 
son homonyme caïnite ne se distingue par aucune action. Parmi 
les noms partiellement similaires, "pp, « lance? », est visiblement 
une forme tirée par abréviation du séthite "j^p, qui figure comme 
un nom divin dans une inscription sabéenne *. Une transformation 
péjorative se manifeste dans TW, « onagre (^YWÏ) », vis-à-vis 
de tt% « descente » ou « rose (= i*n ?) ». Les noms bsrirn: et 
baunntt ont un air forcé en face des séthites babb^ft, « louange de 
Dieu », et nbraima, « homme d'arme ou du champ arrosé (?) 2 ». Du 
reste, l'origine élohiste de ce dernier nom, garantie par le retour 
de l'élément nbtt dans la liste des patriarches postdiluviens (Ge- 
nèse, ix, 12-15), atteste péremptoirement le caractère primitif des 
noms séthites. Enfin, pour ce qui est des noms caïnites qui n'ont 
pas de similaires sur la liste des Séthites, en laissant de côté les 
noms des femmes qui figurent dans le récit de Lamech et dont 
l'origine reste encore à trouver 3 , ils donnent lieu à une obser- 



1 jrp "I^!Tî!"îbN ■ leur dieu Qaïnân ■ . 

2 La discussion de ces noms est réservée à un article prochain. 

3 Pendant la mise en pages, mon attention a été attirée sur la ressemblance très 
remarquable qui existe entre les trois noms des femmes caïnites et ceux des femmes 
d'Esaû, mentionnés dans Genèse, xxxvi, 2-3. Le premier nom, 'riïy, est commun 
aux deux textes ; les deux autres ont parallèlement un sens analogue. En effet, 
ïlbïS, féminin de b^, « ombre, abri », est un synonyme poétique de bïltf, « tente », 
premier élément de ïlttn^bïlK, « tente de la lama ou du haut lieu ». De même 
ÎT723^, « douce », sœur de Tubal, n'est qu'une variante de D73iZ5D, « douce », sœur 
de Nebayot. Cette concordance, étant difficilement l'œuvre du hasard, confirme notre 
opinion relative au caractère factice, secondaire et péjoratif des noms caïnites. D'autre 
part, elle atteste, contre l'avis des critiques, l'authenticité des noms féminins dans 
Genèse, xxxvi. 



16 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vation des plus curieuses : tous les quatre noms de cette série : 
birt ,bn"> ,hzv et bsm, se terminent par les deux consonnes hi ; la 
première seule varie. Les mots fondamentaux de ce groupe, fac- 
tices et intentionnels, sont, sans contredit, bnr-r, « vapeur, va- 
nité », et bsrs « courant d'eau ». La première dénomination 
caractérise bien la nature éphémère et périssable du personnage; 
mais à quoi peut faire allusion la dénomination d'eau courante, 
qui ne se justifie pas par les actes attribués à bnr»? On ne peut 
s'empêcher de penser aux eaux du déluge ou btew, mot qui se 
termine encore par bn l ; l'auteur a donc indiqué par là que les 
Gaïnites ont tous péri dans le déluge, et cela achève de confirmer 
l'idée sur laquelle nous insistions plus haut, à savoir que cette 
généalogie ne peut se rattacher à une cosmogonie qui eût ignoré 
la légende de ce cataclysme. 

En terminant, qu'il me soit permis d'appeler l'attention sur 
deux expressions très caractéristiques de nos documents. L'une 
est le mot 9*yn qui, appliqué à l'homme, n'a dans la Genèse que le 
sens de descendant, héritier légitime, apte à perpétuer le nom du 
père, à rencontre du fë, qui désigne aussi un fils d'esclave, re- 
poussé ou déshérité. Ce fait est important pour l'intelligence de 
iv, 25, où, même en supprimant les mots "pp mft td nnN, comme 
le font les critiques, l'allusion à la mort d'Abel n'en reste pas 
moins évidente à cause de l'emploi de snï au lieu de p. Il en ré- 
sulte, en outre, que l'idée de perpétuer la race d'Adam parle meur- 
trier Caïn ne s'est même pas présentée à l'esprit de l'auteur. Ceci 
enlève toute base à l'opinion qui fait de Noé le fils d'un caïnite, 
que ce soit Lamech ou Yabal. L'autre remarque concerne l'emploi 
absolu de îiT dans v, 1, 29 et iv, 26, qui est parallèle à nst (n, 
23, ix, 12) et à iiba (n, 4, vi, 9 passlm), et qui atteste l'identité de 
l'auteur de ces passages. J'ajoute que la même conclusion ressort 
du membre de phrase tna trnbN aha tivz (v, 1), qui coïncide for- 
mellement avec û"Wi y-iN tnnba mir 1 std ùm de n, 4, qui, 
d'après les critiques, serait de C. La ressemblance du style s'op- 
pose tout à fait à la variété des auteurs admise par les critiques. 

Le résultat de ces recherches se résume en peu de mots : 
l'hypothèse qui assigne aux textes de la Genèse iv-v, 32 un seul 
et même auteur, non seulement résiste facilement aux difficul- 
tés soulevées par la critique, mais est corroborée par des raisons 



1 La dernière trace de cette paronomasie se manifeste dans le récit de ia construc- 
tion de la ville de Babylone, où le narrateur joue sur la terminaison b^ de b^3 
qu'il interprète par bbs (Genèse, xi, 9). 



RECHERCHES BIBLIQUES 17 

multiples tirées de la nature intrinsèque des récits, pris isolément 
ou comparés l'un à l'autre et aux récits avoisinants. La généalogie 
des Séthites a été dédoublée en une généalogie secondaire, celle 
des Caïnites, afin d'obtenir, dans l'histoire antédiluvienne, le type 
des généalogies secondaires que l'auteur n'oublie jamais de passer 
rapidement en revue dans l'histoire postérieure. C'est un procédé 
littéraire qui se soustrait à notre jugement et qu'il nous suffit de 
constater. 



V. — La généalogie séthite dans Ézéchiel. 

Pour déterminer l'âge des chapitres iv et v de la Genèse, on n'a 
eu jusqu'à présent que la mention de Noé dans Isaïe, liv, 9, et 
Ezéchiel, xiv, 14, 20. Cette dernière mention, quoique impliquant 
indubitablement le récit du déluge, ne fournit pas le moindre in- 
dice de l'existence, à l'époque de ce prophète, d'une liste officielle 
renfermant les autres noms des patriarches séthites, tels qu'on 
les trouve dans le chapitre v de la Genèse. Il y a plus, le texte 
dont il s'agit étant généralement attribué au second Élohiste ou A, 
l'école « grafienne », qui considère cet auteur comme postérieur 
à l'exil, déclare formellement que notre texte n'a pas pu être 
connu d'Ezéchiel, lequel n'aurait eu connaissance que du nom de 
Noé, qui se trouvait dans les listes antérieures de B et de C, dont 
le rédacteur des chapitres iv et v n'aurait admis que quelques 
lambeaux informes. En face de pareilles incertitudes, j'ai pensé 
qu'il valait la peine de rechercher si quelques noms de la liste 
controversée ne se cachaient pas sous une forme plus ou moins 
déguisée chez ce prophète-rabbin, que nous avons vu, à plusieurs 
reprises, faire de l'exploitation du Pentateuque une spécialité par- 
ticulière parmi ses contemporains. Après de longues recherches, 
je suis arrivé à la conclusion que l'absence apparente des noms 
en question dans Ezéchiel est due au mauvais état de conserva- 
tion dans lequel son livre nous est parvenu, et quïl était possible 
de rétablir les leçons primitives en usant avec circonspection, 
mais sans faiblesse, des moyens légitimes de la critique littéraire. 
L'exposé ci-après servira, j'ose l'espérer, à faire naître dans l'es- 
prit des lecteurs la même conviction à cet égard. 

Au chapitre xiv, 12-23, Ézéchiel se propose de justifier aux 
yeux de ses compagnons d'exil la destruction totale des habitants 
de Jérusalem, à l'exception de quelques jeunes gens laissés vivants 
et qui étaient en voie de rejoindre les autres captifs. Dans sa ha- 

T. XIV, N° 27. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rangue, qui a la forme d'un oracle, il soutient, premièrement, que 
les Jérusalémitains avaient mérité leur sort ; secondement, qu'en 
général, les hommes les plus justes ne sauvent pas par leur mé- 
rite leurs enfants coupables ; troisièmement, enfin, que Dieu a 
sauvé expressément un petit nombre de ces jeunes gens corrom- 
pus, afin qu'ils servent à justifier la Providence d'avoir fait périr 
leurs parents. Cet oracle peut être appelé « l'oracle des trois 
Justes » ; il est ainsi conçu : 

La parole de Iahwé s'adressa à moi en disant : 

Fils de rhomme, le pays qui commet envers moi des crimes et 
des trahisons, je lui fais sentir ma main, 

En le privant du pain quotidien, de sorte qu'hommes et bêtes pé- 
rissent par la famine. 

Si dans ce pays se trouvaient ces trois hommes (justes) : Noé, Da- 
niel et Job, ceux-ci (ne) sauveraient (que) leurs propres personnes 
par leur justice. 

Soit que j'envoie dans ce pays des bêtes féroces, qui le dépeuplent 
au point que personne n'ose plus le traverser, 

Si ces trois hommes s'y trouvaient, par ma vie, dit Iahwé, ils ne 
sauveraient ni (leurs) fils, ni (leurs) filles ; ils ne sauveraient qu'eux- 
mêmes et le pays resterait désert. 

Soit que j'envoie l'épée sur ce pays, en disant : ce pays sera par- 
couru par l'épée, au point d'en faire périr les hommes et les animaux 
domestiques, 

Si ces trois hommes (justes) s'y trouvaient, par ma vie, dit Iahwé, 
ils ne sauveraient ni (leurs) fils, ni (leurs) filles ; ils ne sauveraient 
qu'eux-mêmes. 

Soit (enfin) que j'envoie la mortalité dans ce pays et que j'y dé- 
verse une vengeance sanglante, au point d'en faire périr les hommes 
et les animaux domestiques, 

Si Noé, Daniel et Job s'y trouvaient, par ma vie, dit Iahwé, s'ils 
sauvaient (leurs) fils et (leurs) filles ; ils ne sauveraient qu'eux- 
mêmes. 

Or, dit le Seigneur Iahwé, c'est d'autant plus le cas de Jérusalem, 
où j'ai envoyé tous les quatre terribles châtiments ensemble : l'épée, 
la famine, les bêtes féroces et la mortalité, afin d'en faire périr les 
hommes et les animaux domestiques ; 

Il en est échappé, il est vrai, un petit nombre de jeunes gens que 
l'on a amenés ici : ceux-ci vont bientôt vous rejoindre, vous verrez 
leurs mœurs et leurs pratiques (détestables), et votre douleur causée 
par le mal que j'ai apporté à Jérusalem se calmera aussitôt. 

Ils calmeront votre douleur par la vue de leurs mœurs et de leurs 
pratiques (détestables) et vous serez convaincus que je n'ai pas 
exercé induement les sévices que je lui ai infligés, dit le Seigneur 
Iahwé. 



RECHERCHES BIRLIQUES . 19 

La plus légère attention fait voir que les trois personnages 
nommés dans l'oracle étaient universellement connus par leur 
piété extraordinaire. Le prophète ne dit pas quand ils ont vécu et 
à quel peuple ils ont appartenu. Les ténèbres s'épaississent d'au- 
tant plus que deux sur trois de ces personnages semblent absolu- 
ment inconnus dans l'histoire antérieure à Ézéchiel, car leurs 
homonymes bibliques qui sont les héros des livres de Daniel et de 
Job sont indubitablement postérieurs à notre-prophète. On se con- 
tente d'ordinaire d'admettre l'existence d'un cycle de légendes 
populaires dans lequel des justes nommés Daniel et Job auraient 
joué un rôle quelconque, mais une telle solution se heurte aux 
habitudes constantes d'Ézéchiel, qui consistent à puiser ses ren- 
seignements dans des sources exclusivement littéraires et revê- 
tues d'une autorité sacrée. Du reste, la mention de Noé suffit déjà 
à elle seule pour faire supposer que les deux autres noms ont dû 
figurer dans un document autorisé. 

D'autre part, l'ordonnance Noé, Daniel et Job, étant donné 
l'absence des deux derniers personnages de l'histoire d'Israël an- 
térieurement à l'avènement de Nabuchodonosor, doit présenter 
une énumération ascendante, c'est-à-dire que Daniel et Job doi- 
vent être antérieurs à Noé et faire ainsi partie d'une liste de 
patriarches plus anciens. Pour rester sur le terrain de l'impar- 
tialité absolue, je ferai abstraction de tout ce qui a été exposé 
plus haut et je me placerai au point de vue des critiques qui 
admettent trois listes indépendantes, quoique partiellement sem- 
blables. Ceci admis, les noms de Daniel et de Job peuvent 
a priori avoir figuré tout au plus dans la liste séthite du Jého- 
viste ou C, liste dont, d'après ces savants, il ne reste dans la 
Genèse actuelle que trois versets, savoir, iv, 25, 26, relatifs à 
Sêth et à Énos, et v, 29, rapportant la naissance de Noé. Mal- 
heureusement, outre que cette hypothèse détruirait la similitude 
beaucoup plus grande que les critiques eux-mêmes admettent 
entre les listes B et C, notre meilleure volonté ne saurait nous 
conduire un seul instant à la généalogie jéhoviste. La raison 
en est péremptoire : cette généalogie ne donne que les noms des 
patriarches et se tait complètement sur leurs autres descendants; 
Ézéchiel parle, au contraire, des enfants mâles et femelles, ù^a 
mn'ai, que ces Justes auraient pu sauver par leur vertu; c'est là 
précisément le trait caractéristique de la généalogie du chapitre v 
ou A, laquelle répète, après la naissance de chaque patriarche, la 
formule sacramentelle : mia'l d^a ibv*\ « Il engendra des fils et 
des filles ». A moins d'inventer de toute pièce une seconde gé- 
néalogie C qui eût ressemblé en cette particularité à la généalogie 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

A, on est obligé de conclure que les justes d'Ézéchiel doivent se 
trouver dans celle-ci et nulle part ailleurs. Nous obtenons ainsi 
le même résultat par une voie bien différente de celle que nous 
avons exposée plus haut à notre point de vue personnel. Une 
telle convergence est, si je ne me trompe, de nature à mettre 
notre thèse : Ezéchiel a connu la liste A de Genèse V, à l'abri 
dîme fin de non-recevoir trop obstinée. 

La base assurée, continuons notre enquête. Pour Ezéchiel, Da- 
niel vient, dans l'ordre des temps, avant Noé, et Job avant Daniel. 
De son côté, la généalogie A offre, à trois générations de distance 
avant Noé, le pieux patriarche Hénoch, enlevé vivant parmi les 
dieux, et, à trois autres générations en avant, le patriarche Énos, 
le pieux initiateur du culte du vrai Dieu. D'autres hommes d'une 
piété aussi éminente ne figurent pas dans cette liste ; il s'ensuit 
forcément que Daniel et Job chez Ezéchiel répondent respective- 
ment aux personnages nommés Hénoch et Énos par l'auteur bi- 
blique. Mais, ce nouveau résultat obtenu, il ne reste qu'à expliquer 
l'origine de la diversité matérielle des noms chez les deux au- 
teurs ; or, ceux qui savent dans quel état d'altération et de dif- 
formité le texte d'Ézéchiel nous est parvenu n'hésiteront pas un 
seul moment à reconnaître que les formes ba*j*7 et nrw ne sont 
que de simples corruptions des formes pentateutiques -pn et 
îaiMt. En ce qui concerne l'équation *pn = bam, elle s'explique, 
sans le moindre effort, par la confusion, si facile dans les ma- 
nuscrits de l'hébreu carré, entre les deux lettres initiales sn et 
1*7, lorsque le jambage gauche du n devient indistinct. Dans le 
même genre d'écriture, le groupe *]i, quand le i, prenant une atti- 
tude oblique, se rapproche un peu trop du *], se confond facilement 
avec un n. Le reste va de soi, car, en présence d'une forme «m, 
le scribe n'a pu qu'y ajouter un b, afin d'obtenir le nom connu 
b&m ; mais, fait remarquable, le nom ainsi restitué conserve une 
forme exceptionnelle par l'absence du ■», tandis que dans les au- 
tres livres de la Bible domine l'orthographe pleine bÉPST. La con- 
cordance de :rp« et tanaa embrasse déjà au premier aspect la pre- 
mière et la troisième lettres ; l'effacement de la base du a change 
celui-ci en i et, arrivé là, le scribe a très naturellement corrigé 
tti*P8 en stk, qui était le seul nom possible. 

Je viens de parler ici dans la conjecture de corruptions invo- 
lontaires, mais je dois faire remarquer que le cas de corrections 
intentionnelles n'est nulle part aussi bien en situation que dans le 
livre d'Ézéchiel. Il est notoire que ce livre, par suite de ses doc- 
trines souvent contradictoires à celles du Pentateuque, n'a été 
reçu au canon prophétique qu'après bien des vicissitudes et grâce 



RECHERCHES BIBLIQUES 21 

à une interprétation forcée qui l'avait réconcilié avec la Tora. 
Étant resté longtemps d'une canonicité douteuse, non seulement 
les copies en étaient faites avec beaucoup de négligence, mais 
bien des corrections systématiques ont pu y être glissées par 
ceux mêmes qui travaillaient à le faire accepter. La subtilité rab- 
binique pouvait bien harmoniser les différences de doctrine, elle 
était impuissante à rendre sympathiques les personnages aux- 
quels la tradition pharisienne était décidément hostile. Or, chose 
singulière et insuffisamment expliquée, l'opinion des autorités 
talmudiques, écho de celle de l'ancien pharisaïsme, est, à quelques 
exceptions près, très défavorable aux trois Justes de la généa- 
logie séthite. 

Le plus maltraité des trois est le patriarche Énos. Les rabbins 
le considèrent comme le créateur de l'idolâtrie et le contempteur 
acharné du monothéisme. Ils trouvent tout cela dans le verset 
Genèse, iv, 36 &, qu'ils traduisent : « alors (au temps d'Énos) a 
été profané (c'est-à-dire pris pour une profanation) l'invocation 
du nom de Iahwé 1 . » Une Aggada ajoute qu'au temps d'Énos, 
l'Océan déborda et inonda la troisième partie du continent. L'hos- 
tilité des rabbins à l'égard d'Hénoch n'est pas moins évidente. 
Ne pouvant faire de lui un coupable contrairement aux- termes 
explicites de ia Genèse, ils se donnent toutes les peines possibles 
pour en faire un quasi-coupable. Suivant eux, Hénoch, loin d'avoir 
été enlevé vivant par les anges, est mort prématurément par la 
décision divine, afin qu'il ne souillât pas le reste de sa vie par des 
péchés, auxquels il ne penchait que trop. Noé, enfin, ne jouit 
auprès des rabbins que d'une estime très médiocre. Ils tirent de 
l'expression biblique : « Noé était un juste parfait clans ses géné- 
rations (YixVVra, Genèse, vi, 9) », cette conséquence que, s'il avait 
vécu à une autre époque, sa piété eût été fort imparfaite relative- 
ment à celle de ses contemporains. 

La cause prépondérante de cette antipathie manifeste à l'en- 
droit des patriarches antédiluviens me paraît avoir été le grand 
crédit qu'avait, dans certains cercles juifs, même avant la nais- 
sance du christianisme, le livre apocryphe d'Hénoch, qui renferme 
aussi quelques chapitres attribués à Noé. Les rabbins craignaient 
avec raison que le crédit de ce livre, censé antérieur au Déluge, 
n'ébranlât l'autorité de la loi et des prophètes. Peu à peu cette 

1 Énos est déjà déprécié dans la traduction des Septante : ouxo; 7})>7U<7£v £7uxoc- 
),£Îa6at io 6vo[ia xupiou (tou 8eoù) = flIÎT Û02 iN^lpb bîT 1TTT ; aussi le panégy- 
rique de Josué, fils de Sirach, ne mentionnc-t-il particulièrement que SOth, Hénoch 
et Noé parmi les patriarches antédiluviens (xliv, 16, 17 ; xlix, 10). 



22 REVUE DES ETUDES JUIVES 

appréhension finit par créer dans toutes les écoles juives, mais 
plus particulièrement dans les écoles pharisiennes, un courant 
d'opinion contraire à l'autorité de ces patriarches. Animé de 
telles convictions, un pieux scribe de la secte prédominante, qui 
possédait l'un des rares manuscrits du livre d'Ézéchiel, a pu 
croire bien faire en changeant les noms antipathiques de "psn et 
de uîisn en batti et aYUj. Il a ainsi, sans le savoir, roulé une pierre 
d'achoppement aux exégètes futures. Quand le livre d'Ézéchiel a 
été traduit en grec, — ce qui eut probablement lieu après Philon 
d'Alexandrie, qui n'y fait aucune allusion, — les corrections intro- 
duites par le scribe pharisien étaient déjà un fait accompli, de là, 
la disparition de la leçon primitive dans toutes les versions 
grecques. 

Mais, quelle qu'ait été la cause de l'altération subie par les deux 
noms mentionnés avec celui de Noé dans Ézéchiel xiv, le fait 
même qu'ils représentent les patriarches Hénoch et Énos de la 
liste séthite de la Genèse, v, me paraît d'une vraisemblance qui 
confine à la certitude. Et voici pourquoi : au chapitre xxviii, 
Ézéchiel, en s*adressant au prince de Tyr, qui croit être un dieu 
("ON tnnba ou ba. v. 2, 9 ; cf. 14), prononce ces mots de haute 
ironie : « Certes, tu es plus sage que bain, les choses cachées 
ne t'offusquent point (.'pri»? sb ùinD bs) », ou peut-être avec un 
léger changement : « tu n'as pas ton pareil parmi la totalité des 
voyants (^vzizy ab ïrnn bs l ) ». Cette raillerie est absolument 
incompréhensible quand on voit dans bwi un savant interprète de 
songes et un révélateur d'événements futurs, à l'instar de celui qui 
est le héros du livre de Daniel. Le puissant roi de Tyr, maître du 
commerce le plus vaste du monde, était probablement peu disposé 
à exercer le métier peu rémunérateur de devin. Puis, l'idée elle- 
même de dire à quelqu'un qui prétend être un dieu et habiter une 
demeure divine (ipnÈj trnbi* maiE, v. 2) : « tu te crois plus sage 
qu'un tel prophète », ne peut avoir de sens que dans le seul cas 
où le prophète visé avait, lui aussi, habité une demeure divine, 
sans toutefois avoir des prétentions à être une divinité. Que cette 
« demeure divine » n'est pas une figure rhétorique, mais une entité 
mythologique réelle, c'est ce qu'Ézéchiel a soin d'annoncer lui- 
même, dans la seconde partie de son oracle rédigée, comme d'or- 
dinaire, sous forme de complainte (îirp) et où le vaniteux mo- 
narque est représenté sous l'image d'un dieu, le roi de Tyr est 
censé habiter l'Éden du jardin de Dieu (n^n trnbN p T^), et 

1 Cette correction me paraît plus vraisemblable que la leçon D^lû 1 ")!! admise par 
M. Cornill à la place de DlHO bs (Das Buch des Propheten Bzechiel, p. 358). 



RECHERCHES BIBLIQUES 23 

avoir sous sa garde toutes sortes de pierres précieuses (pa b^ 
fnaOE ^p" 1 ) et l'or (liin) ; il est un kéroub sacré chargé de pro- 
téger ces trésors (^Dipn MME m^D na ) 1 ; Ialrwé l'a placé sur la 
montagne sainte (imp -]î-;a ^ppnai) ; il est devenu un dieu (trsnbK 
rwi); il s'est promené au milieu de pierres de feu (idn ^^n ^pns 
rûbrtnri). Ézéchiel conserve cette comparaison jusqu'au bout. A 
cause de ses rapines et de son orgueil, le kéroub (== roi de Tyr) 
est déclaré par Ialrwé trop profane pour habiter le mont divin 
(tniiba nîifc ^bbw&l) » iJ est chassé du milieu des pierres de feu 
(ttg "^n ■jin» ^pnjo), jeté sur la terre ["probiOïi y-ia bs) et fina- 
lement consumé par son propre feu (^jnbsN aon "pins ©jbr^attKjn) 
et réduit en cendre en présence de nombreux spectateurs (iprjnsi 
fw bs wab ynte; b^ ns^b). Après une telle description, aucune 
équivoque n'est plus possible : il s'agit bien d'un être divin, d'un 
chérubin habitant l'Éden, le jardin de Dieu, et doué d'une nature 
divine. Maintenant est-il imaginable qu'Ézéchiel ait mis en paral- 
lèle un être aussi divin avec un prophète ordinaire, fût-il même 
l'un des plus grands? A plus forte raison, la difficulté est-elle insur- 
montable quand on est en présence d'un homme absolument in- 
connu antérieurement à la captivité de Babylone. Quelques auteurs 
ont, il est vrai, supposé une légende de Daniel, je ne sais où 
chez les autres peuples sémitiques, comme, par exemple, chez les 
Phéniciens, mais une telle supposition, d'ailleurs toute gratuite, 
tranche trop clairement avec les dispositions religieuses d'Ézéchiel 
pour que Ton puisse y voir autre chose que l'intensité de l'em- 
barras et l'impossibilité de s'en tirer quand on conserve la leçon 

1 Le texte hébreu est ici irréprochable ; tout au plus pourra-t-on ponctuer piN au 
lieu de piN, qui revient cependant en d'autres passages. Le groupe fTÇfàfà S^HS) 
'ïïiiOÏT a donné de la tablature aux commentateurs. En réalité, il ne présente au- 
cune difficulté. f3tt)tt%] (cf. t>)2~)ï2) est formé de HI2352, « oindre, sacrer », et signifie 
«' sanctuaire ». Les kéroubîm étaient d'ordinaire placés dans le sanctuaire, où ils 
couvraient de leurs ailes l'objet le plus précieux et le plus saint du temple, savoir 
l'arche de Iahwé. Le titre de gardien et de protecteur autorisé est très clairement 
exprimé par le participe ^piorï, du verbe ""pO, « couvrir (avec les ailes) », tandis 
que la fonction de protecteur est exprimée par le nom formé du même verbe : Ï13O70. 
Les traductions modernes de ""rrùD72 par « ta couverture (Deine Bedeckung 5? dein 
Fittig » ou « warest du bedeckt » Smend, Cornill) ne convient pas au contexte. 
Encore moins fondée est l'idée émise par M. Cornill, suivant laquelle les mots 
"p"lO!"î ÏTOfàto seraient une addition tendancielle ; ""p-io!"» est même garanti par le 
verset 16; quanta ÏV21212, il est clair qu'un interpolateur aurait mis un mot usité et 
non un <x7ra£ XeyofJLevov. De plus, un scribe postérieur pour lequel la comparaison 
du roi de Tyr avec le kéroub portier du paradis aurait éveillé des scrupules (Cornill) 
se serait à plus forte raison gardé de comparer le roi païen au kéroub du saint des 
saints, surveillant l'arche sacrée et restant en contact immédiat avec la divinité. 
L'absence de ces mots de la version grecque prouve seulement que les traducteurs 
ue les avaient pas compris, mais l'authenticité en demeure inébranlable. 



24 REVUE DES ETUDES JUIVES 

massorétique bam. Au contraire, toutes les difficultés relevées 
s'aplanissent d'elles-mêmes quand on adopte la leçon ^pn réta- 
blie ci-dessus dans Ézéchiel xiv. Suivant son habitude, Ézéchiel, 
agissant en aggadiste érudit, a caractérisé les deux types de sa 
comparaison conformément à divers passages afférents du Pen- 
tateuque. La mention de la cohabitation d'Hénoch avec les dieux 
dans Genèse, v, 24, lui a fourni le fond de sa comparaison. Il fait 
d'abord ressortir la vanité du monarque tyrien en le rapprochant 
de la personne d'Enoch. Le contraste entre les deux individus 
est des plus saillants. D'un côté, l'illustre patriarche antédiluvien, 
quoique parvenu à la suprême sagesse par ses relations conti- 
nuelles avec les dieux ou anges, n'a jamais prétendu participer 
de la nature divine de ses compagnons. De l'autre côté, le roi de 
Tyr qui, rendu vain par ses richesses, non seulement se croit en 
possession d'une sagesse supérieure à celle d'Hénoch, mais, pre- 
nant sa petite île pour la demeure divine, ose s'assimiler aux di- 
vinités. Ensuite, Ézéchiel développe le second terme de compa- 
raison et représente le roi de Tyr sous la figure qu'il s'attribue 
lui-même, celle d'un kéroub divin, gardant d'immenses trésors, 
ainsi qu'on a vu plus haut. La connexion des deux comparaisons 
est ainsi des plus naturelles. 

Voilà l'origine de l'idée fondamentale de la description prophé- 
tique ; pour ce qui est des détails, on peut, sans le moindre effort, 
retrouver la source de la plupart d'entre eux. Ainsi, le site de la 
demeure divine au milieu des mers (v. 2) résulte de l'emplace- 
ment du firmament au milieu des eaux (tn^f: ^pm 3^pn) de Ge- 
nèse, i, 6 ; la notion de l'Éden contenant le jardin d'Élohim (v. 13) 
est due à la Genèse, ii-iii ; et celle du Kéroub gardien (v. 13-14), 
à l'Exode, xxv, 20, ou les kéroubim couvrent de leurs ailes l'arche 
sainte. Ce dernier passage exprime l'idée de l'attitude protectrice 
par les mots bîTB^a tr^no, expression qu'Ézéchiel a condensée 
en '•pioîi (v. 14 et 16) et dont il a formé le substantif ti30?a (v. 13). 
Le passage Genèse, ni, 24 n'a rien à y voir, car les kéroubim qui 
gardent le chemin de l'arbre de la vie sont postés en dehors du 
jardin du côté de l'est ('pjy-'pb tnpfc). D'autres emprunts au Pen- 
tateuque sont : la locution ^tron dira, analogue à ûni^îi ûva 
(Genèse, v, 2) ; l'énumération des pierres précieuses (v. 13) tirée 
d'Exode, xxviii, 17, 18, 20. *, et le terme toe» (v. 14) = «Tpfc", qui 



1 L'affirmation de l'école « grafienne » que l'auteur de l'Exode, xxvni, 17-20, 
serait redevable à Ezéchiel des noms de huit pierres précieuses ne soutient pas 
l'examen. Là, les douze pierres énumérées sont parfaitement en place, puisque chaque 
pierre doit être gravée d'un nom de tribu d'Israël ; chez Ézéchiel, au contraire. 



RECHERCHES BIBLIQUES 25 

repose sur le précepte d'oindre le tabernacle et son mobilier avec 
l'huile odoriférante, Exode, xxx, 22-29. De ces références, trois 
se rapportent au Code sacerdotal, une à un texte attribué à C, 
deux au document A. Si Ton y joint celles que j'ai signalées plus 
haut dans Ézéchiel, xiv, on aura déjà une jolie somme d'allusions 
à des textes que les critiques grafiens ont inconsidérément relé- 
gués après l'exil. Le nombre n'en est pas épuisé d'ailleurs ; je ré- 
serve pour le prochain article le relevé de quelques autres em- 
prunts faits par Ézéchiel dans les passages que nous étudions, à 
la biographie de Noé et au récit du déluge. 

• 
J. Halévy. 



les pierres ne figurent que pour la galerie, au titre général de richesses, et sans 
emploi individuel. Il y a plus, le mot 2ÎTH, qui traîne maladroitement après les 
pierreries au verset 13, occupe une place naturelle dans aïiT Û^Sllîfà de l'Exode, 
xxvm, 20. Méconnaître des faits de cette nature, ce serait renoncer volontairement 
au bon sens littéraire. 



MÉLANGES ËABBINIQUES 



III 1 

Quelques observations sur le rituel. 



Les bénédictions (m^^) dites les Dix-huit forment certaine- 
ment une des parties les plus anciennes du Rituel. Le nom même 
de Dix-huit, qui, d'ordinaire, n'est suivi d'aucune autre indication, 
témoigne de leur grande notoriété, et ce nom est resté même 
après qu'une dix-neuvième bénédiction y eut été ajoutée 2 . Il 
règne une certaine obscurité sur cette nouvelle venue ; on ne 
sait guère quelle était cette dix-neuvième Berahha, ni à quelle 
époque elle fut introduite dans la prière. Nous y reviendrons. 

Toutes ces bénédictions se terminent par la formule connue : 
« Sois loué, Éternel » ; la première Beraklia seule commence par 
la même eulogie 3 . Mais cette formule ne paraît pas avoir été tou- 
jours aussi brève. D'après une tradition qui a un certain carac- 
tère d'authenticité, dans le temple, bien entendu dans le second 
temple, on terminait les Berakhot par les mots : ^nbN "n ftna ^m 
ûbi^n lan ûbi^ii *jtt bvnW « Sois loué, Éternel, Dieu d'Israël, de 
l'éternité à l'éternité 4 . » Si la Misclma, à la fin du traité de Bera- 

1 Voir tome XII, page 65. 

2 La langue de cette prière est .d'une grande correction. En prenant pour base 
de la rédaction celle qui se trouve dans le Siddur de Rab Amram Gaon, on n'y 
rencontre pas même le U) à la place de i|D ou TŒ5N (Siddur, éd. Varsovie, 18 b.) 
Dans Û^Yltt, il n'y a ni Ni!"! SinJSWD, ni fc-p biSES, ni T\V ^3212). Toutefois il 
ne faudrait pas trop en conclure à l'ancienneté de cette prière, puisque cette correction 
extrême est souvent le caractère des pastiches. 

3 Toutes les fois qu'une prière se compose de plusieurs Berakhot, la première seule 
doit commencer par ... îini< ^"nn. 

4 Voyez Yeruschalmi, Taanit. 



MÉLANGES RABBINIQUES 27 

• 

khot 1 , est bien renseignée, cette formule avait été de bonne heure 
abrégée, et les mots dbirïi tji en avaient été retranchés. Ils ne 
furent rétablis que parce que les Minim, Samaritains ou héré- 
tiques, avaient nié l'autre monde, et qu'on préférait alors répéter 
le mot tjVj*. On se rend difficilement compte du rapport qui existe 
entre cette formule et l'existence du temple ; cependant elle s'ac- 
corde, d'une part, avec l'appel que les Lévites adressent au peuple 
(Néhémie, ix, 5), d'autre part, avec l'eulogie qui termine le 
deuxième livre des Psaumes et qui, selon une observation ingé- 
nieuse de M. Graetz, était probablement une de ces formules 
qui terminaient le cantique chanté journellement dans le sanc- 
tuaire - . 

Cette courte eulogie fut cependant de nouveau amplifiée : au 
nom de l'Éternel s'ajoutèrent les mots : ùbi^ïi *ym "i^nbN, « notre 
Dieu, roi du monde ». Adoptés généralement, les deux derniers 
mots de cette formule n'entrèrent pas dans la prière des Dix-huit. 
Le Talmud même a conservé une trace de l'hésitation que les 
docteurs éprouvaient à placer dans l'eulogie les mots « Roi du 
monde ». Il y avait là évidemment une protestation contre le gou- 
vernement oppresseur des Romains. Rab, qui vivait parmi les 
Parthes et qui était même dans l'intimité du dernier roi des Aché- 
ménides, n'exigeait pas la récitation de ces deux mots. R. Yoha- 
nan, au contraire, qui habitait la Palestine, entouré des légions 
romaines, regardait toute Berakha comme nulle, si le Roi du 
monde n'y était pas mentionné 3 . On sait que cette protestation 
contre toute domination séculière fut déjà exprimée devant Pom- 
pée, pendant la lutte entre les deux frères Macchabées, par une 
députation de Juifs pieux de Jérusalem, qui déclarèrent que Dieu 
était seul leur maître et roi 4 . Le mot ^hn se glissa alors dans di- 
verses parties des Dix-huit : il se trouve vers la fin de la pre- 
mière Berakha, au milieu de la seconde, vers la fin de la sep- 
tième dans une longue paraphrase, dans la dixième, où l'économie 
générale des autres Berakhot, comme nous allons le démontrer, 
indique une interpolation 5 . 

1 ix, 5. Voyez Geiger, Kerem Chemed, V (1841), p. 102, et Lehrbuch der 3fischnah, 
II, p. 2 ; Hehaluts, VII (1865), p. 88. A ces différents endroits, on discute s'il faut 
entendre ici par les Minim les Saducéens ou les Dositéens, secte samaritaine qui 
paraît avoir nié également le monde futur. 

2 Monatsschrift, 1872, 481-496. 

3 Berakhot, 29 a. 

4 Josèphe, Antiquités juives, XIV, m, 2. Cf. mon Essai, p. 117. 

5 C'est surtout dans le rituel de Bôsch-Haschûnâh que le mot '"îbft et l'idée qu'il ex- 
prime ont pénétré, parce que Dieu est alors représenté comme assis sur un trône et 
jugeant le monde. Tous les morceaux introduits entre les trois premières et les trois 



28 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Le mot "jbtt n'est pas le seul intrus de ce genre : le mot 
i-nïifcp, « avec amour, » nous paraît également avoir été ajouté 
postérieurement. Ainsi, vers la fin de la première Berakha, la 
phrase devait se terminer par iot pvh ; dans le lib 'jnm des 
fêtes, le mot mî-iio précède la mention de la solennité, et, lorsque 
cette solennité tombe un sabbat, le mot smï-BW est encore une fois 
répété à la fin l . Il fait double emploi avec "psna dans la phrase 
l^nn bnpn mnio - ; et il n'est peut-être pas inutile de faire ob- 
server, à cette occasion, que ces mots qui sont la répétition oi- 
seuse d'une même idée se placent ordinairement l'un avant et l'au- 
tre après le verbe. Telles sont les phrases isn tfmrb ^btt^ "Pttn 3 , 
ûp"n aiiDi sb mriN*. 

En détachant des Dix-huit les trois premières et les trois der- 
nières bénédictions, qui ont un caractère tout particulier 3 , il nous 
reste à examiner les douze ou treize Berakhot qui en forment le 
milieu. Elles paraissent avoir toutes le même type ; deux stiches 
parallèles et un troisième comme conclusion. Ainsi : 

rwa Mab -ittbtti n**i tnab •pin ï-jna iv 

b^m !ira sw *\mi2 iwn 

"jrïiwb TObfc "ïampi ^rrnnb ira» wraft v 

ki p^b ï-itob^ : ïimtëna wtfiïn 

133>©D ^ itobia isb brra -m-jn 15 i^^n nab nbo VI 

ïina nbiDT bm?2 ^ 

"jtttt i^^b tntt» ttbfiwn naa-n mm lawa snan vu 

nns pm bana *o 

dernières bénédictions du Schemoné-Esré et qui ne sont récités que pendant cette fête 
et le Kippour sont empreints de la pensée que Dieu seul doit régner sur toutes les 
créatures. 

r La phrase doit être coupée ainsi: «JET ilTFî mStûM ^n Ù"P nN !"nï"ïN3 

î-dï-ïns r»Tïi raisin av riNi wnn. I)ans la P rière de «"«an nanN elle- 
même, le Si^ttr de Rab Amram porte : 1^2113 DN ÏINn^b 13aab TTPli en 
omettant le mot maïTNa . — Y a-t-il dans ce mot une affirmation que, pour les 
juifs aussi, Dieu était un Dieu d'amour, contrairement à ce qu'avaient prétendu les 
Chrétiens ? Cf. saint Paul dans son Épître aux Romains. 

2 Dans la Berakha XVII. 

s Plusieurs fois dans la prière du soir et ailleurs, où le mot TUon ne doit certai- 
nement pas être joint au mot qui précède; voyez les différentes opinions exposées 
par M. S. Baer dans son excellente édition du rituel [Abodat Yisrael, Rôdelheim, 
1868, p. 169;. 

* Dans la Birkat Hahaftarah. Voyez Masekhet Soferim, XIII, 14, et la note de 
M. Joël Mùller, dans son édition (Leipzig, 1878), p. 184. 

s Ces six Berakhot se récitent tout aussi bien les jours de Sabbat et de fêtes, 
et indiquent par là une rédaction plus ancienne que les Berakhot intercalées en- 
tre les trois premières et les trois dernières et qui sont réservées aux jours de la 
semaine. 



MÉLANGES RABBINIQUES 29 

En considérant ce type comme la forme primitive de toutes ces 
bénédictions, nous aurons peut-être un m.oyen de reconnaître les 
interpolations et superfétations postérieures qui se sont glissées 
dans les bénédictions qui ne présentent pas ce type aussi exacte- 
ment. Ainsi, dans VIII, les mots îidn nanbfrn 15 peuvent avoir été 
ajoutés pour compléter le verset de Jérémie, xviii, 14 4 . Dans IX, 
les mots rrtnN!-: ^d b^ rcra ïm et î-onab ^ttT b"j \èv\ paraissent 
jouer le même rôle que dimrs WiEn rrntt rrra» et rmin n^iï 
baï-i v~\M2"\ dans la seconde bénédiction. X répond parfaitement 
au type. Dans XI, les mots depuis -pban jusqu'à tramai, nous 
l'avons déjà dit, ne sont qu'une longue paraphrase du mot ^btt. 
Voici donc, selon nous, la forme primitive de VIII-X : 

iwoe bab n^bw îiNisn ï-ftim r^-i wvûnrï NDns-i 'n msn vin 

rrnab rtriNinn ^e b^ nai narîi îiaiart na n:nb* "p 3 ix 

.mniaîi ù^s Mimais ^pm 

ïirD&n 1^1 -de 73 nom rrbnmb lawm tWiSfirniD isibsto swtDtt x 

Les huit Barakhot qui forment les paragraphes IV à XI des 
Dix-huit sont des prières pour le peuple d'Israël en général ; les 
quatre bénédictions qui suivent ont un caractère plus spécial : le 
paragraphe XII est une malédiction lancée contre les ennemis 
d'Israël ; le paragraphe XIII, une demande de miséricorde pour 
les chefs du peuple ; le paragraphe XIV sollicite la reconstruction 
de Jérusalem, et le paragraphe XV le rétablissement du trône de 
David. Enfin, le numéro XVI forme la conclusion des Berakhot 
précédentes et renferme le vœu que Dieu veuille exaucer les 
prières contenues dans les Berakhot antérieures. 

Les variantes du numéro XII sont tellement nombreuses 2 que 
les docteurs n'ont jamais pu s'accorder pour adopter une rédac- 
tion définitive. Au milieu des vicissitudes que présente l'histoire 
des Juifs dans le dernier siècle avant l'ère vulgaire et dans les 
deux siècles suivants, les ennemis d'Israël ont changé de nom et 

1 La troisième phrase était peut-être simplement : ï"inN "}!ftiO ND"H "O : l es 
mots ^bfà biS ont été ajoutés pour lui donner plus de force et de vigueur. Lorsque 
les langues vont mourir, les mots dont elles se composent paraissent s'affaiblir 
et perdre de leur force primitive, les personnes qui s'en servent encore croient devoir 
les étayer par des additions superflues qui sont destinées à faire ressortir davantage 
la pensée qu'on veut exprimer. Les gens du peuple, qui ne connaissent pas l'entière 
portée des mots qu'ils emploient, deviennent verbeux par l'effort qu'ils pensent devoir 
s'imposer pour se faire comprendre. 

2 Voyez Abodat Yisrael sur cette Berakha. 



30 ' REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de tendances. C'étaient tantôt les traîtres au milieu du peuple 
même, tantôt les sectateurs du christianisme, tantôt l'empire ro- 
main, qui, par ses procurateurs et ses légions, bouleversaient la 
Palestine. On reconnaît dans la rédaction actuelle l'ancien type 
de trois membres qui peuvent s'établir ainsi : 

■flraHF £3*Ï3 ïiywi ^n? bsi mpn ^nn b« tr^iD^bi XI 

Le premier mot seul fit place à tnr^rn, mot d'un sens fort in- 
certain, puisqu'il pouvait désigner toute secte contraire aux Pha- 
risiens, ou bien à û^^v^b"!, qui paraît avoir été appliqué plus 
spécialement aux baptisés 2 . L'addition... tPWn semble se rap- 
porter aux Romains seulement. Après la destruction de Jéru- 
salem, lorsque les Chrétiens se séparèrent définitivement de 
l'ancien culte, on introduisit probablement tWTobi en tête de la 
Berakha, qui prit alors le nom de a^afi rû-D. On voit dans diffé- 
rents passages du Talmud que Gamliel II se préoccupait beaucoup 
de la fixation de la formule définitive provoquée par le nouvel 
état de choses 3 . Les hésitations que les docteurs paraissent avoir 
éprouvées à ce sujet ont contribué à faire considérer cette Berakha 
comme une nouvelle création : on pensait ainsi résoudre la contra- 
diction qui existait entre l'ancien nom des Dix-huit et le fait bru- 

1 Ces mots se trouvent dans le Siddur de Rab Amram à la place de ûb3"l. 

2 Maimonide a pour ÎTWl "vtI513* b^"l les mots Û'Wïp^Dtf blDT, ce qui équi- 
vaut, à d" 1 ^*") de la NrP'Ha. Voyez plus loin, p. 32, note 2. 

3 Berakhôt, 28 b : h^bltt p*1 ^Sb tTîWl Tf? T%tt ^^tt ÏTJWB l"n 

rû-i3 •jpnb yiw ù^-jn w ùnbs d^pfib V'n ûrrb ■taa ï-nnia mon by 
s— m typ^rn ïïrprâ mna inaïab napr-n *pp- bt^-i^u: iny trp/nsri 

TÏTlb^il Nb"l m 211) tCbllïl SD^riO. « Nos docteurs enseignent ce qui suit : Siméon 
Happiqûli mit en ordre les Dix-huit bénédictions en présence de Rabban Gamliel, à 
Yabné. Rabban Gamliel dit aux docteurs : Y a-t-il quelqu'un qui sache arranger 
la bénédiction des Saducéens ? Samuel le petit se leva et l'arrangea. L'année sui- 
vante, il l'oublia ; il réfléchit pendant quelque temps ; et on ne l'obligea pas pour 
cela à cesser son office. » 

En examinant ce passage, on voit que Siméon n'a l'ait qu'établir Tordre dans lequel 
devaient être récitées les Berakhot qui n'avaient entre elles aucun lien logique pro- 
pre à en déterminer la suite. Cf. Megilla, 17 b . On reconnaît, en outre, que Sa- 
muel avait pris pour tâche de donner une forme définitive Cjpn) à cette bénédic- 
tion. Il s'agissait d'abord de mettre des noms en tête de chaque phrase, ensuite d'y 
introduire l'imprécation contre les Romains, les vainqueurs orgueilleux (fcp^ïï). 
Il n'est pas question pour cette Berakha d'une nouvelle création, bien que les docteurs 
l'aient interprété en ce sens. Cette imprécation n'était certes pas sans danger, eu égard 
à l'espionnage organisé par les Romains dans les provinces nouvellement conquises 
et particulièrement en Judée. Il se peut donc que, pendant un certain temps, on ait 
été forcé de ne pas réciter en public la douzième Berakha avec l'addition, ou même 
de la supprimer tout entière. Ceci ferait comprendre le fait singulier qu'à une 
époque postérieure, on ait oublié la formule et que Samuel ait été obligé de réflé- 
chir avant de la retrouver dans sa mémoire. 



MÉLANGES RABBINIQUES 31 

tal qui présentait dix-neuf Berakhot. Nous serions disposé plutôt 
à regarder comme une addition nouvelle le paragraphe XIV, qui, 
dans tous les cas, n'a pu être introduit dans les Dix-huit qu'après 
la destruction de Jérusalem. Il est même possible que, pour main- 
tenir l'ancien nombre, on ait, au commencement, fait disparaître 
le paragraphe XV, en faisant entrer la prière pour le rétablisse- 
ment du trône de David dans celle qui était consacrée à la recons- 
truction de la ville sainte. Une ancienne Baraita, où il est dit 
« qu'on fait entrer le trône de David dans îrbuîTT ttana », porte 
peut-être la trace de cette tentative hardie qui n'a pas réussi l . 
Le paragraphe XIII, malgré sa longueur, peut se réduire aux 
trois membres habituels ; il faut pour cela en détacher les mots 
d^p'i^iiïl hv jusqu'à pi^n ^fa, qui forment une sorte de titre qu'on 
pouvait élargir ou rétrécir : ici encore la même Baraita nous 
parle d'un moment où l'on avait introduit la mention des prosé- 
lytes dans la Berakha. Les trois membres de cette bénédiction 
pourraient être : 

'piaa irfatttft bab aiâ naffl ftn ■fwri n^m tHp*^f±rt by xn 

•rarfiiaa "p "^ £"d:d tfbi 

Les mots an» 2 nspbn ùitb, s'ils sont anciens, forment le com- 
mencement du troisième membre. Quant à nafio, ce mot est, de 
nouveau, une de ces additions qu'on rencontre également dans le 
numéro XVIII, après yyp n« ibbïm 2 , dans taw usent (prière du 

* Tosefta Berakkot, IV, 25 : ■ïjpb fcT-Eafi T\121XQ rnà.là ÎTllD* î"ttlM 

pwiB bisâ û^ïe biô Sais a^ba ">33 ^b lartiro finara sinto ïibïfata 

tPbOTP bon l W bttl ÏD^pT bUJa Û^} bUJl. Nous avons corrigé Û">tt5inD en 
'PSHÏÎIS d'après Berafthot, 8 a. Les dix-huit Berakhot, qui répondent aux dix-huit 
mentions du tétragramme du Psaume xxix, conservent le nombre traditionnel, parce 
qu'on insère l'imprécation contre les tPIT dans la douzième Berakha, la prière pour 
les prosélytes dans la treizième et parce qu'on réunit la quinzième à la qua- 
torzième. A notre avis, la quinzième Berakha fut supprimée lorsqu'on créa la qua- 
torzième, mais la Ù^TDÏt naia existait déjà avant la destruction de Jérusalem 
et formait un pendant à la bénédiction en faveur des « justes et pieux » qui la suit. 
Les docteurs qui considéraient l'imprécation contre les Ù^fà comme une nouvelle 
création soulèvent même la question : mais en réunissant la quinzième Berakha à 
la quatorzième, il n'en reste que dix-sept? Et ils répondent qu'avant cette réunion, 
la Birkhat Hamminim avait déjà été établie à Jabné. in"" 1 liï'D ^ib /fc 1 IfàN 

ma ^b *i»«i uni prm 'p n»a trbia ^a ^b innn Sirpi nrowi 
ïpa^a imsap naa û^e pi nana ib *iï»K "prat nr\w ihtt. 

2 Le premier membre de cette Berakha se termine par Flbo» mot qui se rencon- 
tre encore ailleurs dans le Rituel, comme dans cette Berakha même : *lDrHÎ21 
ïlba, et ailleurs, J-lbO ^"nNS" 1 ,ïlbO h ]"l^?3"l"T 1 , etc. Dans tous ces passages, il a 
le sens traditionnel de âb"l3>b , comme le traduit le Targum *p7ob3>b. Le Siddur 
de R. Amram donne, dans le ïi^"! Ï"DÏ1N avant Dlbiab "pÉOaïTl, la curieuse 
addition suivante: ^l ÏI^O ni£3 wâï^ btt ^pom ^^fim ; les trois der- 
niers mots répondent à peu près à ^1 ûbl3>b TWn. Us rappellent le passage du 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

soir) et ailleurs. Les paragraphes XIV et XV sont conformes au 
type primitif, si l'on enlève à XIV la phrase relative au « trône de 
David ». Enfin, dans XVI, les mots j^tcd ba ^ jusqu'à nsïmûn ne 
sont qu'une amplification postérieure de 2ïïi^ ïina ■©, qui est le vé- 
ritable membre final de la bénédiction ' . 

Nous croyons utile également de présenter une observation sur 
la formule finale des bénédictions. Nous pensons qu'elle ne s'est 
jamais composée que de deux mots, qui ont été surchargés d'ad- 
ditions qui manquaient dans la forme primitive. Les cinq premiers 
paragraphes, ainsi que VII, IX, XIV et XVI, ont encore leur an- 
cienne forme ; le numéro VI doit être réduit à mbob ttm»rs ; 
n° VIII à trbnn nqii ; n° X à trrna y^io ; n° XI à BDtt» aïriNfi ; 
n° XII à û-nt s^rott - ; n° XIII à ti^^ nas» ; n° XV à rv'az.'n 

Si, d'un côté, ils étendaient ainsi de plus en plus l'ancien type 
des Berakhot, les docteurs nous ont laissé, d'un autre côté, les 
formules dans lesquelles les Dix-huit ont été fortement abrégées ; 
c'est ce que la Mischna appelle m©* îim»© "p^tt. Nos rituels ont 
conservé une de ces courtes formules, commençant par "iM^rs 
ia , »rtb« '!i, telle qu'elle se trouve dans le Talmud de Berakhot, 29 a. 
Le Talmud de Jérusalem 4 avait deux formules, l'une, très courte, 
dont il donne les six premières Berakhot (IV-IX), représentées 
par dix mots, et l'autre, plus longue, qui est d'accord avec la rédac- 
tion du Babli, et dont il ne nous a conservé que les sept autres 
Berakhot (X-XVI). Il nous manque la fin de la formule la plus 
courte, probablement par suite d'une malencontreuse observation 
de R. Haggay, qui a égaré le copiste si négligent du Jeruschalmi. 

J. Derenbourg. 

Talmud Babli Erubin, 54 b '-Û1 Wi ftbû H£3 "lUfittlïî Ùlptt b33, où cependant 
chaque mot est expliqué à part. 

1 On a depuis longtemps observé que le paragraphe XVII (Hlfl) renferme 
une contradiction entre la phrase '"^T ÏI^IS^ÏI fltt Stûtll et celle de "*E)K1 
'l33*i bNTlïî" 1 . La première ne peut y avoir été ajoutée qu'après la destruction du sanc- 
tuaire. L'ancienne formule était peut-être ûnbsrai blS , -|UJ' ,, "JE^D "l^ïlbN 'fi Ï15£1 

*]fty banic* rrm* Tnan \\sr\b wi p^nn bnpn fenb&m bturw* *<wi. 

il est bien entendu que, dans ce cas, les mots '"OV "lS"^" 1 ^ FWÏÏFirfi, ainsi que 
la bénédiction finale, ne sont pas anciens. 

2 Ou bien Ùimtt ^Dl© , ce qui rappelle les mots îrTDi "0"O T lN bsi , tan- 
dis que Q^IT 3>13!373 n'a été ajouté que lorsque les Û^T ont été introduits dans 
la Berakha. 

3 Le mot 1>-|p suit d'ordinaire le verbe û^ et se rapporte, dans tous les cas, 
toujours à David ou au Messie. — Nous supposons pour XVII TD^* ^niNIU ; 
pour XVIII m^Tlïlïl 3>tt, qui se sont maintenus à la fin du 132*11 Û" |b Tl)2. 

4 Berakhot, 8 a : -pa ns^bn Nsn tmii 13b nbo mm'âûn rrirn îwrin 



SENS ET ORIGINE 



DES 



SYMBOLES TUMULAIRES DE L'ANCIEN -TESTAMENT 

DANS L'ART CHRÉTIEN PRIMITIF 



Dans la littérature et dans les dogmes, dans la liturgie et dans 
les rites, en un mot dans la vie de la communauté chrétienne des 
premiers siècles, l'origine juive du christianisme se révèle avec 
une clarté qui ne se retrouvera plus. dans la suite. De même, en 
face de la mort et par delà les tombeaux, l'église montrait encore 
les liens qui la rattachaient au judaïsme, en se servant, pour affir- 
mer ses convictions les plus sacrées, ses espérances suprêmes, 
d'un langage imagé emprunté, en partie, à l'Ancien-Testament. 
De la nuit des catacombes, qui sont elles-mêmes un emprunt fait 
aux institutions juives, émerge une série de symboles bibliques 
primitifs qui deviennent des types fixes et qui se retrouvent, en 
nombre plus où moins grand, dans tous les pays où le christia- 
nisme se propagea successivement, dans les tombeaux et sur des 
sarcophages, sur des bas-reliefs et des pierres tumulaires, sur des 
coupes et des verres à destination funéraire. Ces symboles n'orit 
pu se produire accidentellement, arbitrairement, par le caprice 
d'individus isolés; ils forment, au contraire, un cycle bien éta- 
bli, stéréotypé, un canon supposant une préméditation profonde, 
une pensée dirigeante, un ensemble complexe de vues qui de- 
vaient être immédiatement compréhensibles pour la masse des 
croyants, sans exiger des connaissances scientifiques ou un ba- 
gage littéraire. 

Sans vouloir prendre parti dans la querelle que l'étude des mo- 
numents du christianisme primitif a soulevée entre les deux 

T. XIV, K° 27. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

camps d'allégoristes, les catholiques et les protestants, on peut 
cependant admettre, à priori, que l'observation et l'interprétation 
la plus naturelle et la plus sobre, évitant les parallèles cachés de 
la littérature, approchera plus près du véritable sens des monu- 
ments que l'interprétation reposant sur des hypothèses scienti- 
fiques, qui introduit dans les symboles toutes sortes de rapports et 
d'allusions que les artistes et les premiers croyants ont pu diffici- 
lement avoir en vue. Les démonstrations accumulées par l'érudi- 
tion de Bosio au sujet de chaque image et "de son sens symbolique, 
d'après la littérature des Pères de l'église et des poètes chrétiens, 
ont, en partie, le défaut de reposer sur des données plus récentes 
de plusieurs siècles que les monuments qu'elles doivent interpré- 
ter. Le parallélisme des types, qui voit dans tout F Ancien-Testa- 
ment, dans ses figures et dans ses événements, un prototype du 
Nouveau-Testament, de sorte que chaque trait doit se répéter 
clans l'un et dans l'autre, parce qu'il est devenu plus tard prédo- 
minant chez les commentateurs, les prédicateurs et, par suite, 
dans l'art, ne peut, pour cette seule raison, se retrouver dans les 
monuments d'une époque antérieure. La manière dont les images 
de l' Ancien-Testament sont usitées sur les monuments proteste 
aussi hautement contre cette interprétation ; en effet, nulle part, 
on ne parvient à constater entre ces images et le symbole em- 
prunté au Nouveau-Testament une conformité évidente; au con- 
traire, il y a souvent plusieurs types de l'Ancien-Testament à côté 
d'un type unique du Nouveau-Testament et vice-versâ. Du reste, 
il est contraire à la loi du développement, qui se révèle dans toute 
chose créée et aussi dans Fart, que l'art chrétien, si simple à ses 
débuts, ait adopté régulièrement une dualité de représentation, 
c'est-à-dire la répétition d'un seul et même symbole. 

Si, d'un côté, nous devons nous éloigner d'une interprétation 
trop compliquée, trop savante et, par suite, peu naturelle de ces 
symboles; d'un autre côté, il faudra aussi rejeter l'étude par trop 
superficielle, supposant l'absence d'idées, la pure imitation de la 
part des artistes et des croyants. Un symbole peut, dans le cours 
du temps, s'user, perdre de sa valeur et se réduire à un signe 
sans portée, mais originellement il était l'enveloppe d'une idée, le 
hiéroglyphe d'une pensée qu'il nous faudra rechercher et dont 
nous ne pou négliger la signification. Plus la présence d'images 
bibliques su s monuments funéraires des chrétiens primitifs 
atteste la renonciation aux symboles payens, la lutte et la rupture 
avec l'antique, plus nous serons sûrs d'avoir à leur attribuer un 
choix raisonné, une origine reposant sur de bonnes raisons. Il 
faudra aussi séparer le noyau de l'écorce, la substance du sym- 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 315 

bole de son enveloppe extérieure. Le monstre marin qui engloutit 
Jonas peut, sur les monuments chrétiens, être emprunté à des 
peintures tout à fait payennes, mais la figure du prophète n'a rien 
à faire avec l'antique ; sa présence dans l'iconographie chrétienne 
doit avoir un motif démontrable; il ne suffit pas de dire que les 
payens avaient, eux aussi, des figures de monstres marins sur les 
monuments funéraires. Si l'enveloppe du symbole est ancienne, le 
symbole ne perd rien de sa nouveauté, qui demande une explica- 
tion. L'artiste emprunte les traits de sa peinture à l'époque où il 
vit, à son entourage ; mais la substance, l'objet qu'il représente, 
ne vient pas pour cela de son époque, de son milieu. Les symboles 
bibliques, malgré leur parenté avec l'antique, ne sont pas des imi- 
tations ou des continuations de celle-ci ; ils sont quelque chose 
de nouveau, qui n'a pas encore existé, qui exige d'autant plus 
impérieusement l'explication par lui-même. 

La littérature du christianisme postérieur et les symboles tumu- 
laires de l'antique, voilà les deux sources à l'aide desquelles on a 
essayé jusqu'ici d'expliquer le sens des figures bibliques sur les 
monuments du christianisme primitif. Mais n'y a-t-il pas une troi- 
sième possibilité, savoir, qu'il existait déjà dans le judaïsme 
même, qui est à vrai dire la souche du christianisme, un choix 
d'images de l'Ancien-Testament, un cycle fermé de types qui ont 
pu avoir été usités dans la liturgie? L'église ne se compose-t-elle 
pas de la réunion de ïecclesia ex gentibus ejt de Yecclesia ex 
circumcisione , comme l'indique déjà l'image si ancienne de 
S. Sabine sur l'Aventin, par les deux figures de femmes en prière. 

Toutefois, avant de hasarder des vues nouvelles dans une ma- 
tière si souvent traitée par de si grands maîtres de l'archéologie 
chrétienne, nous réunirons d'abord les symboles de l'Ancien-Tes- 
tament qui se trouvent le plus fréquemment dans les peintures des 
catacombes et sur des sarcophages, nous les examinerons et puis 
nous rechercherons la source de ce cycle; enfin, nous traiterons 
sommairement des descriptions bibliques des monuments funé- 
raires plus rares, habituellement dérivés des premiers et aussi 
postérieurs quant à l'époque. Toutefois nous n'avons pas la pré- 
tention d'épuiser le sujet. Dans l'état actuel de la science, où les 
antiquités chrétiennes de grandes contrées n'ont pas encore été 
examinées ni reproduites artistiquement par le dessin ou plus 
complètement par la photographie, en énumérer exactement tous 
les emprunts faits à l'Ancien-Testament et faire la statistique 
complète de leur propagation, serait une entreprise sans espoir. 
Cependant, même un examen superficiel nous donne, pour servir 
à l'édifice de l'histoire juive, des matériaux qui ont été négligés 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

iusqu'à présent du côté des Juifs : l'histoire des grandes figures 
et des grands récits de l'Ecriture-Sainte en dehors du cercle de la 
synagogue forme, en effet, une partie, et une partie nullement sans 
intérêt, de l'histoire du judaïsme. L'histoire de l'Ancien-Testament 
dans l'art est encore à écrire; en particulier, son influence sur 
l'art chrétien primitif formera un important chapitre de cet ou- 
vrage. 

Adam et Eve. 

Ce n'est pas seulement « principalement sur des sarcophages 
et sur des verres dorés », comme le prétend Kraus 1 , que nous 
trouvons l'image d'Adam et d'Eve. M. Lefort 2 veut, à la vérité, 
placer dans la deuxième moitié du 111 e siècle la peinture de la 
voûte du cubiculum de S. Agnèse, mais cela n'empêche pas de 
croire à leur présence antérieure, dans l'ornementation des tom- 
beaux chrétiens. L'iconographie de ce point particulier mé- 
riterait une étude à part et nous nous bornerons ici à relever 
quelques rares traits. L'arbre de la connaissance, dans lequel 
s'enroule habituellement le serpent, est entre Adam et Eve. Le 
plus souvent Eve est à la gauche du spectateur, par exemple : 
Garrucci 3 , II, tab. 23, 34, 5, 55, 57, 63; parfois elle est' aussi à la 
droite du spectateur, ainsi dans Garrucci, tab. 53, 64, 95, et sur la 
précieuse peinture de la catacombe de S. Gennaro à Naples, il)., 
tab. 96. Le serpent, ayant le plus souvent la pomme dans la 
bouche, se tourne, exactement selon le récit biblique, vers Eve; 
rarement vers Adam. Le serpent apparaît au pied de l'arbre 
émergeant du sol (ib., tab. 55); souvent l'arbre manque aussi, 
lorsqu'une autre figure remplit l'espace entre Adam et Eve, 
comme dans Lefort, p. 49, et Garrucci, t. 67. — Quoique Adam et 
Eve soient représentés dans leur entier développement, Adam 
n'apparaît que très rarement avec une barbe, comme sur la pein- 
ture de catacombe dans Garrucci, t. 34, 5, et sur un sarcophage 
romain, ïb., V, t. 318. Eve se montre à nous avec une chevelure 
abondante, bien coiffée; sur les verres dorés, elle a même des 
bracelets et une chaîne de cou [R. E. P. 4 , 1, 18). On songe ici in- 
volontairement à la parole des docteurs, disant que Dieu l'avait 

1 F.-X. Kraus, Roma sotterranca, Die romischen Katakomben, 2 e édition, p. 286. 

2 Louis Lefort, Études sur les monuments primitifs de la peinture chrétienne en 
Italie, Paris, 1885, p. 46. 

3 Raifaele Garrucci, Storia délia arte cristiana, vol. II. 

4 F.-X. Kraus, Real-Encyclopàdie der christlichen Alterthûmer. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TITULAIRES 37 

parée et coiffée, avant de l'amener à Adam. wom p U5"n usni 
ttaosî-n ï-nnb rf'npï-i nsbptt ifcbfc 3>b:*!i n« 'n ja^i mroi ib» 
•jvaanin tnab (Berakhot, 61 a). Ceci doit faire cesser l'étonnement 
de M. Le Blant (Arles, p. vin, note 9; cf. Garrucci, III, p. 123). 11 
n'est pas possible de distinguer dans ces images si elles présentent 
le tablier de feuilles de figuier cousu ou tressé. Souvent il appa- 
raît comme un épais feston courant autour des reins ; parfois on 
ne voit que la feuille de figuier. La figure montrant en haut l'arbre 
et ayant l'attitude d'une personne parlant ne tient le tablier que 
d'une main ; l'autre figure le tient des deux mains. Parfois on voit 
la pomme dans la main d'Eve. 

Cette peinture a été souvent reproduite sur les sarcophages, 
tantôt avec d'autres images, sur la partie antérieure du sarco- 
phage, tantôt seule sur les parties latérales. La collection de Gar- 
rucci, dans le V e volume de son ouvrage monumental, donne des 
exemples fournis par Rome : t. 312, 1, 4, 313, 314, 318, 322, 365, 
2, 372, 382, 396, 1, 5, 402 ; par Milan : t. 328 ; Velletri : t. 374 ; 
Naples : t. 395, 2 ; Vérone : t. 333 ; Syracuse : t. 365, 1 ; Sara- 
gosse: t. 381; Tolède : t. 369 ; Madrid : t. 376, 3. L'exemple de 
Manosque (t. 351) est reproduit photographiquement dans Le 
Blant 1 , t. 50; cet ouvrage donne, p. 71, 97, 99, 118, 136, 142, d'au- 
tres exemples provenant de France, auxquels il faut encore ajouter 
ceux d'Arles 2 . Le sarcophage de Gahors, dans Le Blant, p. 21, où 
Adam et Eve sont représentés sans tablier, devant l'arbre de la con- 
naissance, est très remarquable. La représentation du sarcophage 
de Velletri, où Adam et Eve se tiennent embrassés, où Eve tend la 
pomme à Adam encore tout nu et où, sur le côté, se trouve l'arbre 
au pied duquel le serpent se lève vers le couple, tenant une figue 
dans sa bouche, mérite aussi notre attention. Evidemment ici l'ar- 
tiste a choisi le moment qui précéda la chute d'Adam. Sur le sar- 
cophage de Saragosse, l'image d'Adam et Eve est répétée sur 
les deux bas-côtés ; au-dessus de l'image d'un des côtés, il y a la 
remarquable suscription : Adan (par un n) et Evva, comme pour 
imiter l'orthographe du texte : s-nn. ' 

L'image d'Adam et Eve paraît aussi avoir trouvé régulièrement 
place sur les coupes en verre à destination funéraire. Je citerai 
trois exemples qui, par l'éloignement des lieux de découverte, 
prouvent la diffusion typique et extraordinaire de ce symbole. La 

1 Edmond Le Blant, Les sarcophages chrétiens delà Gaule; Paris, 1886, in-4°. 
Adam et Eve manquent dans l'index de cet ouvrage, que je citerai dans la suite de 
cette étude simplement sous le nom de Le Blant. 

2 Edmont Le Blant, Etudes sur les sarcophages chrétiens antiques de la ville 
d'Arles; Paris, 1878, in-4». Planche VI = Garrucci, t. 366, 3. 



38 REVUE DES ETUDES JUIVES 

coupe de Podgoritza, en Albanie, contient le dessin le plus cru 
et le plus grossier, et porte, du reste, la fausse inscription ABRAM- 
ETETEUAM (Cf. le dessin de Le Blant, Arles, t. XXXVI). La pa- 
tène en verre de la collection Disch, de Cologne, trouvée au pays 
rhénan, a aussi Adam et Eve sur un de ses -médaillons de verre 
(voy. Jahrbûcher des Vereins der Alterthumsfreunde im Rhein- 
lande l , 36, t. III). La même image se trouve sur un vase en verre 
provenant d'une tombe du iv° siècle, d'Abbeville (Aisne); voir Ga- 
zette archéologique, IX, 1884, p. 224. 

Si, après cet aperçu, nous demandons ce qui a valu à ce sym- 
bole sa place régulière sur les monuments funéraires chrétiens, 
nous verrons dans la réponse les deux extrêmes de l'interpré- 
tation, l'allégorisme sans frein et le rationalisme aride et sans 
idée. La masse de pensées dogmatiques et d'allusions que, d'Arin- 
ghi à Heuser (R. E. P., I, 15), on a cru trouver dans cette naïve 
peinture, Schultze 2 en a prouvé l'invraisemblance et la fausseté. 
Mais il est encore beaucoup plus erroné de soutenir que cette 
image est empruntée à l'antique, comme Hasenclever l'a sou- 
tenu 3 . Parce que, sur les tombes païennes, il y avait aussi des fi- 
gures de serpents, l'emploi de l'image du premier péché ne serait 
que la continuation de l'usage payen, comme si le serpent était le 
sujet principal et comme si les figures d'Adam et d'Eve qui l'ac- 
compagnent n'étaient qu'une addition insignifiante. 

Celui qui veut résoudre impartialement cette question ne peut 
méconnaître un instant la signification funéraire du symbole. Au 
sens de l'Écriture sainte, l'image d'Adam et Eve se trouve sur les 
monuments funéraires parce qu'ils ont apporté la mort dans le 
monde. Comme dans la liturgie funèbre des Juifs, les paroles de la 
Genèse, ni, 19 : « Tu es poussière et tu retourneras à la pous- 
sière, » empruntées au récit de la première chute, sont pronon- 
cées au moment où la tombe commence à se fermer et les mottes 
de terre à tomber, ainsi, dans le symbolisme tumulaire des chré- 
tiens, l'image de la première chute est devenue le symbole d'un 
mutisme éloquent de la mort compréhensible aux esprits les plus 
simples, rattachant la destinée de tous les hommes au commen- 
cement de la vie humaine sur terre. 

Comme développement du symbole original, comme peinture 
historique n'ayant besoin d'aucune interprétation, nous trouvons 

1 Dans la suite, nous désignerons ce recueil par l'abréviation J. R. H. 

2 Victor Schultze, Archaeologische Studien liber ait christ liche Monumtnte ; Vienne, 
1880, p. 154 et s. 

* Adolphe Hasenclever, Der altch istliche Gràberschmuck ; Brunswick, 1886, 
p. 217. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUiMlILAIRES 39 

très tardivement et très rarement, sur les sarcophages, la création 
d'Adam ou d'Eve. Heuser, R. E. P., I, 16, ne cite que le sareo- 
. phage bien connu du musée de Latran, reproduit par Garrucci, 
t. 365, 2; Kraus, Roma sotterranea, t. VIL et Schultze, Arch. 
Studien, t. 22. Toutefois cette peinture n'est pas la soûle. Si Bour- 
gon a tort de parler de onze peintures de la créatio Eve se trou- 
vant dans la collection de Latran (Schultze, pagt % note 3), il 
existe cependant d'autres exemples de cette scène. Ainsi, Garrucci 
nous donne, tab. 396, 2, un exemple provenant de Naples, où cet 
événement est représenté à côté de la chute, exactement comme 
sur le sarcophage de S. Paolo fuori le mure, et, tab. 399, 7, un autre 
exemple tiré de Gampli. M. Le Blant, p. 80, en ajoute un autre 
encore où Dieu est représenté modelant le corps d'Adam, emprunt 
à la création de l'homme par Prométhée dans l'art antique, comme 
Schultze, p. 151, l'a montré. M. Le Blant, Arles, p. 12, prouve 
que, dans l'art chrétien primitif, les représentations de la Divinité 
abondent. Mais les deux figures qui apparaissent h 'Rituellement à 
côté de Dieu, à la création du premier couple hun n, ne sont pas 
là pour former la Trinité : Schultze, p. 148 et s., l'a démontré à 
peu près et y a vu des figures d'anges. 

C'est aussi fort tard, et seulement comme développement pré- 
tendu historique du symbole des premiers parents, qu'apparaît 
sur les sarcophages la scène de Gen., m, 23, où Adam et Eve sont 
chassés du paradis. Ordinairement Adam est représenté portant 
une gerbe, Eve un agneau : ici il ne faut pas chercher de symbo- 
lisme, mais il faut admettre simplement, avec Schultze (p. 157), 
qu'on a désigné par ces emblèmes l'agriculture et l'élève du bé- 
tail, ou, comme la Bible dit, le travail de la terre, qui sera dé- 
sormais la destinée du genre humain. Rien qu'à Rome, on a trouvé 
une foule de ces peintures; ainsi, par exemple, dans Garrucci, 
tab. 314, 1 ; 365, 2; 396, 3-4; 402, 6. M. Le Blant, p. 35, cite un 
exemple d'Arles. La figure qui met la main sur l'épaule d'Eve est 
incontestablement le Christ : un sarcophage de Saragosse dans 
Garrucci, t. 381, 2, met cette interprétation hors de doute. Sur 
chacun des bas-côtés se trouvent Adam et Eve ; d'un côté, c'est 
la scène de la chute et on y voit déjà l'agneau et la gerbe à côté 
d'Adam et Eve ; de l'autre, c'est la scène de l'exil du paradis. Ici 
il y a entre les deux figures d'Adam et d'Eve, reconnaissables par 
l'inscription d'Adan et d'Evva, une figure qui, de la main droite, 
tend à Adam la gerbe, de la main gauche tend l'agneau à Eve : 
au-dessus de sa tête elle porte le monogramme, c'est-à-dire qu'elle 
est désignée clairement et incontestablement comme le Christ. 
Schultze a aussi admis, contrairement à Piper, que la même 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

figure, dans la même scène du sarcophage de S. Paolo, est le 
Christ (p. 155, note 2). 

L'agneau et la gerbe apparaissent aussi, d'après Gen., iv, 3-4, 
dans le sacrifice d'Abel et de Caïn ; dans l'art chrétien primitif, 
il n'y a pas d'exemple de la représentation de cette dernière scène, 
qui n'a été reproduite que sur quelques sarcophages. Aux trois 
exemples cités par Heuser, R. E. P., I, 2, il faut encore ajouter 
ceux que donne M. Le Blant, Arles, p. 10, 43. Dans un fragment 
de Die, il veut (p. 25) reconnaître le sacrifice d'Abel. La peinture 
nous montre Caïn avec la gerbe, Abel avec l'agneau sous le bras, 
se présentant devant Dieu, qui apparaît comme un homme barbu, 
sur un siège caché par une couverture, et ayant, comme signe de 
sa majesté, un escabeau sous les pieds. 

Comme un rejeton latéral d'une branche qui dépérit rapide- 
ment sans être arrivé à fleurir, cette scène sort du symbole pri- 
mitif et disparaît après quelques tentatives. L'art des verres 
dorés n'a pas même adopté ce sujet, tellement peu il avait une 
place ou une signification vraie dans le canon de l'ornementa- 
tion funéraire du christianisme primitif. Toutefois Heuser (l. c, 
p. 3), entre autres allusions et allégories disséminées dans les 
Pères de l'Église qu'il élève à la hauteur d'interprétations de 
cette scène, a cité celle-ci : que Caïn signifie la Synagogue, 
Abel l'Église. 

La faute d'Adam et Eve est le symbole original et le seul com- 
préhensible de l'art funéraire du christianisme primitif; les 
autres tentatives faites pour tirer de l'histoire d'Adam et d'Eve 
et de leurs deux fils des scènes pour les monuments funèbres ne 
peuvent être considérées que comme des additions au fond du 
symbole, visant seulement au titre de peintures historiques et 
excluant, par leur nature et leur développement historique, l'in- 
terprétation symbolique. Aussi, l'explication de ces peintures ne 
peut être que forcée et artificielle. Si Épiphane voit dans ces pa- 
roles de la Genèse, iv, 10 « que c'est le sang (et non l'âme) d'Abel 
qui crie vers Dieu », une allusion à la résurrection des corps, on 
peut accepter cette interprétation. Mais pourquoi y aurait-il pour 
cela la même signification dans le fait de l'offrande du sacrifice de 
Caïn et d'Abel, où il n'est pas encore question de la mort d'Abel 
et encore moins de cette finesse agadique, comme Heuser le croit 
étourdiment? Une peinture historique ne doit pas être prise allé- 
goriquement. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 41 



L'arche de Noé. 

Sur les peintures murales, sur les décorations de voûte comme 
dans les arcosolia des catacombes, nous trouvons, à une époque 
fort ancienne et très fréquemment, Noé dans l'arche, recevant 
la branche d'olivier rapportée par la colombe. A Rome, comme 
à Fùnfkirchen S la même scène nous apparaît. Il est vrai que 
M. Lefort (p. 26) veut attribuer l'image de la cataco.mbe de Domi- 
tilla à la fin du n G siècle ; mais de Rossi lui accorde une plus 
haute antiquité (Kraus, R. S., 279), et Schultze tient pour prouvé 
(p. 276) que son apparition. dans l'art chrétien date du commence- 
ment du ii e siècle. Je vais risquer une hypothèse qui absout cette 
peinture devenue typique chez les artistes du reproche « de man- 
quer de tout réalisme historique » (Kraus, ïb., p. 278). On a l'ha- 
bitude de prendre la petite caisse cubique d'où Noé émerge pour 
l'arche, bien que, si on fermait le couvercle, il n'y aurait pas 
assez de place pour lui tout seul. Qu'un si petit réceptacle dési- 
gne la puissante arche dans laquelle tous les êtres vivants pu- 
rent se sauver du déluge, c'est là une hypothèse inadmissible, 
même dans la peinture symbolique. Aussi, j'y vois seulement la 
peinture de l'ouverture destinée à donner de la lumière, du nsiis 
(Gen. vi, 16), que les artistes, d'après une interprétation fort juste 
de ce verset, considéraient comme un cube saillant d'une coudée 
au-dessus de l'arche. Avec un sens génial du point le plus essen- 
tiel, ils ne dessinaient que cette partie de l'arche dont Noé a sou- 
levé le couvercle, pour lâcher la colombe. De fait, il faut que nous 
nous imaginions la grande masse de l'arche enfoncée sous les 
flots, d'où émerge seulement la lucarne. Originalement nous 
voyons toujours sur les dessins l'arche sur les flots ; rarement 
nous voyons, comme dans Garrucci, t. 24, 52, 62, l'arche sur le 
sommet de la montagne (Gen., vin, 4), et représentée néanmoins 
sous la forme d'une caisse. Plus tard, lorsque le type s'établit, le 
sens du dessin original ne fut pas maintenu, et c'est ainsi que 
s'explique le fait que nous trouvons, dans t. 51, la caisse dans 
un canot, dans t. 52, reposant sur des pieds, et, dans t. 72, un 
vase rond orné de figures de lions, à la place de l'arche. Une vé- 
ritable preuve de la justesse de mon hypothèse est fournie par la 
peinture de l'arche dans la Genèse de Vienne (Garrucci, tab. 112, 

1 Mittheilungen der k. k. Centralcommission- zur Erhaltung und Erforschung der 
Buudenkmale, XVIII e année, p. 57-83. 



42 REVUE DES ETUDES JUIVES 

3, 4), où les trois étages de l'arche sont encore visibles, parce 
qu'elle n'est pas encore alourdie partous les animaux, et où la caisse 
à lumière ressemble bien à celle de nos anciennes peintures. La 
simplicité du sujet offrait, du reste, à la liberté de l'artiste un 
champ très restreint. Le plus souvent le couvercle de la caisse est 
relevé ; je le vois aussi t. 27, où Garrucci veut voir un symbole du 
vent qui s'éleva ; mon opinion est renforcée par la peinture de la 
t. 78. Le signe ressemblant à un gamma grec dirigé vers la gauche 
qu'on voit sur la caisse désigne la serrure qui, sur la tab. 73, 
apparaît distinctement sur le couvercle. Noé, qui est représenté 
le plus souvent sans barbe, est tourné à droite, quelquefois aussi 
à gauche, pour recevoir la colombe apportant le rameau d'olivier 
(t. 14, 27, 31, 43, 51, 52, 53, 62, 70, 72,^73, 78); la t. 44 seule montre 
deux colombes volant vers Noé, de deux côtés opposés. Sur la 
t. 43, Noé apparaît nu. D'après l'interprétation habituelle, il fau- 
drait reconnaître ici et ailleurs l'image du mort dans la figure de 
Noé ; il y a même, à sa place, une figure de femme, debout dans 
l'arche 1 . 

L'emploi du symbole est identique sur les bas-côtés ou côtés lon- 
gitudinaux des sarcophages. Sur ceux de Rome, t. 318, 368, 377, 
384, 1 et 6, 397, 6, et de Milan, t. 328, l'arche est portée par les flots ; 
sur celui de Milan, la caisse est hexagonale. Sur la t. 377, Noé tient 
la colombe dans ses mains, tandis qu'ordinairement elle vole seule- 
ment à sa rencontre. Le sarcophage de Velletri, t. 374, montre les 
traces de la serrure sur la caisse et au couvercle. Sur les sarco- 
phages gaulois, il y a ceci de frappant, que le symbole de l'arche 
en est entièrement absent 2 . Du moins M. Le Blant n'a pu en citer 
un seul exemple dans sa collection. La scène peinte sur le sarco- 
phage de Trêves, où l'on voit dans l'arche, à côté de Noé, sa 
femme, ses trois fils avec leurs femmes, ainsi que quelques repré- 
sentants du règne animal, est remarquable (Garrucci, t. 308, 1 ; 
Le Blant, t. III, 1). 

Si à ces témoignages nous ajoutons la reproduction du récit 
biblique de Noé qui se voit dans la décoration des églises, comme 
à Milan par S. Ambroise, à Saint-Savin (Vienne), nous consta- 
tons une diffusion de ce symbole qui doit avoir une raison déter- 
minante. On a cherché, pour expliquer ce symbole si simple, une 
foule d'allusions forcées, et de comparaisons tirées de la littérature, 
qu'on trouvera réunies chez Heuser (R. E. P., I, 500), Kraus, 

1 Cf. Schultze, Die Katakomben (Leipzig, 1882), p. 107; Kasenclever, p. 219, 
note 2. 

2 L'exemple d'Arles que cite Heuser, E. S. P., I, 499, ne se trouve pas à l'enlroit 
indiqué. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 43 

(R. S. ,279), Henszlmann dans les Mittheilungen der h. h. Cen- 
tralcommission, XVIII, 61. Si l'élasticité de ce symbrîle permettait 
aux savants futurs d'y voir toute espèce de choses, il n'avait as- 
surément à l'origine, dans son extrême simplicité, aucune de ces 
complications dues aux découvertes des érndits. La tentative 
faite autrefois de rattacher le symbole de l'art chrétien l aux mon- 
naies noachiques d'Apamée est également insoutenable. 

Hasenclever lui-même en convient. Mais, suivant le système qui 
fait pousser les arbres d'abord par la cime, il considère (p. 218) 
l'antique ornement de la colombe de paix comme le germe qui a 
donné naissance à la scène de l'arche de Noé. On ne peut qualifier 
non plus de tentative heureuse celle de Schultze 2 , cherchant le 
sens évidemment funéraire du symbole dans l'Arche,, le xipwroç des 
Septante, parce que Arca signifie aussi cercueil, l'image repré- 
sentant ainsi, en quelque sorte, le mort debout dans son cercueil. 
Le sens de cercueil ne devient possible que par les traductions : 
le texte hébreu mm l'exclut. De même, le rameau d'olivier n'a rien 
à faire avec la formule in pace ; au contraire, l'image de la co- 
lombe avec le rameau d'olivier, sur les loculi des catacombes, est 
certainement empruntée au symbole de Noé, dont elle s'est sé- 
parée. 

Considérée au point de vue biblique, sans recourir à aucun ar- 
tifice, l'image de l'arche de Noé paraît représenter seulement le 
premier exemple historique d'une délivrance miraculeuse par 
Dieu. La pensée consolante qui se dégageait pour les premiers 
chrétiens de ce symbole, c'était la démonstration fournie par Noé, 
que, dans la ruine générale, le salut s'obtient par l'aide miracu- 
leuse de Dieu. Noé, le second père du genre humain, est le sym- 
bole de la vie dans la mort. C'est pourquoi on n'a pas choisi 
V arc- en-ciel, mais le moment où la colombe apporte le gage de 
la délivrance, le rameau d'olivier qui annonce la vie nouvelle sur 
la terre, la renaissance du monde. C'est dans- ce sens que l'épître 
aux Hébreux, xi, 6 parle de Noé. 

Abraham immolant Isaac. 

Depuis l'époque la plus reculée, le sacrifice du Moria a été l'ob- 
jet d'une grande prédilection dans l'art chrétien. La présence de 
cette image dans la catacombe de Callixte prouve à elle seule 

1 Voir Schultze, Die Katakomien, p. 108; Garrucci, III, p. 126 et suiv. 

2 Die Katakomben, p. 127, note 6 ; Archaeologische Studien, p. 276. 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES * 

son 'antiquité ; M. Lefort, p. 30, la place à la fin du 11 e siècle. Je 
ne suis pas de l'avis de Schultze (Arch. Studien, p. 92), qui fait 
ressortir qu'elle' n'existe que rarement sous forme de fresque. 
Garrucci, à lui seul, cite huit exemples tirés des catacombes (tab. 7, 
24, 43, 48, 57, 67, 69, 77) ; un cubilicum, dont M. Lefort (p. 75 et s.) 
décrit les peintures encore inédites., tire son nom du sacrifice 
d'Abraham. Si on examine ces peintures, on reconnaît bien vite 
que c'est le père, qui, sans hésiter et volontairement, lève le cou- 
teau sur son fils unique, qui a été l'objectif principal des artistes. 
Il est la figure la plus saillante et le centre de l'action. Aussi 
les figures accessoires sont-elles parfois traitées avec un complet 
mépris des données bibliques. Isaac apparaît nu et lié, parfois 
aussi chargé du bois du sacrifice, non sur l'autel, mais à côté. 
Quelquefois, le bélier n'a pas de cornes ; le buisson où il est em- 
pêtré manque ; lui-même est placé entre Abraham et l'autel, ou 
derrière l'autel. L'autel, diversement figuré, est représenté déjà 
allumé. A la place de la voix de l'ange appelant du haut du ciel, 
les artistes durent symboliser l'intervention divine par une main 
descendant d'en haut. Gomme la tradition juive hésitait au sujet 
de l'âge d'Isaac, entre deux, cinq et trente-sept ans l ; celui-ci 
apparaît habituellement sur les images comme un jeune homme, 
une fois (t. 77) comme un jeune garçon. Abraham est représenté 
sous les vêtements sacerdotaux, c'est aussi un souvenir de la tra- 
dition, qui, dans Pirhé di R. Eliézer, ch. xxxi, compare Abraham 
au grand-prêtre . 

Sur les sarcophages où ces scènes apparaissent souvent, soit 
sur les côtés larges, soit sur les bas-côtés, ces peintures donnent 
lieu à des constatations remarquables : à Rome elles se trouvent 
sur t. 318, 322, 323, 327, 358, 364,2, 367, 384,3, 400,4 ; à Ancône, 
t. 326 ; Milan, t. 328; Madrid, t. 314, 341 ; Tolède, t. 369 ; Gérone, 
t. 374 ; Pise, 364,3 ; Syracuse, t. 365. D'Arles, M. Le Blant nous 
donne t. III (p. 5) ; VI (10 cf. G 366) ; VIII (16) ; X (20-22) ; XXI (p. 35 
= Garrucci, t. 310); de Toulouse, M. Le Blant nous donne aussi 
t. 25 (== G 312) ; de Bagnols, t. 29 (= G 378) ; d' Aix, t. 42 (= G 379) ; 
de Narbonne, t. 56 (= G 334) ; de Lucq de Béarn, t. 27 ; de Cler- 
mont, p. 63 ; de Le Mas d'Aire, t. 26 2 , où le couvercle du cercueil 
porte cette scène (Cf. aussi Le Blant, p. 49). Le bélier suspendu par 
les cornes au buisson, conformément au récit biblique, apparaît 
rarement, comme sur le sarcophage du Louvre (Garrucci, t. 324) 

1 Béer, Leben Abraham 's nach Aufassung der jûdischen Sage; Leipzig, 1859, 
p. 64. 

2 M. Le Blant ne dit pas que Garrucci aussi (t. 301,3) reproduit et discute ce sar- 
cophage. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULA1RES % 45 

et sur le sarcophage d'Arles, t. XXI. Par contre, le trait biblique 
représentant Abraham étendant la main pour immoler (Gen., 
xxn, v. 10 : sanrçb) son fils se retrouve partout. Ordinairement, 
il saisit Isaac par les cheveux, tirant sur la tête pour dégager 
le cou, avant de lui donner le coup mortel avec le couteau levé. 
C'est ainsi que Ephrem le Syrien décrit la scène d'après l'image 
qu'il a vue (v. Garrucci, III, p. 122, note 1). Sous une forme 
particulièrement émouvante, cette scène est reproduite sur un 
chapiteau de la cathédrale de Baie *, où Isaac, sur le bûcher, la 
tête fortement penchée en arrière, attend le couteau, que l'ange 
saisit par la pointe. Fidèles au récit biblique, il)., 9, les sarco- 
phages montrent quelquefois Isaac lié sur l'autel. Ce qu'il y a de 
frappant, c'est que le sacrifice qui, d'après l'Écriture sainte, n'eut 
pas de témoins, se passe en présence de deux ou plusieurs per- 
sonnes. M. Le Blant (Arles, p. x, note 5) cite ce fait comme 
exemple des licences prises par les artistes vis-à-vis du récit bi- 
blique. S'il n'y avait jamais plus de deux personnes apparaissant 
aux côtés d'Abraham, comme dans Arles, t. V, VI, dans Rome, 
t. 384,3, je risquerais l'hypothèse que les artistes ont voulu dési- 
gner les deux jeunes gens (d'après la tradition Ismaël et Éliézer), 
qui, suivant Gen., xxn, 4, sont restés en arrière; car il est no- 
toire que, dans cet art, des faits éloignés l'un de l'autre sont sou- 
vent rapprochés. En ce cas, l'une de ces personnes, qui vient à la 
gauche d'Abraham, ne serait pas l'ange, qui devient inutile en pré- 
sence de la main sortant des nuées : ce serait plutôt l'étonnement 
de ceux qui étaient présents par la pensée qu'on aurait voulu 
peindre. Mais si nous comprenons bien les monuments, il appa- 
raît parfois plus de deux personnes comme témoins. Sur deux sar- 
cophages, qui, à la vérité, selon M. Le Blant, p. 96, sont dus au 
même ciseau, apparaît, t. XXV, XXVII, une femme parmi les 
spectateurs, dans laquelle Garrucci, V, p. 26, voit l'Église. M. Le 
Blant, p. 102, a vu incontestablement juste, en la prenant pour la 
mère d'Isaac, Sara. Je crois que l'artiste a voulu donner à la mal- 
heureuse mère qui ne se doutait de rien une part à l'action, tout 
à fait comme, dans le Midrasch, Isaac, dans sa dernière allocution 
à son père, parle de sa mère (voir Béer, p. 66, note 728), ce que 
Juda b. Abbas rend en termes très poétiques dans son Aliéda : 
nnsïib Xrsn ^iw ny (mMn "«nsrtB, p. 61&). L'aedicula, dans laquelle 
le bélier apparaît sur les mêmes monuments, a été expliqué par 
M. Le Blant, p. 103, comme étant due à des considérations pure- 
ment décoratives. Cependant il semble que les artistes voulaient 

1 Voir Cahier, Nouveaux mélanges d'archéologie : Curiosités mystérieuses, p. 1GG. 



46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

désigner par là le temple du Moria, qui devait s'élever un jour 
à cette même place où le sacrifice eut lieu. C'est visiblement le 
cas pour la coupe de verre de Trêves \ où il y a une langue de 
feu, à côté de la main de Dieu, d'après l'interprétation de M. Le 
Blant, p. 51, note 6, représentant la manifestation de la divinité 
qui retient le couteau d'Abraham. C'est également comme une al- 
lusion au temple futur, que je m'explique les cordes d'arpentage 
sur l'autel de la coupe en verre doré (dans Garrucci, t. 172,8) où 
Isaac est représenté nu et les yeux bandés : c'est là que les fon- 
dements du temple sur le Moria seront délimités un jour avec la 
corde d'arpenteur : telle est l'explication que je voudrais donner 
ici en opposition avec Garrucci, qui voit là une allusion à la dis- 
persion d'Israël. 

Des témoignages de la diffusion extraordinaire de cette scène 
sur des peintures nous sont fournis par les pères de l'Église 2 . 
Grégoire de Nysse parle d'une peinture de cette scène qu'il n'a- 
vait jamais pu regarder sans larmes. La description montre qu'ici 
aussi Abraham tenait Isaac par les cheveux (op. éd., Paris, 1638, 
III, p. 476, dansBraun, J. R. H., 13, 150). Ephrem relève le même 
trait sur la peinture décrite par lui. L'abbé de Wiremouth acheta 
entre 680 et 686 une image représentant Isaac apportant le bois 
pour le bûcher (v. Eugène Mùntz, Eludes sur Vhistoire de la 
peinture et de V iconographie chrétienne, Paris, 1866, p. 22). 

Le témoignage le plus remarquable pour la propagation de ces 
peintures est, pour moi, cette circonstance, que même la littéra- 
ture juive du moyen âge en fait mention. Dans une ordonnance, 
qui rappelle l'usage anglais étendant la loi de l'observance du di- 
manche jusqu'à la défense de visiter les galeries de peintures et 
les musées, la Tosifta de Sabbat, ch. xvn, 1 dit: ^bï-itti-; arû 
t|N aba W abi Tn ptenoa "j\n 3 k-nKapTItt hnm J-mwr tnnn 
i-n&opTia "pb^noia *pN bim. « Il n'est pas permis de regarder (le 

1 De Wilmowsky, Archâologische Funde in Trier und Vmgeiung ; Trêves, 1873, 
in-4°, p. 41. 

2 Hasenclever, p. 220, note 1. 

3 Je ne puis accepter l'interprétation donnée jusqu'à présent de ce mot. Avo-eîxiov 
n'est pas un mot, c'est une invention étymologique désespérée. Prendre le *i comme 
un signe conjonctif (Sachs, Beitrâge, II, 50, note 54), c'est sans exemple. Le mot 
grec eïxœv, qui a de nombreux dérivés, en latin icona, ou ichona, dans les extes; en 
italien ancona, cona. conetta, conula (voir Revue de l'art chrétien, N. S., I, 293, 
note 1), en arabe iknim, au plur. Akânîm, se dit en syriaque N^pl" 1 - Peut-être le 
il dans &jp"Pl doit-il être considéré comme une extension du son 1 comme nous 
voyons Jonas transformé en Diunas [Bulletino di arch. crist., II, 5 (1874), p. 155, 
III, 2 (1877), p. 80). Comp. diurnus et jour et tant d'autres exemples dans les 
langues romanes. De même, je m'explique la l'orme 1 jin3p' 1 1 par ùobuvoôç. Il n'y a pas 
de 1 ajouté. Le renvoi de l'Aruch de Kohut, III, 53, à "pD'^blttl ne prouve rien, 
car ce mot relie une forme verbale grecque avec 1 = Tlïîtf. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 47 

samedi) les inscriptions courant sous les peintures et les sculp- 
tures : ces dernières, il est même défendu de les regarder les autres 
jours. » R. Salomon b. Izak dit, dans Sabbat, 149a : « Parfois on 
peint sur les murs divers animaux ou diverses images d'homme ou 
(lire bi!) in) d'événements, comme, par exemple, la lutte de David et 
de Goliath, et on écrit au-dessous : ceci représente tel animal, ou 
ceci est l'image de cela. » Nathan b. Jehiel, au contraire, men- 
tionne dans son Aruch, s. v. ïpvi, une autre explication : pT^E 8"3. 
bittb»a ^iNUïn prar "ip^i W5 : « c'est-à-dire il y a des images où 
sont figurés le sacrifice d'Isaac et d'autres événements ». Donc, 
l'auteur de cette interprétation savait que ces scènes étaient re- 
produites par la peinture, ce qu'il n'a pu constater que dans l'art 
chrétien *. L'exemple était d'autant plus frappant que dans les 
peintures de l'Ancien-Testament, comme nous le savons par les 
églises que Paulinus de Nola fit décorer, il y avait des inscrip- 
tions explicatives. 

Pour l'observateur non prévenu, il ne sera pas douteux un 
instant que c'est le caractère d'Abraham acceptant de sacrifier 
son fils, parce qu'il croyait à l'immortalité de l'âme, et celui d'Isaac 
si merveilleusement sauvé de la mort qui rendirent cette scène 
si propre à des peintures funéraires. Toute la typique et tout le 
symbolisme que les pères de l'Église appliquèrent, suivant le clas- 
sement de M. Le Blant, p. 101, est inutile et sans but pour l'inter- 
prétation de cette scène. Du reste, le sacrifice du Golgotha n'est 
pas représenté dans les peintures des premiers siècles ; à quoi bon 
alors le prototype, si l'image elle-même manque? C'est donc uni- 
quement la pensée du sépulcre qu'elle évoquait qui a donné à cette 
scène une place dans la série des peintures des monuments; cf. 
Schultze, Arch. Studien, p. 93 et suiv. Le manque d'hésitation de 
la part d'Abraham à sacrifier son fils a frappé la synagogue 
comme l'Eglise. Les poètes juifs ont cru devoir l'en blâmer (voir 
mes observations dans Gôttinger Gelehrte Anzeigen, 1885, p. 468). 
Les pères de l'Église expliquent cet acte par sa foi robuste en la 
résurrection (v. Le Blant, 102, note 6). C'est aussi ce qu'admet 
Hasenclever (p. 219), qui, pour cette raison, n'aurait pas dû rap- 
peler la possibilité que l'origine de cette scène se rattache aux 



1 C'est ainsi qu'Elia Kapsali, de Candie, savait que le lion a été représenté par 
Part chrétien à cause de la vision d'Ezéclnel du char de Dieu, I, 10, et c'est pour 
cette raison qu'il défendit de mettre un bas-relief de marbre représentant un lion 
au-dessus du tabernacle, voir les Consultations, de Joseph Caro, blDT"! npDN 

ÏIDS^jrnD. Cf. Lôw, Crraphische Requisiten, I, 38. Au sujet du lion considéré 
comme le symbole du Christ, voir Kraus, R. E. P., s. v. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

anciennes images du sacrifice d'Iphigénie. Ce qui prouve combien 
l'histoire du sacrifice dlsaac est liée, dans le judaïsme, avec la pen- 
sée de l'immortalité, c'est, outre l'Epître aux Hébreux, xi, 17-19, 
la tradition d'après laquelle Isaac serait l'auteur de la finale de la 
seconde des Dix-huit bénédictions, car, lorsque son âme, qui s'é- 
tait déjà envolée, rentra en lui à la voix libératrice de l'ange, il 
s'écria : û^n?2M ï-pfiE v ma ^pnn « Sois loué, Éternel, qui fais 
revivre les morts » (Pirhé de R. Eliézer, ch. xxxi ; cf. Béer, p. 69). 
Au sens de la tradition juive adoptée par l'Église, il n'y a donc 
pas, pour symboliser la foi dans l'immortalité, de symbole plus 
élevé et plus simple que le sacrifice du Moria. 

David Kaufmann. 

(A suivre.) 



NOTES SUR LA PESCÏÏITTO 



EDOM ET ROME. 



Dans une dissertation intitulée Meletemaia Peschitthoniana, 
M. Joseph Perles a soutenu la thèse, admise aujourd'hui, que la 
version syriaque de l'Ancien-Testament appelée Peschîtto a été 
faite au 11 e siècle de notre ère par plusieurs traducteurs juifs qui 
suivaient les traditions des écoles de la Palestine. Il a montré, 
par de nombreux exemples tirés du Pentateuque de cette version 
et rapprochés des Targoums et des Midraschim, que les change- 
ments et les additions au texte hébreu étaient intentionnels et 
qu'ils étaient conformes aux interprétations admises par les doc- 
teurs juifs. L'origine juive de la Peschîtto établie, on est autorisé 
à rechercher dans cette version des vestiges de targoums dis- 
parus, et ces recherches peuvent être fructueuses pour l'histoire 
et l'exégèse des targoums postérieurs. Le passage de la Peschîtto 
que nous signalerons ici mérite, à ce titre, d'attirer l'attention des 
exégètes ; il appartient évidemment à la littérature du premier 
siècle de l'ère chrétienne, quand les Juifs, après le règne de l'Idu- 
méen Hérode. le vassal des Romains, prirent l'habitude de dé- 
signer Rome par le nom d'Edom. Grâce à cette assimilation de 
Rome et d'Edom, les docteurs juifs pouvaient, en interprétant les 
textes sacrés, surtout les livres des Prophètes, se livrer à des 
allusions, en apparence inoffensives, mais qui, en réalité, entre- 
tenaient le feu de haine qui couvait dans les cœurs des opprimés l . 

On trouvera dans les lexiques de Buxtorf et de J. Lévy de 
nombreuses citations de la littérature postérieure qui montrent 

1 Voir Graetz, Gesckichte der Juden, 2 e éd., IV, p. 17. 

T. XIV, N° 27. 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que l'identification de Rome et d'Edom était une règle admise 
pour l'exégèse biblique; nous reproduirons seulement quelques 
mots du commencement du commentaire de David Kamchi sur 
Obadia, qui formulent clairement cette règle : ù^rnsii "nftNtû nfti 
n»N a ^^ by ùwn rrnriôo eyin pnm « toutes les fois que les 
Prophètes ont parlé de la destruction d'Edom à la fin des temps, 
ils l'ont entendu de Rome ». Après ces mots, Kamchi renvoie à 
son commentaire d'Isaïe, 34, 1, où il dit ; nMfci ima ynN mnntts 
mba» b&nuiï « lorsque l'empire des chrétiens sera détruit, Israël 
sortira de la captivité ». 

Le fragment de targoum que la Peschîtto nous a conservé offre 
un intérêt tout particulier, d'abord parce qu'il appartient à un 
document ancien, et ensuite parce que le verset biblique qu'il tra- 
duit servait de base à l'argumentation qui établissait pour l'exé- 
gèse la règle de l'identification de Rome et d'Edom. C'est, en effet, 
une loi suivie par les docteurs dans les Talmuds et les Midraschim 
de faire découler d'un verset biblique les nouveaux principes 
qu'ils formulent ou les usages dialectiques qu'ils consacrent. Dans 
le cas dont il est question, il était d'autant plus nécessaire d'in- 
voquer l'autorité de la Bible qu'il s'agissait de faire naître dans 
les esprits la conviction intime que les calamités prédites contre 
Edom avaient été réellement annoncées pour Rome. 

Ces considérations préliminaires nous ont paru nécessaires 
pour l'intelligence du verset que nous nous proposons d'expli- 
quer. Ce verset est le dernier du psaume xn, ainsi conçu dans le 
texte hébreu : 



at - : • • t : • t 

:itîn isnb rnbï ans 

itt •• : • •.. •.. : 

Le premier membre de phrase est clair ; quant au second, il est 
si peu intelligible que chaque interprète le traduit d'une manière 
différente : tôt capita, tôt sensus, et on n'est pas d'accord sur son 
vrai sens. 

La Peschîtto porte : 

.ïobttîsn n*wi 'pans 
♦ ûïin ^m ab^bî «Ein '■pN 

Tout autour les pervers s'avancent, 
comme la hauteur vile des fils d'Edom. 

Il est évident que la traduction littérale du second membre 
« comme la hauteur vile des fils d'Edom » ne signifie rien. Les 



NOTES SUR LA PESCHITTO 51 

commentateurs syriaques disent qu'il s'agit d'un haut lieu où les 
Edomites avaient construit un temple à leurs idoles et où ils se 
livraient aux pratiques obscènes de l'idolâtrie 1 . A l'époque où 
vivaient les auteurs de la Peschîtto, on se souciait trop peu de 
l'ancienne religion des Edomites, pour se croire autorisé à changer 
l'hébreu tn« ^s, « fils des hommes », en dus m, « fils d'Eclom ». 
Cette substitution était, en effet, voulue, car le texte hébreu ne 
comportait pas de variante à cet endroit : toutes les autres ver- 
sions ont conserve les mots « fils des hommes ». Il y a là un 
changement intentionnel amené par les mots précédents : Éwn 
«b^T s'interprétait dans le sens de anb^bî w% « Rome la vile », 
et le sens véritable, à peine déguisé, était : 

Partout les pervers nous assiègent, 
comme nous a assiégés l'inique Rome, 
la ville des Edomites. 

Ce sens ne pouvait échapper à la génération qui avait subi les 
horreurs du siège de Titus et à l'esprit de laquelle était encore 
présente la domination antinationale des Iduméens. Par ce tar- 
goum s'explique aussi l'expression rtsman 170m, « Rome la per- 
verse », devenue courante dans la littérature juive postérieure, 
si l'on rapproche le mot srwwn du mot £o:^n de notre verset. 

Commentée targoum s'est-il perdu? La crainte des persécutions 
aura conseillé aux Juifs de cette époque de laisser de côté un 
texte trop clair pour ne pas être dangereux, et on lui aura subs- 
titué le targoum que nous possédons et qui disait, pour les initiés, 
la même chose, sans être compromettant ; en voici les termes : 

•pabtntt aosmcn -nïn ^m 
, NUtt ^m 'prrwa eusses Npnbso 

Tout autour les pervers s'avancent 

comme une sangsue qui suce le sang des hommes. 

Où les traducteurs ont-ils pris le mot sangsue? Ont-ils vu dans 
l'hébreu en un synonyme de rtfa"), « ver »? Non, la sangsue n'est 
ici qu'une allusion à la Rome insatiable, qui, comme une sangsue, 
vivait du sang des Juifs qu'elle écrasait d'impôts, ainsi qu'en 
témoigne la littérature du temps, et cette traduction n'est qu'une 
paraphrase de l'ancien targoum conservé par la Peschitto. 

1 Voir le passage de Bar Bahloul rapporté par M. Payne Smith dans son Thé- 
saurus syriacus, sous le mot tD"l1N. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



II 



LE FILS DU TOIT. 



La Peschîtto a encore du monde païen quelques souvenirs que 
l'on ne retrouve pas ailleurs. L'expression an|N *ia, « fils du toit», 
désignant le démon lunaire qui, dans la croyance des anciens, 
torturait l'épileptique aux changements de lune, appartient certai- 
nement au paganisme ; elle ne se comprend que comme un vestige 
du culte astrolatrique, sur lequel l'Ancien-Testament nous fournit 
quelques données. On la trouve dans deux versets de l'évangile de 
saint Mathieu, iv, 24, et xvn 15. Dans le premier verset il est 
parlé des démoniaques, des épileptiques et des paralytiques, que 
Jésus avait la renommée de guérir ; le grec creT^viaÇouivouç qui dé- 
signe les épileptiques est traduit en syriaque par anâN nn-r, « ceux 
du fils du toit » ; dans le second verset, où il est question d un 
père qui conduit son fils épileptique devant Jésus, le grec 8™ 
ae^vià^sTai est rendu dans ia Peschîtto par anâ« *\n nb man, « qui a 
un fils du toit». La Vulgate se sert, dans les deux cas, du mot 
« lunaticus » ; la version arabe paraphrase : elle traduit dans le 
premier cas : « ceux qui sont frappés au commencement des nou- 
velles lunes », et, dans le deuxième cas. « qui est frappé au com- 
mencement des nouvelles lunes ». On voit que ces versions se ren- 
daient parfaitement compte de la valeur du verbe grec oûiwi&&ri*i ; 
l'idée exprimée par ce verbe doit également se retrouver dans 
l'expression syriaque. En dehors de cette voie, on n'aboutit qu'à 
des hypothèses en l'air, comme celles que proposent les divers 
commentateurs syriaques : pour les uns, le démon de l'épilepsie 
est appelé fils du toit, parce qu il apparaît sur le toit à sa victime 
et descend du toit vers elle ; selon d'autres, le possédé était sujet 
aux attaques de 1 épilepsie quand il se trouvait sur un toit alors 
il pcumait, tombait et se blessait; une troisième explication voyait 
dans ce génie malfaisant un démon d'un ordre inférieur dont la 
puissance ne s'élevait pas au-dessus du toit *. On comprend que le 

1 Ces diverses explications ont été recueillies par Bar Bahloul dans son lexique 
et reproduites par M. Payne Smith dans son Thésaurus syriacus, sous les mots fcO^N 
et ^n. Nous ferons remarquer ici que les mots N^l^N 13 »e désignent jamais 1 epi- 
leptique et ne doivent pas être traduits par lunaticus, comme le lait encore M. Payne 
Smith ; ils ne s'appliquent qu'au démon de l'épilepsie, au démon du lunaticus, 



NOTES SUR LA PESCHITTO b3 

souvenir des anciennes pratiques religieuses dut s'effacer promp- 
tement de l'esprit des Syriens chrétiens. C'est donc une bonne 
fortune que de rencontrer dans la Bible des textes qui nous per- 
mettent de retrouver le sens original de cette locution. Les livres 
bibliques nous apprennent, en effet, que le culte des astres avait 
lieu sur le toit des maisons ; c'était là qu'étaient dressés les autels 
où on sacrifiait à ces divinités ; c'était là, par conséquent, qu'ha- 
bitaient les génies ou démons sidéraux, les esprits qui dans la 
croyance des anciens, étaient les hypostases de telle planète et 
leurs messagers auprès des hommes. Le Bar-éggârâ, le fils du 
toit, est donc le génie shféral qui assiste au sacrifice offert sur le 
toit à la divinité planétaire Zéphania, i, 5, parle de ceux qui se 
prosternent sur les toits devant l'armée des cieux : d^nntèftrrnan 
ir^'in NSitb nisari by ; Jérémie, xix, 13, mentionne les maisons 

• AT t - t : • - 

sur les toits desquels on sacrifiait à toute l'armée des cieux : 
bittiëïi ans bbb ûiwiâJrbs nâp tidn trnar:. Les autels qui étaient 
sur le toit de la chambre supérieure d'Achaz, II R., xxm, 12, 
étaient consacrés au culte des astres, ainsi qu'il résulte du verset 5 
du même chapitre comparé avec les versets de Zéphania et de 
Jérémie cités plus haut. On lit dans ce verset : b^sb û*nu)£72rrnN") 
tnarârr iO£ bbbi nîb-Ttebi rrrbi "énéb. M. Stade, dans la Zeit- 

• |T t - t : : t - - -.-t- : v v | 

schrifl fur die Alttestamentliche Wissenschaft, 1886, p. 305, 
rapproche ingénieusement de ces versets un autre verset de Jéré- 
mie, xxxn, 29, où il est annoncé que les Chaldéens brûleront avec 
la ville les maisons sur les toits desquelles on sacrifiait à Baal : 
♦ b^3b ûîTni«*b? viuJp niô» tpnsr; n&n, et il en conclut que Baal, 
dans ce passage, comme dans II R., xxm, 5, est une expression 
concrète qui résume en elle toutes les divinités sidérales : le soleil, 
la lune, les constellations et toutes les étoiles du firmament. 

Ces divinités, comme toutes les divinités du panthéon, avaient 
chacune son culte spécial dans une ou plusieurs localités. Le culte 
de la Lune paraît avoir joui d'une grande faveur surtout en Syrie, 
à en juger par les monuments épigraphiques qui nous t'ont con- 
naître des noms d'individus dont le mot m\ « lune », est un 
des éléments, comme bisrrp, v. Sy 'ie centrale, n os 15, 93, 124 ; 
Nb-nrrv, id., n° 2 ; abi:rm\ id., n° 13 ; irrr, id., n 08 16, 30, 68 83 ; 
comparez aussi sur les monnaies d'Edesse le croissant lunaire 
représenté sur la tiare des rois d'Edesse. Si cet astre était en 
grande vénération chez les Syriens, il est très admissible que l'ex- 



v. Addai the Apos'lc, 3, 20, comparé avec Ancient Documents, 2,* 14; Apocryphal 
Arts, 39,9; 181, 14; 229, 19; Act. Martyr, I, 73; Aphraat., 43, 1. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pression bar-éggârâ, « fils du toit », qui avait dû s'entendre des 
génies sidéraux en général, ait désigné en Syrie le génie lunaire. 
Dans cette hypothèse, on comprend que le traducteur ait rendu 
le grec seAïiviàÇsceou par « avoir un fils du toit ». On ne le com- 
prendrait plus, si on voulait rapprocher le syriaque fioâ&t. « toit », 
de l'araméen targoumique aiirna, « autel des idoles », quelque 
frappante que soit l'analogie des mots, car l'expression targou- 
mique s'applique au culte des idoles en général, et non pas seu- 
lement au culte des divinités astrales. Le targoumique a^iiPK doit 
être comparé avec w et ■naian, qui signifient « tumulus », colline 
de sable, et qui, comme hauteurs, convenaient au culte idolâ- 
trique, conf. Genèse, xxxi, 47, où «rmïio 1^ est pris dans le sens 
de monument commémoratif. Si le mot i1jp« traduit dans les tar- 
goums l'hébreu naTtt, il se rapproche, par son sens primitif, de 
l'hébreu fftn, et, quoique le tumulus et le toit aient été des lieux 
affectés au culte, on ne doit, en aucun cas, dériver ni:pk, « toit », 
de amJPN, « autel » ; le premier vient de la racine n:o, « tirer, 
allonger », parce qu'en Orient le toit est plat et, d'après la loi mo- 
saïque, devait être pourvu d'une balustrade pour éviter les acci- 
dents; RTiarot, « tumulus », vient, au contraire, d'une racine n^N, 
qui signifie « amonceler, entasser ». 

RUBENS DUVAL. 



HISTOIRE DUNE TAILLE 

LEYÉE SUR LES JUIFS DE PERPIGNAN EN 1413-1414' 



I 

DESCRIPTION DU MANUSCRIT. 

Le manuscrit 6504 de la Bibliothèque municipale de Perpignan 
(n° 21 du nouveau catalogue des manuscrits) contient l'histoire 
d'une taille que s'est imposée en 1413 une communauté juive qui 
est sûrement celle de Perpignan. 

Ce manuscrit, écrit en hébreu, se compose de 48 feuillets de 
papier qui se divisent comme suit : 

f. la. Espèce de cahier des charges indiquant la nature et 
le but de la taille et les conditions imposées à ceux 
qui achèteront la ferme de cette taille. 

f. lb. Dpux quittances données par deux des fermiers de 
la taille à leur troisième associé, Issac Salomon Bendit, 
chargé de toutes les opérations et de toutes les écritures. 

ff . 2 à 42 Comptes personnels de tous les Juifs taillés. 

ff. 43 à 46. Journal des sommes perçues par les fermiers et 
contenant jour par jour, le détail des sommes. perçues 
qui ont été inscrites aux comptes individuels. 

ff. 47 à 48. Journal détaillé des frais de la taille (écritures, 
actes notariés, frais de perception) et des versements 
faits par les fermiers pour le compte de la commu- 
nauté juive, avec indication, au moins partielle, du par- 
tage des bénéfices de la ferme. 

1 On pourra comparer cette étude avec celle que nous avons publiée, sous le titre 
de Deux livres de commerce du commencement du xiv 6 siècle, dans la Revue des Etudes 
juives, t. VIII, pp. 161 à 196, t. IX. pp. 21 à 50 et 187 à 213. 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La description des feuillets 2 à 48 n'est pas sans intérêt pour 
l'histoire de l'art de la comptabilité. 

Les feuillets 2 à 42, contenant les comptes personnels des con- 
tribuables, sont arrangés comme suit : 

En tête de chaque compte individuel se trouve, en gros carac- 
tères, le nom du contribuable et la somme qu'il doit verser à la 
ferme. C'est son d^bit. Les noms des contribuables se suivent 
dans l'ordre alphabétique, qui n'est pas toujours, il est vrai, très 
rigoureusement observé 1 . 

Après le nom, vient une mention relative à la contribution ver- 
sée par le contribuable pour un compromis fait avec Joan de Rive- 
saltes et dont nous parlerons plus loin. Ces versements paraissent 
avoir été faits antérieurement à la perception de notre taille, mais 
ils sont reportés ici au crédit du contribuable et en décharge de 
son débit pour le montant de sa taille. Toutes ces sommes ont été 
payées par l'intermédiaire de Méir Vidal (ou avancées par lui) et 
encaissées par Mossé Cohen. Puis viennent, en colonne, et à leur 
date, les payements successifs faits par le contribuable pour le 
montant de sa taille. Les sommes versées, écrites en toutes lettres 
ou représentées, suivant l'usage, par des lettres de l'alphabet 
hébreu, sont à peu près en colonne, de sorte que l'addition en est 
facile. Quand le compte est liquidé (crédit égal au débit), il est 
suivi du mot t^biari ou quelquefois nttbttn ; ce mot manque lorsque 
le compte personnel n'est pas liquidé. Au cours des opérations, les 
administrateurs de la communauté ou de la taille (néémanim*) 
accordent un assez grand nombre de réductions d'impôt ("ib ipbo 
d^tofron), ces réductions sont inscrites dans une seconde colonne 
à côté des sommes versées et portées en compte à Yavoir du con- 
tribuable. 

La plupart des paires contiennent deux comptes personnels, 
quelques-unes en portent davantage. 

Au bas de chaque page, le total du nombre de contribuables 
portés sur la page et le total de leur débit est certifié par quatre 
personnes, qui sont peut-être les néérnanim. Ces quatre per- 
sonnes sont Méir Vidal, Benvenist Astruc de Besalu, Issac 
Samson et Boniac Bonsenior. Méir Vidal figure déjà, comme nous 
l'avons vu, dans la perception pour le compromis de Joan de 
Rivesaltes. 

Les ff. 48 à 46 sont divisés en deux, trois ou quatre colonnes. 

1 Le règlement d'Avignon de 1556 prescrit également de tenir les comptes « par 
ABC». Maulde, Les Juifs dans les Etats français du Saint-Siège, Paris, 1886, 
artt. 41, 42. 

2 Voir Revue, t. XIII, p. 199. 



HISTOIRE D'UNE TAILLE LEVÉE SUR LES JUIFS DE PERPIGNAN 57 

Les colonnes contiennent de petits "hapitres, ayant en tête la date 
des versements, et, sous la date, les noms des contribuables et le 
montant de leurs versements ; les sommes sont en lettres de l'al- 
phabet hébreu, disposées en colonne. Le total de chaque colonne 
est inscrit au bas de la colonne. 

Les ff 47 48 n'offrent rien de particulier au point de vue tech- 
nique. Le total de chacune des pages 47a et 47 b est fait au bas de 
la page. 



II 



CAHIER DES CHARGES POUR LES FERMIERS DE L IMPOT. ETABLISSE- 
MENT DES COMPTES DES CONTRIBUABLES. 



Le feuillet la donne sur l'histoire de la taille (de et înajua) les 
indications suivantes : 

La taille fut décidée par les nèèmanim, en vertu du pouvoir 
qui leur avait été donné par la majorité de l'Assemblée générale 
(iwn) de la communauté, suivant l'acte dressé par Salomon Sa- 
lomon, ministre officiant, le mardi 28 novembre 1413. 

Le contribuable devait payer, pour chaque livre qu'il possédait, 
1 sou 6 deniers. L'état de fortune des contribuables était pris dans 
les manifestes (nwirr) faits par eux en mai 1410. On sait que ces 
manifestes sont les déclarations où les contribuables inscrivaient 
le détail de leur avoir, pour la répartition proportionnelle des 
impôts 1 . 

Le montant de la fortune déclarée dans les manifestes se trouve 
écrit, dans ff . 2 à 42, au-dessous du nom de chaque contri- 
buable. Cette indication ne se trouve pas sous les noms des per- 
sonnes uniquement imposées pour le compromis de Joan de 
Rivesaltes. 

Le produit de la taille devait être consacré à solder le montant 
d'une somme due par la communauté, à la suite de ce compromis 
(miBB), à Joan de Rivesaltes; puis, à payer un certain nombre de 
créanciers juifs et chrétiens de la communauté; et enfin, à un ver- 
sement qui devait être fait par la communauté au trésorier Cjïin 
pion, probablement trésorier du roi). Nous donnerons plus loin 
le tableau de ces dettes et nous montrerons que des changements 

1 Voir Revue, t. XIII, p. 207. 



58 REVUE DES ETUDES JUIVES 

furent apportés par l'administration juive dans la répartition pri- 
mitive du produit de la taille. 

La ferme de la taille fut vendue par adjudication publique. Les 
adjudicataires furent (f. ha) les trois Juifs : En Salomon l Bonsior 
Bendit, En Bendit Vidal et Issac Salomon Bendit. Ce dernier, 
comme on le voit à chaque page du manuscrit, fut chargé de la 
direction des opérations de perception, des payements, de la dis- 
tribution du dividende ou bénéfice (Wi) de la ferme à ses asso- 
ciés. Il est l'auteur de notre manuscrit (voir son nom dans la liste 
alphabétique des noms de personnes qui suit). 

Il fut convenu, d'un côté, que les fermiers verseraient, dans les 
délais prescrits, les sommes dues par la communauté, et qu'ils s'y 
engageraient sous peine de prison (t-nû^sn) et d'otage 2 . Les reçus 
que leur donneraient les créanciers de la communauté seraient 
remis par eux à la communauté, sous peine d'une amende de 10 1., 
moitié au trésor du roi (Fernand I er , roi d'Aragon), moitié à la 
communauté. 

D'un autre côté, la communauté s'engageait envers les fer- 
miers à faire annuler tout acte par lequel un contribuable au- 
rait obtenu, de quelque fonctionnaire ou personnage que ce fût 
Cp^n, courtisan), d'être exempté de la taille. Dans le cas où cette 
annulation n'aurait pas lieu, le montant de la taille du contri- 
buable exempté tomberait à la charge de la communauté. 

En outre, les fermiers obtenaient le droit de poursuivre (tëiaib) 
les contribuables, même les veuves et les femmes en l'absence 
de leurs maris, pour le payement des tailles, de les faire mettre 
en prison, de prendre leurs biens en gage et de les vendre à leur 
profit jusqu'à concurrence de la somme due 3 . 

Une excommunication générale avait été prononcée à la syna- 
gogue 4 contre tous ceux qui chercheraient, par un moyen ou un 
autre, à échapper à la nécessité de payer la taille. Le fermier 
pouvait, pour les personnes qu'il voulait ou qui l'avaient payé, 



1 Nous donnerons partout à ce nom la forme Salomon, quoique nous pensions 
qu'on prononçait plutôt Salamon ou Salmon. 

2 On entend par ce mot l'internement de fonctionnaires ou d'administrateurs, dans 
un local déterminé, jusqu'à ce qu'ils aient rempli un mandat qui leur est donné par 
la communauté. On trouve Y otage de personnes choisies pour élire les fonctionnaires, 
par exemple dans les Consultations de Salomon b. Adret, 3 e partie, n os 330, 333, 
422, 424. A Avignon également les députés sont enfermés jusqu'à ce qu'ils aient fait 
certaines élections ou certains règlements [Annuaire de la Société des ^Etudes juives , 
I, p. 203, art. 2). 

3 A Avignon, en 1556, le collecteur des impôts des Juifs peut faire gager et mettre 
en prison les contribuables, vendre les gages à l'encan au bout de huit jours, faire 
mettre les femmes en arrêt, non en prison. Maulde, articles 40 et 44. 

4 On peut voir ce qu'étaient ces excommunications dans Annuaire, l. c, p. 185. 



HISTOIRE DTOE TAILLE LEVÉE SUR LES JUIFS DE PERPIGNAN 59 

lever cette excommunication au nom de la communauté. Pour 
les personnes qui, au contraire, essayeraient de se soustraire 
à l'impôt, la communauté s'engageait à les excommunier nomi- 
nativement dans la synagogue le lundi et le jeudi (jours où la 
synagogue est plus fréquentée, parce qu'on y lit un chapitre 
du Pentateuque). 

Le cahier des charges paraît avoir été écrit avant le 7 décembre 
1413 (la) ; la ferme de la taille fut achetée probablement à cette 
date, mais l'acte d'achat ne fut dressé que le 10 par le notaire 
Bernât Fabre (47 ab y en haut, et couverture du manuscrit, à l'in- 
térieur, en tête du manuscrit) ; la perception commença le 8 dé- 
cembre 1413 (43a), le partage des dividendes entre les fermiers 
eut lieu le 16 avril 1414 (Ib et 10 a), cependant de petits arriérés 
furent encore encaissés jusqu'au 6 novembre 1414, sans que nous 
puissions dire avec certitude comment le partage des bénéfices 
a pu se faire avant la fin de l'opération. 

Le montant du produit de la taille avait été fixé d'avance par 
les néémanim (f° 1 a) à L. 482.0.0. Pour établir ce chiffre, nous 
pensons que les administrateurs ont fait écrire d'avance, dans 
notre manuscrit, par le secrétaire de la communauté, le débit des 
comptes individuels et les totaux au bas des pages jusqu'au 
f° 40 &, et y ont fait inscrire en même temps, au crédit de chaque 
contribuable, la somme qu'il avait déjà versée antérieurement 
pour le compromis de Joan de Rivesaltes et qui devait venir en 
déduction des payements à faire pour la taille. C'est dans cet état 
qu'ils auront livré le manuscrit à Issac Salomon Bendit. Les indi- 
cations ci-dessus, en effet, ne sont pas, comme le reste du manus- 
crit, de la main d'Issac Salomon Bendit, mais de la main qui a 
écrit le cahier des charges du f° 1 a. Le total des débits jusqu'au 
f°40 b est tout près de L. 482 (il est L. 481.2.8) ; les comptes des 
ff. 41 42 ont évidemment été ajoutés plus tard, car les noms 
des contribuables portés à ces comptes ne sont pas à leur place 
alphabétique, et, en outre, à partir du f° 41 b, les quatre signa- 
tures qui attestent, au bas des pages, le total du débit sont réduites 
à deux ou manquent tout à fait. Il paraît probable que les signa- 
tures ont été apposées d'un coup par chaque signataire sur tous 
les feuillets précédents, leur absence partielle ou totale sur les 
feuillets suivants vient de ce que les comptes de ces feuillets ont 
été ouverts plus tard et on n'aura pas eu le temps de porter 
ces comptes à la signature des néémanim ou de tous les quatre 
néémanim. Avec ces comptes nouveaux, le total du débit de 
tous les comptes individuels est de L. 488.7.1. 

Il est sûr que c'est à Perpignan et non ailleurs que notre taille 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a été levée. Tout d'abord on verra, dans les listes nominatives 
qui suivent, qu'un grand nombre de contribuables sont originaires 
de localités voisines de Perpignan, en deçà et au delà des Pyré- 
nées. En outre, tandis que l'origine des Juifs venus d'autres 
villes est indiquée, on ne trouve pas une seule fois, dans notre 
manuscrit, la mention qu'un contribuable serait de Perpignan, 
ce qui est naturel si la taille a été levée à Perpignan, mais ne se 
comprendrait pas si elle avait été levée dans une autre ville 
voisine, il eût été impossible qu'on n'y eût pas trouvé un seul 
contribuable originaire de Perpignan. La ville de Rivesaltes, dont 
le nom est porté par un des principaux créanciers des Juifs, est 
tout près de Perpignan. C'est à Perpignan seul, probablement, 
que Ton pouvait trouver, comme capitale de cette partie de 
l' Aragon, un fonctionnaire de la cour comme Bérenger Ribas, qui 
porte le titre de courtisan. Enfin, argument décisif et qui suffirait 
à lui seul, le notaire qui intervient à chaque instant dans l'histoire 
de notre taille, Bernard Fabre, est un notaire qui a exercé à 
Perpignan en 1414, et M. Vidal, le savant bibliothécaire de la 
ville de Perpignan, a même retrouvé dans des papiers qui restent 
de ce notaire une note qui paraît se rapporter à notre taille. 



III 



DESCRIPTION DES OPERATIONS ET TABLEAUX JUSTIFICATIFS. 



En faisant la déduction des sommes qui avaient déjà été versées 
antérieurement pour le compromis de Joan de Rivesaltes, et dont 
le total, d'après l'addition que nous avons faite des comptes indi- 
viduels, sh monte à L. *70.6 0, le produit de la taille devait être 
primitivement de L. 410.0.0 environ. La communauté n'avait pas 
besoin de toute cette somme, comme on va le voir, c'est ce qui 
explique les nombreux dégrèvements accordés aux contribuables 
au cours des opérations. Ces dégrèvements sont indiqués dans les 
comptes individuels. 

Les sommes nécessaires à la communauté se montaient primi- 
tivement (tableau I plus loin) à L. 346.10 ; mais, avant que la 
perception fût achevée, un certain nombre de changements se 
produisirent dans l'état de la dette, comme on le voit par la 
comparaison de nos tableaux (tableaux 1 et II plus loin). Le plus 
important de ces changements consiste dans la disparition 



HISTOIRE D'UNE TAILLE LEVÉE SUR LES JUIFS DE PERPIGNAN 61 

des L. 110.0.0 qui devaient être versées au trésorier royal, et 
qui probablement sont remplacées, dans les dépenses effectives 
(tabl. II), par un payement de L 71.4.7 fait au percepteur de la 
communauté (pour le compte du trésorier?) et un payement 
de L. 58.10 fait, sur ordre de la communauté, à En José 
Mordecai Salamies et En Salomon Bonsenior Bendit (48a), qui 
avaient peut-être avancé cette somme à la communauté pour 
payer le trésorier. Avec quelques autres petites augmentations, le 
total des sommes à payer pour le compte de la communauté 
se monta (tabl. II) à L. 366.9.1. Ce total se trouve indiqué au 
haut des ff. 47 àb et sur la couverture du manuscrit, à l'intérieur. 
Les L. 58.10.0 furent finalement payés en trois parts égales 
(486) à En Salomon Bonsior Bendit, à la veuve Salomon Issac 
Bendit et à En Vidal Bendit. 

Les frais de perception, suivant les calculs que nous avons faits 
sur les indications détaillées des ff. 47 et 48, se montèrent à 
L. 2.7.10. Ils comprennent le salaire donné à des aides, la vente 
des gages et objets saisis, la conservation des gages, la mise en 
prison au moins d'un récalcitrant, le payement du notaire ; même 
les frais dencre sont comptés. On trouvera le détail de ces dé- 
penses au tableau IV plus loin. 

Les payements se firent assez difficilement, par petits à compte ; 
le nombre des gages vendus est considérable, il y eut finale- 
ment quelques non-valeurs ou arriérés : ils se montent, d'après 
le total que nous en avons fait sur les comptes particuliers , 
à L. 0.17.1. 

Le bénéfice des fermiers est assez difficile à déterminer avec 
une rigueur absolue. Il paraît résulter des indications réunies 
dans notre tableau V qu'il fut de L. 5.11.3 ou plutôt de L. 6.8.4. 

Tableau I. — Sommes destinées à être payées, pour le compte de la com- 
munauté, sur le produit de la taille (f° \ a). 

Le 15 décembre 1413 à Monsinyor Joan de Rivesaltes. L. 50. 0.0 
Le 24 — — à N'Issac Samson et Eu Bonas- 

truc Jaco 130. 0.0 

Le 24 — — à En Samiel Roget 28.0.0 

Le 1 er mars 1414 à Messer Joan Masot 5.10.0 

En février — à Messer Ramon Esquirat 5. 0.0 

— — à Monsinyor Francès Despoug. 5.10.0 

Le 1 er — — à En Bernât Estève 42.10.0 

Le 15 — — .... au trésorier (royal ).... 110. 0.0 



346.10.0 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tableau IL — Sommes effectivement payées par les fermiers de la taille 
pour le compte de la communauté (d'après les ff. kl al). 

45 déc. 1313. Monsin. Joan de Rivesaltes L. 50. 0.0 

22 — En Jacme Catala pour En Samiel Roget 28. 4.6 
17 janv. 1314 Le percepteur de la communauté En 

Mossé Astruc Cohen 71 . 4.7 

22 — Issac Samson et En Bonastruc Jaco. . 130. 0.0 

26 — En Bernât Estève 12.10.0 

29 — Messer Ramon Esquirat 5. 0.0 

19 fév. 1314. Monsin. Joan Masot 5.10.0 

19 — Francès Despoug 5.10.0 

23 mars 1314 En José Mordecaï Salamies et En Salo- 

mon Bonsenior Bendit 58 . 1 . 

366. 9.1 



Tableau III. — Compte débiteur des fermiers. 

1 . Sommes payées antérieurement par les contribua- 

bles pour le compromis de Joan de Rivesaltes 

et n'entrant pas dans la caisse des fermiers.. L. 70. 6.0 

2. Sommes encaissées '. 374. 8.2 

3. Arriérés 0.17.1 

4. Dégrèvements ordonnés par les néémanim . 42 16.1 

488. 7.4 

Les n 08 1, 3 et 4 de ce tableau ont été obtenus en faisant le total 
des indications qui se trouvent, sur ces matières, dans les comptes 
individuels; le n° 2 est le total des totaux partiels qui se trouvent 
au bas des pages dans le journal des recettes ff. 43 à 46. 

On remarquera que le total de ce compte est égal, à 3 d.près, au 
total des débits, lequel est, comme nous l'avons indiqué plus haut, 
L. 488.7.1. 

Tableau IV. — Compte créditeur des fermiers. 

1 . Frais de perception et divers : 

à Ras Sola L. 0.15.10 

Issac Jaco 0. 8. 4 

Astruguet 0. 8. 2 

Ras Julia 0. 0. 4 



o . 



Vidal Vivas 0. 

En Macip Cohen 0. 0. 4 

Encre VI 0. 0. 2 

En Bernât Fabre, notaire 0. 9. 6 

2. 7.10 



HISTOIRE D'UNE TAILLE LEVÉE SUR LES JUIFS DE PERPIGNAN 63 

2. Payements faits pour le compte de la com- 

munauté (tableau II) L. 366. -9. 1 

3. Les n os 1 et 4 du tableau III 143. 2. 1 

4. Arriérés (n° 3 du tableau III) 0.17. 1 

Solde 5.11. 3 



4*8. 7. 4 



Dans ce tableau, les chiffres du n° 1 sont obtenus par l'addition 
des sommes détaillées des tf. 47 a 1) et 48a. 



Tableau V. — Bénéfice des fermiers. 

Ce bénéfice ne peut être que le solde du tableau précédent, ou 

bien ce solde augmenté des arriérés (n° 4 du tableau précédent). On 
a donc : 

Bénéfice L. 5.11.3 

ou, en y ajoutant les arriérés 0.17.1 

le bénéfice sera 6 . 8.4 



Nous supposons qu'il faut prendre ce dernier chiffre (L. 6.8.4); 
il semble bien qu'Issac Salomon Bendit a payé, le 16 avril 1414, 
ses deux associés en leur avançant leur part, et qu'il a ensuite 
continué les recouvrements à son profit, au risque de ne pas ren- 
trer dans tous les arriérés ou avec la certitude qu'il les encaisse- 
rait, puisqu'il avait le droit de saisie. La part des associés dans le 
bénéfice n'a pas été égale, probablement parce qu'ils n'avaient pas 
fait les mêmes avances de fonds, et on comprend, du reste, 
qulssac Salomon Bendit, qui avait surveillé les opérations, ait eu 
une part plus grande que ses associés, surtout s'il a fait, lui aussi, 
des avances de fonds. On voit d'une part, au f. 10a, qu'il laisse, 
évidemment sur sa part du bénéfice, à la V e Salomon Issac Ben- 
dit (c'était peut-être sa mère), une somme de L. 2.0.11. D'autre 
part, on voit au f° 1 & que, le 16 avril 1414, Issac Salomon Bendit 
donne, comme dividende, L. 1.16 à Bendit Vidal, et L. 1.19.11 à 
Salomon Bonsior Bendit. Enfin (f. 48 a) Issac Salomon Bendit, qui 
était chargé du recouvrement d'un autre impôt, appelé impôt 
des prêts (msnbnn Ott), avait, le 16 avril, en même temps qu'il 
distribuait les dividendes à ses associés, crédité en outre En Sa- 
lomon Bonsior Bendit de L. 0.6.0 au compte de cet impôt des 
prêts. Il en résulterait que le bénéfice de notre taille aurait été 
réparti comme suit : 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En Bendit Vidal L. 4.16. 

En Salomon Bonsior Bendit 2. 5.11 

•Issac Salomon Bendit 2. 6. 5 



6. 8. 



IV 

LISTE DES CONTRIBUABLES ET DES JUIFS DE PERPIGNAN 

Cette liste est dressée d'après l'ordre alphabétique des prénoms 
des contribuables. Nous avons adopté, pour la transcription de ces 
noms, l'orthographe usitée dans la région (par exemple Abram 
pour Abraham, Issac pour Isaac, etc.). 

M. Vidal, bibliothécaire de la ville de Perpignan, nous a prêté, 
pour la lecture correcte des noms et pour beaucoup d'autres pas- 
sages de ce travail, le concours de sa vaste et profonde érudition. 
Nous lui en exprimons nos meilleurs remercîments 1 . 

On voudra bien se rappeler que le En ou N' qui précède les 
noms d'hommes est synonyme de Sieur, Seigneur; de même Na 
devant les noms de femmes est un reste de dona, dame. 

Les signes qui précèdent les noms ont le sens suivant : 

O désigne les personnes nommées dans le manuscrit, mais 
qui ne paient aucun impôt. 

— désigne les personnes qui paient la taille d'après leur ma- 
nifeste. A la suite, entre parenthèses, on trouvera tou- 
jours le montant du manifeste, en livres, sous, deniers. 

= désigne les personnes qui sont taxées uniquement pour le 
compromis de Joan de Rivesaltes, mais non pour la taille 
sur manifeste. 

-f- désigne les personnes qui paient la taille sur manifeste et 
sont, en outre, taxées pour le compromis de Joan de 
Rivesaltes. 

Les noms, qui ne sont précédés d'aucun signe, se trouvent uni- 
quement dans notre liste à titre de renvoi. 

Dans les taxes pour le compte de Joan d^ Rivesaltes, nos signes 
ne se rapportent qu à celles qui seront versées à partir de 1 ouver- 
ture des comptes de notre ms., non a celles qui ont déjà été per- 
çues antérieurement. 

1 Les transcriptions incertaines des noms de personnes sont soulignées. 



HISTOIRE D'UNE TAILLE LEVÉE SUU LES JUIFS DE PERPIGNAN 65 

On remarquera, dans la liste qui suit, qu'un certain nombre de 
personnes ne paient aucun impôt. Pour quelques-unes de ces per- 
sonnes cela s'explique facilement : ce sont des fonctionnaires de 
la communauté juive (Diulosal, secrétaire ; Issac Jacob, proba- 
blement huissier ou sergent; Salomon Salomon, officiant et pro- 
bablement secrétaire), des aides employés à la perception de l'im- 
pôt (Astruguet, Issac Jacob, Issac Samson, Macip Cohen), des 
fonctionnaires vérificateurs des comptes (Benvenist Astruc de 
Besalu, à moins que sa contribution ne soit comprise dans celle 
des Hoirs Astruc de Besalu ; Mossé Cohen, à moins qu'il ne soit 
le môme que Mossé Astruc Cohen), et enfin le chef des opérations 
de perception, Issac Salomon Bendit. Les autres exemptions sont, 
en partie, apparentes et expliquées par les identifications de per- 
sonnes que nous avons proposées, ou bien elles s'appliquent à de 
pauvres gens qui n'ont pas les moyens de payer l'impôt, ou enfin 
les personnes qui paraissent en jouir ne demeurent même pas à 
Perpignan et ne peuvent pas compter parmi les contribuables. 
Abram Azriel, qui, d'après le journal, fait un versement le 18 dé- 
cembre 1413, n'a pas de compte personnel, ce versement se fait 
donc pour le compte d'un autre contribuable (son père ou sa mère 
veuve) que nous ne pouvons pas autrement désigner. 

Nous ferons encore une autre remarque plus importante. On 
parle sans cesse de l'immense fortune que possédaient les Juifs 
au moyen âge : presque chaque fois qu'on peut vérifier les faits, 
on s'aperçoit que c'est pure fable et que la réalité ne correspond 
pas du tout à la légende. Les capitalistes juifs des États fran- 
çais du Saint-Siège étaient de pauvres diables en comparaison 
des banquiers italiens établis clans le pays; la Société des Juifs 
de Vesoul dont nous avons étudié l'histoire (voir Deux livres 
de commerce) paraît avoir eu constamment besoin du concours 
et des prêts des Lombards. L'histoire de notre taille conduit à 
des constatations du même genre. Le total du débit des contri- 
buables était, à l'origine, de livres 488.7.1, et cette somme (sauf 
une petite partie, que nous assimilons, par hypothèse et pour ce 
calcul, au reste de la somme) provient d'un impôt de 1 sou 6 de- 
niers par livre. La fortune totale des Juifs de Perpignan aurait 
donc été de 6,511 livres. Le nombre de familles est d'environ 180, 
cela fait 36 à 37 livres par famille ou environ 7 livres par tête. 
Ce n'est pas une grosse fortune. On estime que la somme des 
fortunes privées, en France, se monte à 210 milliards de francs 1 , 

1 Yves Guyot, Rapport concernant l'impôt sur le revenu, Paris, 1886, p. 208 à 
210 (p. 210, au lieu de 215 millions; il l'aut lire 215 milliards). 

T. XIV, n° 27. 5 



06 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

c'est-à-dire environ 5,500 francs par tête. Supposons que la 
livre, en 1413, à Perpignan, ait valu 20 à 25 francs et que le 
pouvoir de l'argent ait été à cette époque dix fois ou même vingt 
fois ce qu'il est aujourd'hui ; supposons une dissimulation de 
25 pour cent 1 ; avec toutes ces hypothèses, évidemment exa- 
gérées, on n'arrive encore qu'à une moyenne de 4,375 fr. par 
tête, et il ne faut pas oublier que la fortune des Juifs était grevée 
d'impôts 3, 4, 5 fois (est-ce qu'on sait ?) plus lourds que ceux de 
nos jours. 

Liste des Juifs. 

— Femme Abram Esmies Gabrit, 6 a, annp ©ôr>SS8 Cma 2 , et Û"DW 

N'Abram. — (37.10.0). 

O Abram Astruc, 34 #, paie pour un autre. Pourrait être Abram fils 
d'Astruc de Besalu (voir Astruc de Besalu) et serait par consé- 
quent identique à Abram de Besalu. 

O Abram Azriel, 43 b, 4 8 déc. 

— Abram Bendit Cohen, kb. — (9.7.0). 

O Abram de Besalu, paie pour un autre, 32 b ; voir Astruc de Besalu 
et Abram Astruc. 

— Abram du Gailar, tb; N'Abram ; paie pour un autre, 35 #. — 

(36.42. 0). 
=== Abram Cresques ttp^'ip 'N, Ua; son gendre et sa femme sont 
mentionnés, mais sans être nommés. 

— Abram Macip Cohen BpÔ12, Y> a. — (30.16.0). 

— Abram Méir, 3 b ; Abram Méir de Lodève, 43 0, 44 b. — (72.0.0). 

— Abram Rimoc ^ton, 4 b ; SflJm, 44 b> 45 a ; la lecture Rimoc et Ri- 

moch, qui était encore inconnue, est donnée par des pièces la- 
tines de Perpignan. — (5.0.0). 

— Abram Samuel Cabrit, 3 a. — (9.0.0). 
-f- Ali Mossé tt©» ^ba, 9b. — (1.0.0). 

O Aron Loup, C]"ib, 4 3#, intermédiaire dans un payement. 

— Hoirs Astruc de Besalu, 22 #, 43 #. Ces héritiers paraissent être 

Mossé de Besalu, Abram de Besalu, Benvenist de Besalu ; 
• ces deux derniers sont désignés comme frères. — (138.0.0). 

— Astruc Bonsior (et Bensenior) Ti^ia, 4 a ; TlTOWia, 44 a. — 

(16.7.1). 

— Astruc Cabrit, 3 a. — (3.46.0). 

— Femme Astruc Cresques, 6 b. — (6.0.0). 

— Astruc Gracia (et Gracian), 2 b, 43 b, tôab. — (36.4 0.0). 

— Veuve Astruc Hayyim, 8 a. Le mot veuve est toujours indique 

par l'abréviation 'bat. — (6.0.0). 

1 Voir Yves Guyot, pages 212 et 216; cf. p. 81. 
a Sur le nom de Cabrit, voir Revue, t. IV, p. 71. 



HISTOIRE D'UNE TAILLE LEVÉE SUR LES JUIFS DE PERPIGNAN 67 

— Astruc José "vm, La. — (3.0..0). 

— Héritière d'Astruc Millau, 3£; 45 a, Bonastruc pinnt5*3l3 ; voir 

Bonastruc Jaco. — (7.15.0). 
O Astruguet ErSYimDH et tMnattK, 47 #; il est courtier mono, 
47 a b ; nommé 6 b, 8 à, 1 1 a, 30 b, 31 a, 32 b. 

— Bella ïi^n, femme de Salomon de Belcaire, 16 a; rtV^a? Na Bella, 

îmn m3, 36 b. — (164.10.0). 

— Bendit Benvenist niïïïaaa B" 1 "^, 12 a; assiste à un payement, 

\0b. — (95.0.0). • 
O En Bendit Vidal bNTn û'HaaSK, un des fermiers de l'impôt, 5 a ; 

on paie par son intermédiaire, c'est-à-dire, sans doute, qu'il 

avance de l'argent aux contribuables, 11 a, 24 # ; reçoit sa part 

du bénéfice de l'impôt, 1 b, 48 a. Parait identique à Vidal Bendit. 
O Benvenist Astruc de Besalu; son nom se trouve au bas de toutes 

les pages, comme vérificateur des comptes ; est probablement 

identique an suivant. 
O Benvenist de Besalu, 22 a, est probablement fils d'Astruc de 

Besalu. Voir le nom précédent et aussi Abram Astruc et Abram 

de Besalu. 

— Veuve Boaz, 7 a ; Boaz de Garcassonne, 44 b. — (9.0.0). 

— Bonamic Vidal p^m, 1 5 a. — (1 . 1 . 0) . 

— Bonastruc Davi "nn pnniwn, 12 #; rayé, est allé demeurer au 

village VS'imn "»n i T t . — (68.15.0). 

— Bonastruc Farrissol bittes, 14 a; bilans, 44 b:— (24.0.0). 

— Bonastruc Jaco (= Jacob) lp">, 12 #; En Bonastruc 'Tttfit, 1 a, 3 b, 

en qualité de détenteur (piïntt) des biens de la fille d'Astruc 
de Millau, par ordre du prévôt (mpD) ; paie pour (prête à ?) 
divers, 6 b, 10 b, 19 a, 39 a ; est un des créanciers de la com- 
munauté, 1a. — (59.0.0). 
Bonastruc de Millau, voir Astruc Millau. 
-f Bondia Boniac p»Wi rWhTMh, 15a. — (3.14.0). 

— Bondia Davi (= David) Cohen, 14 a. — (17.0.0). 
-h Bondia de Posquières, 14 b. — (3.10.0). 

— Veuve Bonet Vidal Lrrnn, 10 b ; En Bonet Vidal, 17 a, 21 b. — 

(63.10.0). 

— Bonfil Vidal Ali "»bN barm b^in, 13a. — (30.9.0). 

— Bonfos d'Avila «513311, 14 b. — (18.0.0). 

— Bonfos Bonmacip EpoEin, 16 a ; rpOtt2i2, 43 a. — (128.8.0). 

— Bonfos Gresques Alfaquim û^oobtf, 12 a; a un fils Jacob demeu- 

rant à Laroque, 12a ; a acheté un impôt différent du nôtre, 

1 Les habitants des villages ■pnVw^ïn ^12 ou 'v^" 1 !"; "^nn sont plusieurs fois 
nommés. Ce sont ou bien des Juifs dépendant de la communauté juive de Perpi- 
gnan, quoique formant une communauté à part, ou plutôt encore des Juifs incorporés 
officiellement à la communauté juive de Perpignan, quoique demeurant (temporai- 
rement ou avec domicile fixe) dans les petites localités voisines. Pour ces gens du 
village, leurs dettes 2VTI et la perception de leurs impôts !"n^2, il y a une comp- 
tabilité à part, probablement tenue par notre Issac (12 b, 41 a). 



68 REVUE DES ETUDES JUIVES 

16 #, 24 a, 30 a ; dans la ferme de cet impôt ou d'un autre, il a 
eu pour associés maître Méir Bonet et un autre, 19*. Parait 
être le fils de Mossé Alfaquim, 28 a; En Bonfos, 30 a; fait 
vendre chez un Juif après saisie, 32 a. — (101 .10.0]. 
= Bonfos Maimon llJr», 16 b ; fi»"*», 45 b ; in 1 *», 44 a. 

— Veuve Bonfos Pater nas, 5 b ; a pour fils Vidal Pater et Boniac ; 

paie pour Ruben Pater, qui est peut-être son neveu ; voir 

aussi Samuel Mossé. — (358.10.0). 
= Bonfos Roget ' Wft et tt^l*,, 1 6 b, fils de Samuel Roget,i#. et 36 b. 
= Bonfos Samuel Alfaquim, 11 #; En Bonfos, 5 a; fils de maître 

(= médecin) Samuel Alfaquim D^sba bniK'Q 'tû^NÈ, 5 a ; 

achète un impôt avec maître Méir Bonet et un autre, 19 b. 
= Bonjuda Alfaquim ttTiMia et sa femme, 11 b. 

— Bonjuda (et Bonjudas) de Carcassonne 125*715313, 15 b ; ÏI^IMia, 43 a. 

— (1.10.0). 

— Bonjuda (et Bonjudas) Gracian, 13 a, 43 a, 44 J; témoin d'un 

payement, 12 a. — (61 .0.0). 

— Boniac Bonsior (et Bonsenior) TPtbaia, 13 b, lY^ttttia, 44 b ; signe 

au bas des pages comme vérificateur des comptes. — (82.10.0). 
+ Boniac Samiel baraiB et son fils, 13 b. — (3.0.0). 
= Bonsior (et Bonsenior) Barbes lan-iNn, 16 b ; r^mn, 43 b. 

— Veuve Bonsior (et Bonsenior) Bendit, 5 a, 45 a. — (25.7.0). 

— Veuve Bonsior Maïmo 153"Va TPTDia, 7 b ;. "JW^, 43 b ; voir Issac 

Iehiel. — (7.7.0). 
-f- Borgesa riN^ma, 15* ; WTna, 43 b. La transcription du nom 
est assurée par des documents latins. — (1.6.0), 
Na Clara, voir Mossé Alfaquim. 

— Gresques Alfaquim, 33 b. — (7t. 0.0). 

— Gresques Bendit Cohen, 34a; témoin d'un payement, 12a. — 

(18.8.0). 

— Cresques Dayot £31^1, 36 #; frère de Vidal Dayot, 19 b y 31 b, 43/?. 

— (11.9.0). 

— Veuve Cresques Ferrer TID, 8 b. — (4.0.0). 

O Cresques de Foix, paie pour Bonamic Vidal, 15 a. 
-f- Cresques Loup t|ib, 34 #. — (8.0.0)., 

— Cresques Macip Cohen, 34 a. — (12.6.0). 
= Cresques de Montfort, 35 a. 

— Gresques Vidas «Tn, 33 b. — (16.15.0). 

— Davi du Gailar, 17a, 43*. — (39.10.0). 
= Davi Salomon de Foix, 17*. 

+ Davi Samiel Cohen, 17 b. — (7.0.0). 

-f- Veuve Dayot Mossé, 6 b ; voir Astruguet, Bonastruc Jaco, Hénoch 

Méir. — (12.0.0). 
O En Diulosal José bttîibn^tf, 1 a; a écrit un acte. 



1 C'est la vraie prononciation, au moins à Perpignan, du mot lû^II ; voir Bévue, 
t. XIII, p. 15G, où l'on peut proposer Roget au lieu de Rugat. 



69 



HISTOIRE D'UNE TAILLE LEVÉE SUll LES JUIFS DE PERPIGNAN 

— Duran Salamies «KraStt l&nvi, 17 a. — (441 .8.0\ 

— Veuve Falco (et Falcon) ibn Yahya ftfirm "j iabs, 7 b ; la» liaba 

st^rr, 44 a. — (4.13.0). 

= Ferrer Dayi, 32 « ; voir Vidal Ferrer. . 

— Ferrer Davi Bonmacip, 32 l ; 44 0, Ferrer Macip. — (77.0.0). 
= Guédalia Uzziel, 21 a. 

Gothon 1L31^, fille de Salomon Bonsior Bendit. 
= Graeian (et Gracia) Bonjuda, 21 a. Est-ce le même que Bonjuda 
Gracian ? 

— Hasdaï des Gortals, 21 b. — (82.13.0). 

— Veuve Hayyim Benjamin, 8 a. ■*- (2.12.0). 

— Hayyim Juda, 21 b. — (34.11 .0). 

O Hénoch Méir, paie pour veuve Dayot Mossé, G b. 

-\- Issac Abram Momet lT7373 *a&* pat" 1 , 25 a; Bifcltt, 43 a; sa femme 
Na Sara ÏTTO3, \kb. Momet parait être un diminutif de Calo- 
nymos (Saige, Les Juifs du Languedoc, p. 43). — (4.9.0). 

— Veuve Issac (par») Ascher, la. — (7.0.0). 
Issac Bendit, v. Issac Salomon Bendit. 

— Veuve Issac Bonfil, 8 b. Les chiffres manquent dans le manuscrit. 

— Iomtob (= Bondia) Juda, 23 b. — (19.0.0). 

== Iomtob de Barbastre, 41 a ; rayé, est allé demeurer au village. 

— Maître ('taattt, c'est-à-dire médecin) Issac Gabrit, 3a. — (109.0.0). 

— Issac Gabie (et de Gabie) !n.N"»aa par», 25a; ïwam, 44#. — (19.10. 0;. 
O Issac Iehiel, 7 b, paie pour Bonsior Maimo. 

O Issac (et N'Issac para) Jacob, klab\ probablement le même que 
ap3>i TOtD par» Issac Samas .(desservant '?) Jacob, 47 b ; reçoit 
un salaire pour son concours très fréquent à la perception de 
l'impôt, 48 a ; nommé la, Sa, 10 a, 40 a. 

= Issac José, 25 b ; Jssac José José, 46 a. 
Issac Juda Davi, 23 0. — (19.0.0). 

— : Issac Laon l pfi6, 26 a. Laon = Léon. 

— Issac Mossé rtaTON Amnoba, 24 a. Le manuel du notaire Pierre 

Vila, de Perpignan, 1419-1439, cite un Issach Mossé Abnoba, 
qui est certainement le même (M. Vidal). — (3.10.0). 

— Issac Mossé de Nimes 'nbtfS'ï, 24 a, 47 a. — (26.8.0). 
= Issac Natan Mordecai, 41 a. 

O Issac Salomon Bendit et souvent Issac Bendit; c'est lui qui, 
presque partout, reçoit les payements pour l'impôt, 5 a ; il est 
lui-même un des fermiers de l'impôt, il distribue le dividende 
à ses deux coassociés, 1 b, et il tient les écritures de notre 
registre : par "ON « moi Issac », 48 0; £3"H3a par» "SN « moi 
Issac Bendit », 48 a ; Dfcif nT anata û^raa rtttbtD para « N'Issac 
Salomon Bendit, qui a fait les écritures de cet impôt, » 5 b ; son 
nom est encore écrit par»», 27 0, par»itt N'Issac, 47 a, para, 1 0. 
Notre Issac parait, du reste, faire sa profession de la percep- 
tion des impôts et des recouvrements des créances. C'est lui, 
a ce qu'il nous semble, qui recouvre l'impôt des prêts dont 



70 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nous avons parlé (48 a), qui fait la comptabilité (et probable- 
ment le recouvrement) de la ferme des impôts achetés par 
Bonfos Gresques Alfaquim, qui recouvre les impôts des Juifs 
établis dans les villages (voir Bonastruc Davi). 

= Issac Salomon Natan, 26 a. 

O Issac Samson (N'Issac, 1 a),\^a\ signe au bas de toutes les pages 
comme vérificateur des comptes ; est un des créanciers de la 
communauté, \ a ; reçoit argent ou salaire pour son concours 
pwn w, 48 b. 

— Issac Vida), 24 b. — (29.10.0). 

— Jaco (= Jacob) Astruc npi, 22 b. — (103.0.0). 

— Société (£pntt5) de Jaco Astruc et son frère ou ses frères TTO, 39 a. 

— (152.10.0). 
= Jaco José Cabra ÎTnNp, 25 b ; MNinp, 43 a : imnp, 45 a. 
= Jaco Salomon, 26 a. 

— Jaco Salvat aanbia, 41 b. — (35.8.0). 

— José de Cavaillon, 22 a. — (48.0.0). 

José Gresques de Cabanes, voir Josef de Cabanes. 

— Maître José de Céret "'O'P 'îDNtt, 27 b, 28 b ; père de maître Méir 

Bonet. — (13.0.0). 
-f- José (et En José "iD"P3N) Marti "pTa, 25 b ; demeure dans la maison 
de Bonafos d'Avila. — (1.10.0). 

— José Méir, 24 a. — (6 . . 0). 

O José Mordecai Salamies, paie pour un autre, 9 a ; voir Mordecaï 
Salamies ; reçoit une fois une somme importante de la com- 
munauté avec En Salomon Bonsenior Bendit, 48 a. 

— Josef de Blanes, 23 a. — (106.0.0). 

— Josef de Cabanes, 23 a ; aussi appelé 'OT, 43 a ; José Cresques de 

Cabanes, 44 0. — (52.12.0). 
= Josef Calot taibp, 26 a ; iot José, 44 b. 

— Josef Pater nas, 22 b. — (47.0.0). 
= Lao de Barbastre, 27 a. 

— Lao de Céret, 26 #. — (22.0.0). 

— Lao de Mazères, 26 b, 43 a, 44 a ; *pNb Laon. — (1 49 . . 0). 

O En Macip Cohen ÉpûlaiN, 47 b. Reçoit salaire pour son concours. 

— Maître ('^Nïï) Méir Bonet û^m, 28 b ; fils de maître José de Céret ; 

achète un impôt avec Bonafos Alfaquim et un autre, \9 b. — 
(26.0.0). 
== Méir José, 42 a. 

— Méir Vidal, 29 a ; aussi b^l TN»5N En Méir Vidal ; c'est lui 

qui reçoit presque tous les payements faits pour le compro- 
mis avec Joan de Rivesaltes et les transmet à Mossé Cohen; 
il signe la vérification des comptes au bas des pages. — 
(126.0.0). 

Meirona (= Miriam) ïWïwjb, femme de Mordecaï Salamies, 43 £ ; 
TOYT*»a Na-Meirona, 45 b. 

Meironette na^-n^tt, 45 b, 46 b, différente de la précédente; paie 



HISTOIRE D'UNE TAILLE LEVÉE SUR LES JUIFS DE PERPIGNAN 71 

probablement pour son mari ou une personne de sa famille 

que nous ne pouvons pas désigner. 
=7 Michel bp'VD, 31 b. 
+ Mordecaï de Grasse, 30 b. — (10.12.0). 

— Femme Mordecaï Salamies tû&Tftbia, 6«; a un fils En José, qui est 

évidemment José Mordecaï Salamies. — (62.6.0). 

— Maître Mossé de Céret ïTHJîp 'W», 28 b, 43 b, 44 a. — (69.0.0). 

— Biens de Mossé Alfaquim et de sa femme Na Clara irTiNbpa, 28 a ; 

Bonfos Cresques Alfaquim est probablement son fils. — 
(10.11.0). 

— Mossé Astruc Cohen, 28 a ; paie pour Cresques Ferrer et autres, 

8 #, 31 b, 32 b; appelé aussi En Mossé Astruc, 31 a, 32 £; est 
percepteur îimà (ou le percepteur) de la communauté, 47 #; voir 
i Mossé Cohen. — (105.0. Q). 

— Mossé de Besalu, 29 a ; voir Astruc de Besalu ; paie pour un 

autre, 32 #. — (8.0.0). 
O Mossé Cohen, reçoit tous les payements faits à Méir Vidal pour le 
compromis de Juan de Rivesaltes, nommé presque à chaque 
page ; est-il le même que Mossé Astruc Cohen? 

— Mossé Dayot, 30 b. — (17.13.0). 
+ Mossé Hasdaï, 31 a. — (8.11 .0). 
= Mossé Jaco Cabra STDHp, 31 b. 

— Mossé Josef (et José) Mossé, 29 b, 43 a. — (29.7.0). 

— Mossé Josef (et José) Ruben, 29 b. — (28.15.0). 
= Mossé Juda de la Paille, 27 a, 43 b. 

— Mossé Laon Cohen, 31 a. — (7.0.0). 
= Mossé Loup ïpb, 27 a. 

= Mossé de Palencia, 27 a, 43 b. 

— Mossé Vidal de Caux, 30 a. — (9.0.0). 

— Mossé Vidas ttiNYn, 30 a. — (36.0.0). 

— Fina N2^d, femme d'En Salomon de Belcaire, 32 a ; Na-Fina de Bel- 

caire n^M, 44 a. — (0.14.0). Nous supposons que ce nom est 
un diminutif de Joséfine. On pourrait lire Pina, Péna. 

— Petite n-j^D de Besalu, 32 b. — (41 .0.0). 

O La femme de Roget TiD'iO,* courtier, 48 a ; reçoit salaire. Est-ce la 
même que femme Salves Roget ? 

— Ruben Pater, 35 b ; fils de veuve Vidal Pater et probablement 

neveu de veuve Bonfos Pater, 10 a ; En Ruben lmN15N, 10 a. — 
(150.0.0). 

— Salamies de Nimes, 37 b. — (30.5.0). 

= Salomon Badoz l'aîné ûwb bm ym, 42 a ; voir Salomon Sa- 
lomon Badoz. 

-|- Salomon de Barbastre, 38 a; est probablement Salomon Vidal de 
Barbastre, ?>%a. — (1.0.0). Il fait une îTTttN (est caution?) 
pour Ferrer Davi, 38 a. 

— Salomon de Belcaire, 36 #; voir Bella. — (111.10.0). 

— Salomon Bonsior (et Bonsenior) Bendit, ou encore Salomon Bendit, 



72 . RUVUE DES ETUDES JUIVES 

36 a ; En Salomou J-pûb^DN, 5 a ; un des fermiers de l'impôt, 5 a ; 
reçoit sa part du dividende ïtïH, 1 b, 36 a, 48 a ; nommé 4 2 a, 
4 5 a, 16#, 21 #, 25 #, 37 a, comme recevant des payements pour 
l'impôt ou assistant à ces payements ; reçoit avec En José 
Mordecaï Salamies un payement important de la communauté, 
48 a. — (250.0.0). 

= Veuve Salomon Gatala Nbap, 10 b ; rtbap, 43 b. 

= Salomon Davi, 39 #. 

- Salomon Ferrer de Cabanes, 38 a, 43 b ; paie pour un autre, 8 b. — 
(33.10.0). 

— Veuve Salomon Issac Bendit, 4 a ; perçoit une part du dividende 

qui parait destinée à Issac Bendit, 10 a ; est peut-être la mère 

de celui-ci ; a une part des 58 1. 10 s. payés à En José Mordecaï 

Salomon (= Salamies), 48 #. — (165.10.0). 
= Salomon de Montfort, 40 a. 
O Salomon Naci èTOS, témoin, 32 a. 
= Salomon Rubio rmi, 40 b. 
+ Salomon Salomon Badoz ym, 37 b ; pp le jeune, 43 b ; voir Sal. 

Badoz. — (7.5.0). 
O Salomon Salomon, ministre-officiant "{TH, 1 a; parait être secrétaire 

dé la communauté. Serait-il le même que le précédent? 

— Veuve Salomon de Saverdun, 9 a. — (75.0.0). 

Salomon Vidal de Barbastre, 32 a ; paie pour un autre ; est cau- 
tion ; voir Salomon de Barbastre. 

— Femme Salves Roget tW) OTblS, 9b; tywjn, 43 b. — (1.0.0), 

O Maître Samiel Alfaquim, caution de veuve Bonsior Bendit, 5a; 
son fils est En Bonfos Samiel ou Samuel. Sa contribution est 
probablement comprise dans celle de son père. 

— Samiel Astruc Bonmacip, 37 a. — (30.0.0). 

— Samiel Bendit Cohen, 37 a; les fils de Samiel Cohen, 43 a. — 

(7.0.0). 

— Veuve Samiel Bonfil b^sna bWMTD, 9a. — (30.0.0). 

— Samiel Jaco de Nîmes "^MT, 39 a. — (20.5.0). 

— Samiel de Lunel, 38 b. — (11 .10.0). 

— Samiel Mossé José, 39 b ; est peut-être le Samiel Mossé qui paie 

pour la veuve Bonfos Pater, 5#. — (25.15.0). 

+ Samiel Roget um, 36 £; B^iTl. 44 a; bfiWaiMK En Samiel, 1a, 
47 a ; père de Bonfos Roget ; est un des créanciers de la com- 
munauté, 1 a. — (4.0.0, plus 25.0.0). 

= Samiel Sescalette, 40 b. 

— Samson Issac et son fils, 38 b ; appelé Issac Samson, 44 b, à moins 

que ce ne soit le nom du fils. — (72.0.0). 
Sara, femme d'issac Abram Momet, 14 b. 

— Sealtiel Abram Viger (ou Veger) et son fils, 36 a; TW, 36 a, 

Wl, 44 b ; le prénom est écrit, 36 a, bfipnîwa et b&rnrc; ; 45 b, 
bvibœ. — (213.0.0). 
= Semtob Zayyit m^T, 40 a. 



HISTOIRE DUNE TAILLE LEVÉE SUR LES JUIFS DE PERPIGNAN 7:; 

— Vidal Astruc de Nîmes ittfcW, 19 a. — (31 G. 0.0). 

— Vidal Bendit (et Eu Vidal Bendit et En Bendit) et son fils, 18 a; 

sa femme, iriïin ïinaa Na Bonne Bonne, 48 b\ il a une part 
dans les 58 1. 10 s. payés pour compte de la commuuauté, 48 b. 
— (333.5.0). 

— Vidal Benvenist, 19 a. — (109.0.0). 

— Vidal Boniac pa^-Q, 41 b\ En Vidal, 9 a. • - (34.15.0). 

— Vidal Dayot, 19 b ; frère de Gresques Dayot. — (3G.11 .0). 
= Vidal Efraïm, 20 b. 

— Veuve Vidal Ferrer, '6 b; son fils est appelé Ferrer, ! 6b. — (95.13.0). 
= Vidal Issac et sa mère Meirona, 42 b. 

— Vidal Lao de Gapestang, 18 a. — (7.0.0). 
= Vidal Méir de Lodève, 20 #, 45 b. 

— Vidal Pater, 18 À; voir veuve Bonfos Pater. — (19.5.0). 

— Veuve Vidal Pater, 10a. — (72.5.0). 

— Vidal Rimoc ^-ftn, 20 a ; aim, 43 b. — (2.8.0). 

+ Vidal Vives WP1 \ 1 8 b ; on paie pour lui, ô b ; il paie pour Vives 
du Gailar, 19 #; est témoin, 32 a; En Vidal, 47 a; reçoit un 
salaire pour garde d'objets en gage, 48 a. — (3.0.0). 

+ Vives Bonfil, 20 a. — (0 . 1 7 . 0) . 

— Vives du Gailar, 19 b ; mis en prison pour non-payement de l'im- 

pôt, 47 a. — (25.0.0). 

• m Liste des Chrétiens. 

(Le point d'interrogation en tète des noms indique que nous ne savons pas 
sûrement si le personnage nommé était chrétien ou juif.) 

En Bernât (= Bernard) Antoine, tisseur, :mN 131Û3K HnMK, 30 a; 
En-Bret Antoine tt'nnsN, 14 a, 16#, 24 a, 32 a, 38 a; achète une 
grande partie des objets saisis ou des gages vendus au profit 
de l'impôt. 

En Bernât Estève ^ûttîa, apuntador (marqueur); créancier delà 
communauté, 1 a ; 47 b, v PtoE5N. 

En Bernât Fabre "H3D, notaire ; écrit tous les actes relatifs à l'impôt. 
Ces actes sont : une procuration (ii&Nznïr) pour la perception 
d'une somme d'argent, 5 a ; des quittances, 47 a b, 48 a ; la liqui- 
dation de la ferme de l'impôt ottïi "pp IM npTTQ, 48 a; 
notaire à Perpignan (M. Vidal). 

En Bérenger Ribas, fonctionne en qualité de fonctionnaire de la cour 
■pin 1733, parait être banquier, car il a une table (banque) 
•jnbra, et un payement fait par son entremise est inscrit dans 
le livre dans sa banque, 18 a. Son nom est écrit ttîmn "ttï^aaa. 

? En Pi Borcol bipTn 1B38, 1 a ; a une banque inbia. 

? Pi... Brab (ou Brait) de Bize XÛQKïi attia '">B, 28a. Nous avons 
transcrit le mot '"«d par Pi. . ., parce que c'est une abréviation 

1 La prononciation locale est toujours Vives, non Vivas. 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que nous ne savons pas compléter. Peut-être est-ce tûia^s Pinus, 
dont Pi est devenu une abréviation courante. 

Monsinyor Francès Despoug Jneoi ïî^Wiô ^tûitt, 1 a, créancier de la 
communauté ; 47 b. 

En Jacme Gatala ïibap ^pi, 16 a ; ■*»£•*», 47 a ; achète un gage, 36 l ; 
touche sur autorisation de Samiel Roget, 47 a. 

En Joan Dotres (et En Dotres) p^BYr INT^N, banquier, 4a#, 5 a, 
7 a #, 1 a, 1 8 a, 20 #. Il achète la plupart des gages vendus. 

Monsinyor Joan de Rivesaltes la^abN tt52*m "JN-P '"^"Ift, un des créan- 
ciers de la communauté juive, 1 a; un compromis î~ntt5D a été 
fait avec lui par les Juifs. Ce Joan (Jean) de Rivesaltes, d'après 
une note que nous communique M. Vidal, était, en 1411, 
viguier de Roussillon et Vallespir. 

Messer Joan Masot aiDft fNT Tp^a, un des créanciers de la commu- 
nauté juive, 1 a, 47 à. 

Ras Julia ïiN^bT» yn, reçoit un salaire pour l'emprisonnement de 
Vivas du Cailar, 47a. Julia signifie Julien; Ras ou Raz signifie 
plaine, et était un nom de famille (M. Vidal). 

Messer Ramon Esquirat UTpttiN 'ptt'i TO^tt, un des créanciers de la 
communauté, 1 a. 

? En-Sola Ras, 8 a, 37 #, 38 a, 47 al\ le mot Sola est écrit îib'iiZttN 
nbTiU et nbwz55K ; le mot Ras est écrit Y"-) et y&n ; aux ff. 38 a 
et 47 à on a Ras Sola ; paie pour veuve Hayyim Benjamin, 8 a ; 
pour Salomon Salomon Badoz, 37 b, pour Salomon Ferrer de 
Cabanes, 38 a ; reçoit salaire pour son concours pour la per- 
ception de l'impôt. Son nom offre une certaine difficulté, car 
Sola et Ras sont tous les deux des noms de famille. En outre, 
Sola Ras paraît avoir servi de collecteur ; c'est pour cela, sans 
doute, qu'il fait souvent des payements pour le compte d'autres 
personnes, à moins que ce ne soient des avances qu'il fait aux 
contribuables. Dans les deux cas (collecteur ou prêteur), nous 
croirions volontiers qu'il était juif, mais d'un autre côté, ses 
noms ne paraissent guère avoir été portés par des Juifs. 



NOMS DE LOCALITÉS. 

Nous donnons ici la liste alphabétique des noms de localités qui 
se trouvent dans notre manuscrit. Les transcriptions de l'hébreu 
sont soulignées. Les noms des personnes qui se trouvent entre 
parenthèses, après le nom géographique, désignent les personnes 
de la liste précédente dont le nom est accompagné, dans le ma- 
nuscrit, du nom géographique en question. 



HISTOIRE D'UNE TAILLE LEVÉE SUR LES JUIFS DE PERPIGNAN 73 

Avila (Bonfos). JiVnN, 44 a; ttNb^K, 44 0; nbaraN, 40 a; r-ib^NE», 

4 4#, est probablement une faute. Ville de la Catalogne', Es- 
pagne. 
Barbastre (Jomtob, Lao, Salomon, Salomon Vidal). Nintîn^n, 27 a, 

41 a ; mnttJrm, 44 a; fcnmDmx 38 a. Ville de la Catalogne. 
Belcaire (Bella, Fina, Salomon). "n\Npb^, 46 a; ^^pb^, 36 b, 44 a ; 

rï^pbs, 32 a ; départ. Aude ; ou Belcaire en Catalogne. 
Besalu (Astruc, Benveniste, Mossé, Petite). ■p^bN^n, 22a, 29 a, 32 £ ; 

jp^blga, 43 b, Besaldon. Ville de la Catalogne. — Dans Salomon 

b. Adret, Consult., 3 e partie, n° 47, plbw»13. 
Bize (Pi Brab, chrétien), tBVJia Bises, 28 a. Un Salomon Davin de Bize 

est nommé dans le Catal. des mss. hébreux d'Oxford, de Ad. 

Neubauer, p. 4 4 67, note de la col. 975. Département de l'Aude. 
Blanes (Josef). iDi^bn, 23 & ; iD^bs, 44a. Ville de la Catalogne. 
Borcol (Pi Borcoll, chrétien) ; ancienne forme pour Vercol ; c'est 

Corneilla-del-Vercol, Pyrénées-Orientales. 
Cabanes (Josef, Salomon Ferrer), ramap, ïib\ ©Mttp, 38 a. Ville de 

la Catalogne. 
Capestang (Vidal Lao). j««BtDap Cabestain, 4 8 a, dép. de l'Hérault. 
Carcassonne (Bonjudas). WiDp^p, de Carcassonne, 15 #; dép. Aude. 
Le Cailar ou Le Caylar (Abram, Davi, Vivas). -iNbftp, 2 b, M a ; "ibttip, 

19 #, 43 # ; Caslar. Le Cailar, dép. du Gard, ou plutôt Le 

Caylar, dép. de l'Hérault. Voir Saige, Les Juifs de Languedoc. 
Cavaillon (José), nbiip, 22 a ; ib^p, 45 a, 46 a ; dép. Vaucluse. 
Gaux (Mossé Vidal), ynp, 30 a ; dép. Hérault. 
Céret (Lao, Méir José, Méir Mossé). ETT»», 28 b, 44 a ; B'nï, 26 b, 27 b, 

28 b ; lT-PO, 43 b ; dép. Pyrénées-Orientales. 
Les -Cortals (Hasdai). b^mpû^i Hasdaï Descortal, 21 b, 43 # ; dép. 

Pyrénées-Orientales. — Le gendre d'Issac bar Schéschet (voir 

ses Consult., n° 4) était des Cortals. 
L'Escalette, voir Sescalette. 

Foix (Cresques, Davi Salomon). ttî^ns Foies, Mb', dép. Ariège. 
Gabian (Isaac). ïwaa Uabia ou Gabie, 25 a ; dép. Hérault. 
Gracia (Bonjudas). iWD*W, 44 b; nom de famille l^ona, 43a; ville 

de la Catalogne. 
Grasse (Mordecai). 'ïrufiï, 30 £; dép. Alpes-Maritimes. 
Laroque (Jacob, voir Bonfos Cresques Alfaquim). Npnb, 42 a; dép. 

Hérault ; pourrait être aussi un des nombreux Laroche qui se 

trouvent en France. 
Lodève (Abram Méir). Wnb, 43 a, 44 b. 
Lunel (Samiel). b^ib, 38 b ; dép. Hérault. 

Mazères (Lao). un-WBtt, 26 £ ; tè^W». 43 a, 44a; Madères; probable- 
ment le Mazères du dép. de l'Ariège, canton de Saverdun. 
Millau (Astruc). M*bi», 45 a ; nb^, 3 b ; dép. Aveyron ; à moins que 

ce ne soit le Milhaud du dép. du Gard. 
Montfort (Cresques, Salomon). BTïMlib Mont fort, 35 a, 40 a, 46 a, dép. 

Aude. 



7u REVUE DES ETUDES JUIVES 

Nimes (Isaac Mossé, Salamies, Samiel Jaco, Vidal Astruc). Isaac 

Mossé de Nemse ^wmi, 24 a, kl a ; pour les autres, 31 b, 49 a. 

La forme Nemse pour Nîmes se trouve daus le Dictionn. topogr. 

du Gard, de Germer-Durand. 
La Paille (Mossé Juda). ïibKDb Lapale, 27 a ; rtbsb, 43 £ ; dép. Hérault. 
Palencia (Mossé). Fi&OD^bp, 27 a ; Hû^bç), 43 b ; ville de la Navarre. 
Posquières (Bondia). rin^ptïiD, 44 # ; W^pffllD, 44 a ; c'est le Vauvert 

d'aujourd'hui, dép. Gard. 
Ribas (Eu Bérenger, chrétien), ©a^l, 18 a ; ville de la Catalogne. 
Rivesaltes (Joan, chrétien). ©itaba tt):m, 4 a, et à presque toutes les 

pages; dép. Pyrénées-Orientales. 
Saverdun (Veuve Salomon). TTHYiIî, 9 a ; dép. Ariège ; voir au Gâtai. 

des mss. d : Oxford, p. 4 44 4-4 412, le mot tmïTND, que nous 

supposons désigner Saverdun ; à la col. 674 il est écrit "H-Yïniï). 

Voir Revue, t. XIII, p. 4 57. 
Sescalette (Samiel). awbpiaD, 40 b ; serait L'Escalette, commune de 

Péguairolles, dép. Hérault ; voir Saige, Les Juifs de Languedoc, 

p. 422. 



VI 

NOMS CATALANS ET HÉBREUX DES OBJETS MENTIONNÉS ET LEUR PRIX, 



Tous les objets mentionnés sont des gages vendus par les fer- 
miers de l'impôt ; les prix sont les prix de vente. 
Les transcriptions douteuses sont soulignées. 

a"ON abit (habit) ; abit et un bassin, 1 > (22 a). 

amabis alnova (est une étoffe dont nous ne connaissons pas le nom 

français); alnove violette, 4 s (16#). 
npiN auca (auque, hocqueton) ; une auca verte, 5 s (24 b) ; usée !"î3>rtt, 

4 s (42«). 
c^NaTZiia ostages (otages), 4 a. 

■pfcO&^ttaN intimation (intimation, ordre judiciaire), 47 #. 
"îYlfittWns» apuntador (appointeur, marqueur), 4 a. 
npiDK apocar (pour apoca ? ; quittance), 4 a. 
ïTr"3B!D» estanyada (étamée). Dans les exemples que nous avons du 

mot, il est employé comme substantif, objet étamé. Une esten. 

4 s 6 d [Mb, 39 b). 
"ifcro'jj^Otf assiguacio ; au pluriel, ffilN^OSp^N, 4 a. Le mot désigne 

un mandat de payement. Il a le même sens dans Chalutz, I, 

2 e éd., p. 24. 
ncbpttîN esclepare, pour speculare (glace, miroir), 24 a. 



MSTOIHE D'UNE TAILLE LEVEE SUR LES JUIFS DE PERPIGNAN 77 

5TD burcl (brun foncé) ; voir naaîa. 
tt^biba balanses (plateaux de balance), 2 S 3 d (17 0). 
^oa baci (bassin, bassinet, plat) ; au pluriel, ^j">Da. Un bassin, 4 » 3 (i . 
(240), 4 *6 d (29$), 2 s -8 d (Mb), 3 3 6 d (4 a), 4 S (40,11 0, 24a, 27 a, 
28a), 6* (29 0, 34 0), 6 8 8 d (39 0), 7 8 (30 0); bassins, 7 S (38a), 
42 8 (38 a). 
Wpa bacina, 4 S (21 a), 2 S 6 d (39 0), 3 s 6 d (28 0), 4 8 (25a), G 8 6 d (17 0, 

29 0), 14 s (17 a); deux bassines, 8 s (41 0). 
rsaroa bacineta, 9 d (20 0). 
HTÔ5 bacinet, 4 s 3 d (20 0, 26 0). 

Ca^aN^na bréabit, préhabit (pardessus ?). Bréabit et manteau, 2 ' (4 3 0). 
d^pntû Ta (hébreu) pantalon; pantal. usés, 4 s (11 a). 
?ma gona (comme le mot suivant?), 34 a. 

ïlb^Jl gonela, (gonelle, tunique); rouge, 4 s (45a, 310); verte dé- 
chirée, 4 s (47 0): violette ïTttm», 2 s (46 b) ; bleue nban usée, 
2 8 (4 5 0) ; rouge usée Suna, 5 S (4 6 0) ; bleue nbsn, 5 s (29 b). 
1D"I3 et quelquefois, mais plus rarement, "id^, jupo, gipo (jupon); 
jup. déchiré, 9 d (20 a) ; jupon, 4 s (27 a), 1 s 6 cI (48 b), 2 s (41 0) ; 
déchiré, 2 s 6 (1 (27 a) ; jupon, 3 s (27 a), 5 S (30 b) ; jup. noir, 1 8 
(27 a), 2 s (25 0) ; jupon et manteau ïwbi, 4 S (4 4 0), 10 s (14 a); 
jupons déchirés, 4 s 6 d (38 b) ; jupon et conque, 9 8 (41 b). 
ïfûiba (hébreu), couverture ou plutôt espèce de manteau. Usé, 8 d 
(13 0), 1 s (13 et 40 a), 2 s 6 fl (40 a) ; bleu nban usé, 2 s 6 d (13 0) ; 
bleu, 6 S 6 d (32a), 6 s 9 d (36 0); 1^372 ïlîrba couverture-manteau ' 
usés ÙWW, 1 s 8 d (26 a), 6 s (37 0). 
tûNbDin^ giroflat (couleur de girofle), 33 0. 

!"T&1m hupa (houppe); au plur., U3D1Î1, 13 0; ÏT^B-Ifi houpette, 15 a. 
Houpe, 6 s (5 a) ; h. et bassin (plat), 13 s (5 a) ; h. et gonelle usés, 
1 s (1 1 0) ; houpette usée, 8 d (1 5 a). 
Cb«ia tuales (serviettes), 2 s 8 d (42 a). 
nb 1 ^ tela (toile, nappe), 24 b. 
nwna et ""TOn^ta troisor, troiser (trésor, dans le sens] de trousse, 

bourse), 7 S (4 0), 12 s (19 0). 
©■»y»ana trebines (vrilles), 24 a. 

0"D (hébr.). Coupe. Une petite coupe d'argent, 7 s 6 d (28 0). 
THNab lavador (cuvette ou fontaine pour se laver?); 1. cassé,5 s -(13a). 
'"Wa abréviation pour maistre (maître). Ce titre, chez les Juifs, est 
donné aux médecins (fréquent dans notre ras., par exemple, 
23 0). 
'U5N73 abréviation pour mastre, masestre; même sens et même usage 

que le précédent. 
■paiE monsin, pour monsinyor, 1 a, 47 0. Nous avons, dans ce qui 
précède, toujours transcrit ce mot par Monsinyor, comme s'il 

1 Ce sont plutôt deux objets, couverture et manteau, comme l'indique l'adjectif qui 
est au pluriel. Il arrive quelquefois, à ce qu'il nous semble, que l'écrivain oublie de 
mettre la conjonction. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

était une abréviation ; il faut cependant remarquer qu'il se 
trouve écrit avec un ) final, comme si on avait prononcé 
Monsin. 

'■po^tt messer (messire), 47 *. 

ïTjfiCnE et B&maa morada, morat, violet. 

ILDjft manto (manteau) et b^to mantel (manteau). Mant. noir usé, 1 s 
(26 a) ; m. déchiré, 1 s (40 a) ; manteau, 1 s 6 d (20 *) ; manteau 
vioiet, 5 s (30 a) ; m. giroflat (couleur girofle), 7 s (33 *) ; m. et 
bassin, 7 s 9 d (23 a), mant., 1 s 9 d (30 a); mant. burel et cot usé, 
40 s (Ma). 

ViN3 naval (du latin navalis? nau ; nef, plat?), 14 a. 

naii notar (notaire), 48 a. 

•p^D (hébreu), linge, serviette, deux 'piD et petit morceau de pelisse, 

1 s 6 d (14a). 

V^tro citrel ou sitrel (cruche pour l'huile), Mb. 

ui^D ciment ou siment (mesure de longueur ou fil à plomb ; voir 

Boucoiran, Dictionn. des idiomes méridionaux). Un demi ciment, 

trébines (vrilles) et esclepare, 2 s 8 d (24 a) ; ciment et bassinet, 

5 S (24 tf). 
ïTittD samarra (veste de peau de mouton pour les pâtres), 7 s 6 d (1 6 *) ; 

usée, 8 d (4 3*). 
bwniD fornal (fourneau), 4 6 s (10 a). 
bVV^fi payrol (chaudron). Petit payrol et houpe, 2 s (24 *) ; petit et 

cassé, 4 s (27 a). 
n'3«S et n'3D panya (drap), 4 s (40 a), 2 s 6 d (40 b), 4 s 6 d (9 *) ; panya 

et toueles (serviettes), 4 s (20 b), 5 s (13 a). 
ïTrobs pelsada ou pellissada (pelisse) ; plur., u^obs ; 16 s 2 d (19*), 

4 » 6 s (16*); p. déchirées, 1 s (38 a) ; deux pels., f l 5 ■ (22 *). 
ptiîD pesses, pluriel de pessa (morceau de drap; signifie aussi ar- 
mure), 6 s (23 b). Si on lisait pesés, le mot signifierait des poids 

pour peser. 
Bip cot (cotte). Cot noir déchiré, 8 d (8 a) ; un demi cot rouge, 1 s 6 (1 

(40 b) ; cot usé, *na, 2 s (15 b) ; cot usé et sitrel cassé, 2 s (47 b) ; 

cot usé bleu nban, 3 s (34 b) ; cot rouge et mantel bleu nbsn, 

2i(23 3). 
ttpïïp conca (tasse, pot) ; flû^ïip et n^pip conqueta (petite conque) ; 

plur., I15^p3lp conques. Gonquetle, 4 s 6 d (35 a), 2 S 6 d (20*, 34 *), 

2 s 8 d (25 b), 4 s (26 *), 6 s 4 d (26 b) ; 7 s (21 b) ; conque, 6 s (32 b) ; 
conques, 4 l 4 4 s (33 *) ; conque et bassine, 14 s (19 b), 12 s (41 b) ; 
conque bassine (probablement conque et bassine), I ' 8 s (34 b) ; 
conque et deux volumes de Maïmonide bîfts 'nnïi "nso 'a, l l 
\o s '{\9a). 

fflfiWiTûp camisas (chemises); chemises et morceau de cuir, 2 s (34 a).- 
nop et n'ONp caxa (cassette, boite), 2 s 6 d (31 b) ; cassette et manteau 

!WVa, 8 s 6 d (23 *). 
Vinsp ; plur., ©IttJTBp capuxo, capuxos (capuchon). Capuchon, 4 s 4 d 

(14*) ; cap. etgonelle, 10 3 (29*); cap., bassinet et conquette, 



HISTOIRE D'UNE TAILLE LEVÉE SUR LES JUIFS DE PERPIGNAN 79 

41 s (38#) t deux cap. et deux houppes, 41 s (4 3 #) ; capuchon 
jupe (probablement capuchon et jupe), 5 s 6 d (25 a). 

N^bûp capellina, 4 s 6 d (39 b). 

pNtJ et pttJ sac ; 8 d (8 0) ; sac et morceau de toile, 2 s 6 d (20 b). 

Un rituel de la fête de Kippur fc'mBSfi dv *nD en papier et parche- 
min, 4 s (30 0) ; 1 2 livres (de littérature juive ?), 4 [ 5 d (1 8 a). Ces 
ouvrages et ceux de Maïmonide mentionnés plus haut (v. le 
mot conque) furent achetés par En Dotres, quoi qu'il fût 
chrétien. 

Nous ajoutons à la liste précédente celle des noms des mois qui se 
trouvent dans notre manuscrit : 'iirt, 44 0, 47 ; WA, 47 0, 
jener (janvier) ; *"p"i:aD, 47 #, febrer (février) ; O^ito, 46 0, mars ; 
brt"Ûtf, 4 #, 48«, april (avril) ; *««, 46 #, maig ; ^W3, 4 0, maj 
(le trait sur le 5 serait un tilde, non une abréviation (mai) ; 
115, 46 #, jun (juin) ; Ittia^ 46 #, ottobre" (octobre) ; 'ÏFM, 46 #, 
novembre; "nETT, 47#; Ti?3 , *T¥, 4 0, dedemre, dedembre (dé- 
cembre). 

Isidore Loeb. 



LES JUS DE NANTES ET DO PAYS NANTAIS 



Il est peu de villes en France où l'existence de rues portant le 
nom de rue de la Juiverie, rue des Juifs ou rue Judaïque, n'im- 
plique, par ce titre même et comme une présomption bien natu- 
relle, l'existence d'une colonie ou d'une communauté juive à 
quelque époque plus^ou moins reculée de l'histoire locale. 

Nantes, qui possède, parmi ses vieilles rues, une rue de la Jui- 
verie, ne fait pas exception à cette règle. 

C'est au x e siècle que Camille Mellinet, qui n'en rapporte, du 
reste, aucune preuve, croit devoir faire remonter l'origine de la 
rue de la Juiverie, qui put être, au début, une concession inté- 
rieure de terrain faite à prix d'argent, dans un moment de pénurie 
ducale, alors que l'intolérance religieuse parquait dans un quartier 
spécial les Juifs qu'avait sans doute attirés l'heureuse situation 
commerciale de la ville de Nantes ». 

Nous les y retrouvons certainement au commencement du 
xm e siècle ; ils avaient alors, selon l'abbé Travers 2 , l'historien 
nantais, qui renvoie aux titres de Marmoutier rapportés dans les 
Preuves de dom Morice 3 , un sénéchal et des juges de leur nation 
pour leurs affaires, et c'est dans la rue de la Juiverie qu'ils habi- 
taient. Y possédaient-ils aussi, comme l'ajoute Travers, une syna- 
gogue considérable? Exerçaient-ils une police privative, organisée 
d'après leurs lois particulières? Ce serait peut-être aller bien loin 
que de l'affirmer par voie de déduction. Aussi bien, les renseigne- 
ments fournis par les titres des prieurés situés dans l'évéché de 
Nantes sont-ils fort vagues sur ces divers points. 

1 Mellinet, La Commune et la Milice de Nantes; Nantes, impr. Cam. Mellinet, 
sans date, 12 vol., t. I, p. 37. 

% Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comte' de Nantes, par l'abbé 
Travers ; Nantes, impr. Forest, 3 vol. 

3 Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, 
tirés des archives de cette province, de celles de France et d'Angleterre, des recueils 
de plusieurs sçavans antiquaires et mis en ordre par dom Pierre-Hyacinthe Morice ; 
Paris, impr. Ch. Osmont, 1742-46, 3 vol. 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 81 

C'est d'abord, à la date d'avril 1209, une charte de Geoffroi, 
seigneur d'Ancenis et baillistre (baillivus) de la terre du vicomte 
de Donge, notifiant les conventions arrêtées entre Guillaume de 
Mareil (Willelmus de Maroil) et Prieur de Jorzac, touchant le 
futur mariage du fils de celui-ci avec la fille de celui-là. Guillaume 
donne en mariage à son futur gendre tout ce qu'il a au fief dudit 
Prieur de Jorzac, à Savenai, au Maz et à Nigrelo, plus tout le fief 
de la mère dudit Guillaume, le Champ Clos (campum clausum), le 
champ Dogres, toute sa dîme de Maroil et deux séterées de terre 
en la Gorantonère; s'ohligeant, s'il ne peut lui livrer ces deux 
séterées, à lui en donner deux autres à Mareil même. 

En retour, Prieur de Jorzac donna audit Guillaume 50 livres en 
argent, pour l'acquitter de se,s dettes envers les Juifs. Si le ma- 
riage projeté ne peut s'exécuter, Prieur gardera, en acquit des 
50 livres, les terres et dîmes susdites, avec interdiction toutefois 
de les transporter au prêtre Rouaud, ou à Guillaume Harscoët. 
Daniel Hoysel se fait plége de l'accomplissement de toutes ces 
conventions, sauf le mariage ; Geoffroi d'Ancenis, de toutes sans 
exception ; et il scelle la charte 1 . 

La seconde pièce 2 est plus intéressante, c'est une charte en 
forme de notice contenant quittance pleine et entière donnée au 
prieur de Donge 3 et à ses cautions par deux Juifs, nommés dans 
le texte latin de l'acte, Creisson et Bonostru, de Guérande. 

L'acte est scellé des sceaux de Triscant,. sénéchal des Juifs et 
de deux personnages de cette nation, Jacques de Nantes et Haranc 
de Segré. Geoffroi était alors prieur de Donge. 

Cette pièce, signée à Nantes en 1234, le lundi après le dimanche 
Lœtare, figure aux archives de la préfecture de la Loire-Infé- 
rieure 4 . En voici le texte : 

Noverint universi présentes litteras inspecturi quod contentio fuit 
inter Gaufridum Priorem de Donge et Creisson et Bonostru de 
Guerrandia 5 , Judeos, quamquidem finaverunt taliter quod dictus 
Prior et omnes res predicti prioratus et plevine remanserunt libère 
et immunes ab omnibus debitis predictorum Judeorum et suorum 
heredum in perpetuum et quiptaverunt et in ista quiptatione in- 
terfuerunt présentes dominus Guillelmus de Derval, miles, et do- 

1 Inventaire analytique des titres des prieurés de Marmoutier. — Prieuré do 
Donges, pièce 17, page 51, rapporté dans les Preuves de Dom Morice. 

2 Ibidem, pièce 19, page 52. 

3 Donges, commune de l'arrondissement de Saint-Nazaire. 

4 Archives de la Loire-Inférieure. Cote de l'inventaire, H. 133. 

5 Guérande, chef-lieu de canton de la Loire-Inférieure, arrondissement de Saint- 
Nazaire. 

T. XIV, N° 27. 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

minus Main, suus frater, et dominus Bonabes de Roge, miles \ et 
plures alii. 

Et ut hoc esset ratum et stabile ad petitionem utriusque partis 
iste littere sigillate sigillo TrischaDt, senescali Judeorum tune 
temporis, et sigillis Jacobi de Nannetis et Haranc de Segre % Ju- 
deorum. 

Datum die lune proxima post dominicam qua cantatur letare Jé- 
rusalem, apud Nannetas, anno domini MGGXXXIV. 

Le verso de cette charte donne du même acte une formule 
hébraïque, dont voici la reproduction 3 : 

Voici la transcription et la traduction de cette pièce 4 : 

'na i-mïT "ri ■jiia-'^p ^l'Dij'n aie: tn^ '-d Dros '*i vumd *wki 
mai? b^n ain b^tt tf&svn mœns "ns-p YTO'ûna nyDtyïi bai»© 

•b"xy w 'nm ynrw ïmm 'nïia 

Traduction. — Devant nous ont déchargé Pinhas, fils de Jom Tob, 
dit Creisson, et Juda, fils de Samuel, dit Bonotru, Joffri, prieur de 
Donge, de toute dette et de toute caution, et l'ont déchargé, lui et 
sa maison (prieuré) de Donge, de toute chose jusqu'à l'année (4)995 



1 Rougé, bourg situé sur une élévation considérable, traversé par la route nationale 
d'Angers à Rennes, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Chateaubriant. 11 
est arrosé par la Brutz. 

2 Segré, chef-nolieu d'arrondissement du département de Maine-et-Loire. 

3 La reproduction est grandeur nature. La pièce porte le cachet des archives 
départementales de la Loire-Inférieure. Les mots D. Mor. Pr. I. 884. 2, qui se 
trouvent sur l'original, doivent se lire ainsi : Dom Morice, Preuves, 1 er volume, 
page 884, 2 e colonne. 

4 Par M. Isidore Loeb. 

5 Ce mot a une ligature très curieuse au commencement ; la lecture paraît sûre. 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 83 

(1235) du comput 1 . [Ont signé] : Jacob fils de Juda, Aron fils de 
David, que sa mémoire soit bénie 2 . 

Ainsi qu'on peut le voir en partie sur le parchemin original, 
cette pièce était jadis scellée de trois cachets (en cire -verte). L'un 
a complètement disparu, les deux autres n'offrent plus que d'insi- 
gnifiants fragments. Suivant les Preuves de dom Morice, l'un de 
ces cachets représentait une tête de femme, vue de profil, ayant 
un bourrelet de cheveux par derrière ; c'est celui-là qui n'existe 
plus aujourd'hui. Du second, il ne reste qu'un débris sur le bord 
duquel se voient les trois lettres: TES, qui pourraient être les 
finales de NANNETES. C'était, toujours d'après dom Morice, qui 
ne donne pas les motifs de son appréciation, le cachet de Jacob de 
Nantes, avec une croix par où il commençait, et, dans le sceau, 
un bout d'épée. Le troisième, qui serait le sceau du sénéchal 
Trischant, garde encore près de la moitié d'une rose à cinq ou six 
lobes. 

Les noms des Juifs désignés dans les deux pièces donnent lieu à 
plusieurs observations. On remarquera d'abord que les deux Juifs 
créanciers portent des noms romans (Creisson, Bonostru) qui 
n'ont pas de rapport avec leurs noms hébreux, et qui sont des 
surnoms ou des noms de famille. Creisson est sans doute l'équi- 
valent de Guédalia (Crescent); Bonostru paraît provenir de Bo- 
nastruc. Les témoins, qui, dans la pièce hébraïque, sont Jacob bar 
Jehuda et Aron bar David, portent, dans la pièce latine, les noms 
de Jacob de Nantes et d'Aron de Segré. La date de la pièce latine 
est celle du 19 mars 1235 (1234 vieux style), ce qui est confirmé 
par le millésime de la pièce hébraïque. 

C'est évidemment notre pièce latine qui a suggéré à l'abbé 
Travers l'idée qu'il y avait un sénéchal des Juifs à Nantes, mais 
rien ne prouve que ce sénéchal des Juifs fût juif lui-même. Il est, 
au contraire, présumable qu'il ne l'était pas et qu'il devait être 
préposé, sinon à l'administration de la communauté juive, du 
moins aux relations des Juifs avec les étrangers, en homologuant, 
en quelque sorte, par sa présence et par sa signature les actes par 
lesquels les Juifs s'obligeaient envers les autres ou obligeaient les 
autres envers eux. 

C'était une sorte de syndic, comme il existe, dans certaines 
villes maritimes, des syndics des gens de mer. 

Guépin 3 , rééditant Travers et les historiens qui l'ont suivi, 

1 C ; est-à-dire de toute obligation contractée envers eux jusqu'à l'année 4995. 

2 Cela signifie que David était mort. 

3 A. Guépin, Histoire de Nantes; Nantes, Sébire et Mellinet, 1839, p. 96. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

donne à l'organisation de la communauté juive d'alors une 
importance plus considérable. Non seulement il mentionne l'exis- 
tence d'une synagogue rue de la Juiverie et le fonctionnement 
d'une police privative aux Juifs, mais il ajoute que des règlements 
fixaient les heures auxquelles il leur était permis de sortir de 
chez eux et ordonné d'y rentrer. Avant lui, Guimar avait parlé 
d'une synagogue considérable, d'un tribunal où des juges juifs 
prononçaient sur les contestations qui divisaient leurs coreligion- 
naires, d'après la loi mosaïque. Il indique même que Nantes était 
un des chefs-lieux du judaïsme en Bretagne 4 . 

Des pièces qui précèdent il résulte qu'il n'était pas le seul, 
puisqu'il y avait des Juifs dans la Loire-Inférieure, à Ancenis où il 
existe, du reste, une rue de la Juiverie, à Guérande, et sur la li- 
mite de l'Anjou, à Segré. 

Les Juifs se trouvaient être, on l'a vu par les documents qui 
précèdent, les créanciers de gens que gênait le fardeau de leurs 
dettes. Aussi la croisade prêohée dans le monde chrétien en 1235 
par le pape Grégoire IX servit-elle tout naturellement de prétexte 
aux seigneurs et aux évêques de Bretagne pour manifester une 
fois de plus leurs sentiments hostiles aux Juifs. 

Pour porter les fidèles à entrer dans ses vues, le pape Gré- 
goire IX avait promis indulgence plénière à tous ceux qui pren- 
draient la croix et favoriseraient l'œuvre de la croisade. Il fit plus, 
en mettant sous la protection de Saint-Pierre tous les biens des 
croisés et en défendant à tous créanciers, soit juifs, soit chrétiens, 
d'exiger d'eux aucune usure. 

Mais les croisés de Bretagne ne s'en tinrent pas là et deman- 
dèrent l'expulsion des Juifs de toute la province. Non seulement, 
il leur fut défendu de réclamer ce qui leur était dû, mais on les 
contraignit même à rendre les objets, meubles ou effets, qui leur 
avaient été remis en nantissement 2 , ce qui fait croire, ajoute 
Guimar, qu'il y avait dans la démarche des évêques plus d'intérêt 
que de zèle pour la religion 3 . 

On ne se contenta pas de procéder à l'expulsion des Juifs, on en 
massacra un grand nombre. Le Chronicon Britannicum rapporte 
en effet qu'en 1236, aussitôt après les fêtes de Pâques, les Jéro- 
solymitains, alors très nombreux, ornés d'une croix sur leurs 
vêtements, crurent devoir, avant de partir pour la Terre-Sainte, 

1 Michel Guimar, Annales nantaises, ou abrégé chronologique de l'histoire de 
Nantes, depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours ; Mantes, impr. de l'au- 
teur, an III de la République, p. 140. 

2 Guépin, Histoire de Nantes, p. 96. 

3 Guimar, Annales nantaises, p. 140. 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 85 

mettre à mort les Juifs dans toute l'étendue de la Bretagne, de 
l'Anjou et du Poitou, quoique, dit l'abbé Travers, ils y résidassent 
sur l'autorité de la foi publique ». 

Il y avait loin de cet épouvantable massacre aux prescriptions 
de la croisade prêchée par le pape Grégoire IX. Les Juifs qui, 
Y Histoire de Bretagne de dom Morice le dit elle-même, n'étaient 
certainement pas cause des maux que les Sarrasins faisaient 
souffrir aux chrétiens d'Orient, n'en furent pas moins mis à 
mort 2 . 

Il en fut toutefois qui échappèrent aux massacres, car il est 
fait mention des Juffs dans un traité passé entre le duc Jean 
le Roux et Raoul de Fougères, à Angers, au mois de mars 1239 3 . 
En effet, tandis que Pierre de Dreux combattait en Palestine, le 
duc Jean passait avec Raoul de Fougères un traité d'après lequel 
il lui accordait sur les Juifs la même juridiction qu'avait déjà 
André de Vitré. 

Mais il était écrit que les Juifs ne jouiraient jamais d'une 
bien longue tranquillité. A ta requête des prélats et des barons 
bretons, qui prétextaient d'usures criantes alors qu'en réalité, ils 
ne visaient qu'à se débarrasser de leurs dettes, le duc Jean rendit, 
le 20 avril 1240, s'il faut en croire les Actes de Bretagne de dom 
Morice en 1239, le mardi d'avant Pâques, d'après le texte même 
du document qui a été conservé 4 , un édit daté de Ploërmel et qui 
donnait aux persécuteurs pleine et entière satisfaction. 

Par cet édit, dont l'original avec sceau est la propriété de 
M. Waldeck de la Borderie 5 , le duc Jean de Bretagne déclarait : 

1° Qu'il chassait les Juifs de toute la Bretagne et qu'il ne les 
souffrirait plus sur ses terres, ni sur celles de ses sujets ; 

1 Chronicon Britannicum ex variis Chronicorum fragmentis in vetere collectione 
inss. Ecclesise Nannetensis repertis : MCCXXXV1, Statim post Pascha Cruce signati 
Ierosolymitani qui tune temporis multi erant, interfecerunt Judaeos per totam Britan- 
niam, Andegaviam et Pictaviam. 

2 Ibid. : MCCXXXIX, Ad petitionem Episcoporum et Baronum Britanniae ejecit 
Joannes Dux Britannise omnes Judœos de Britaimia. — C'est à ces massacres que 
fait allusion le Vikkuah (Controverse) de Rabbi Yehiel de Paris. 

3 Traité du duc Jean Le Roux avec Raoul de Fougères. 

Hsec est forma pacis factae inter Johannem Comitem Britanniae et Radulfum Domi- 
num Fouger. . . 

De Judseis autem concessit prsedictus Cornes quod usurœ essent à tempore priucipii 
guerrarum. Quantum vero ad justitiam debitorum Judœorum quse ipsi Judaei sibi 
dicent deberi, concessit idem Cornes quod praedictus Radulfus, eamdem jurisdictionem 
habeat omnino quam habet Dominus Vitreii. 

Actum apud Andeg. anno gratiœ MCCXXXIX, mense Martio. Château de Nantes, 
Armoire L, cassette A, n. 25. 

4 Celte date correspond au 10 avril 1240, nouveau style. 

à II a été communiqué le 27 janvier 1879 à la Société des Bibliophiles bretons, 
de Nantes. Le texte latin est rapporté dans dom Morice. 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2° Qu'il abolissait toutes les dettes contractées vis-à-vis des 
Juifs, de quelque nature qu'elles fussent ; 

3° Que les biens meubles ou immeubles engagés pour la sûreté 
de ces dettes retourneraient aux débiteurs ou à leurs héritiers, 
excepté ce qui avait été vendu juridiquement à des chrétiens ; 

4° Que nul ne serait recherché pour la mort des Juifs tués 
jusqu'à cette heure ; 

5° Qu'il empêcherait que les dettes contractées vis-à-vis des 
Juifs sur les terres de son père ne fussent payées ; 

6° Et qu'enfin il ferait confirmer son édit par le roi ce France. 

Le duc s'engageait par serment à observer cette ordonnance 
toute sa vie, se soumettant, en cas d'infractions, aux censures de 
l'Eglise et engageant par avance ses successeurs au même ser- 
ment. Il défendit même de leur rendre hommage avant qu'ils se 
fussent acquittés de ce devoir, à la grande satisfaction des prélats 
et des barons, qui naturellement jurèrent aussi, de leur côté, qu'ils 
ne souffriraient plus les Juifs sur leurs terres *. 

On voit que, si Grégoire IX, comme le rapporte Basnage, 
réussit à empêcher ces exécutions barbares sur certains points de 
la chrétienté, il échoua complètement en Bretagne. 

Le massacre de 1236, l'expulsion de 1239, il n'en fallait pas 
davantage pour qu'il ne restât plus en Bretagne que le souvenir de 
ces créanciers qu'on avait supprimés radicalement, de façon à leur 
enlever toute envie de réclamer leur dû. Beaucoup se réfugièrent 
en Angleterre, où ils trouvèrent, moyennant finances, un asile 
momentané de la part du roi Henri. D'autres s'expatrièrent, à ce 
qu'on prétend, en Portugal, d'où ils devaient revenir plus tard ; 
d'autres enfin gagnèrent des régions de France moins inhospi- 
talières. Il y en avait à Paris, et il est fait mention d'eux dans un 
document de 1380 aux termes duquel Charles V, roi de France, 
avait obligé les Juifs de Paris à payer 6,600 francs au sire de 
Glisson, connétable de France, en dédommagement des dépenses 
avancées par lui pour le paiement des gens d'armes qui avaient 
tenu garnison dans les forteresses de Bretagne avant le fameux 
traité de Guérande, qui mit fin à la lutte entre Charles de Blois et 
Jean deMonfort. 

Il dut même rester quelques Juifs en Bretagne, soit qu'ils y 
fussent demeurés oubliés en changeant de résidence, soit qu'ils 
se fussent convertis. Ce qui peut donner quelque crédit à cette 



1 Dom Pierre-Hyacinthe Morice, Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, 
composée sur les auteurs et les titres originaux ; Paris, impr. Delaguette, 1750-56, 
in-f°, 2 vol.; tome I, liv. IV, 173. 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS ,S7 

dernière opinion, c'est qu'au cours du xv° siècle, des mesures 
étaient prises contre des roturiers que le populaire regardait avec 
une extrême aversion, sous prétexte que c'était un reste de Juifs 
infectés de la lèpre. Aucune preuve, d'ailleurs, à l'appui de ce 
dire, consigné toutefois dans dom Morice 4 . On nommait caqueux 
ces roturiers qui exerçaient d'ordinaire le métier de cordier. Des 
évêques, faisant droit aux préventions populaires, ordonnèrent que 
les Caqueux se tiendraient aux bas des églises, qu'ils ne se mêle- 
raient pas avec le peuple, qu'ils ne baiseraient la paix qu'après 
tous les autres, qu'ils s'abstiendraient de toucher, sous peine de 
cent sols d'amende, aux vases de l'autel. 

Le duc François II, cédant à la même conviction et désireux 
d'épargner à ses sujets la contagion de la lèpre, voulut ôter aux 
caqueux tout prétexte de mendier et de fréquenter ainsi les per- 
sonnes bien portantes. Aussi leur permit-il, en 1477, d'affermer les 
terres contiguës à leur habitation, de les ensemencer et d'entre- 
tenir des jardins pour leurs besoins personnels : il réduisit toute- 
fois leur commerce à la fabrication des cordes de fil et de chanvre, 
qu'ils devaient acheter dans des lieux peu fréquentés, et fixa à trois 
ans, c'est-à-dire à une courte échéance, la durée maximum de 
leurs baux. De plus, il confirmait une ordonnance rendue deux ans 
auparavant, en 1475, et qui enjoignait aux caqueux de porter 
sur un endroit apparent de leur costume une marque de drap 
rouge ou de couleur voyante. 

C'est sans doute cette dernière obligation imposée aux Juifs au 
cours du moyen âge presque partout, même dans les régions où 
ils étaient tolérés avec le moins de malveillance, qui a pu faire 
penser qu'il y avait quelque lien entre eux et les roturiers connus 
sous le nom de caqueux. 

Nous retrouvons ce souvenir de la marque distinctive du vête- 
ment des Juifs au moyen âge dans une pièce de vers dont il serait 
peut-être difficile de préciser l'origine. Elle fait partie des archives 
municipales de Nantes, dont le conservateur, M. S. Praud de la 
Nicollière, a bien voulu l'extraire pour nous 2 . La pièce est assez 
curieuse pour que nous la reproduisions ici. Elle commence par 
quatre vers latins dont le sens est assez obscur et sur lesquels 
nous reviendrons plus loin. La pièce française est incomplète au 
commencement et sûrement aussi à la fin. Ce sont les impré- 
cations d'un débiteur chrétien contre un créancier juif. Le Juif n'a 

1 Preuves de dom Morice, préface, page xvn. 

2 Elle se trouve sur une feuille détachée, entre deux pages d'un registre des 
miseurs d'autrefois. 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pas été coulant, il sera maudit; s'il avait été libéral, son débiteur 
l'aurait porté aux nues : 

IN VERBUM. 

Hic verba falax fenerat, crédit nichil, 
Et créditons fraudât usque perfidus 
Inane cordis pectus. socordia verba, nichil 
Quod credis ergo credidi. 

Contre luy mesme. 
Je t'eusse mis en mes vers bien avant, 
Juif misérable, et ton nom seullement 
Par mes escriptz eut esté mémorable. 
Je t'eusse faict de la race honorable 
De Benjamin, de Jude et de Levy, 
Ou de celuy qui fut jadis ravy 
Tout vif au ciel, dedans une charrette, 
Amy de Dieu, véritable prophette. 
Mes vers, vangeurs du temps et du trépas, 
T'eussent rendu ce que tu n'estoys pas. 
J'eusse assuré que ceulx de ta lignée, 
Lorsque la mort de Jhesus fut signée, 
S'estoint cachez, courossez aigrement 
De la rigueur de si faulx jugement. 
Et que la nuict, pleurant, ils dépendirent 
Le corps de Jhesus Christ, au lieu que le vendirent, 
Lâche, méchant, plain d'iofidellité, 
A l'ame traistre, au ceur ensenglenté. 
Puis ton poil gris et ton visaige blesme 
T'eust faict juger issu de Nicodesme, 
Ou de Joseph ou de ces Pères Sainctz 
Que on voyt grissars en nous eglizes painctz. 
Voyla commant j'eusse masqué ta honte. 
Mes de mes vers on eust point faict de conte (compte), 
Et, te louant, j'encouroys le dangier 
Estre appelle flatteur ou mensongier. 
On te congnoist, ton uusure excessive, 
Tes faussetez, ton nom, ta rasse juisfve. 
Ton ame double et ta fein d'en avoir 
Te font congnoistre avant que de te voyr, 
Marau, trompeur, masquant ung fainct couraige 
De beau samblant et de fardé langaige, 
Qui plain de ruse as seullement changé 
De tes parans le bonnet orrangc ; 
Mais l'avarice et la soiff altérée 
De desrober t'est tousjours demouree. 
Le ciel fasché de ta meschanceté, 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 89 

M'a contre toy par toy mesme incité, 

A celle fin que ma muse enflamée 

Marque ta race a jamais diffamée, 

Et ta memoyre et tes faictz descriez, 

Qui par les ans ne seront oublyez. 

Pour m'empescher, tu gronde une menasse ; 

Nouveau guerrier, d'où te vient telle audasse? 

Quelle fureur t'emust si vivement? 

Tu veulx meurtrir ! pense au Viel Testament : 

Dieu le deffent, ne crois pas ton couraige. 

Hé ! vieulx marau, tous ceulx de ton lignaige, 

Les plus vaillans et les plus renommez, 

Onques une foiz ne se virent armez. 

Ce fut alors que ces troupes mutines, 

Ensevelies dedans leurs brigandinnes, 

Suyvant Judas, cheff de leur traison, 

Prindrent Jhesus faisant son oraison. 

Encor saint Pierre, entre tous ces gendarmes, 

N'ayant sans plus qung Cousteau pour ses armes, 

Arguillonné du dangier apparant, 

Goppa l'oreille a Marchus, ton parant, 

Armé, couvert, couraigeulx a merveille. 

Mais aussi toust qu'il eust perdu l'oreille, 

Lassche de ceur, la guerre il mauldisoyt, 

Et de ses cris le mont retentissoyt. 

Vous aultres JuifTz, vermine de la terre, 

Ne naissez pas d'ame chaulde à la guerre. 

Vous plus beaulx faictz et vous actes guerriers, 

C'est de bailler, couraigeulx uusuriers, 

A cent pour cent, porter faulx tesmoignaige, 

Par traisous nous pourchasser dommaige, 

Ou nous meurtrir comme firent ces Juiffz 

Qui de poisson {poison) corrompirent les puictz' 1 . 

Ce sont vous tours, ce sont, en vous vangences, 

Les pistolletz, les pougnards et les lances. 

Perds donc l'espoir de plus m'espouventer, 

Ton ceur vaillant ne me faict point doubter. 

Je ne crains point ta meschante collère, 

Le plus grand mal que tu me saroys fere, 

Tu me l'as faict, car je t'ai courtysé 

Ouict ou dix jours, puis tu m'as abbusé. 

Tes pères grans, plains de raige et envye, 

A Jhesus Christ firent perdre la vye 

Sur une croix qu'ilz luy firent porter ; 

1 Le prétendu empoisonnement des puits, par les Juifs, en 1320 et surtout lors de 
la peste noire, en 1348. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais tu me veulx tout aultrement traicter 
Et me punir d'une contraire sorte, 
Car tu ne veulx qaucune croix je porte l , 
Et me retiens, d'un couraige obstiné, 
Le peu d'argent que mon Roy m'a donné. 
Pour mon confort et pour venger la perte 
De mes deniers, que par toy j'ay soufferte, 
Toutes les foyz que je m'en souviendray, 
En ta faveur le papier je prendray, 
Prendray la plume et d'une ancre bien noyre 
J'obscurcyray ta race et ta mémoire. 
Quant a ces vers, ce n'est que te flatter, 
Je te veulx bien d'aultre sorte irriter. 
Premièrement, je te feray descendre 
De Barrabas, celluy qu'on menoit pendre 
Pour ses larrecins ; mais il fut garrenty 
Par tes parrens, qui suyvoint son party. 
Tu descendrais de ces Juiffz détestables 
Qui dans le Temple avoynt dressé leurs tables, 
Marchans trompeurs que Jhesus Christ chassa, 
Et de courroux leurs tréteaux renversa. 

Cette pièce, d'après le caractère de sa langue, ne peut pas être 
antérieure au xvi e siècle, et, de plus, elle est d'un homme du nord 
de la France. Mais voici plusieurs difficultés. Au xvi e siècle, il n'y 
avait plus de Juifs en France, excepté dans les Etats français du 
pape. En outre, le chapeau jaune auquel il est fait allusion dans 
la pièce n'a jamais été imposé aux Juifs de France, il a été unique- 
ment porté, en France, dans les États pontificaux, où il est venu 
d'Italie. De plus, l'auteur parle du chapeau jaune comme s'il était 
supprimé, cependant il ne l'était encore, à ce que nous croyons, ni 
au xvi e ni au xvn e siècle, et, quand il disparut plus tard, il fut 
remplacé par une marque. Or, notre poète, quoique écrivant au 
xvr siècle, dit que son usurier ne porte plus le chapeau jaune de 
ses ancêtres ou parents, et il est évident qu'il ne porte pas non 
plus la marque, sans cela la tirade perdrait tout son sel. A moins 
de prétendre que le morceau ne soit un simple exercice littéraire 
sur un thème de convention, il faut admettre, à ce qu'il nous 
semble, que l'usurier ou prétendu usurier est un Juif baptisé des 
États pontificaux qui serait venu s'établir en France dans une 
région assez voisine du comtat Venaissin pour qu'on y connût le 
chapeau jaune. Le passage où il est question du Roy ne permet 
guère de supposer (il ne s'y oppose pas absolument) que l'auteur 

1 Allusion aux monnaies portant une croix sur l'une des faces. 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 91 

de la pièce ait séjourné clans le comtat à l'époque où il eut ses 
démêlés avec le Juif, son créancier. Les vers latins placés en tête 
du morceau paraissent se moquer de notre auteur, doublement 
irritable comme poète et comme débiteur, et même condamner 
sa perfidie envers le prêteur si durement malmené. Dans tous 
les cas, nous espérons qu'on ne citera pas cette pièce, si évi- 
demment fantaisiste , pour prouver que les Juifs prêtaient à 
cent pour cent. 

Nantes, novembre 1886. 

LÉON Brunschvicg. 
{La suite à un prochain numéro). 



LE MIMASCH TAMUMA 

ET 

EXTRAITS DU YÉLAMDÉNU ET DE PETITS MIDRASCHIM 

(fin l ) 

CITATIONS DU YELAMDENU (suite). 

27. Fol. 81 ~b (yntn) : fî^pns a-nan 'a b^ 'mabi nsoa ,anna> 
•fcnxpfcïn rrmi rrYtttt-'innD*» in iban ï-i"aprï ib ïranï-ri rîiïD^ 
nna ib Mania rj"apn msi niea nbj»^ w«a wa rntK nia^E 
STYWttïi s-nasa ï-i"apïi ib imn™ *pra pwon n^ r-rcan fa^tt 
ï-na* ira *pab î-tn-173 ^n "nti rf'apn nb n^N t-raja nb s-ropna 
i-na:n npTn taa ïmrnD iaa rraTiN u:n nsab œn ib s-iansi n"ap!n 
tarn^ia am a^pn ï — iitdiid-i Fprnei m-nnsa rronaa .srraaîi an*] 
i-na:ob n"apn îwiïitt ï-rnsîaïi rima irn '«3© no^ *pn ^a ib 
yiaa "pïia b&n î-tm ba ^ n^ioi nfcfcttiû ■paa rrrfi ,3>a£Na 
ttnna ii"apn ib n^N fca^unn ta&n aab i-jtïi «Ttlii naab tavns» 
•ptt ta^rpuDa .ïTrii œ-inn 3>a£«a ib i-nrifi iiïnp-i î-ran lira ivo 
i-namb nb ï-i&ni-n "p»i v^ ba rj"npn ©en k»m naab srn 'stb 

ibaan Nb mi biaN rrr 

28. Fol. 82 & .(ji-nn) i ï-ibiy i:rab^a 'nrû , , . ïibn^b 'ma 

ï-rbi^ i-i&np3 *pb !-i"apïib nbia» r^ba TO3» fcasna S-n'na ba "pa 

8fv*b* &fi{-na !-»"apï-jb nbiy fcoï-na 

29. Fol. 84 (Ibidem) : miA* naoa pis ynN ba iNan -o 
b^îitt y^N SnNan îiîa aanmN yiN tn^aa n:n£ 3tta wim 'ma 
njn» nmbttb ■nt yiN 'a© ttpnb ynsn aiN 133 "pra abat ïipib 
-iia^a ^a -iïïin c^iin pyi iiabii t-iYnn'îi in-to ^a Ma ■wn 

: ban ^aOT "rab pns ynab ^a&ttîtt 

1 Voir tome XIII, page 224. 



LE MIDRASCH TANHUMA 93 

30. Fol. 88 fr'nïn) : ■naoa mrû . ï-ra*i mî anîn ^a ï—tiidn-i 

• ^n^b n*tt>a mna a^a nrraa» iDbiD ba» li^mm natt "p la^Tab^ 
•jrrpb nj>c2 rrobi .-lan npbnnni nbrm inaa nwîiï •p'W ba» 
r;"3pr; 'Tas ï-naisb 1-1D7J3 i-îTabi .îiaapfi n^ron a^apa pia™ isb 
r-iTaïaa û^nbN -ia a^nai jtokiïi aitf m tab^ bu: ma nnaa &rti 
1^373 tibn . naia *ia npbiti mMn '^sb pa mn ba uisin tna* 
ino^n mp-ûn irroKiroaD tpr n"»«l tabia» bia nbn ï-raTaca am 
'•TOI y«Mnïi a^ab îYapn nia* *p nnbn nnarra *p ^nsi anaa 
wn *p nn*n ira^r* ra ba ira i-ipiam ynsi-i i» nba" "pan 
n"aprî '7aN l^STa ma . !-winïi "J73 na* ûinu tn«n n« a^nba 1*1 
-1731 aiaa û^ïi ût ^aiia 'vôl iitaantt tna bu: -1731 roaia arn 
m ïib naaniia ma m73ian na^ ^aiania na^nn73 ^rr "nm ^aia* 1 

:r!73T ait aiîn "«a ïtbki a^nai naaiaia 

31. Fol. 89 (mTa "nna) : "p-raT» iaa ïie laaa laittb'* naoa 'ma 
û-msars avna aiaaia mhn Nba amsan ara pn« ra b^a ■jnntt 

naaTa [tamsan] îaama "pajai msaja tarp^ia: b^a frima *p naaTa 

r-nsaa ta^p^azn nmjaia *p373"i taa^ba» nsa-> i— ttï-î tara 13 *S« 

napa a^bara jwaa y-iaa naa ïnanm biaia maara» na napr 'aia 

:p -nriN ynab ta^riba nna^i ^bTai-r snx nias naa^-i ras la-vp 

32. Fol. 99 b f-nEN) : r-inan p^binb ta^a-ns "pfi "pon 'm 
w»!i ^aN taranan po aarn *i"73« ann mp am anan an* baa 
TP^e Tiira r-ma7aa n^n taa-«Da no^73T la^p^ari ï-i^aa ^73U573 
Nb nnN a^D nnnN M3U3 ia> r;aan73 r-îrri-i Nb na^rr la^na nm« 
tpanan pa Narn n"?3N a^aia arnan ib-«nnn ■jtsïî û^mn lUîar 
nrrma ri7373 *\nv rtpibi miaTarr ^nNarai ia ta ip73n n^aa ^n^Tr ^a^ 
nTa^a w^bi ta iiN73b n^na n73^a *pb a^aa n\a^73 n^n na\an nw ba 
nmaTan np^b-rn nauja nna aa>D ^"nprr 173N ^a n73b-i mna^ab rr^na 
ar baa mroîaïi ba^^ i^uh n\na ^t n^T ^att yp" , b ta i73 m ^ab 
naoa Marna js^ïi ^a n^na ^t ana 'Ta^a ^b ^sb ramp73 rrr an 

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33. Fol. 108 b (rjD naïaa) ■: maip» mma [? na^^ab^] naoa aina 
^mas itt uJaa taa^auja 'a© aamazTab ^m^^a inN b^nuj-« ia7aa 
•Ma i-rmaa ao73"i73 b^nD^ ra wn 'ata in^b^a nn^i amaaTab 
•inNi ù^ipaïi ^73ina ta^aujn ri^Ta nab tamaart ^ban cjbN niN73 
ptaa tiipar taa^baa a^par 'ato biwa ^Ta^a tza^avai yn^rt pibna 
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in^si 1N373 a^aa^ai ariTa in^n "inwx ba73 pN bua pîaa nrt73 pïaa 
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Niab i^n^b -mai Nia^n a>an« in^a bnpn ba 'y® n^t^ ^73^ nnwi 

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34. Fol. 115 (Nioa): pioa laijab^ naoa 'ina ^b« raa 1*1 «©■» 



94 REVUE DES ETUDES JUIVES 

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35. Fol. 135 (pba) : i?i73b"< naoa 'ma . îtïïi d3»ï-i nN ^b ma 
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36. Fol. 136 (pba): n3l73b"< nsda . . . TD3» ^ "jNbtt (jon-n 
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©nsi imtap ^aa in ba?»^ "»aa bbpb ^b nrn aoïiia naba -nao 
ïiTtt "inr^ 'inai ^aian dip^a 3»^rnaai . lamb ^bn tombai 137373 
bbpb ^bin nnN \$b d3»bab ib 'wnt a"à ^N-b^n ib b««3 nT73 tien 
b\a u^t bbpb "]bin wi Ninu: mao wi ^^b^n pn^ bu: ttû 
>wb ^■'bia t^npttb ahaçtawi .id^b ^bn tombai "13737^3 uînsn nia^ 
NiT73 Nb apjȕ bu) V3a bbpb ib '732s ^bin nnN In d3>bab "jNbtt^ 
nrj^b ^^ "j\n 'insi banu^ bbpb ^bin ïit nriia nttN bio^D dïia 
13^173^ -iDda 'ma Tû3©n laonn , 1^73^ nsda aind ^d bN73UJi ^73^ 
■praisn manu: N^rt it mn^n» .mnarr tît Nbuî Mnîa ïinaiu: jrna 

37. Fol. 139 6 (OH3B) : nsaa 'ind . . , ps^ nN ïi'^73 anp' | "i 
m^73Td ^ mni/am mbp VP in ^ "^ mm73T ^73N mi pi i^bi 
nb^n bj» isroi itiNn !ibj>tta nvn& ^didu: m^n n"apïi ib -i73N 
^id ina^T id73Db nîj> anp vnnn73 mnsrr lU/aizîD TiNa )ii$ri rtbna 
b:> ni? *im 1^73 piT rjbii» ii73bn n^uîu: ^3D73 bttïn b^ d^nbNn 
•^b yïî wrm n-i73N Nbi ï-î"aprr ib ^73N t^T^a y-id 1*1 yna ^©n 
5]naa dmbr \aiprs tnnas» ^d p3 ib nnp ">?abT ni73b t>*bT npn 

: t3DU573d Tmadni Nb ^d n?a ynd lïasn Nmn b^nnrt inut* 

38. Fol. 147 & (d-naiîi ïibN): îinain p^ 13» 13173^ ndda 'ma 

ns^T? 13» *>731N jDWll '"1 ribbp 13» *-|73N bN173UÎ1 ÎINdïl 13» ^73N an 

ni3»3 p nb niaiw jranïTO biN© ^n nn^n luîni in» N*ip73 puîbttîi 
: imdïib rnann nN bi^u: br^n 'inai min53n 



LE MIDRASCH TANI1UMA 95 

39. Fol. 170 b Cmui *d)s issa 'îrû .^b ^ps-ibe* ^ mafta mm 
(nowa. ^ TWMtt a^-ia^i '3| b* damais mw 'm w»W "h intob^ 
bu: "îanT nnanbi i-imnan mpa taanb nijabi *]btt rn3»b y-iab 
ftmnsn ma maab , fbtt ^ba> a^n d-iia "itttfaig ^bïa maîab , pb»a> 
mam mm ^Ta&ttid pbw? bttï nant rrnaïrb . unptt ^b TOan '-isaNara 

ipb72^ ndî nwN nrittn 'usn ^b mrf:N ^ 

40. Fol. 174 (ù^ats ûdn)j rend mrrns ttbia îa^b^ nsoa airû 
anna nn&n iro nrr br -ra^a nnN d^it^tt nar^d mapn ûïib 
m-Dtt j-ma nm&wi iasja "j^a D!iK3> s-ma ma m^bi laa nréo 
l^d ûmaa» ma ^d^b banuïi "piba nbN rra&n mbtaa ^oa dmar 
r^ïbN ^na^b yuab y*o msia nnrna ^b mbbp mba> a>apï mna 

sfnaTa ia nnn nna a« inbbp -p maa>n imanb n^n^n "prab 

41. A la fin : naoa a-ind 'nai a&ott ynaa \^ua imN map-n 
(syruDja vmta ma ynsb i-wtina !-naiï nap3 i-r» 'mb Vftrfp 
ppima npbn d^ ^a nb tmiafin arm nja«aip nmdïa ynab î-istinaiB 

iTO? V'i np^ da> ^ican ami *pd£ 

Voici encore deux passages du Yelamdénu, tirés des manus- 
crits d'Oxford : 

F. — Ms. Opp. 314 (Catalogue, 541), fol. 20 : «ana ■o-ra^ài 
*■**"*! , ims» ïidbïi ya^TOî bfinra^ bd VTO fcmrwia nm ynwy 
. a^nans , maiabn ia«rroa î-iabii yi^ibn ya^iia i^îitî taWTaia 
•jnn ^p ■rçatt a^aïi d^pïi maïi dn toi qlpïi nna naannoaiB 

: wn^a m bd . mrft 

G. — Ms. Opp. 317 (Catalogue, 692), fol. 273 : «^ "ttN 

ta-rçaaa *W aa> h^n^niï) maa tn;h laTfcîr tanaiïi nba 'unsai 
nn« qpqt w^n* Nb i^ma^i to ^d ♦ mrb^ab> nnma ^rtnu: im: 

:d"»u53 ^nu: d^ 



MANUSCRITS DU MUSÉE BRITANNIQUE 1 . 

( Par Makhir 9 ) . 

H. J7aW. $704 : 

1. Fol. 7 a : na^tt aman . . . 'ian ib^n ^sb ibip ^na ^i 
d^man aan 173^ mm b^niu^b min *{mb !i"apn Nauîd mnn "jn^a 

1 Nous devons ces extraits à M. Schechter. 

* Voyez Revue, t. IX, p. 327, et ci-dessous, p. 101, note 3. 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

•waa 'n .©Ipa ^o faa ^ iî«© ^ N tournai 'ipba aai 'a© 
ïrm ïaïab na? itt a^a&ÔE maa^w t]b^ D^aiian a*n©a> Tas ndti i*n 
mbi'pn nN lna©a .'nai a^piai mbrp Wi nTa&w© nbip nbnn 'jna 
nbip fna ^i n"i » . ib^n laab nbip fna v '"n ■nn hhinn na ira 
ib^n "aab ^bin ibnp© -ib^n ^ab yabin© û'wm -iba nb-«n iaab 
Ynr\y* y7a©an© fawr rn^an am?a faann© i"pa© ii"apn b© 
i-iT "ib^n ^aab ibip ina "» w, n n"i . . Tnn« pnan î^t> a:nn©an 
I^ïjht» p© baniû^ iba ib^n ^aab nai© yrp-in na© na©n ©an 
: amnaan ara yia maTb na nai©na ynt-im nan©n bnpTa ynm 
•naa na© a"maan a-n nr lab^an ^n tmîd «mai 'n ar> b-na *a 
nnffi? ibbna© naiN ï-ina yaai *paab fa^mna taenia "naai a^n 
b&n©"> nN 'i^rrîTa rr*©i •nn© naiTa aman a"n*nb n"n ya© aw 
ata^n 1172b ann nbin "w iaa72 faa^bba>7a snn r-pan natn natrn 
a"nan na>©n ->-irr naabs W1 aim iras© yi7an *n©N iaD©7a i©m 
n"apn ia© ï-inain faT> iT©a* Knn© D"nr nr ï-inaian >*a nab 
ab©a faT3©a faa^san vît aa Ta«a© b&n©^ b© animai? yab7a 
^a , î-rairn mat yiTabTa© a^a^b^n iba in^an» iwa an ^a .na^ab^ 
bsn©i iba t-<nN 'n a©a ï^ain Yen mai -»©V fans? i» ai*:? 
"pabb 3>7a©ai n©a>a 'n nai n©N ba n73w\a© wna©b ît©^ wipn© 
rtv©i T2N© na>©a© ^b a>in m©n ^^7372 nw a^is a-»bna© 
^70^ a©T^ ^aa^ û^ns© t^Tara t=ja? *|inai ^aais a^ns© araca ©"«n ^a 
^72^ a^ ïinN bNn©^b a^na© N72l2 ©\n n72ib ijswji nn« n"apn ib 
ïi72 ta^Ta^e ûn^ baa iTa© i^im72i n^^7a©b n^©^ i72^ipn© û^ns© 
■^73 b© riD yn î-iaan -i^nan fa^an©!! 17a thn ^bwS t^i fa© a^na 
n« bica^b ^tÔTan ^bn mnpbTa ti© a^npbTan .^aa b^ n"r;b nTaN© 
mn^ inai rnbm ï-rm« bi*j^b n-inx nnpbTa b-ja ï-naai nbn^n 
b^ wn ntiNa© n^©^ ^a b3> nanai nbnan nx b^ai tnnx "pnb 
nbm npb a^npbTaa a©i^ iaaa a^ns© ^72"j a^ ^ina -172N© b^ ^a 
t^bi n">3>©^ ta b^ ina fa^npbTa ^n©a t**ba bia"»b £]n© bia"< Nb© 
fa^p^irn pb« mai ^©^ anTa aïs? -«72 irrarna 1^73 a-i ^a .pira 
faa vam ^Ta^a© fa^aaiNnTaa ©^ î-n-ii©a n©7aa i^inTa s-ina pi 
n72ir ^d^s rp©7ai 1721^ na^an !-i©7a ï-r^n pn^ 'n nTaa ,'n ©^ 
^iTabb ©Nn yp©m nTa^a© yn^a nypnwn &rm ©^n (n:?©) nm^a 

:ni©n -a^b^Ta d^'ts a^biia© 

2. Fol. 11 & : Tira t^b'Ta ms 'a© faipTa ba nî^b^ 'n n»N 
ri3>©-in mabtt T»a ion iix 7 a© aipTa bai nai7a aman na^7an 
3>na^ fa^an©!snn 172 ma© ^72 b^n©^b s-n^atîa s^n© naiTa annan 
■^nnai faiiisa S|èo . ai naTa an-'b^ t*oan am^aa . fa^annsn 172 

î'im a^7a©a amai» 

3. Fol. 23 b : m© "nb '-> n72N fa\n7a to^Ta^n i^a laïab-" 
naan© snn^i dhn bai ana in^i in» bab aTiT7a n"apn mmat 
'aiN nhn ; n .n72i in72ip Nb72 baïai 3>pan72 yj>m ia^ ^inb nan« 



LE M1DRASCII TANHUMA 97 

ûma "pimi-n bvrm* "tfab "pann» Y»n uni anb oaaa mn bnœbï»fi 
naa toi» noiNia ûiw 'iai w hN da w*a '^pbN ■»"■« }m 'aia 
■pa airo r.73 tnvn ta'niaNrt y»ïi d^aapiB nfcNn r^bn "naeb ïamai 

i'iai dd^stt "mia&tti n« *ni»wi ^aas-i 

4. Fol. 27 a: *p* wa. banian iNcan . d->"btf^ S-rttîan r<sb ^d 
bKinvb r-iban ib* ^a i^an .bjn«^ Nan 'aia riznmb r-ibai n»* 
nfcN ■»*»! 'aia tanaNb inba d^HTiOïi "iNun bsnawb ^ t*np*H 'ara 

sïtoij ta nia» dnawa ^m rsod72H 

5. Fol. 28 b : bia-< irnan j«*d \x "paarf ï©30 isor bani 
f<btt lioadrt ïiz5a»a b"n 1173 a"a uj^a nana niim b"n r-rîrr iiaaaa 
Nb ^ awa s-môt la nïîzto .anttrob i-ibia'na n?3 ïtafi na ^aiab 
ims para» 13N insi Nb« Nin ab "naa nmas.i na ^na ^ ^di ntii 

janwob nbia^ia m: "{TNrr n« na^ab TYpnna» 

6. Fol. 35 a: nnN naa nban û^nain ba n« û"ib« -iam 
-laimarr ba» n^N nnN naa wijqi rott nna naa mmn m»» 

tron mî?aa ^na ûimosn n^aa taa^aian rma^» rabiïi dvi iytp 
danbia mena» ^lain «mai ma nir-p aima -man lissa -m» an*» a 
'a© nsa>b ^d^i na* a^b mn na* nna naa ïib» ba an aman 
idem nftiN aort "înbnn !-;73 nnbnnb npab intt . mttbs npab n;anr: 
ri73 rtob njDtna ^n -naa d^b njanan d^'n ntn . d^b m^a nias d^rt ba 
srroa-o "pria d^rt ti^7ab n;Dr:3 lanarr œnab n;ar;3 !i£a?att Tib "fanai 
^a b* ûddttî^ d^n ^ab Ni^ipn n>3iN r<in pi tmb ^ana n^a^r; 
tz^r: ^b n^-pn t<an m^ï) rib^a pi . -i7a^ m«aar "'"■ , "pan ba 

7. Fol. 53 & : naa im« t^np riTabi , bni^rr iDa n^s» n« Nip^i 
i^a !-iTn dbi^rt nN-iu5 ^abi in3>u:a a^ianb ^s^anTato NbN .b^art 
T«a !-irujn\a ^ab ntri dbira bN-i^a-'b n"3pr: ^72N ibnan ib ^np 
ams ^aN iin^b ba&< noonan» na^N ^mab?: bid^aai ib ^a^n?a -na? 
^a^ nn aiatjb "jt^s nm d^^n?3 -iba^n 'aw naanan^ Tnaabtti 137373 

:ïidib7an 'nb rtnw 

8. Fol. 55 a : la lia»»© 'n n»N 'iai ^"" , ^^73 ib^a n?3 rj"^T 
hibis rs^a-^a mbia iaw ta^a mbma driu: m^na ^b ©1 w 
da^n dnb "pa rs^aa^b d^au) dm» ibr^ d« d^a mbia p\NT rr^aa^a 
'aia mm d^b i-i^ nai^i d^n dnb Y& d^b n^a^no ■jma ttt 1 d^T 
-!73^n r 3U5 mm n^aa^b nb^ aim a^n b^ imb^ni îttp dn nsio^i 

•.maa^rt b^ mn* 1 n« Np^ aib " , ""' 

9. Fol. 56 & : ^bn dbim n« ^aa^a in^a taa^N ^bw onam» 
■nma mb« tin i^3»ntu ->a« \apa73 nbuî i">aba ^ab pb -173N »»inb 
Tp^eom ^brs rvarai in^aa nr3bu: «b ^^a» b"N £2bi?n pn ^n^aa 
naa b"« ^73-nb im bN^us^ hN ribam ^np^r; n^a n->nnm i^^a 

T. XIV, N° 27. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mbN \ma wy 1733» nN inbam iba^ii na rnsniai imn nu mmnri 
&tn v N ^" N ÏWKHrt • dta ib i»ft •psio^s mtabtt ïrwa 'n 173a 
*iina l^cabDTj t^at tnïib m^in t^ba ibu; "pabD "-jinn ^b73b mm73 
•Wïi . ttiba nmm iîiX3 Nit lann ain y-iam d^iam hib» rtttïm 
ï^p-iNi t^^»«5 i-iba pnb fnwn 1515 n73N "insu: biai iina ^ 173a 

ib 1173:? ^7373 !"nZ)pM ib 173N "n^b^n ,'iai N21N73 113^ m? ab 
nDia73 N^m 1^73 TObttî» yiH ^b 123^ Ï1FBO b"N 1Ï173 b"N 1T tlSUJa 

inwab tauîb ^n nbira dis^iisn b"N mains *^bii3 (sic) p-*"»T31N bai tmn 
aba arab ï-ii^ddi mirmsb rr-iasa mna n73b b"a ï-nb^am J-mrsai 
rmrr b"« "lauïb mn ib uîi 1^73 b"N ftVqtti fwm N273p mn nbir? 
**i n73N ïia 'Tiai mbN ^73^ na ftm:?n rçanîm miub bim nna ^ 
oaa: . ft!a toiabinb mm mb:> îD^b ï-173^3 pi3 'mi d^iun Nna 
i-TNZ33>b bainiu ^ma^awi ibb!-> in^a ib '73N epî t^imaa imnb 
ib in iDi *jb '73iN 13a ^mn bvn mizisn H3^ ^73 mnNi mbN 
î-i» ttJBpîi î^irn dN b"N ^sirt b"N lï-rcai b"N mba rrio^m i:npB 
'm rma a^bu: d^N "pa 'tûi abiu: ïinN ^ ^nia u5D3r? b"N ïtiûjw 
dia nnai mba ntonb bain -j^ini 'iai ni737-ï dvs iiabu) *pNi 
d^n73 frna imbai d^n73 rrrra ^n ma mwb n w apri 173N . bN *xbi 
nai? i3N .d^3U5^ mm73 imb^n n^mi ^imi ^n . ^n b^ n73N «bi 
n^sai iûn ^n^mn ^n .I'û^i bta mm dN ^73^^ p imb^i d^m 

. t3^73U5M 173 U5N "nn ^3N tZJ^pbN U5^N fcN 'W p lïT'bNl dT7D b^ 

Sr-pifin ir m ^in ïinnïi tn^rn» ^73Nn t3NT .^3N b^ m3iN rrn^i 
ddn ffiim !-na ainsi , m^ f a^ao î-no^a iY'nï-n ^^na . t2^n73- 
ï-rb^ kiîti ïam ï-j-i3>Ddi ï-icid^ Vi n"2rî3 n^na ."on ^Dion ttM 
i3N b^ -1731^ î-inNi m73b 1^33 r^N bN^^i sqidnbi a^ttîn m^oa 
•^ab^Dm ^73N3^. d^b it îiiT ^ïi . d^73^ nbn ^natt^ d^nbN nujn?3 
nn^n .137373 ■nass n« N3 np Y'" n.nm ^73Nt ntm .d^^ nbn nb"i£73 
{■naa? ^br ^^b^i ^nnuî73 ba taaaw nmi 13N bN ^73iN 

10. Fol. 58 b : mb^ )ïw mna ^b ©1 ^nr p 11^7311: i"m« 

i'isn rtaii n^ in^^t piosn nb3>73b ainatt) 173a r idi d^a 

11. Fol. 61 1) : n"nprr i3ab ndib m»n ïib «^ n^ipos mn 
d=bi3> buj nsian' n73n^ !snn pi . ^b^n ^sb nni73!i nm |nnp3Da 
*]b»iaN nn-»73 ip^3 pni^i nni73 rp^ dnn^N rin^b nuîa bart 
!r-i7ûbtt ^73^ ^au: rîm73 ipid î-73>nD ï-in^ç ip^a n^73 nni73 npm 
.-iû^ji b^ 3iu5 baim ■nsj'rs 173 ^n barr ihn t=ip73 bN ^hMi ban 
ùbi^n d-aia d^3>73m înina ib733>to ù"»p^a ibviS in73 ï— m^^n 
ï-;u:^s r;73bu: î-nn dbi^n iNianiiusi iNE3nuî d^^^i itobïi r;73i nTn 
bia in73iï33 ibN /iai t^^H J-rbn^^ toi^i-î. "33 mi ^ir 1731 '^na 
«irt wrnwi n^t-inn mm . Tiaart Nda nnn mmi73i nina^ pia S^p^a 
î^i^t pi d3m^b i?rmi pu: tn^uîi buD p-»tt53 ib^ yn^b m-L373b 
rrsv pu: ûtn l^np dip^^^îUJ 1^731 7 i^i 11m biNU5 bN ^N 1731N 
«a "1U5N i-rbi^n nwn 111313 >3> oin^ ^b ^sni in^ias c^iod 173N 



LE MIDRASCH TANHUMA 99 

iba «an smaïiai d^isrt iba uix nidi ï-niw d^nu)73 tta*ih !ia 
ynaa p^iat pi nfc«a *pb r-ram mdatàa fcprrWTaw tawnïi 

:'i:di dbiu)-> 

12. Fol. 70 ô : i"i p^g ^ -^ba* ïwa , n rtanfi baf ^"*> npun 
b&ntt)i d3> n"np!i piû* HP* 7 * *£« .ftaniri tn« aa-n ^tt^i fîpbK 
i-rnn ï^nn f<bu) *7d irpnar mbab mai fc-nba inb^m ja^ptro 

dm Ta» n:>u) rtmj» pi baaa p-nna laupi ns b:?au) dïra nronu37a 
nwb q«n . ttsuî dryba> inta abi i-p abi ana ab dm nabu) ab 
Dublin "çjbpn pi» "nfi -i£N3t3 mu)73 bu) iban "pain fa muittn 
nna> 15 mbi-o rnii na imai ^bin a^pai . pTimajai ynyy) diiN» 
nbia pau) ^d"j>n , rjiirri a^na ^nasu)"! . riTUîa ïinaauîi ï-i^p^d iaxp 
Tbgça au) i^batan pu) baa t? nsm .^7372 mît ï-i^n ina;pu) rrnaa 
&ibu)in">b "pbi* du>73i ïibiwn pbnpxj au)72U) 'pjabb "pg'nç EpE ^ 
inaibttr! i"ib nmm !-îj>u) îimN p^at nïfa a^ura ib^i n»N3iiD 

13. Fol. 73 b : ba> n"apn îrvnnrra) nTjb^ aa îqidm itfa n?aam 
mn iBWtt i-iibapi b&nu^ bxN >*au) iy mbap t^bn nnteiSh ba 
ibN pw». nn» *wn , Twoa a^aOT pu) iu)a> aaa ibN ittb T3>u)73 
ïim y-iN tiwi T7:d3> a\-oi . paa -îaTTaa au^i n^wu) d^basw^ 
• damab |aE a 4dprt minn n« bapb im «bus îianu) pau) , a^ia -im 
^b?3 ba a"a fpîttpi nnN dipTaa asnsi«| y-ian bj> ana nnsb tf'ns 
TïïTi»n !-CP73 aa 3>i7au)b natn <xbu) TiTabb ya-nx isn y^i . y-ix 
>ibu) n"i73b t>in 'n^n r»H?l 5]Na ^n^l n72N3U5, ^n^n ma posn 

tm-inn n« 3>i73U)b lin 

14. Fol. 94 a : ^-Hd \-in inia^n Nb qod ^nb^ p»*n Nb a^nd 

iba«£i ipbrt pu) j-i7ûnn ia .imTDdttb n^p^ i7ûnnb San p by 
.î-i-^m -nawi) irpnniwi^ ybbptt "jrpb^ ïiwNn ma^nisîTûdi ..n^nn 
i3nn drus bnN ♦tib3>7ib ïidsi i^nb^m idbaa bbpT qirpnm n^n"» 53 
duïm nu)wS m^nuî^ dis -it:n w pu) nj'nïi b^T rî^mrî b^ aww 
ina si»» m^ nan pi ?<npN - 1 "- 1 duîan NX72N pa^i nnx NnpN - 1 "- 1 
n-i3:m3 n^73 b3?T ï-îdtj ^1^72 b^ ^-imTo ^"1 tou) iît npb v^i 

:Nnbi73^ pi 

15. Fol. 95 & : rrTj7o -i^n bNnu)^b ii"3pn n^a» nTamn ^b mp^n 
!-i-iuï^ r<b nbDis» n^rj n^ns n73 n^n "i^bn ds^b^ NbN n72iN b3> 
ïht ia iu)sa ïtnuo^ «b t-ibsir n^n h^w in^iTDNn p^Tiri ia iujdd 
n72U) rs^n >ibi t=biyn bs b^ inix M"nprr ^^b7D'n Wd ^sta^diaa 
i^DTa u)^nn72i 173x^3 la^dtt ïi^i 12 lissa nnu)*' ab itdnîu) ipbna 
^j^b ins mrsu) ^sb ^n ">u)sa !-t-iU5-« t^bi ^bTa ^:n n7aiNi nT>nnn 
■rça jhn p n"3pn Nnï-5 nbi^b N*ri« inaittNn p^rafl .iDina r^ipa 
dn« yNi dnx737a ddn» \nb&« ^3Ni imattin p ^hni ^hn b^ di^rt 

:r;7ai-in ^b d^us-nc?: 



100 REVUE DES ETUDES JUIVES 

16. Fol. 97a : torrr ■rçanb irpnKttb &073n a?aa -i?ûn Nab?3 nsiaba 
^nttn nsa» inan npra "nn n73iN Kir» Tb* 'mai «-l'an Tni^s 'nai 

:p Nnbafcai '53i^ naia c\Ni 

17. Fol. 100 & : t-pah i-raaa >*bui ^y pra na b&ottia 'n "i73N 
aaannn maïT !-rca:ju:73 û^brn ^ma bia (sic) drm» b^ i»iy ab-i3>r? mrs 
inb '73&ria Mrcuïi nab '7ai« r-î"apï-i pta ystoi , imta'o *7»:n ûbi^rt 
ib t-wan ï*<b nna p-i a^rpi ^jatab *-pa naan nnar: "•"■« n73K r;a 
ibaoi '•Mb t-natt ïinai «in 'ysbrra «arm *pa on ia n^arr n« 
vnnn ptai Twain bantti *wb tanp73 viEttn n73N2ia wia nn^ 
maauî nfctfn Nbn . aar; abn^b avi^aan «ba* pa avo ya dTi*a3i 
w s-rab ,n"Nb na^ tvr> prars e;n *ôn tab-i^n taaana ir>np7arr 
ambrt"»N ^ynb pmroi -nain y^ûita ïT'in ^ n ^ ptonn apnrr abra 
^73? na^itt ï-pttNto pta*: ^b r-riiD3> i-rtattb ;-ï"apr: nb 173N ^a^ab 
ya m b^a tonna yaœb mann ^Nia t^bfc* in* t^bi . "ia*ina 
ma» rs73b fcFfcbwïi y an anttiN -îbTinn *p nnœrr ^a&te îyMœ 
nm y-iNï-î baa -para -p™ na "OTTtk ^ a-o-innna Tïrn awbsn 
n"2pr7 anb *i»k a^aa annia njnata ton p d'watt b^ "pin top 
t^a^ *j73^n73 snba pipan naa ^b am73N£> "173a toi* lawa aa^n 
ïibnna yn^n n&673 nnbnm mn a-^ian naa nbo pas ni-na la-npi 
s^t-irr pmia in b"« . ynNn r?Nb73 nnbnm a"n«i Tnft amian naa 

;'ijn 'n n^ ibbn -i»N3© rtbnn y^Nn b^ ima nmrr aa^br 

18. Fol. 117 a : innOT ^d"^n rtn^n nn73 .ar;73 n^a-" ^b ^n3>T 
'ttsattî y^a rtanisn mtî^b is^" 1 n"aprî ani? auîa b^73 i^a^n "la^ai 
'■«1D3HÏ1 "jmN ib^DN n^a-» ^b ynaiN im ^^îib» 'n rr73 berna-" nn^T 
.mbobo bj> n^iaa î>t""7a rsaiu:n yu:ir p-m tabirrr 173 ta'nataa 
bus -iaiu3b ta3na "in^ yarr t^sbi ta3ni3"ir:b baba nbas n^-ia t^ar: 
^nas 'ji^ba nai qmpn "jitob yna-773 n^n yi^in!-; pttjbïitD . in^an 
ipbmi nvian ipbn rnr; n^ ^ ï-itî-î abira n"aprî n73N abn^rr 
nmN i^iai^i nn» ^na "jbna *pira Nnn dbi^b ^b^ 'ji^b d^atcb 
'i^ a\aa tabia «inpb rtmna nsu: a- , 733> bx ^du:n tn ^a n73N2U3 

:bNT^73 a^i^r: Tiajna baaNi 

19. Fol. 145 a : s-nanNïi ta^'iT vn nbN ^ib p ypiïT" n"N 

•paonaoN ^o yi^y73 vr: ypib snnaiNr; bN-na - " r-nan^ b^au:an 
I^Nia y^ Nbn iNan^ Nb^i rtmnn n« "hactt ^a "rn^n nn^ bab 
a^u: mxîaïi 1» iniN ybaa73 "jnr txbN bN-iio^ ns yn73u;73 m73TNrî 
ba7a a^u: i«ba aa:pbj> p b^ nnﻫ ïlpib iba ïaabi^r; ba iNan-» 
nttsnb n"apn b"N . y-iNn ^^: ba ^^nTa nananrn ^73^^ yar irm 
t^aa ^nbw\ ^r^ y^m ab .aa73^ Tinai a^^n p ^a an^-i dnx 
p ^730 abi Nnp "n^isa iït»i n73N3t3 aana i — tan^ ^^n nsann dNtt) 
:'73i^"i tiaa ^nbis tin ytt5yn jsb -173^2 ^ab ,3>73u:n Nbn n^-ip^ 

20. Fol.- 157 b : «bra ^a am« ria^ ri7ûb a^D-inn dn nnpb bnm 



LE M1DKASCII TANIIUMA 101 

d^ain d^&inji pn . i5nï:i vaai riea d^ apgn rnaia pb? naa-» 

ïirçy» a™ d'wn n&npa i-nab 'n^i *pN ■na'r n^snnïi ^a ^wia dm 

nbw i-oa ûtn 'parafa n^To-ia irna^ûi tpn 

21. Fol. 159 & : t^t^iTOn n"N .d^aan roBis isbi ttp-JSfcii ^ *p 
1?» . is^D^tta nw»arfla i3N *pab rtp'tSÉ dMrn* naNE swîa ib^BN 

. taraa r-nzina 12b ©1 la^a^a tara^aTs naewe wwa ib^sa ï-Pttrt 
pbim ttbwBm antn in* 13 fiwinb "irra fma a™ abijara arma 
na^rn ban i^iis Nim î-r&nbzn "pars ^b i-i"apîri .ir-rnsa 173? 
taw^m] ihn sravim mnwn ina isb^ ispaïa na"w 172^73 Knm 
S-TT73 s-ib-m ï-raia ©1 tjik s-mir 'n . 'ttiai j-rp^n i"i ^b ^n 
ï-nat &a naan ntt&w© "ma> towa* i-p^n boa spai û->a a-nai? 
: p nan rnn© nbaai . rip^r» ■»** ^b -nn arrasb anp dw 

22. Fol. 191 & : ■p'ïïi dTE iab "na n'73N iniN ma*b ibai abn 
ïnfc©a rima aa^ntf tpv ^n -itonu: rp*p ïitsi nna-in drp 12b -na 
im&nïia ^tsi^î-; w .iaa ar r-iN baba73 ^73 pib n"aprr ^aianas 
îbttaa ïtî ttan . fiïaai iros nn» ba> th d^ntï iaNT ab ^a -nasa© 
snrw b^ hmn bla ïtjoti matnïi "pas* manb aa^a ma vasE 

: . . . an?a©a tritm 02 uirxy n"apï-r ma? . iroai iras 

I. — Ms. de la Bibl. Reg. Hebr., 16a, fol. 118& : mbsn Traai 
n" -1 baa ^ttâ r^a^tt ^aaa î-nia ^n na-Dab^a pi d^iwn nanaia 

: rtan nb^ana a^n^-i mana 

K. — Harl. 269, fol. 87 &, à la marge (éd. Buber, comm. de na) 

, . . m^aa» uîbtt br V't la^ma'n naiza *p iai:abi naaa 

L. — Makhir, sur Isaïe, ms. de Leyde Scaliger, 7 ». 

Par les mots suivants de la préface, on voit que Makhir a com- 
posé un Yalhut sur plusieurs livres bibliques. Il y dit : *V2$ 
arma 'na -ratt 'na n^dTa 'na -n^Naa r na -1^72 ^3N ...apb7ûn 
aarrb ^nsapi ...ï-i"-bT ^»NaN 'na Epr 'n anrr p ^rtan 'na 
piaan bj'i i7onp73 b^ tSPîfc [ ] ba \nanai j-nnaNinn imttTittîi 
•^napb ^a aipb^ -îsoïi ^riNlpi M2T\ ^ab v*\m ta juî7:r;b ^lÉnri 
■ne^a t^nsonm " i 7ûb^-i^,^ î^n7û^rr pi ï-raffittn p tt3n%n 173 ime* 
arN d^bn ib^ tanaaa \nana >ib ntt» na^r Tinaïi t^b 2 t^na ,i ai 
...^nba"> ^aa **w$ ^m b^pm* 1 sn^^p ^b©»i 



1 Nous saisissons ici l'occasion de remercier les autorités de la Bibliothèque de 
Leyde, et spécialement M. de Goeje, du prêt de ce ms. qu'ils ont bien voulu faire a 
la Bibliothèque Bodléienne. 

1 Le compilateur cite cependant d'autres sources. Voir la description de ce ms. par 
M. Steinschneider [Catalogus codicum Hebrcecorum Bibl. Ac. Lugdnno-Bataviae .• 
1858, p. 347pass.). 

3 11 est possible que le Yalkut sur les douze prophètes dont nous avons donné 



102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

L'acte de vente * qu'on trouve à la première feuille montre 
que Makliir a composé son Yalkut avant l'année 1415. Nous re- 
produisons in extenso cet acte, parce qu'il se .rapporte à la Pro- 
vence. Le voici : 

i*<bi Mîa'wpi *rp"i© (sic) Nina rianih !-sattb dinnï-i ^n îm» 
^n tob^bi i^ nïït^ ftrn Tfcrbb abii i-iN-j©î-:b abm Hàtèrëftb 
ï-ib:s>3tt bN bip^h 2 inparr î-rtH "laon ^n-i^^us trtoN haï] ntiFi 
©Baan ab -maa] ta^sn »a© un bjio^Sp uîpiunp "na© 1 ^ in 
un an pispDi p?ii bdtt -n?3©b ^bm ftiara Nbi aiSN Nb Hâfcên 
î-ib^n •j'n to H*¥p ï^abn [i-mdttn nwtt ib Ninb bar n©N 
vijanrn ^nana marbï i-ranbi *-nub nbwS tjp^np ^a»^«a 
î-r©»m dun©i ^-TN72 nb© nïïn ©n-rib ï— r^^ir? ëï*H ©jp^n Hs 15312) 
b"»Dib"i \*n phf d^pi n>*fà bdrt îrrrort ^©©ït qbNin unsb 

.brb 

Le nom de *psbNi n©tt (d'une main beaucoup plus récente) se 
trouve également sur la première feuille. 

1. Fol. 9 : n^pn in© rt3©n «an. m . ibip )nn ^"r ,m»y 
nsi©în biptt •pinrn jw**ïïn tnïn© bNn©^ ibN -ib^n rsb ,nsn© 
v- tzn^ bin:; *»ï) . amadn dnva "pu fnaïb ^"à !-nm©nn fnnm 
faanria tnrntt nsai a^n "naa .^58 fca'WBâPI d-p ï-tt . ^tifà h*nVfc 
ûmsan dT»b ïi^ït ©Nn *pn© dw m©* vnttn© 112*1$ na p73i 
ïbtrh dmb n^iNt ban©^ nx n^inT73 îttW' pus nu;-: n^.ndîi ïï"in© 
rtJMbh 'nh nbi ntrri "inttb iHri ib^irt and^bb^d snn "in^ars idTn 
ïa© î-nna-in d*n niTOSS d*n Hft " i "" ! nttN" 1 fthdïai N3 nab np nnai 
td^utûd sa^an "ntr ana '2© b&w b© tarpmav *pabtt t-Tapn 
mnv •p'robte© fcrtbKbtttt ibN ifiarra iNtt ai *d . irabi ab©a 
piaca . nai i-iai n©u diija aisr -«» .mai toi* d"i^ ^n .ftmm 

: 3 TiEna -«a ib ^n 

2. Fol. 17 : is^^b^ . tartb Nian bm «r* bs^n diN huî^i 
l^mn vn m^inn n^d i:a"i lai^b"» . bania^ ^a ©ni hn n^d ■* 
tza^N né^1 nna yrùv 'n d^a ap^^ 7 n 'nai rtô©i Hï© bda b«n©^ 
*MMé "jn^i 'diu bN*l©' 1 ibN tzsiN rn»^i .dnb nïïh bNT ©\s bs©^ 
n«73 tq> rr^7a ©^m !i©^ ïit ©^n bs©^i .ton» d^N Tr^^îa ^ 

des extraits plus haut (voir ci-dessus, p. 95) soit de notre Makhir. En effet, d'aprô? 
des informations de M. Schechter, ce ms. est copié sur un autre qui était défec- 
tueux ; les lacunes y sont indiquées par Johanan Sarakosi [Revue, t. IX, p. 327), 
lequel, par conséquent, en est le copiste et non le compilateur. 

1 Cet acte y est écrit deux fois ; le second est endommagé à la fin (à partir de 
dVîl 1« 8). Les mots entre [ ] se trouvent seulement dans le second, tandis que 
©rP^N (1. 8) ne se lit que dans le premier. 

1 Dans le premier, îiT pour les trois mots. 

3 Voir ci-dessus, p. 95, n°l. 



LE MIDRASCH ÏANHUMA 103 

^nbôtûihi b^^b biW irnau: ^n sW tn^bi^n "pan ï-tu}73 >-i73N 
.bfiniï^ ^sa tû&n iiN f-tôn ■'S . tanb r^ttn . tanb s^ian Vtal ^3N 
Hew rtNâ ^d ^b ir-rpm . na^Tab^ .61fti rrnnn^ niîîi piaaa Yia> 
Vn^ii . bN-iir?-' ■mai ^aa ntttoifi fca-n^Taa Wa. , rn^i ^Kà 
^«bîfl Wi TttfiWtt t=pn ba> i3&« . 'im fcaab Ht^ n^an to'nUEoa 
tab^a rsN^ . inMa rtfcw ^a v '^b rt^ptort . û^si ba> îvPNrn . d^nbar! 
b3> maas i''^b tav ^a "iemib e**art ûbi^b m&wnfib Tnan ï-itï-î 

idhi rwa. bd 

3. Fol. 36 : !nu>btt la^Tab^ . , . lïrw •jbfctt rntt na^aa 
nai? rpfi 'ppi ainsi yp rt->T^i nm ^p ybnn "na^ai rrmKb ippt3 
»■»« na bm a*>n:a1 ri3 . ynaa ï-rnn nai 3>3 ira a^iïbi . rima 
■ô a^rû WTJb /lit y^i 1» fn^^i i-iTan3i tzna Jtrn î-je'tnïi 
ïrn t<bn irnûlRb ltt£* n-'psni ^bia hnttio i-nin siTa^a am« 
ttftb drtb i?2Ni dm» bau: Ijhïl mnb ppta nrtN a-p .îmnb ppta 
^hi2 ^"apï-t arsb "en n^-p aipïi nTïin taï-ib i-ien d^pair tara 
Sk 1*011 te y&b Tiapïibi ^bttb OTttb "jbTab î-tn3 ^b72 "rç&n 
5|bN ira* i-i3i73tt 173*1 |nan îïmY* mina êo^t ■ropî'ib naî73rî 
i3ab tas ^a i^jpïib ifT»ta? ^b î^b ib H73N . ï-raina -ma dbidi 
irm* S|*m Ta . nb*73 ^d UD^p?^^ ya ^b r^£ fc=pump73ii 'pria 
bavwi *pa3 ïi^^ îrmata insTaa ï-imï t-ii*£ïi b*WSîi ta* is*îai 
^a naab bnaa î^in û^i .b^Ta ira* a^ara b* b^Ta n^3> d^u) ^b^n 
tîlBiab 1735Z3? n^pdr7"i n-nnn ^ bcantû ib dn^ ^3- v ' >| 12*53 

4*. Fol. 40 : !-î"ttT "la^mb-o . , . d^DiuJM )12 nn^ ^b^ Sjs»^ 
rnnd!-: /15T tais:? ^d in3n?3 "inïï 21 ^d ib^n "«3sb ibip \rù ^ 
ab*i 173J» ivp bfiHiô^ mm "jn^b ïi"dpïi NmdD ï-rinn in^n nn^^ 
n72N j>^n i^i ^'ràS 'n ^ai to">mm d^iib^ n^n "173^3^ bornai 
ïibnn 'jnà n?2T ^3^db i733> i^it d^dNb73 mridln B|bû« d^3u:i d^-ud? 
rthinrt nj« irij mbipri n« )nwn d^pnni mbip iSfrn -173^3^5 ibip 
Ht nb^n ^ssb ibip )vù ^i N /,ta i .ib^n ^3sb ibip ^na '^'•'1 -173x3^3 
'n n?3N ï'n'^di . i . nï-;3rn3 an ^a »Vibrirt . . . mvn ©ni 
bd vittNi ri3>^73ob tT^ô^ iTa^rpîittî benio-' ib« nhn 'n d^aa t^ann 
idNbtt» inr tD^p^it d^bi^^ '■pttbb .j>tott5Jl ^^a>3 1^ ^nn -iujn 
^inai ^d3N d^nsuî n?3^ fcytà ^d hi^c "173^^2 n^u:a ^b 5>ln nn^art 
inio 1 ! .^nN ta |73^ra J-i^apr: nb ^73^ , aia ,s p ^aaN Eâ^nbui ^73^3 da> 
S=3^nsffl !S73^ dr ^ina ntJiN nna b^-i^b fe*»naiû N73u3 to^ï -iTaib 
^3b rra ym .na^n mai a^n^rr '573 ^hn 4« qs-n d^a a^na nra 
d^npb7aa nha . naTTan ba*73 npb dTipbiïa . ^3a b3* ynn yrb iTabu) 
nnpb73 b-j3 imaai nbmrr hN bi^b ^NbTan ^brs ïmnpb73 ^rnaa 
^inb nriN in3i ït»a» nnpb7a N^am itn Hnaai nbran dn bi^">b 

1 Voir p. 95, 1, ligne 1. 
» Voir 102, 1. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

naam i& ba> wi -lENaia rrw* ia ba> nanai nbnan n« baai nna 
s^r; .ta^neia t<aa taa* ^"inai n^Nia b3> .^pnsus ba> fiï a»aa ïiarr 
irnna ainpbtt Tnaa Nb« its bnaib Bpttïî"» bia* r**bia narra mab 
fcarra taa-iir? w nnantt "iNja an ia i-irr .pire t^bi h^w i? ba 
'ata û"nNn52a ujnî^ muaa b^sto n« pi n^p^'i^rr iba Yian irana» 
■•Diat *pœm laan nton ^aia» mn pmr 'n nw» .'n en un naanl 
*p?abb , ^nït ypiom nasas) ynsa na»prnaa NTn ftNii nmaa ntt£ 
vaa-n bTOri TOb baa apa k * pi rmian la^b^Ta inr D^p'naf ûibn^ara 
immbiab parai ûiaa*b7a marna baa ^panniaan 1:0a» ©^ paam 'a«3 

ta^aNbw apa>i nbizm nnwiD 

5. Fol. 46 : îaiabi ... anaïb i"i pn^w an" &to mrn 

•pa^ia 'n i^y ^bm i^ni nriN nbusi finopb saia DnaïaiEaaNa rima»» 

mi^an r-rata inx ïiiab "pa^u) 'n tu: rr&n bnan ï*mn '"n naa 

V^vjd rraa rran &mn 'n ib n?3N o^riEa» bu: tnib wn "na&n 

: 'Visa "pao d^nari ba p"iaaa 'nan iro bu; aiba:> 

6. Fol. 49 & : ptayn j^sb .mobi ,aam r-iiapa ï-ia naan 
ïrrm&rpa pâma tant* iaara 'pna -iuîa>n t^b ,'nai rpa iribtf tin 
winb nar p bâ> -lE&wia ■jmmfcrr'b •p'raa» "js-pb* îittt iianiaiitûa 
■«a ï-itîi n?aNaia ïrrm&mb "pbbpa jmba» pins r-naamaïaai 'nai 
rmatt ba» rrcçntt pâma iTin j*<bN 'ijn nabtta bbpi Bjitpnrn a?T 
pain mat .'151 taaujai t^im maniai oia n?3iN t»i ptt Pianp ban 

• : NnpN i"« ûioai Nir?:N 

7. Fol. *78 ^ : .laTab^ .ta^iaaa to^nas^a Irw t^irrrî û-pa 
D^aa iba>aai mmb« "j^aata» iu:a»u: û^a« n3>anN72 nn^ htï nr-is 
ta^tw^ p "i7aNauj ûiti .i-mm ^b» ïînt^i rna^nsi '-lita'iaïaai tnTî 
fca^aa b^aaïïî ptii . ^a« b« n»8m ^ab ïia^ pi ni i^iaab m»» 
"j^robttan yn» b^ ^na>S5i b^ ^n^^an mrni) ^1513 ^ab na^ naNattî 
. "p 'jinni^n "rar^b . *p î-n^nb . ^a r-n3»nb ^pnna taaiab?: iasb 

•jiibrb ns'iN a^ T»a ba» nba»N aina^i mb« i^aata* nu:^ n^a^iaïaa 
na^T^b imbarj ib rru:r n?a . inn bi^o bx ^n ru:n n"ap!i ib n»« 
^b imna aa^jn n72Nau: n^naa aujy inbi^sm nmabaa niï-juj na» 
m»ia nm» î*wn nrm mi^na vm .rrTJTJB f*ma> ny\ jviyw 
n^Nauj iiaa»a pim maria ina nawiD nms fibanai iiabim n^na 
ïiinu: r'ni mra nib an" oiax aabi pnt ba ba^n . aa pinnn r^b 
Ni73"ii nxpbi aina-i minbi manab ba»aa ûrm ûbia»n ba ba> ^ba 
ïmb« i^3t3> «î-nDJiB "jiaa ionii . nib^a t>ji^u:b iy*9 n^a^anaa r<aN 
tj« *pi2h TinniDii ï-nini i-iuj i^a inaï-j ^iiït m» "»in«i ainan 
ib intDwN M-ibN nmNU5a»ï3 ^b^b nnnÉm M112 .tanibwX ^b^ûii a*ttia 
tsi^^pn \a-7p piatt taïaus a»aï3 -inab ns^ 1 N5 ma« rrnNC ibiba 
■naNaïî aiiaaa ba'aau: paai . mb« i?aara> rroa*.! t^nrr "]a a-b n72N 

1 Voir ci-dessous, p. 105, n° 8. 



LU iMIDHASCIl TANHUMA 105 

û^Btt) iica» wnv nan 'nai û^n Vti "nba» nb^ dwn naipnb wi 
nm« iaTa> 137273 tanabai , traïaia t^b« fc^aarc t*mp ^nn bN 
t-mapa nî-n-Dp t^bi *m -pa>a irmap'n . 'nai taw taraobnTaa 
ïma ^aan ■ , "" 1 n^DN t-rs n 7a «ara twaa ba>aaia yaTa î-iana . û^aabfcïi 
naT ï-m© anan nrpa , "pa-nat ma ta"naz73 ^bTa ansn î-iana na* 
**4*»aaîi ^ran . î-iiûNin man rna* ansn ï^"na î-rapaa mixi t-ia* anai 
ï— riD^ia "m ba> "ib dm ^i »&■»»» fcam^Ta i-nm s^nrsrj ava nTaia* 
navvw ^aao in-HP ^b maa*auî mba* 173^^ 

8. Fol. 81 : Tnfi bjoi^i . namab^ ,vwa yao fca^an ba 
mauï i&taraa "na bu: nan ba> bm-anb iïie naan TObi .s-rcmsMa 
i-nab naua witta "na bra mrr ba> b^arjb moa* i^mai -12125 *p 
•na buj nni br a^aTa i-rna* da* î^ba* ma* c^tbn . naa67a7a na.œ a*b 
yao ts^airt ba a^nai fcaabab yso fc^n iba*a "nan î-N8ia> nna* 
♦.'aiaTb'n piira^ pioaa 'ian ynapb t^a© Dna^acaaaa rivyft . maa 

'9. Fol. 92 & : .tatrcnai ta^Taia *sma 'n ba*!-r n7aa* î-ra 
'T^istn msstt p un yi^o n"»» . dmsTaa wnpn t^a ba* . na-jTam 
na* anb mbrtTa sm&i* n"npr: rra a**bN y^iatb ï-mnna ymap arna 
ya^aTa ûîTiû na> "patai ybabansa dm "ibbrr mmaa dïib TOW ynars 
bu: mi dna pia rfapn baw y-ia*b y^EΠl 1 ^" 1 ^mo-> yna*b 
fcovmap ma* rima ^aa* m-an arma pœ yaTa i^Tana» pn ta^n 
bN^u:^ M*™ b« laaanN ^n«aïn ^^^ fcaaawiapB taanN ^n^brm 
Nnn sbft N-ip^ m^pb œ^-i -n^^N dn^m taaa ^nn ^nnai ^a nn^n 
■jma '?2Na\a rs7au:a dna "jma !n"ap^r bNnu5"> yn^b ya>^7a dnu: fraia 

:na d^abnnb mm mba» da>b ï-iTaïaa 

10. Fol. 97 : snas n"?aN . -îai^ab-» ,'iai ipK2t p»!i yen ^ 

yisn^î t^jb "»a n72Na\a ï-i^na ^nb ysn n"apn i\x ï^72n na par; 
^n n73iNi ï-tdn r^-i y^rt b,N Nb ^a "itoin r<in pi . n7:n mTaa 
p^irnb rt"apn yon riTaan yvin m7aa yisn^ dN d^nb^ ^ d^a ^a» 
"]b ^n . m-iwN^ J-imn b^a^ -ip^iac pTab ysn ^" ,, « n73Nau: i^m^na 
i-ra tamb^ D^na j^nn vasb yo^aTai i^ann t-nnaîro pTaia 
^sb b^aia iman mat amba» nwb^ dnb ma^a iapa73 nu:i3> îi"aprr 
db"OT-p niatina m-jrj maNiz: in^am *7ra t^^i?: inns pi ina^ar! 
bam inb nbowsi ï — ipnac tepa» lddu:?^ r] k m «•»« is^Tan taa» i«m 

jmaî dmby ^jTabb 

11. Fol. 107 & : d^'nbwN ^nw . na^Tab^ /iai i^iaa» -la^i d^p7a 
anpuî ta^^aïi manana nnana r-i7a^pna ipTa*»» Ji^a^ai ta^nsNa 
ta-^pTa n73Na\D J-173 d^pb la-ttœrs d^a niiaa72"i ^y»a»n d^a ta^DM 

: d^bu:"» n^aNb73 nsa»i i-ia^ nan 

12. Fol. 125 & : oibpaN . ia ta T7ab-> ,'iai ©sa ntab ^"^ n73N na 

1 Voir ci-dessus, p. 104, rx" 5. 



106 REVUE DES ETUDES JUIVES 

p aniinia hrffl T'uni-ib ttpnft Fpï 4 ! o^n^^sn btt nmriN p -m 
0*rb yinb ri&fcb î-mno rViia^b vpm ^n ib n^a 1hi1 ois'miN 
ba ib ^n mmb ^n *p ^bïïnb ttpntt **Ni Hftafi in^ 

: (lacune) ïrN'n ï-tnwa ï^afcpna 

13. Fol. 130 : p j^£ . i^ttb^ .'wi i«» ta-niDNb Tafitb 
î-rïrtaa . "pia na ï-rn-inb ^m 1101212 harorih 111 n?2N î-wnn 
b^ -ittaw© ^iûb3 nao»^ Intnatirt n^n bbana rrn navia "pn^ ra 
*<m î-mw na rob !-i"apn ib n^N » ^ba "non ?a bbsrn *-int 

pn unn iras* a^tu ittb^uî n^ î-i?n n^o^rr p t^£n t^sbizs lasb» 
û^iONb nt:Nb .ib^n "fianà nmbn naît amosb n^ab "iw-in ï-pj>^ 
msa "pro abi?™ !i3>^au3 iittb îTJton tô^writt ]moN -p™ .^2 
ïi"apn pan:? is*ît* jstbtb rfàTi S-rnè? ppînb ta^Nb maa pnnai 
rrthttà *5iû iNa r^bu: w tpv iîiD* ^ai irma tfîïil abi^n pmm 
ïnitt Nan tantâa* ti^k fa^a -»iii5 "ibv sp^bi lEÊttia m^ab ppT3 
ab-u'b as pain noinrnaa titoas paai nana nttN aï* pi . ashVi 
T»a&1 na t^a^ -lENatû i-ra^nb aaaa^a na ï-na? *pi . J-ra^tt rta 
p Ki£ îrapïi ib n73N r^s-^ai .nnN raa ïtfjai intii&n -p ^nfin 
na rioNatD ittb ïinîî patt . "pa "nKn ^paan ^nta&n nna ïwnrt 
ins a*mo&6 nttNb 1 in£ û'mDNb -njsb n"nn rtcafcft ta^ron» T»aa1 
t-fittîiafi ibc* ib^n 'pana *-,mbi . Ftaviii p inst ï-m^r: lû^ian» 
t'iai ia-n "ne anb -ien T» nwuwi mnm 

M. — Ms. de Gùnzburg, fol. 265 (notes sur le Pentateuque) : 

u2Wû btë !-iô^a»a (Exode, 11, 12) i^an ï-r^a a^na i^^b^a bax 
nmfc a^nuj rtu:^ jin 1 -! n72 n^Ni Na^i im» dm k^iïti pnTi buiia 
nsNism r[N"i5ï-i t-ittr i-nfc 'duî wn riuîN bj> >:nu5 ^sb ^n^jafr s — tt 

: u^a n^Na ^b^ spa^a ^ni 

Espérons que ces extraits du Yelamdénu seront complétés par 
les savants qui ont à leur disposition d'autres mss. Les mss. de 
Paris, autant que nous avons pu voir, n'en offrent point du tout. Il 
est dommage que le ms. de matttrt '0 de la bibliothèque de feu 
M. Crémieux, à Aix, en Provence 1 , soit pour le moment introu- 
vable. Nous nous rappelons y avoir vu, à la marge, des extraits 
du Tanhuma et du Yelamdénu. Le ms. n° 399 de la bibliothèque 
royale de Dresde 2 , qui renferme une espèce de commentaire sur 
le Pentateuque et surtout sur le commentaire d'Abraham ibn Ezra, 



1 Voir Eammaggîd, 1875, p. 6. 

s Voir le Catalogue de M. Fleischer (Leipzig, 1831, p. 67). Ce ms. fut copié par 
Isaac beu Abraham Navaro (T"ia!}, que M. Fleischer rend par Nebro), fini le 2 kislev 
5104 = 1343 à awnbsip (probablement Cobilhana ou Covilhana, dans la province de 
Beira en Portugal). M. Kaufmann se propose d'en donner une description détaillée. 



LE M1DRASCH TANHUMA 107 

a plusieurs passages du Tanhuma et du Yelamdénu, que nous 
n'avions pas le temps de relever. Il est intitulé îtrinh ^OTrn, et 
attribué à hiat 'p (Isaac). Disons encore que les tables que 
M. Buber donne, dans sa savante préface, des passages du Tan- 
huma et du Yelamdénu cités dans le Arukh et le Yalkut Schimoni, 
faciliteront beaucoup les investigations sur le Yelamdénu. Cette 
partie de la préface est excellente et ne laisse rien à désirer. En 
outre, l'index des noms propres cités dans le texte de l'édition de 
xVI Buber est très utile. Quant au commentaire pour le texte même, 
il est fait sur le modèle des éditions de la Pesikta et du Lekah 
Toi). M. Buber sait, mieux que personne, faire de bonnes éditions, 
et il n'épargne aucun effort pour arriver au but qu'il s'est proposé. 



EXTRAITS DE PETITS MIDRASCHIM. 

ddiati tt-Htt 

Il semble que, de même que le Yelamdénu et le Thanhuma 
ne diffèrent entre eux que par leur rédaction, de même le iutte 
É33ieh et le '-pî-itrn 1 sont, au fond, le même texte. Celui-ci com- 
mence, en effet, par la Sidrà Ni, où la halakha du Wrm (sur 
Teflllin et nos) manque dans le ms. de Munich. La Sidrâ an est 
appelée simplement ddtfîïi dans la Massora (éd. Ginsburg, lettre s, 
n°401). Dans les ifcn 'il (éd. Schlosberg) ; p. 132, on lit encore : dvd 
tDT'n ïntn *j*d ^pnn fcasttn r-iimaa ymp nos btt iTia&n ma 
lamBDak b* ta-ns^] yimz iy 'jnd'nb fcddb ï-îtïi. Enfin, dans des 
homélies arabes, ms. d'Oxford Hunt. 410 (Catalogue, 1003), on 
lit : ddidï-n ii:ns btt aa n^ns, et dans un autre ms. (Hunt., 134, 
Catalogue, 1008) : î-uns ba Mm ds\dii nariD. D'après l'énuméra- 
tion des passages du Haschkem et du Wehizhir, on pourrait peut- 
être conjecturer que les rabbins franco-allemands citaient géné- 
ralement Wehizhir, tandis qu'en Espagne et en Orient on citait 
le même Midrasch sous le nom de Haschkem. Voici les extraits 
de Haschkem que nous avons trouvés en plus de ceux qu'a don- 
nés Zunz. 

Dans le Menorat hammaor d'Israël an-Nakawah 2 . 

1. Fol. 9 : inp-n baruz^ m bN nai todian ©iim^ p^d^i 
. ^an tobi^bn IttîFî dbijn ^b b"n ib naMiu diptt bd rwnn *b 

1 Voir Zunz, Hebr. Bibl., VIII, p. 20 ; la préface de M. Freimann à son édition 
du Wehizhir, et l'article de M. Buber, dans Kebod Halebanon, X, p. 1. 

2 Voir Revue, t. XIII, p. 228. 



10S REVUE 1)ES ÉTUDES JUIVES 

ï-îtï^ dbi^d tD"»nbM ^b T*jrn . Ndn dbnrbi ïitïi Dansa maa ba ^b ^a 

^b inp'n . Nan tabisbi i-rtn abi^a *b Tiin anan .i^nr: tsbirbT 

j(voir m^ttî, Tiwn, fol. 78 6) Ndr; dbi3>b-i rrtï-r db-i^d îmann 

2. Fol. 16 : taîab ^para aa^ 'na ™*:a dam «wiaa ^a-irn 
d^mj Taïa^iû btiîti n?3N Na^pi» 'n . a^dn lïmrpari «bi nîsm^ inv 
*i"n . ■wi S"irna nn^b bat* rrrnab ^pa^i "poaatt w »biû i^a 
■posa br d^nnb ■wun d^iN *pN ï-naab dN riçi s-mt* p nwb« 

: -13-itttt b:? dinb a^n d^N Nïrno 'jriïib itim bp 

3. Fol. 138 b : oisei ïi:nban b-wbn -wi dd^rr ta-™ a "w:n 
l^taob Jndb btatt . i-mujn )^v*\y \w arrasb ina'nunrï dï-wn "jas 
nna i-rmn i-inn lia* ï-ra ta^mosn n^aa ï«nm 'P 73 ^ 1^ Dn 
npab .ymOKlri rmaa isioa >*bN rnd t*<b driTa nn&t . Dfïb iwm 
"■pdb ir-irr^ rrpnn a*p iniap db-irau: htniB ib nn« ^b^ 5 " 1 "^tt 
fî"dprr *iiïN *p ♦ arib ï-hzjij» ^n rra irnara ^Tan . nrna Nb ïrab 
■ntro tD^Jd ddb nbno tï^ïti naitûm iamîri *<b !-rab to^ionb 
favttn mjn nmN dindr; fc=a^b3> . tatib vinboi î-Ta-iiBna ta'nns 

:'nai nrbdn 

4. Fol. 181 : Tb? uns ms 'i nasa^a ddtt!-? îû-maa ^oro 
fcTa ît?ti -iBfittHJ d*nr;£a uj?2^n î^aid dvd î-nzjp aw pn^ 'n 
iï-pi»ki bra -iïïv ï-it ^n-p 'n "itt&n . a-nnira œ™?i n« TiKaïTi Kiïtti 
m^mett dm s^s^irî an na Haï ■na&aiBa îimi25N^ -i^d^ û-p b"n 
, rtîb rtT msi^Nrî iTaa ma^b m-iar73b iNau:d *&p*b ^"«b dib^r: 
■»3&ï3 ^nayb inxi t^b uti nT b«î -maa ^3s^ ma^b Hst^i Nb î-ît 
btnw ^3dn ib "i^n pnt ïik n^Ni "inN ^an^ aa . mt buî nmaa 
iny nbnn mar ^73 riN-iNttî *tv ^iaa»N Nb n!nN . ï-ît pn rsr i^aa» 
■^a^ nniN bu: ididi n^^u: ibsan rrbnn Nnrs dn nd ^an brj na-nat 
^a"ib ims qnir^ îrnrrw ^db nia aa mtnb ^in^ mrs t^br: ^rd73 
^isa !dd73^"i baaïï ibs» tat©i©i yta pirn iitin taîr^bs» nns .^Narr 
adi^i .na»3UJ^ >idî-r ^dUJi tiïî m^nb ib^ddrs n^pi nNp niTanb?: 
nns frrpï 'n ^-jdaujd .^pan p^isr r:D3 i^bN r<dd n7ûiai uî© man* 
r-T5»Tûyu3 î-rbna ^a^: yn^i î-nb^i fn'M "i3>2is ynx 'jnod iniN vby 
■^nD^p nimn lïiaôt 7 n i^sr^a . ï— in7anb7d -«ba ï-naa ^a nb N3-»aN 
ïian YiBMtDa . ujn ^tibs ^an» ba nad^j ^dT 1 /- i niddatîa . m^wn 
a^tD^b» ^a pnst"« 'n na^a^a .iîb it nna r-nnaa»» ip^a éjoi^ a-n 
1» ^ina b ^ h ^ ,, ^aia^ri an nas^a , îmaoa Nn^nrin» û^a^j nanna 
nrjdaïaa . iîb it bpin mnar^ iprja n^i ^a^ ■nrjdi^a . fcpJaiDïi 
n^na p^nir br v^^" 1 i^" 1 ^ ta^n^n pso ims vhy nna t<a^an 

: d^^d mb^b diidb nns' 1 

5. Fol. 196 : ^s« ti"ap^ iTdNia rîa»oa dd^n ©nitta "î^d^M 
b7û^dT "}73ipïïtt nian ^ai m^a^M i^n^a^-i annsi n©3»nna ^ïib« ^'i 

Tiana -o 172^ ï-i^d^ ^"1 "ibTort ùnd ^n ^n ~\mîu t<^72DdN73 



LE M1DRASCH TANIIUMA 109 

• •wipa i3N n*3N i — it-i Tanpa -on iek s-rr .«m ù-n biandan dmi 
bd vie* tmn* fc-na» tansE ynNtt ■pnRantt n^5N nswîtaan 
i-rmrn trnabaa fcrmtiïTO •*» ù^ t^ba par ab n^an nanptt» in» 
yns a*-roi *i*i i"i ^dts -ibn tzmn nttwia i-wtantm î-rbn y*iN!-ï 
îY'aprr tï*i rtïowi "roua baro 1 * bis bi-pna wbîarûi nap^i nam 
.tnar: rçab fna y-wm vib ù">^du: &^:otsïi Ff'apH n^N ">ro nrr b^ 
t^bo œmo ^m . trmob "îm Nbu: ^t-i ^a b* nwio ^b»b b^?3 
minïi ina«53i 'W i"^b tratt û^ttttn ïT'apn *wn -p »nmb nbsn 
b* ""■> tti n7ûN3\u rrLD^b ytt D^vbr *i33«i rmnn rtbaa baniû^b 
S-6* rraai 173*0115 s— rb^^b ibs* ta^innm *itttt rcan b^ ^0 nn 

:*b?stbôtti bx 

Les autres passages qui s'y trouvent sont imprimés dans plu- 
sieurs éditions du ïiTsan mwi d'Elie de Vidas (voir Zunz, L c). 



Td3N 

Voici quelques passages du Midrasch Abkhir qu'on peut ajou- 
ter à ceux qu'a réunis M. Buber et qu'il a extraits du Yalkut 
Schimoni 2 . Ceux que nous donnons se trouvent, pour la plu- 
part, dans un commentaire mystique sur le Pentateuque, en ms. 
à Oxford (Opp. 202, Gâtai., 944), dû à un petit-fils de Samuel 
de Spire : 

1. Page 150 : tnaam ifcama ttmtt '->d -çj '»p r-nb tma t^bi 
îter» dm» in»© b$ n^sb riToro ïwm «b "pn* • ^ra 'i^b "^^ 
.■pTainan bap t^b .tana abi irrn .d^rni^bd yn«a ibsn ypïi tmp 

:-paaN ui-rnaa 

2. P. 151 : am? "O ncaab tod^birr ^db . r<nrt annp "O n"*7 

d:> bwwan 'ndi rb« tnarip n^ï-iba ib -im 'ndi bantû^b 'psi airt 

î-paaa . airr anp -o irrn nanp 

3. P. 159 : *rm i"iu:b jyoa -ma . tarmrw s'oa ta^sra ttaim 

i'ÏOafiO trnStta bU5 N"T . 1N1253 ^HN ttî^ND n^lbd 

4. P. 223 : n-psss . ïmsx , nnnauîi srn'UDîDri anb n"« . imsst 

:-paaa îaTran .ïi^nï n^h ri72d -wm isir .msan 

5. P. 226 : in^ n"t ^imw mû 3 s-nD^a "in^i .inn-» nn^i 

1 Voir yirn, Trtîrti/foi. 23 « j. 

2 Dans Hasckachàr, année XI. Il en a été fait un tirage à part, en 1883. 



110 REVUE DES ETUDES JUIVES 

*Wft . û^iwd *pb /pîi na im "wn ""i .banii^ bbab i*d^ 
■"panaai t^jannana i^bn mizmfcï-n .biiaa/i fp a , ba? mn ann 

: 'pbnai 

6. P. 379 : ab na^a tra-nn orna •pflfê . lab iaa^ n'"i 

ia .naa 'pan .ï-ra^bn n?3inna p "pau: ïma rmars nfcnri r-^bN 
i-rma' bizn . a^a buîi . maanpb ïiatf;b bra i&o ittNa r-nE-nn *a 

:bpun -paaaa fimana) 

7. Ms. Opp. 393 (Gâtai., 2199c) : au mot «prrr . pria* na prm '1 
ansa priai na pnv 'n twk huîn Niam 'sa n'^'a'aa uri^a rinas 
bia^ ^\n i-»b n?aN ^aa> rraat) naît rima ib s-piene rri^a n?as 
.N*bN nn« !-nbki a^aaa *ara ?<na ab nwbi^b iT"npn nis-ia^a ïtob. 
^an nb n?aa* *jb mm» 15*0 im'iîik ib s-n»» dam î-iapai naî 
nri3> "nb^n a^*n nyiç© m^i maa nam nbnan nann ry-pa/s 

: î-pbfi* 3>tott> a*bi 'nai a^n d*i ^STib nftna* n"npm 

A la marge du Midrasch Haggadol du Yémen (Ms. d'Oxford, 
Catalogue, 2338), et dans la liste de Jacob Roman (Isr. Letlev- 
bode, îii, pass.), ce Midrash est surnommé ""panas . 

8. Musée Br. Or. 1307, fol. 88 t> : urraa !nbna> na*î i» 

j maa-iprr ^b îrann (sic) -paaa* 

Ms. Opp. 317 (Catalogue, 629) fol. 311 & : tra» "\ w rwfti 
baa nbia^n ttwjaa aow dio^a 'm 't a*bi inab d-«D3a tara 'rois 
a^aan ibauj naïaai bnnï-i »fci 'ie witw *v»n« ^na tpa avi d-p 
ïpdfc a^nai îa^m m'na ^h^msi v-paaon is*riJ3*i i-Y'aprr n?aia< 
i-wao-i ynaa tp ira ba*ra-> noia t-*^ iï na^^iD riwi y*" 1 ^ 

JÎTTnD 

tpirù nab 
1. Ms. d'Oxford. Opp. 392 (Catalogue, 2199&), à l'article i«a»pn : 

ïpfi Nb^z: bi-ja ina prppb ib ppq ma* na naa^a iab ïïi^a 
inmn mao n?au: mn nTa>bNT \N2"i?au:rt buj isab nuî^np^a dbnra rj^^a 
Mn^ibaa wern- d^irs-s "j^a nna sai ti^nb^a mio» îrrt Nim po 
rra*u: ^-rniNa inbuj ona ^sa tr»b* s^iab irta^i îhniri nso ripbi 
i^aNauj ona bia hio^a tïib iNia^ s^>a\a nnpa ^nnb ^di:» ï— t^n 
"nuîN na^n. ^ms ama p sb larrpb n^)a!s 'i^i dnrjrr b« »w pm 
^nr: ^j-'aa rr^nuïi ïins ^3a nujbuîT ^n pnv ib n^N 'nai d^isa n^a^ 
ba> ta^oa ï-i^^' 1 îi"apnu5 ^n niaa^a taa^iaauj a"i i5Da nuj^ taa^a 
">nTa> *raNi ^aim nuîisn na "jnm q^orr nN ^Ta>bN t]buj i^ i^t 

; y-iNT ir»izj nu?^ 'rt d5>» 



LE MIDRASCII TANI1UMA 111 

2. Can. or. 1 (Catalogue, 1104), fol. 124 b (Commentaire sur 
rtamniû »wr)i -ob erras ,'a»ba T»ro ^cao^a jitraiD bj> 

r-nb [ ] abirab Naisa ta annib bna srw ftnna in .Mnaa î-wtt 
■ptabtt nannbi l ) , arabp "pï-ib e*np. fpy^ iaa»b t-r^b *raa "pai^o 
rnnn "Dis .0633» ï-ra^ui T^b y^ïi ,^vb i^ya ^bin i-rn inx 
t*<b;p U331ÏD ^mp^iJ ib wb 112$ ^pino^a ims wH Jrvmm bsn 
: (o?2 to ispi tfbu; niTm mm '^bp pb t*npi ^b 'rbn 

^bi-tt 

Ms. du Musée Britannique, Or. 1307, fol. 86 b : ibttj ttWtt? 
nwb ^sn iTnmtB ttHpr» rmn nb wï-jia rwiaa *ran ^b imrr 
nom ira ïnnran ïibw -pinn rwa ntt^b n»nb navi Y'ïrn ttnran 
ï-ibn^ nNT ra n^N i-Hirr nm& ramo \m% mbra nmanb» ^wa 
rtrm 'n msa nu n^a irban um ittH*n mm 1» b"n w»n ra 

Ms. d'Oxford, Mich. 491 (Catalogue, 1317), fol. 123 & (Commen- 
taire sur r^ni^ïï du second jour de hdd) : ^dn &rwn ttrmn 
■vn&KÈ ns ima ym inbn -T'^a arta 'na . nb^bn piana 'rr *raN ï-d 
ûib riN &"Otfb;ofi tantûs ï-pïi "p^a Va *j:nî jrnrr» !"p tsmaab 
tomnab 'ph n»N n^ia nmN3 ti^b ûït s b? pbm du: 'ni rra 'ia> 
^pnb ms ^au: '■pn ù^b?3 njpnïia nb^brs imm ->»y ppai ï-tna 

:rr>br-: nutna wn b^nattoa. 

Voici les renvois des passages de Yelamdénu qu'on trouve dans 
d'autres Midraschim et ailleurs. Nous devons ce travail à l'obli- 
geance de M. S. Schechter. La lettre T. indique le Tanhuma 
imprimé plusieurs fois ; T. B. le Tanhuma de M. Buber, qui se 
trouve peut-être aussi dans T. 

A, T. B., III, p. 36 a ; voir aussi 34 b. 

B, T., arm, § 1 ; voir aussi T. B., I, p. 41 b. 

C, 1. T., *jb rjb, § 2 ; voir T. B., ibidem, p. 29 b. 
G, 2. Voir T., mwana, § 7. 

D, I. T. B., III, p. 1 b. 

D, II. Voir T. B., III, p. 3*. 

D, III. Voir ÛW5 min, p. 25 b. 

D, IV. Voir Vayikra rabba, ch. vu. 

D, v. Voir tnî-D hTin, is, n"a. 

D, VII. Voir Vayikra rabba, sec. 2 ; T., *WQ % §§ 2, 3 ; T. B., 

III, p. 29a. 
D, VIII. Voir d'iaro min, Wn% et T. B., III, p. 12 b. 

1 Le passage entre crochets est du commentateur. 



112 REVUE DES ETUDES JUIVES 

D, IX. Voir tP3ï"D rrnn, ibidem. 

D, X. Ibidem, m!o nh», N"s. 

D, XL iWm la*»© et Talm. B., Keritot, fol. 13 0. 

D, XII. s"n ,3>*nsw3. 

D, XIII. Voir Talm. B., Zm/o/, fol. 28 0. 

D, XIV. 3"n ,3H1£J3, et Talm. B., Nidda, fol. 44 0. 

D, XV. Talm. B., Yoma, fol. 48 a. 

D, XVI. Ibidem, Kidduschin, ff. 30 et 31 a. 

D, XVII. T. B., II, p. 25 a. 

D, XVIII. Voir T. B., III, p. 49 et 50. 

D, XIX. Talm. B., Taanit, fol. 22 b. 
. e, 1. Iran rroana, ch. 67, 8. 

E, 2. Voir Yalkut, Wl, 159. 
E, 3. T. B.,11, p. 61 b. 

E, 4. Voir Sifré (éd. Friedmanu), fol. 60 b, et Talm. Bab., 

Synhedrin, fol. 18 a, laiiaV". 
E, 1. T., miDfinn, §9, 10; ùnKHfla.g 13. 
E, 2. T., maena, § 10. 
E, 3. T., H3,§ 5. 
E, 4. T. B.,I, p. 15 b. 
E, 5. T.,.*jb *]b,§17. 
E, 6. T., &rm, § 8. 
E, 7. T., ibidem, §20. 
E, 8. T., rvnbin, § 8. 
E, 9. T., ibidem, §10. 
E, 10. T., Nm, § 3. 
E,.11. T., ibidem. §8. 
E, 12. T., nbizn, §8. 
E, 13. T., awn, §8. 

E, 14. T.,yp53, § 8. 

E, 15. T., ibidem, § 10. 

E, 16. T. B., I, p. 1070. 

E, 17. T., ni»», § 3. 

E, 17a. T., ibidem, §9. 

E, 18. T., ibidem, § 10. 

E, 19. T., Na, §10. 

E, 20. T., ibidem, § 14. 

E, 21. T., nbttîa, § 1. 

E, 22. T., ibidem, § 10. 

E, 23. T., ibidem, § 28. 

E, 24. t., rmnn, § 5, et T. B., II, p. 46 a. 

E, 24 a. T. B., Il, p. 54 0. 

E, 25. T., nbiaa, § 2. 

E, 29. T. B.,III, p. 25 0. 

E, 30. T. B., I, p. 14 a. 

E, 26. T. B., III, p. 31 b. 

E, 27. T. B., III, p. Mb. 



LE MIDRASCII TANHUMA 113 

E, 28. T. B., III, p. la. 
E, 31. T. B., III, p. 33*. 

E, 32. T., rratn, § 3. 

E, 33. T., NlBn -tt, §9. 

E, 34. T. B., IV, 47*. 

E, 35. T. B., IV, p. 68 a. 

E, 36. T. B., IV, p. 69* et 70 a. 

E, 37. T., OTOD, § 8. 

E, 38. T., d^siaw, § 7. 

E, 39. T. B., V, p. 22 a. 

E, 40. T. B., V, p. 250. 

F. T., rirn, §4. 

H, 1. T., nbu:vi, § 3. 
H, 2. T. B., II, p. 15*. 
H, 3. T., tPBWD», § 18. 
H, 4. T., fim, § 6. 

H, 5. T., mm, § 13. 
H, 6. T., ibidem, § 12. 
H, 7. T., nbttn § 8. 

H, 8. T., mim, § 3. 
H, 9. T., r™*n:a, § 7. 

H, 11. T. B., V, p. 28*. 

H, 12. T., m, § 3. Voir T. B., III, p. 21 a. 

H, 13. T. B., V, p. 27*. 

H, u. T., -nrr», §16. 

H, 15. T. B., II, p. 45*. 

H, 17. T., ïTQYin, § 9, et T. B., II, p. 47 *. 

H, 18. T. B., I, p. 28*. 

H, 19. T. B., III, p. 55^. 

H, 20. T., œim, § 12. 

H, 21. T., &TC5n -O, § 14. 

H, 22. T., «ail, § 5. 

I. T., rniatt}-, §9. 
L. Ms. Leyde. 

1. T., ft5tt»n, § 2. 

2. T., NttJn t), § 1, et Pesikta R'ibbathi (éd. Friedmann, p. 33 a). 

3. T., ro, §13. 

4. T., nbw-n, §2. 

5. T., aïo-n, §3. 

6. T., Tini, §16. 

7. T., &ON1, § 9. 

9. T. B., II, p. 107*. * * 

io. t., anan, § s. 

11. t., wi, § 6. 

12. T. B., II, p. 41 a. 

13. T. B., I, p. 21 *. 

A. Neubauer. 

T. XIV, n° 27. 8 



NOTES ET MÉLANGES 



KALIKA BEN MALKA 



Ben Jacob, dans son Otsar Hasepharirn, cite, d'après le Schem 
Hagaedolim d'Azulaï, un ouvrage du rabbin Kalifa ben Malka 
intitulé ipsi tp *. Fiirst donne cet ouvrage comme inédit. Il con- 
tient un commentaire du rituel, et des poésies dont quelques-unes 
ont trait à des aventures personnelles de l'auteur. M. Abraham 
Ankaoua, ancien rabbin de Mascara, actuellement retiré à Oran, 
en possède un exemplaire, qu'il a bien voulu me communiquer : 
qu'il reçoive ici mes remerciements. Ce manuscrit, format in-32, 
est couvert de ratures, de corrections et de notes, où il est beau- 
coup question, pour les comparaisons du texte et les variantes, 
d'un nmw imprimé par Athias à Amsterdam. Ce petit livre, dont 
l'analyse détaillée n'apprendrait rien d'intéressant, renferme ce- 
pendant quelques indications biographiques et historiques, que 
nous réunissons ici. 

L'auteur s'appela Moïse Kalifa ben Malka : c'est le nom sous 
lequel le roi, dit-il, lui adressa une lettre. Il naquit à Safi ou Asfi 
(Maroc), et il devait posséder de la fortune, car il parle de ses 
vêtements d'or et de soie. Par sa mère, il descendait des mn n^b 
■mwnît, sans doute la famille *du célèbre auteur du ûbi? nrm. 
Orphelin de bonne heure, il profita de son indépendance pour 
voyager : il parcourut tout le Maroc, entrant chez les grands et 
les princes, partout bien accueilli. Il étudia à Fez sous le rabbin 

1 Pour la facilité des recherches, je crois devoir signaler une petite inadvertance 
d'Azulaï. Dans la première partie du Schem, sous la rubrique Kalifa ben Malka, eu 
renvoyant pour le livre à la deuxième partie, il l'appelle iplDI 3p. On ne le trou- 
vera pas à ce mot, mais bien à celufde gp. 



NOTES ET MÉLANGES 115 

Jehuda ben Attar 1 et sous son successeur, Samuel Sarfati 2 . 
Dans cette ville, il vit un manuscrit, où était consignée l'his- 
toire de l'exil d'Espagne. Pendant le cours de ses pérégrina- 
tions, il fit connaissance avec deux poètes, R. Moïse Zabaro et 
R. Abraham ben Attar, qui composèrent des fn^p, l'un à Fez, 
l'autre à Maroc. 

Fatigué de voyager, effra} r é peut-être des dangers auxquels il 
s'exposait, car un jour un cavalier maure, le rencontrant seul sur 
la route, voulut le tuer, il retourna à Safi, sa ville natale, où il 
continua ses études sous le rabbin Joseph Bueno de Mescuta et où 
il eut pour condisciples Abraham Ibn Mussa et Jacob Abensur. 
Le premier se fit un nom comme commentateur de plusieurs 
traités du Talmud 3 , et le second, après avoir été dayan à Mé- 
quinez, devint collègue, puis successeur de R. Jehuda ben Attar 
à Fez 4 . 

Poète et grammairien, casuiste et polémiste, Kalifa ben Malka 
composa, outre le ^psn sp, un ouvrage de controverse religieuse 
qu'il intitula mai *p 5 . Mais il n'eut jamais le bonheur d'être 
placé à la tête d'une communauté ; il dit : &*b fau: t&T\b "ib^Dtf 
*nwn. Il paraît aussi qu'il perdit sa fortune, car il raconte qu'un 
homme, le voyant un jour dans le besoin, lui offrit de l'argent, 
qu'il refusa. D'un autre côté, il fut obligé de s'adresser à un riche 
Mécène pour faire imprimer son mai *p, et ce livre ne fut pas 
publié parce que ce protecteur ne put ou ne voulut pas tenir sa 
promesse. 

Kalifa ne resta pas longtemps en repos à Safi. S'étant attiré la 
colère du gouverneur, il fut obligé de s'enfuir et se réfugia à Aga- 
dir, forteresse au bord de la mer. En 1728, la peste dévasta cette 
ville. Elle fit de grands ravages parmi les Juifs. L'auteur perdit 
en un même jour sa femme Débora et sa fille Estrella. 

En 1737, une autre calamité frappa la communauté d'Agadir. 
Un marabout, venu d'en deçà des monts Tazalant, se leva et 

1 Célèbre rabbin, qui composa un commentaire inédit sur le Midrasch Rabba et 
dont Azulaï raconte qu'il opéra des miracles de son vivant et après sa mort. Il signa 
un grand nombre de règlements, J—Hjpn, applicables à la communauté de Fez et 
recueillis par M. le rabbin A. Ankaoua dans son "V2V\ Û*"Û (Livourne, 5631). Il 
mourut entre 5492 (1732), date de son dernier règlement, et 5495 (1735), date du 
premier que l'on trouve signé par son successeur Jacob Abensur. 

2 Son nom se trouve sur plusieurs des règlements de Fez à la suite de celui de 
R. Jehuda ben Attar (Kérem Hémer, tome II, p. 24 b et sqq.). Il est l'auteur du 
bfcOfà"^ ^plES» recueil contenant un commentaire apologétique de Raschi et de 
Nachmanide et des éclaircissements sur divers traités du Talmud (Amsterdam, 5478). 

3 Azulaï, sub voce. 

4 Kérem Hémer, tome II, page 27 a et passim. 

5 Cf. Azulaï, sub voce, 



116 REVUE DES ETUDES JUIVES 

troubla le pays de Sous en disant qu'il connaissait un moyen mi- 
raculeux de dessécher la mer et de se rendre sans danger dans la 
terre des chrétiens. Personne ne pourrait lui résister. Par le 
souffle de sa bouche, il ferait tomber les murailles des villes. Il 
invita les croyants à se joindre à lui : des milliers de fanatiques 
obéirent à son appel. Imitateur inconscient des croisés du moyen 
âge, il commença par brûler toutes les synagogues du Sous. Celle 
d'Agadir fut incendiée le 6 iyyar 5497 (7 mai 1737). Le 4 juin sui- 
vant, le marabout, maître de toute la région, se proclama sultan 
et fixa sa résidence à Tarudant. Il n'y régna pas une année. Ses 
serviteurs, gagnés à prix d'argent, le mirent à mort en avril 
1738 *, et quelques jours après, les Juifs d'Agadir, s'étant enten- 
dus avec les cadis de Maroc, obtinrent l'autorisation de rebâtir 
leur synagogue. A cette occasion Kalifa ben Malka composa un 
cantique. 

A quelque temps de là il échappa, ainsi que tous ses coreligion- 
naires, à un grave danger. Un traître se trouva parmi eux, qui 
les accusa devant le roi d'avoir volé le trésor public. Ils se discul- 
pèrent, non sans peine, et le calomniateur, pour sauver sa tête, 
fut obligé d'apostasier. 

Alger, 7 janvier 1887. 

ISAAG BlOCH. 



UN PERMIS DE RÉSIDENCE 



Voici un document de famille qui peut offrir quelque intérêt 
aux curieux du passé. Mon grand-père paternel, Gabriel Bloch, 
rabbin, était originaire de Jungholtz, commune du Haut-Rhin, 
célèbre par son antique cimetière qui servait de sépulture à de 
nombreuses communautés de la région. Vers la fin du siècle der- 
nier, il habitait, en même temps que d'autres coreligionnaires, la 
petite ville de Soultz, qui était à une distance de deux kilomètres 
et qui dépendait à cette époque de l'évêché de Strasbourg. Le 

1 Les histoires du Maroc, que j'ai pu consulter, ne font pas mention de ce soulè- 
vement. 



NOTKS ET MELANGES 117 

24 février 1783, il obtint du prince-évèque cardinal de Rohan 
l'autorisation d'établir son domicile définitif à Soultz. 

Isaag Bloch. 



Louis René Edouard, Prince de Rohan, par la grâce de Dieu, 
Cardinal de la Sainte Église Romaine, Évèque et Prince de Strasbourg, 
Landgrave d'Alsace, Prince-État d'Empire , grand Aumônier de 
France, Commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, etc. à Tous ceux 
qui ces présentes Lettres verront, Salut. 

Sçavoir faisons que, sur la requête présentée par Gabriel Bloch le 
jeune juif de notre ville d'Obersoultz tendante ce qu'il nous plût le 
recevoir en notre protection et luy permettre de demeurer dans les 
Terres de nôtre Évêché, nous avons permis et permettons audit 
Gabriel Bloch de demeurer avec sa famille en nôtre dite ville d'Ober- 
soultz, à charge par luy d'y vivre conformément aux ordonnances et 
règlements concernant les juifs et de payer annuellement de quartier 
en quartier à notre recette de i'Obermundat de Rouffach le droit de 
protection, qui nous est dû, à peine de nullité des présentes, que 
nous nous réservons expressément de révoquer toutes fois et quantes, 
qu'il nous plaira. Mandons à nos amis et féaux les gens tenants le 
conseil de la Régence et à nos chers et féaux les Officiers de la cham- 
bre des comptes de notre Évêché de tenir, chacuns en ce qui les con- 
cerne, la main à l'exécution de ces présentes. En foy de quoy nous 
y avons fait mettre nôtre sceau, les avons signé (sic) de nôtre main et 
fait contresigner par nôtre conseiller intime et secrétaire de nos 
commandements. Donné en nôtre Palais à Paris le vingt-quatr 9 jour 
du mois de février de l'année mil sept cent quatre vingt trois. 

[Signé :) Le card. p. de Rohan 

[Signé aie bas de la page :) 

Par son Altesse Sérénissime Eminentissime, 
Ramond de Carbonnières. 



BIBLIOGRAPHIE 



REYTJE BIBLIOGRAPHIQUE 



{Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livre, 
niais de l'auteur de la recension, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.) 



n"n I^P nN dîTDtf 'û Homélies et sermons, 2 e partie, par Abraham Pa- 
laggi. Smyrne, impr. Abrah. Pontremoli, année dVin (1886), in-f° de 
173 S. 

d^b'Hà d^lN '0 Novelles talmudico -philosophiques par Isaac Jacob fils 
de Salomon Neftali Reines 03^"n. Wilna, impr. Juda Leib Lipmann, 
5647 (1887), in-f° de iv-188 p. 

EpDNÏl Annuaire israélite publié par Nahum Sokoloff ; 3 e année. Varsovie, 
5647 (1887), in-8° de 926 p. 

Cet annuaire devient tous les ans meilleur et nous en suivons le déve- 
loppement avec beaucoup d'intérêt. La pagination est maintenant sans 
défaut ; dans la table des matières, nous conseillons d'indiquer la place des 
gravures. Nous signalons les articles suivants : Statistique du nombre des 
Juifs, p. 9 ; Revue historique de l'année, p. 49 ; Proverbes et dictons re- 
cueillis dans la littérature juive du moyen âge, par D. Cahana, p. 125 ; 
Las taccanot des Juifs de Castille en 1342 (revu et augmenté dans le nu- 
méro 26 de la Revue des Etudes juives), par Isidore Loeb, p. 133 ; Hai Gaon, 
par A. H. Weiss, p. 148 ; L'enseignement chez les Caraïtes, par Gûde- 
mann, p. 160 ; Moïse de Narbonne, p. 174 ; Les Juifs dans les proverbes 
non juifs, par Ad. Jellinek, p. 177 ; Taccanot de la société Jesibat Salom 
de 5349, par D. Kaufmann ; Sur les apocryphes, par J. Reifmann, p. 243 ; 
Les hébraïsants chrétiens, p. 267 ; Samuel et la médecine, p. 287 ; Anti- 
quités juives de Prague (les illustrations n'ont pas grande valeur), p. 292. 

d" 1 ^ dà Û^tiîin Feuilles publiées par A. Harkavy, de Saint-Pétersbourg ; 
n os 1 et 2 (1886), p. 12-}- 20, in-8°, s. titre, n. 1. n. d. Extraits du journal 

Dans le numéro 1, M. H. annonce qu'il a découvert les mss. suivants 
de Saadia : La traduction arabe du Pentateuque, copiée au x e siècle ; divers 
passages des Commentaires sur le Pentateuque ; une partie des Commen- 
taires sur les premiers Prophètes, sur les Psaumes ; une partie de l'intro- 
duction au *J"HS&*ri '0 ; des consultations rabbiniques, de» règles de mé- 



BIBLIOGRAPHIE 119 

thodologie talmudique, un Séder tannalm ve-amoraïm, une traduction du 
"H^ï"! '0- — M- Harkavy a aussi trouvé des ouvrages ou des parties 
d'ouvrages de Samuel b. Hofni, de Haya Gaon (son dictionnaire, des con- 
sultations), des consultations des Guéomm, (Gémah, Amram, Nahschon, 
Ilillaï, Scherira, Nissim, Rif), de Samuel Hannagid, de Jona ibn Djanah, 
d'Ali b. Israël (un commentaire arabe sur Samuel), de Juda ibn Balam, 
d'Isaac b. 125 1123 ^ (études grammaticales en arabe), d'Abraham b. Baron et 
d'autres. Une partie de ces découvertes était déjà connue par les publica- 
tions antérieures de M. Harkavy, et quelques-unes de ces œuvres ont 
même été éditées soit par M. H., soit par d'autres. Comme spécimen, 
M. H. donne un extrait du Commentaire des Psaumes de Josef ibn Sa- 
tanas, deux élégies, l'une de Juda Hallévi, l'autre peut-être de sa fille. 
Puis viennent : Etude sur les expulsions des Juifs en Russie en 1 495- 
1503 ; des poésies et des notes très intéressantes sur l'histoire des Juifs 
en Egypte. 

t&UBWT Blfl 'O ou encore (Û'nnENtt'tû) m5N yy contenant la biographie 
de Moïse Sofer, d'Akiba Eger et d'Abraham Samuel Benjamin Sofer, par 
Salomon Sofer (dit encore S. Schreiber), rabbin à Beregszasz. Pacs, 
impr. Isaac Leib Rosenbaum, 5647 (1887), in-8° de 56-(2) ff. 

rPTltTH Triïll ^Tï 'O Biographie de Sir Moses Montefiore et de son épouse 
Judith, par Ezra Benveniste (p. 2 du titre). Jérusalem, impr. S.-L. Zuc- 
kermann, 5646 (1886), in-8° de 88 p. 

biSTm"» ri033 Biographies juives, par C.-I. Finn. Varsovie, impr. Efraïm 
Baumritter et Neftali Gansar, 1886, in-8°. 

Le premier fascicule contient quatre-vingts pages. L'ouvrage doit conte- 
nir la biographie de tous les israélites remarquables à partir de l'époque des 
Guéonim. Il est disposé par' ordre alphabétique et imprimé en caractères 
hébreu-carré, sur deux colonnes. L'auteur estime qu'il formera environ cent 
feuilles, ou vingt livraisons de cinq feuilles. 

bNT^" 1 n353 Annuaire publié par Saul Pinhas Rabbinowicz ; l re année. 
Varsovie, 1886, in-4° de lii-1 126-68-214 col., plus un calendrier; nom- 
breuses illustrations dans le texte. 

Matériellement cet annuaire est très supérieur au tpDN (voir plus haut), 
mais il lui est encore inférieur pour la valeur des travaux qu'il contient. La 
création d'un annuaire de cette étendue est trop difficile pour qu'elle puisse 
réussir dès la première fois. Il y a là, entre autres, un article de Wolf 
Jabez, c. 89-152, où sont entassées toutes les vieilleries et friperies de la 
littérature, prises dans le tas, sans ordre et sans choix. La revue littéraire, 
c. 159 à 288, est également faite au hasard et sans discernement. Parmi les 
travaux plus sérieux nous signalerons une lecture de A. Harkavy sur Juda 
Hallévi (col. 49), diverses études talmudiques (col. 289-400), des études 
sur la situation des Juifs de diverses villes de Russie, à Tripoli, à Rome ; 
sur l'histoire de diverses sociétés juives (col. 699-886); sur divers sujets 
littéraires (col. 889 et suivantes) ; de très intéressantes études d'archéologie 
juive, probablement ce qu'il y a de meilleur et de plus intéressant dans cet 
énorme volume, par Abr. Tennebaum (col. 1013 et suivantes). La partie 
suivante (col. 1-68) contient, entre autres, un commentaire inédit d'Elie 
Wilna sur la Tora, et une Megilla de Samuel le Petit, de Kowno, sur 
l'histoire des Juifs de cette ville. La partie suivante (col. 1-214), intitulée 
seconde partie, a surtout pour but de donner au lecteur des renseignements 
pratiques. Elle contient des notices statistiques et autres, et aussi un re- 
censement des Juifs (col. 113). Nous ne saurions assez engager l'éditeur à 
donner, dans les volumes suivants, une pagination continue du commence- 
ment à la fin du volume et à renoncer aussi à son texte en petits caractères, 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qui est presque illisible. Son entreprise est intéressante et nous serons 
heureux d'eu voir le progrès. 

3>7ûbbN :nNrù « Le livre des Parterres fleuris, grammaire hébraïque en arabe 
d'Abou'l Walid Merwan ibn Djanah, publiée par Joseph Derenbourg. » 
Paris, libr. Vjeweg, 1886, in-8° de lxiv-388 p. ; 66 e fascicule de la Biblio- 
thèque de l'École des Hautes-Études. 

Cet important et admirable ouvrage du plus grand de nos grammairiens 
juifs est connu, en gros, par la traduction hébraïque de Juda ibn Tabbon, 
publiée autrefois par Goldberg, mais outre qu'une traduction ne vaut jamais 
l'original, l'édition hébraïque a le défaut d'être souvent obscure, le manus- 
crit copié par Goldberg était assez défectueux et l'éditeur y a probablement 
ajouté plus d'une faute. Grâce au savant travail de M. Derenbourg, 
l'oeuvre. d'Ibn Djanah est maintenant restituée et rendue accessible au 
public. Une excellente introduction, munie de tous les renseignements bio- 
graphiques, bibliographiques et hisioriques, prépare le lecteur à l'intelligence 
de ce bel ouvrage, qui, avec les Opuscules d'Ibn Djanah, publiés autre- 
fois par MM. J. et H. Derenbourg, et le dictionnaire du même auteur 
publié par M. Ad. Neubauer, forme un édifice scientifique des plus remar- 
quables. Cette édition de la grammaire contient, p. XVI-LXIV, une table 
des passages bibliques cités dans (non sans) l'ouvrage. M. W. Bâcher a 
été le collaborateur de M. Derenbourg pour cette édition, et M. Derenbourg 
fait remarquer (p. XII) que son nom figurerait sur le titre, si le règlement 
de l'Ecole des Hautes-Études l'avait permis. 

tpNfàn '0 Recueil d'articles publiés par la Société pour la propagation de 
l'instruction parmi les israélites russes, comme supplément à l'annuaire 
tpON. Varsovie, impr. Isaac Goldmann, 1886, in-8° de n-34 p. 

Les articles contenus dans ce volume sont : 1. La génération des 
Meassefim ; 2. Royautés juives après la destruction du temple (Barcoché- 
bas, Hasinaï et Hauilaï, l'empire de la reine Hélène) ; 3. Les Juifs dans la 
presqu'île arabique (jusqu'au temps de Mahomet) ; 4. Les Juifs (anciens) 
en Perse ; 5. Les chants sibyllins (3 e , 4 e et 5 e ) traduits en vers hébreux; 
6. Une mischna de R. Juda, le médecin, 'pblDIN rO073, conseils d'hygiène 
pour la nourriture, sous forme de pastiche de la Mischna (par un écrivain 
de nos jours) ; 7. Traduction en vers hébreux du Juda Hallévi de Henri 
Heine. Tous ces articles sont des travaux de vulgarisation. 

NtûlT y-lN ^-H n^Ott Der talmudische Tractât Derech Erez Sutta nach 
Handschriften und seltenen Ausgaben mit Parallelen und Varianten kri- 
tisch bearbeitet, ùbersetzt und erlâutert, von D r A.-J. Tawrogi. Konigs- 
berg, impr. Erlatis, 1885, in-8° de vn-52 p. 

Ù^n^n iU33>73 Geschichte des Aberglaubens bei allen Vôlkern, mit beson- 
derem Hinblicke auf das jùd. Volk, par S. Rubin. Wien, impr. Georg 
Brôg, 1887, in-8° de 182 p. 

Voici un résumé très abrégé de la table des matières. 1. Visions, astro- 
logie, divinations en tous genres ; 2. Anges, diables, démons, esprits ; 
3. Chercheurs de trésors, sorciers; k. Pierre philosophale, microcosme, 
corps inertes vivifiés ; 5. Médecine, conjurations, amulettes, exorciseurs ; 
6. Magie ; 7. Divers. 

!"ltott53 *D Mischnaiot enthaltend aile Perakim welche der Anfangsbuchstabe 
laut alef-bêt geordnet sind (c'est-à-dire contenant 22 chapitres où les ma- 
tières sont disposées dans l'ordre alphabétique), mit p"!nb grammatica- 
lischer Punctation und Zeichen. ., rein deutlich deutschen Uebersetzung 



BIBLIOGRAPHIE 

und hebr. Erklârung nfil tp ttJVrD, par J. Goscinny. Jérusalem, libr. 
Goscinny, 5645 (1885), in-16 de (2)-44-(2) ff. 

La description allemande ci-dessus se trouve en caractères hébreux sur 
la quatrième page de la couverture. 

inDN nbsto bl> NnirWJ "HDD Sammlung agadisclier Commentare zum 
Bûche Ester; cnthàlt : Midrasch Abba Gorion, Midrasch Ponim Ache- 
rim, Midrasch Lekach Tob, Dach Handschriften herausgg., mit kritischen . 
Noten, Erklàrungen und einer Einleitung versehen, von Salomon Buber. 
Wilna, impr. et libr. Romm, 1886, in-8° de xiv-112 p. 

Le premier de ces Midraschim, autrefois édité par M. Jellinek, est re- 
produit par M. Buber d'après quatre manuscrits. Son introduction au 
Midrasch Panim Ahérim, dont M. Jellinek s'est également occupé, est assez 
curieuse pour la comparaison des procédés littéraires employés par les co- 
pistes des mss. Dans l'introduction à la troisième aggada de ce petit re- 
cueil, M. B. a réuni tous les passages du Jalkut sur le livre d'Esther qui 
se trouvent dans l'Abba Gorion, le Panim Ahérim et le Talmud de Megilla, 
et y a joint un index détaillé. 

E33h H011 "111 hy ni^îl nnS "pttîriSl Exemplar epistolee responsi in qua 
de conceptione Aramaica libelli repudii ut (apud Judseos) in usu est, 
eique propinquis nonnullis rébus agitur, auctore Aron Friedmann. Wien, 
impr. Knôpflmacher, 1886, in-8° de 40 p. 

Etude intéressante sur diverses questions concernant le texte araméen de 
la lettre de divorce, l'histoire du texte., l'orthographe, les règles qui pré- 
sident à sa rédaction, etc. 

ÏIUHftn ^DIDlb^D^J nmp Historia philosophise recentioris ; Geschichte 
der neuern Philosophie, von Fabius Mieses. Leipzig, libr. Moritz Schâfer, 
1887; in-8° de vm-159-(l) p. 

Û W Ù-HDO rwtm Katalog von R. N. Rabinowicz, Mùnchen (1886), in-8° 
de xn-132 p., contenant 117, plus 27, plus 4828 numéros. 

dbï5t1 ttp!2!"î ""blllî '0 Rituel des pratiques juives, par Cidkiyya b. Abra- 
ham, de la famille dei Mansi, de Rome, édité par Salomon Buber. Wilna, 
impr. et libr. Romm, 1886, in-8° de 42-408 p. 

On ne possédait jusqu'à présent qu'un extrait de cet ouvrage précieux, 
M. Buber rend de nouveau un grand service à la littérature juive en le 
publiant en entier (la seconde partie de l'ouvrage sera publiée plus tard par 
M. Buber). Cette édition est accompagnée d'une préface où M. B. a réuni 
de nombreux et utiles renseignements sur l'auteur et sa famillle, sur les 
rabbins et les ouvrages cités ou utilisés, sur les rapports entre <:e livre 
et le N^in • Ce dernier chapitre de la préface est particulièrement inté- 
ressant. 

ÎTT1N "HiTO '0 Considérations de toute espèce, à prétentions philoso- 
phiques, sur l'histoire et la religion juives, sur les pratiques religieuses, 
etc., par Isaac Jacob Reines. Wilna, impr. Juda Leib Lipmann;564(> 
(1886), in-8° de vi-90 p. 

Adler (Marcus N.). The Temple of Jérusalem. A paper read before the 
Jews' Collège Literary Society, 'january 8., 1887, with a report of the 
remarks of Major-general Sir Charles Warren. Londres, bureau du Jewish 
Chronicle, 1887, in-8° de 18 p. 

Cette couféience, qui a pour objet la description du temple d'Hérodc, 
est principalement intéressante par la comparaison ou la réunion d'un cer- 



122 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tain nombre de légendes juives et arabes concernant le temple. M. le 
major général Sir Charles Warren y a joint des explications où on lira 
avec plaisir ses souvenirs personnels et un certain nombre d'observations 
qu'il a faites dans le cours de ses célèbres explorations en Palestine. 

Amberley (Viscount) . The case of the Jews in the matter of the founder of 
Christianity ; extracted from his work « An analysis of religious Belief » ; 
with introductory préface by H. Guedalla. Londres, impr. Darling, 1887, 
' in-8°de53p. 

La conclusion est : « Les chefs des Juifs ne sont pas si blâmables qu'on 
l'a admis généralement, dans l'exécution de Jésus de Nazareth. Jugés 
d'après les principes de la morale universelle, ils eurent certainement tort ; 
mais d'après les principes de leur religion, ils eurent non moins certaine- 
ment raison. » 

Baltzer (J.-P.). Hebrâische Schulgrammatik fur Gymnasien, 2. verbes- 
serte u. vermehrte Auflage. Stuttgart, libr. J -B. Metzler, 1886, in~8° de 
xn-135 p. 

Begk (M.). Invetatura religiunei Mosaice pentru usul junimei Israélite. Bu- 
charest, libr. L. Steinberg ; in-8° de 96-(3) p. 

Berlin (N.). Reality in Fiction, satyrical description of life and manners 
amongst the foreign Jews in Great Britain. Londres, impr. Rabinowicz, 
1886, in-8° de 40 p. 

En judéo-allemand, avec titre en caractères hébreux : Die émesse Welt 
(Ubam 3>DEN SOT) oder eine Reise in Géhinnom. 

Berliner (A.). Professor Paul de Lagarde nach seiner Natur gezeichnet. 
Berlin, libr. Julius Benzian, 1887, in-8° de 32 p. 

Si quelqu'un avait le droit de répondre aux attaques de M. de Lagarde 
(voir ce nom, plus loin), c'est assurément M. Berliner, qui n'a jamais at- 
taqué personne et s'est acquis à juste titre, par son caractère aussi bien 
que par ses travaux, les meilleures sympathies du monde savant. M. de 
L. tombe sur lui à bras raccourcis, on ne sait pourquoi, sans rime ni 
raison. M. Berliner croit savoir d'où vient cette rancune, le public appré- 
ciera et on verra de quel côté seront les rieurs. La lettre de M. de L. 
(qui s'appelait autrefois Paul Boetticher) trouvée dans les papiers des -Tui- 
leries (publiée dans l'Allemagne aux Tuileries, par Henry Bordier, Paris, 
1872) est faite pour égayer le sujet. On y voit qu'il y a un temps pour être 
de vertu farouche (et alors on fait la leçon aux autres), et un temps pour 
se montrer plus accommodant. 

Bible (La), traduction nouvelle d'après les textes hébreu et grec, par 
E. Ledrain. Tome premier, Les Juges, I et II Samuel, I Rois. Paris, 
Alph. Lemerre, 1886, in-8° de x-325 p. 

La publication entière formera dix tomes ; les deux premiers tomes 
contiendront les livres historiques ; les tomes 3 et 4, les livres législatifs ; 
les tomes 5 et 6, les œuvres morales et lyriques ; le tome 7, les prophètes ; 
les tomes 8 et 9, le Nouveau-Testament ; le tome 10, une Etude critique. 

Blogh (J.-S.). Aus der Vergangenheit in die Gegenwart; social und lite- 
rarhistorische Essays. Wien, libr. Hugo Engel, 1886, in-8° de 258 p. 

Contient, entre autres, une Étude sur le Nathan de Lessing, et une 
étude sur Jean Bodin, que M. Bloch considère comme un précurseur de 
Lessing. 

Bltjm (Hans). Aus dem alten Pitaval. Franzôsische Recbis- und Cultur- 



BIBLIOGRAPHIE 123 

bilder aus den Tagen Ludwig's des XIII., XIV. und XV., ausgewâhlt und 
erlâutert; 1. Band ; Leipzig, libr. C.-F. Winter, 1885, in-8° de xxin- 
* 296 p. 

P. 223 à 280, Les Juifs de Metz, d'après Pitaval, vol. xvm, p. 286 et 
suiv. Contient principalement l'histoire de Raphaël Lévi. A la p. 249, 
M. Bl. explique comment l'accusation a pu tirer, d'une lettre écrite en 
judéo-allemand et en caractères cursifs par Raphaël Lévi, une apparence 
de preuve que les Juifs auraient, en réalité, su au moins quelque chose 
sur l'enfant chrétien disparu. Raphaël Lévi avait écrit, de sa prison, 
qu'il avait entendu que l'enfant était retrouvé ("pSID^), et que, par consé- 
quent, son innocence serait reconnue. Les interprètes, par malveillance ou 
non, voulurent lire dans ce passage que l'enfant avait été garotté (*J ta I213^) 
par les Juifs. M. Blum montre que tes deux mots reproduits ici en carac- 
tères hébreux ont à peu près la même physionomie dans l'écriture cursive 
judéo-allemande. Mais cette explication paléographique est superflue : on 
trouve constamment, dans les mss., le 3 employé pour le f ou le v alle*- 
mands, qui ont le même son, et Raphaël Lévi, qui ne devait pas être bien 
fort en orthographe allemande, a pu fort bien écrire •p^'D} dans le sens 
de « trouvé ». 

Cahen (Abraham). Le rabbinat de Metz pendant la période française (1567- 
1871). Extrait de la Revue des Études juives, tomes VII à XIII. Paris, 
libr. A. Durlacher, 1886, in-8° de 91 p. 

Bondi (J.-H.). Dem hebrâisch-phônizischen Sprachzweige angehôrige Lehn- 
wÔBter in hierogliphischen und bieratischen Texten. Leipzig, libr. Breit- 
kopf et Hârtel, 1886, in-8° de 130 p. 

Cassel (Paulus). Zophnat Paneah. /Egyptische ifeutungen. Erstes Frag- 
ment. Dem Wiener Orientalencongress gewidmet. Berlin, libr. W.-H. 
Kùhl, 1886, in-8° de 34 p. 

Cette publication contient des hypothèses au moins ingénieuses. Il y a 
longtemps que M. Cassel a identifié riD^D avec le phénix ; dans n^D^I il 
voit Seb et Nut, qui sont le père et la mère des dieux, la source du monde ; 
ils produisent l'œuf d'où sort le phénix. Le nom donné par Pharaon à Jo- 
seph signifierait que le Temps et le Chaos (Seb et Nut) ont donné naissance 
à la lumière (Phénix). Cela rappellerait le récit de la création dans le Pen- 
tateuque. — L'âne représente pour les Egyptiens le typhon du désert et, 
par suite, le dieu du mal. C'est pour cela que, dans des représentations pro- 
bablement originaires d'Egypte, Jésus a une tête d'âne. On pourrait ajouter 
que c'est peut-être pour cela que, suivant les payens, les Juifs auraient 
adoré un âne. La déesse qui chasse Typhon, pour les Egyptiens, c'est la 
déesse Bubastis, à tête de chat, soit noS^E (en grec Phœbé), nom qu'on 
retrouverait dans le rHIÎÎT^û et, en partie, dans le ITOSlDiX de la Bible. — 
Le nom du dieu solaire égyptien Ra (Phra, avec l'article), dont l'oeil voit 
tout, se retrouverait dans le verbe hébreu îiN"*). 

Castelli (David). Storia degl' israeliti dalle Origini fino alla monarchia, 
secondo le fonti bibliebe criticamente esposti. Milan, libr. Ulrico Hoepli, 
1887, in-8° de cni-416 p. En tête : Biblioteca scientifico-letteraria. 

C'est un ouvrage fait avec soin, l'auteur a cherché à le mettre au courant 
des travaux exégétiques et il a traité le sujet avec circonspection. 

22. Catalog, Hebraica, Judaica, Orientalia ; librairie Jakob W. Pascbeles. 
Prague, 1887, in-8° de 84 p. 

190. Katalog. Hebraica und Judaica ; libr. Wilhelm Koebner, à Breslau 
(1886), in-8° de 70 p. 



124 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Chipiez (Ch.) et Perrot (G.). Restitution du temple de Jérusalem d'après 
Ézéchiel. Dans Revue générale de l'architecture et des travaux publics, 
publiée à Paris, 46° année, 1885, 42 e vol. de la collection générale, 
5 e série, vol. 12, n os 7 et 8, p. 151 à 167 et 194 à 233. 

Cet article peut être considéré comme un résumé (anticipé) de la confé- 
rence faite, sur ce sujet, par M. Perrot, à la Société des Etudes juives, et 
de la description du temple faite par le même auteur dans son Histoire de 
l'art dans V antiquité, tome IV (Paris, Hachette, 1887, p. 121-479). Ce 
travail contient vingt figures dans le texte et trois planches hors texte. 

Croxbagh (Siegmond, dit S. Nolly). Aus dem Notizbuch des Onkel Jonas, 
Humoresken aus dem jùd. Leben ; 8. Auflage. Berlin, libr, Siegfr. Cron- 
bach, 1887, in-12 de (iv)-160 p. 

Diener (Karl). Libanon, Grundlinien der physichen Géographie und Geo- 
, logie von Mittel-Syrien ; mit einer geologischen Karte, sechs Lichtdruck-. 
bildern und sechzehn Textabbildungen. Wien, libr. Alfred Hôlder, 1886, 
in-8° de x-412 p. 

Edersheim (Alfred). History of Judah and Israël from the Birth of Solomon 
to. the reign of Ahab. (Londres), Religious tract society, s. d., in-8° de 

xn-197-(4) p. 

Eighthal (Gustave d'). Mélanges de critique biblique. Le texte primitif du 
premier récit de la création ; le Deutéronome ; le nom et le caractère du 
dieu d'Israël Iahveh. Paris, libr. Hachette, 1886, in-8° de in-402 p. 

Un de nos collaborateurs rendra compte, dans le prochain numéro, de cet 
ouvrage posthumj? de notre regretté ami, M. G. d'Eichthal, qui s'était 
consacré, avec un si grand et si noble amoui de la science, à l'étude de ces 
graves problèmes d'exégèse biblique. 

Einstein (Berthold). R. Josef Kara und sein Commentar zu Kohelet, aus 
dem Ms. 104 des jûd.-theolog. Seminars zu Breslau zum 1. Maie her- 
ausggb. Berlin, libr. Ad. Mampe, 1886, in-8° de 60 + 45 p. Tirage à 
part du Magazin, de Berliner. 

L'étude qui accompagne le texte contient les chapitres suivants : 1. Josef 
Kara, sa généalogie; 2. Le'nom et la famille Kara ; 3. Epoque où il a 
vécu ; ses relations avec Raschi et Samuel b. Méir ; 4. Ses commentaires; 
5. Son exégèse ; 6. Son commentaire de Cohélet ; 7. Les mots français dans 
ce commentaire. 

Finsler (Rudolf). Darstellung und Kritik der Ansicht Wellhausens von 
Geschichte und Religion des Alten Testaments. Zurich, impr. et libr. 
Fr. Schulthess, 1887, in-8° de 91 p. Tirage à part des Verhandlungen 
der asketisch. Gesellsch. in Zurich. 

Friedererg (M.). Bilder von der Ostgrenze. Studien und Skizzen. Tilsitt, 
libr. J. Mikssas ; Leipzig, libr. R. Friese, 1886, in-8° de iv-92 p. 

P. 29 à 57 : Die Juden in Litauen seit dem 14. Jahrhundert. Cette revue de 
l'histoire des Juifs de Lithuanie paraît être faite d'après Graetz et Ber- 
schadski (qui sont cités), et d'après l'histoire des Juifs de Pologne, de Stern- 
berg. Nous n'y avons pas vu la trace de recherches personnelles et, en cer- 
tains endroits, l'auteur se montre mal informé ; par exemple dans la note 
de la page 56, qui est purement de la polémique passionnée et aveugle. 

Frièdlander (M. -H.). Geschichtsbilder aus der nachtalmudischen Zeit ; 
von Moses Mendelssohn bis auf die Gegenwart ; 4. Theil. Brùnn, libr. 
Bernh. Epstein, 1887, in-8° de (iv)-156 p. 



bibliographie: 123 

Mendelssohn, Cerf-Beer, Furtado, Jacobsohn, Breidenbach, Marcus 
Benedict, Akiba Eger, Moses Sofer, Aron Kornfeld, Moses Montefiore, 
Crémieux, Rappoport, Zunz, Jost, Graetz, Luzzatto, GoUlenthal, Mann- 
heimer, Jellinek, Geiger, Ilirsch, Frankel, Philippson, Munk, Dukes, 
Steinscbneider, L. Low, S. Szanto, Zipser, G. Wolf. Le choix des noms 
est généralement judicieux (sauf les lacunes), mais les sujets sont à peine 
effleurés. 

Fritz (Johannes). Aus antiker Weltanschauung. Die Entwicklung des 
jùdischen und griechischen Volkes zum Monotheismus nach den neues- 
ten Forschungen. Hagen i. W., libr. Risel, 1886, in-8° de vi-433 p. 

L'ouvrage se compose d'une introduction (étude sur les théories religieuses 
chez Tiele, Lippert, Spencer, Seidel, Ebrard, Stende, Schelling, DellF, 
Max Mùllerj et de trois livres intitulés : Le peuple juif (histoire religieuse 
depuis les patriarches jusqu'au retour de l'exil) ; le monde grec (religion de 
la nature, culte d'Apollon, les mystères, Socrate, Platon, Aristote, philo- 
sophe de Gyrénaïque, Epicuriens, Cyniques, Stoïciens) ; la Palestine après 
la conquête d'Alexandre. Il ne nous semble pas que l'ouvrage contienne des 
recherches bien personnelles. 

Guidi (Ignazio). Di una versione persiana del Pentateuco. Nota. Rome, 
impr. de l'Acad. dei Lincei, 1885, in-8°, p. 347 à 355 des Rendiconti 
délia R. Accademia dei Lincei, classe di Se. mor., stor. e filolog., 
séance du 17 mai 1885. 

Fragment d'une traduction persane du Pentateuque, d'après un manus- 
crit du Vatican. M. Guidi suppose que cette traduction est antérieure à celle 
de Tawus, et que celui-ci s'en est servi. 

Gutachten ùber das jùdisch-rituelle Schlachten. S. 1. n. d. (1886), in-f° de 
29 p. sur 2 col. 

Très intéressante collection de consultations sur la schehita, par les som- 
mités scientifiques de tous les pays. 

Ka.rna.gk (Adolf). Die Apostellehre und die jùdischen beiden Wege. Leip- 
zig, libr. Hinrichs, 1886, in-8° de 59 p. 

L'auteur arrive (p. 27) aux conclusions suivantes : « Il existait, dans le 
premier siècie de l'ère chrétienne, une instruction pour les prosélytes, inti- 
tulée « Les deux routes », et rédigée par des Juifs. Elle est contenue, avec 
de fortes interpolations, dans les chapitres 1 à 5 ou à 6 de la Didachè 
(Apostellehre). Les deux routes sont le chemin de la vie (les préceptes mo- 
raux et religieux) et le chemin de la mort (les péchés). Cette instruction fut 
adoptée par les chrétiens, qui l'employèrent comme sermon de baptême. 
Après l'époque apostolique, l'auteur de la lettre de Barnabe l'a incorporée 
dans cette lettre sans y ajouter grand'chose. C'est plus tard seulement 
qu'elle reçut le titre de « Enseignement des douze Apôtres », et qu'on y 
ajouta un grand nombre de morceaux d'origine chrétienne. M. H. croit que, 
sous la forme qu'elle a actuellement, la date de sa rédaction tombe entre les 
années 70 à 16b. 

Heidenheim(M.). Bibliotheca Samaritana. III. Die Samaritanische Liturgie, 
eine Auswahl der wichtigsten Texte, in der hebr. Quadratschrift aus den 
Hss. des British Muséums und anderen Bibliotheken hgg. ; 2. Heft. 
Leipzig, libr. Otto Schulze, 1887, in-8°, p. 97 à 136. 

Jaffé (Julius). Die rituelle Circumcision im Lichte der anliseptiscben 
Chirurgie, mit Berùcksichtigung der religiôsen Vorschriften. Leipzig, 
libr. Gustav Fock, 1886, in -8° de 45 p. 



m REVUE DES ETUDES JUIVES 

Discussion physiologique et médicale et conseils pour un procédé opéra- 
toire rationnel. 

Jahn (Albert). Des H. Eustathius, Erzbischof von Antiochen, Beurtheilung 
des Oiïgenes betreffend die Auffassung der Wahrsagerin I. Kôn. (Sam.) 
28, und die bezùgliche Homélie des Origenes. . . Leipzig, libr. Hinrichs, 
1886, in- 8° de xxvn-75 p. Dans la collection Texte und llntersuchungen 
der altchrist. Literat., de Gebhardt et Harnack, 2 e vol., fasc. 4. 

Jastrow (Morris). Jews and Judaism ; an address. Philadelphie, libr. Edw. 
Stern, 1886, in-8° de 23 p. 

Jonas (Emile). blSTlï^ v-yi© « Chants hébraïques exécutés dans les temples 
consistoriaux et au temple du rite portugais de Paris, composés par Emile 
Jonas. » Paris, libr. A. Durlacher, 1886, in-4° de (2)-235 p. 

Kottek (Heimann). Das sechste Buch des Bellum Judaicum nach der von 
Ceriani photolithographisch edirten Peschitta-Handschrift ûbersetzt und 
kritisch bearbeitet. Berlin, libr. Rosenstein et Hildesheimer, 1886, in-8° 
de 45 -]- 30 (texte syriaque) pages. 

Cette traduction syriaque est, d'après l'éditeur, faite sur le texte syro- 
chaldéen de l'auteur et n'est pas une traduction du grec. M. K. est d'avis 
que cette traduction est plus conforme à l'original que la traduction grecque, 
et qu'elle peut donner une idée des altérations que Josèphe, pour plaire 
aux Romains, a fait subir à sa rédaction primitive (syro-chaldéenue) lors- 
qu'elle fut traduite en grec sous ses yeux. 

Kahn (Léon). Histoire de la communauté israélite de Paris ; 4 e partie : Les 
Sociétés de secours mutuels, philanthropiques et de prévoyance, avec 
une préface d'Isidore Loeb. Paris, libr. Durlacher, 1887, in-18 de 175 p. 

« M. Léon Kahn a entrepris d'écrire, dans une suite de monographies, 
l'histoire de la communauté israélite de Paris depuis qu'elle s'est recons- 
tituée dans la dernière moitié du dix-huitième siècle Tous ceux qui 

aiment cette communauté pour ses qualités brillantes et aimables, pour ses 
belles institutions, pour l'esprit de bienfaisance et de charité qui l'anime, 
pour les hommes remarquables qu'elle possède, sauront gré à M. Kahn 
d'avoir commencé cette œuvre et en suivront le progrès avec une vive 
sympathie (Extrait de la Préface). » Cette histoire des sociétés israélites 
de secours mutuels de Paris {hebrot) contient la description de trente-deux 
sociétés d'hommes et neuf sociétés de dames, sans compter les sociétés 
disparues, qui sont également nombreuses et auxquelles M. Kahn a consa- 
cré de courtes et substantielles notices. Dans l'Appendice se trouvent 
divers procès-verbaux des sociétés israélites du commencement de ce 
siècle, et des listes nominatives très instructives. Cet ouvrage est un des 
plus intéressants de la Collection et tient dignement sa place dans l'espèce 
d'encyclopédie de la communauté israélite de Paris que nous fait l'auteur. 

Karpeles (Elias). Sabbath-Reden fur die israelitische Jugend ùber aile 
Wochenabschnitte des Sohuljahres. Breslau, libr. Preuss et Jùnger, 1887, 
in-8' J de (6) -160 p. 

Kautzsgh (E.). H. Scholz's Abriss dêr hëbr. Laut- und Formenlehre nach 
Gesenius-Kautzsch' Grammatik, umgearbeitet von E. Kautzscji ; 5 e édi- 
tion. Leipzig, libr. F.-C.-W. Fogel, 1885, in-8° de 34 p. 

Contient une petite grammaire, mais sans paradigmes pour les verbes et 
les noms. 

Kœnig (Eduard). Beitrâge zum positiven Aufbau der Religionsgeschichte 



BIBLIOGRAPHIE 127 

Israels. Erstens : Die Bildlosigkeit des legitimen Jahwecultus. Leipzig, 
Dôrffling et Franke, 1886, in-8° de 32 p. Tirage à part de Ztschr. f. kirchl. 
Wiss. und kirchl. Leben. 

Kuenen (A.). Historisch-kritische Eiuleitung in die Bûcher des alten 
Testaments, hinsichtlich ihrer Enstehung und Sammlung ; autorisirte 
deutsche Ansgabe von Th. Weber. Erster Theil, erstes Stùck, zweites 
Heft. Leipzig, libr. Otto Schulze, 1886, in-8°, p. 97 à 192. 

Lagarde (Paul de). Erinnerungen an Friedrich Rùckert. Lipman Zunz und 
seine Verehrer. Aus dem 2. Bande der « Mittheilungen » besonders abge- 
druckt. Gœttingue, libr. Dieterich, 1886, in-8° de p. 82 à p. 162. 

M. L. Techen a publié, en 1884, à Gœttingue, une étude (descriptive) 
sur deux manuscrits de Mahzor qui se trouvent dans cette ville. Ce tra- 
vail a été soumis, comme dissertation inaugurale, à l'Université de Gœt- 
tingue, qui l'a trouvé satisfaisant et paraît avoir nommé l'auteur chargé 
de cours pour l'enseignement de 'l'hébreu (p. 108). Or, la dissertation con- 
tenait beaucoup de fautes (graves ou non, ce n'est pas l'affaire), notre 
collaborateur M. David Kaufmann et d'autres après lui les ont rele- 
vées, M. Paul de Lagarde a vu, dans ces critiques, une attaque injuste 
contre lui-même et contre l'Université de Gœttingue, et il y répond en 
faisant, avec son impétuosité ordinaire, une charge furieuse contre les 
auteurs des recensions malsonnantes, et contre le judaïsme tout entier, 
probablement complice d'un si grand forfait. Il nous sera permis, avec tout 
le respect que nous avons pour la science de M- de Lagarde, de ne pas 
prendre tout à fait au sérieux et à la lettre ces vitupérations où il y a au- 
tant d excentricité que de passion, et de regretter qu'un homme qui mé- 
rite tant de considération pour ses travaux se livre à des emportements 
si peu dignes de lui. Assurément, si nous avions recensé l'ouvrage de 
M. Techen (nous ne le connaissions pas), nous nous serions montré in- 
dulgent pour les fautes qu'il peut contenir et nous aurions estimé surtout, 
chez lui, l'effort qu'il a fait pour s'initier à la littérature synagogale ou 
poétique des Juifs du moyen âge. Le ton sur lequel il a parlé de Zunz 
était provocant, on ne peut le cacher, il devait étonner chez un homme au 
bout du compte inexpérimenté dans la matière, et nous ne pensons pas que 
M. de Lagarde veuille justifier toutes les mauvaises plaisanteries du pas- 
sage de M. Techen qu'il cite (p. 109, 1.1 à 5). Si M. Techen et M. de L. 
se bornaient à regretter que Zunz n'ait pas fait certains travaux et index 
qui seraient des plus utiles pour la lecture de ses propres ouvrages et 
pour l'intelligence de la littérature juive du moyeu âge, tout le monde 
pourrait s'associer à leurs regrets, mais Zunz a fourni les matériaux, et il 
suffit presque du travail diligent d'un écolier pour remplir, à l'aide des 
ouvrages mêmes de Zunz, une grande partie au moins des lacunes qu'on 
y a signalées. M. de Lagarde s'amuse des traductions de Zunz, mais il 
eût été juste défaire remarquer que ces traductions sont rimées, et qu'elles 
ne pouvaient pas avoir, par conséquent, une précision scientifique. Nous 
n'avons évidemment aucune compétence pour apprécier les questions de 
style soulevées dans cette polémique, mais il nous semble que le style de 
Zunz, dans sa limpidité et sa sérénité, n'est pas sans valeur et soutiendrait 
peut-être la comparaison avec des styles plus colorés, il est vrai, mais plus 
troubles aussi. La vérité, en somme, est la plus forte et elle finit par triom- 
pher, chez M. de L. et à son honneur, sur la passion. Il termine en ren- 
dant à peu près justice à Zunz, en reconnaissant au moins quelques-uns et 
même la plupart de ses vrais mérites. On pourrait être, sur beaucoup de 
choses, d'accord avec lui, si l'éloge était, dans son étude, distribué aussi 
libéralement que le blâme et les regrets. Il nous semble aussi que M. de L. 
fait porter le débat sur des thèses que personne ne soutient. Nous dou- 
tons qu'il y ait, comme il paraît le supposer, beaucoup de Juifs en Aile- 



128 REVUE DES ETUDES JUIVES 

magne qui prenuent Zuuz pour un grand poète ou qui admirent indistinc- 
tement toutes les poésies juives du moyen âge. M. de L. exagère. 

Lederer (Ph.). baD bttî ÏTTIfabn Lehrbuch zum Sclbstunterricht im baby- 
lonischen Talmud. Ausgewàhlte Musterstùcke aus dem Talmud mil mô- 
glicbst sinn- und wortgetreuer Uebersetzung des Textes und des Com- 
mentarsRaschi, mit sprechlichen und sachlicheû Erlâuterungen und mit 
einer Einleitung in den babyl. Talmud versehen ; II. Heft. Presbourg, 
impr. Lôwy et Alkalay, 1887, in-8° de 104 p. 

Lehmann (Emil). Aus alten Acten. Bilder aus der Enstehungsgeschichte 
der isr. Religionsgemeinde zu Dresden. Dresde, libr. Cari Trittmann, 
1886, in-8° de xvi-77 p. 

Contient les chapitres suivauts : 1. L'ancien cimetière; 2. Enseignement 
et élection des Anciens; 3. Procureurs des Juifs; 4. Les caisses pour 
malades; 5. Election de rabbins; 6. Une société de lecture; 7.. Le dépôt do 
la caisse de la communauté; 8. Plainte contre les Anciens; 9. La maison 
commune; 10. Echos de la révolution de juillet; 11. La synagogue; 
12. Echos de la révolution de février ; 13. Berthold Auerbach et la circon- 
cision. 

Ligne (Le prince de). Mémoire sur les Juifs. Tirage à part de la Revue 
rétrospective, in-8°, p. 25 à 41 (année 1886 ?), n° 50. 

Levy (J.). Neuhebràiscbes und cbaldâiscbes Wôrterbucb ùber die Talmu- 
dim und Midrascbim ; 20 e fascicule, p. 337 à 448 du 4 e volume. Leipzig, 
libr. Brockhaus, 1886. 

Lipsius (R.-A.). Theologiscber Jahresbericht. 5. Band, entbaltend die Lite- 
ratur des Jabres 1885. Leipzig, libr. Georg Reichbardt, in-8° de x-566 p. 

Excellent répertoire; assez nombreuses notices sur le Judaïsme et la 
science juive. 

Lipsius (R.-A.). Die Pilatus-Acten kritiscb untersucbt. Neue vermebrte 
Ausgabe. Kiel, libr. G. -F. Haeseler, 1886, in-8° de (2)-45 p. 

Mahler (Eduard). Bibliscbe Chronologie und Zeitrecbnung der Hebràer. 
Wien, libr. Cari Konegen, 1887, in-8° de xiv-204 p. 

L'ouvrage est divisé en deux (plutôt trois) parties : 1. Chronologie 
biblique ; 2. Calendrier des Hébreux et des Juifs ; 3. Tables pour le calen- 
drier actuel. La première partie est de pure fantaisie, l'auteur cherche 
sérieusement la date des éclipses solaires qui ont produit les ténèbres 
d'Egypte, l'obscurité qui a entouré l'alliance d'Abraham, la nuit qui vient 
au-devant de Jacob quand il sort de Beerséba, l'arrêt du soleil sur l'ordre 
de Josué. Ce sont des naïvetés un peu fortes. Dans l'exposition du calen- 
drier biblique, l'auteur est très loin d'avoir utilisé toutes les données de 
la Bible; c'est un chapitre des plus incomplets. Son exposition du calen- 
drier juif actuel est probablement exacte. Les tables partent de l'année 4066 
(1306) et vont jusqu'à l'année 3909 ou 3910. Elles sont faites uniquement 
d'après le système de Schram, qui sert purement pour la vérification dans 
les Tables du calendrier que nous avons publiées. Les autres tables ne 
sont pas mauvaises, mais elles délaient la matière sans grand profit et elles 
sont loin de fournir tous les renseignements qu'on pourrait désirer. 

Marx (Gustav). Jùdisches Fremdenrecht ; antisemitische Polemik und jù- 
disch Apologetik; kritische Blâlter fur Antisemiten und Juden. Carl- 
sruh et Leipzig, libr. H. Reuther, 1886, in-8° de 80 p. Publication de 
l'Institutum judaicum (pour la conversion des Juifs). 



BIBLIOGRAPHIE 120 

Tirage à part, augmenté, du journal Nathanel, première année. Se 
rapporte principalement à la polémique sur le Schulhan Arukh. 

]\Urx (Gustav). Die Tôtung Unglaubiger nach talmudisck-rabbinischcm 
Kccht. Leipzig, libr. Dôrffling et Frankc, 1885, in-8° de 48 p. N° 6 de 
l'institutum judaicum. 

Mémain (l'abbé). La connaissance des temps évangéliques. Sens, chez l'au- 
teur ; Paris, libr. catholique internat., Rome, libr. Spithover, 1886, in-8° 
de xvi-543 p. 

Cet ouvrage est une seconde édition, remaniée et agrandie, des Etudes 
chronologiques du même auteur, parues en 1867. Toute personne qui lira ce 
livre sera frappée de la sincérité scientifique et de la probité avec laquelle 
M. Mémain cherche la solution des différents prohlèmes qu'il est amené à 
étudier. On verra aussi comment la science chronologique, maniée avec la 
compétence et le tact de M. l'abbé Mémain, éclaire les questions histo- 
riques, y sert de guide et d'instrument critique. Aux lecteurs de cette 
Revue nous signalons spécialement les chapitres suivants. Première partie : 
chap. ni, les Juifs au temps de Jésus-Christ; chap. iv, les deux calendriers 
juifs (le calendrier julien suivi par eux, et le calendrier hébraïque). 
Deuxième partie : chap. i, époque de la mort d'Hérode (conclusion : 
« Jésus- Christ est né quatre ans au moins avant l'ère chrétienne. •) ; 
chap. ii, le recensement général de Quirinus. Troisième partie : chap. i 
à iv, dates de la prédication de Jésus-Christ. Septième partie : Restitution 
du calendrier hébraïque au temps de Jésus- Christ ; le calendrier luni- 
solaire des Juifs modernes (excellente exposition des principes et des règles 
de ce calendrier); l'astronomie chez les Hébreux ; restitution du calendrier 
hébraïque au temps de Jésus-Christ. Dans les Notes complémentaires, on 
trouvera une foule de questions qui intéressent l'histoire juive : jour de la 
nomination et de la mort d'Hérode, Hérode le Tétrarque, Hérode Agrippa, 
la Pâque de l'an 29, la règle de Badu et Adu, les tékuphot, etc. Le sujet 
est vaste et traité avec une application qui mérite le respect et inspire la 
sympathie. Dans un prochain numéro, nous examinerons quelques-unes 
des thèses de l'auteur. 

Mïiller (Joël). Die jùdische Moral im ersten nacktalmudischen Zeitalter. 
Vortrag. . . Francfort-sur-le-Mein, impr. H.-L. Bronner, 1886, in-8° de 
13 p. Extrait des Popul. wissensch. Monatsblâtter. 

Munz (Isak). Ueber die jùdischen Aertzte im Mittelalter. Berlin, libr. 
Driesner, 1887. 

Neustadt (Louis). Stammtafeln der von Liebmann Schwarzschikl in Frank- 
furt a. M. (1555-1594) abstammenden Familien, auf Grund der Urkunden, 
Akten und Register des Stadtarchivs und des Gemeinde-Bureaus, sowie 
von Mittheilungen aus der Familie. Als manuscript gedruckt. Francfort- 
sur-le-Mein, impr. Kumpf et Reis, 1886, in-4° de 8 p. et 18 ff. contenant 
20 tableaux. 

Les tableaux généalogiques dressés par M. N. sont un remarquable 
répertoire de noms et de dates. Elles formeront un très utile instrument 
de précision pour l'histoire des Juifs de Francfort et de la région. 

Olitzki (Marcus). Flavius Josephus und die Halacha. Erster Theil, Einlei- 
tung, die Opfer. Berlin, impr. Itzkowski ; Francfort, libr. Kauffmann ; 
Leipzig, libr. Otto Schulze, 1885, in-8° de 58 ff. 

Oppenheim (Morilz). Bilder aus dem altjùdiscken Familienleben nach Ori- 
ginalgemâlden, mit Einfùhrung und Erlaùterungen von D r Leopold Stein. 
Francfort-sur-le-Mein, libr. Heinrich Keller, 1886, in-l°. 

T. XIV, n° 27. 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Outlines of Jewisk History from B. G. 586 to C. E. 1885 with three maps, 
by the autor of « About the Jews since Bible times », revised by 
M. Friedlânder. Londres, libr. Longmans, Green et C ie , 1886, in-8° de 
xxiv-343 p. 

Perreau (Pietro). Gli Ebrei in Inghilterra nel secolo xi e xn. Estratto del 
Corriere israelitico. Trieste, impr. Morterra, 1887, in-8° de 15 p. 

D'après l'ouvrage de S. Goldschmidt recensé dans un numéro précédent 
de la Revue. 

Pfleiderer (Edmund). Die Philosophie des Heraklit von Ephesus im Lichte 
der Mysterienidee, nebst einem Anhang ùber heraklitische Einflùsse im 
alltestamentl. Kohelet und besonders im Bûche der Weisheit, sowie in 
der ersten christl. Literatur. Berlin, libr. Georg Reimer, 1886, in-8° de 
ix-384 p. 

Rosin (David). Reime und Gedichte des Abraham ibn Esra, Heft II ; dans 
Jahresbericht des jùd.-theolog. Seminars, de Breslau. Breslau, impr. 
Schottlaender, 1887, in-8° de 100-x p. 

Sghiller-Szinessy (S. -M.). St. Paul from à Jewish point of view ; dans 
Expositor, Londres, numéro de novembre 1886, p. 321 à 335. Le même 
numéro contient un article de Marcus Dods, intitulé : The Book of Zecha- 
riah, 7. National Revival. 

Samuelis ben Chofni trium sectionum posteriorum libri Genesis versio 
arabica cum commentario e ms. cod. biblioth. public, imper. Petropolit. 
nunc primum edidit I. Israelsohn. Saint-Pétersbourg, libr. A. Zinserling, 
1886, in- 8° de xn-184 p. 

Scheid (Elie). Histoire de Rabbi Joselmann de Rosheim (1478-1554). Ex- 
traite de la Revue des Études juives. Paris, libr. A. Durlacher, 1886, 
in-8° de 34 p. 

Sefper (G. -H.). Elementarbuch der hebr. Sprache, eine Grammatik fur 
Anfânger, mit eingeschalteten systematisch geordneten Uebersetzungs- 
und andern Uebungsstùcken, einem Anhange von zusammenhangenden 
Lesestùcken und den nôthigen Wortregistern, zunâchst zum Gebrauch 
auf Gymnasien. 8. Auflage, besorgt von F. Sebald. Leipzig, Friedr. 
Brandstetter, 1886, in-8° de xiv-376 p. 

Smend (Rudolf) et Socin (Albert). Die Inschrift des Kônigs Mesa von Moab 
fur Akademische Vorlesungen. Fribourg en Brisgau, libr. J.-G.-B. Mohr, 
1886 ; texte, in-8° de 35 p. ; atlas, contenant 1 feuillet. 

Le texte comprend une introduction historique, la description matérielle 
du monument, la transcription et la traduction du texte de la stèle, des 
observations critiques, un lexique alphabétique des mots et des noms. 
L'atlas comprend une planche donnant une copie théorique (non un fac- 
similé) du texte. 

Steinsghneider (Moritz). Euklid bei den Arabern, eine bibliographische 
Skizze. Extrait de la Ztschr. f. Mathem. und Physik, XXXI, 3 (1886 ?), 
in-8°, p. 81 à 110. 

P. 85 mentionne des traductions hébraïques des Eléments, d'Euclide; 
p. 93, passage sur une. traduction de Moïse ibn Tibbon; p. 101, mention 
de traductions hébraïques de l'Optique; et passim, autres mentions de ce 
genre. 



BIBLIOGRAPHIE 131 

Steinschneider (M.). Jùdisclie Geschichte von der Zerstôrung Jerusalems 
bis zur Gegenwart, dans le Jahresbericht de Mùller, Berlin, 1886, p. i 33 
à i 52. 

Rapport sur les travaux d'histoire juive eu 1882, très intéressant, avec 
additions et corrections souvent excellentes. 

Stern (Ludwig). ttblJCï ^TlE? odcr die Vorscbriften der Tbora welche 
Israël in der Zerstreuung zu beobacbten bat. Ein Lebrbucb der Religion 
fur Scbule und Familie ; 2. vermebrte und verbesserle Auflage. Franc- 
fort-sur-le-Mein, libr. J. Kauffmann, 1886, in-8° de xvi-(l)-300 p. 

Strack (Herm.-L.). Grammaire bébraïque avec paradigmes, exercices de 
lecture, cbrestomatbie et indice bibliographique ; traduit de l'allemand 

. par Ant.-J. Baumgartner. Carlsrub et Leipzig, libr. H. Reuther ; Paris, 
libr. Maisonneuve et Cb. Leclerc ; Genève, libr. Slapelmobr, 1886, in-8° 
de xi(i)-171-79 p. Collection Porta linguarum orientalium, de H. Pe- 
termann. 

Szold (Benjamin). Das Bucb Hiob nebst einem neuen Commentar. Balti- 
more, 1886, in-8° de xxn-498 p. 

Talmud. (Le) de Jérusalem traduit pour la première fois, par Moïse Scbwab. 
Tome IX, traités Guitin (fin), Nazir, Qiddouscbin. Paris, libr. Maison- 
neuve, 1887, in-8° de iv-299 p. 

Vernes (Maurice). L'histoire des religions, son esprit, sa méthode, ses di- 
visions, son enseignement en France et à l'étranger. Paris, libr. Ernest 
Leroux, 1887, in-18 de 277 p. 

Cet ouvrage de notre savant ami et collègue contient les chapitres sui- 
vants : 1. Objet, esprit et méthode de l'histoire des religions ; 2. Des divi- 
sions de l'histoire religieuse ou du classement des religions ; 3. Les abus de 
la méthode comparative dans l'histoire des religions eu général et particu- 
lièrement dans l'étude des religions sémitiques; 4. L'histoire des religions 
aux différents degrés de l'enseignement public ; quelle place il convient de 
lui faire ; les numéros 5 à 7 et l'appendice contiennent divers articles sur la 
même question ou des questions analogues. Ce qui nous intéresse surtout 
ici, c'est le numéro 3 (a été aussi tiré à part, chez E. Leroux). La critique 
faite, dans ce chapitre, par M. Vernes, des méthodes employées actuelle- 
ment dans les études d'histoire religieuse nous paraît excellente. Sans doute, 
il ne faut pas proscrire les méthodes comparatives, mais il faut s'en servir 
avec infiniment de circonspection et de réserve. M. Vernes montre sur quels 
points la méthode est en défaut : elle attribue aux religions des origines 
purement fictives et que les documents historiques ne foDt pas connaître ; 
* elle classe les religions suivant un système de races qui est lui-même sujet 
à caution, car les races ne son; pas la même chose que les langues, et on 
les classe surtout par les langues, et les religions ne sont pas absolument 
solidaires des races. Les Français sont surtout Celtes et Germains, et ils 
parlent latin ; les Indo-Européens d'Europe ont adopté une religion d'ori- 
gine sémitique. On a cherché, pour divers groupes religieux, une religion- 
mère sur laquelle tous les renseignements font défaut. Enfin, on a cherché, 
pour les cultes et les croyances religieuses, des clés, des explications natu- 
ralistes, météorologiques, astronomiques, qui se sont finalement montrées 
incomplètes et inefficaces. Les clés ni les passe-partout n'allaient à toutes 
les serrures. Pour les religions sémitiques, et la religion juive en particu- 
lier, M. Vernes combat, comme peu fondée scientifiquement, l'hypothèse 
du polythéisme primitif des Juifs. Il ne croit pas non plus que les historiens 
qui ont voulu chercher l'origine du Judaïsme en Assyrie et qui ont fini par 
rencontrer, dans ce pays, des Accadiens de race touranienne, soient arri- 



132 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vés, sur ce point, à un résultat qui puisse, aujourd'hui, prendre place dans 
la science. Ce qu'on a de mieux à faire provisoirement, c'est d'étudier le 
Judaïsme eu lui-même, c'est le plus sûr. 

Vernes (Maurice). La science des religions et l'islamisme, deux confé- 
rences faites le 19 et le 26 mars 1886 à l'École des Hautes-Études, sec- 
tion des sciences religieuses. Paris, libr. Ernest Leroux, 1886, in-18 de 
95 p. 

Visgher (Eberhard). Die OITenbarung Jobannis, eine jùdiscbe Apokalypse 
in christlicber Bearbeitung; mit einem Nacbwort von Adolf Harnack. 
Leipzig, libr. J. C. Henrichs, 1886, in-8° de 137 p. ; dans la collection 
intitulée : Texte und Untersucbungen zur Gesch. der altchris'tl. Literat. 
von 0. v. Gerbardt und Ad. Harnack; 2° vol., fasc. 3. 

L'auteur veut prouver que l'Apocalyse de saint Jean est, en grande 
partie, l'œuvre d'un Juif qui a été remaniée et, en partie, interprétée par 
un chrétien. C'est une étude des plus intéressantes. 

Winter (Jacob). Die Stellung der Sklaven bei den Juden in recbtlicber 
und gesellscbaftlicber Beziehung nach talmudischcn Quelleu. Inaugural- 
Dissertation. Halle (impr. Tb. Scbatzky, Breslau), 1886, in-8° de 66 p. 

Contient les divisions suivantes : A. L'esclave hébreu, origine, durée, 
nature de son esclavage; B. L'esclave payen : l'esclave comme propriété, 
l'esclave comme personne, le mariage des esclaves, la situation sociale de 
l'esclave. Bon travail. 

Wunsghe (August). Der babyl. Talmud in seinen baggadischen Bestand- 
tbeilen wortgetreu ùbersetzt. . . ; zweiter Halbband, erste Abtbeilung. 
Leipzig, libr. Otto Scbulze, 1887, in-8° de vrn-378 p. 

Wolff (L.). Humoresken aus dem jùdischen Volksleben. Berlin , libr. 
S. Cronbacb, 1887, in-12 de 85 p. 

Petits récits assez intéressants. La date de 1887, qui se trouve sur un 
carré de papier collé sur le titre, n'est peut-être pas exacte. 



Périodiques. 



3 "G "litIN Ozar Tob (supplément bébreu du Magazin fur die Wissen- 
scbaft des Juden tbums). 1885. = — N° 4. La Légende du roi Arthus. — 
D. Kaufmann : Une poésie de Dunascb b. Tamin, d'après le ms.J78 de 
Berlin. — Leone Luzzatto : Une escama de Venise 1636. — Notes cxé- 
gétiques inédites de R. Jesaia. — J. Reifmann : Sur le TlfPlTï "VID. — 
J. Reifmann : Gloses sur le Û^POn '0. == = 1886, N° 3. Commentaire 
de Joseph Kara sur l'Ecclésiaste, publié d'après un ms. du Séminaire de 
Breslau. 

Tlttbn n^n Beth Talmud (Wien, mensuel). 5° année. = = N° 1. Fried- 
mann : Les manuscrits des Pesiktot. — Abr. Epstein : L'antiquité du 
Tanbuma. — Jacob Reifmann : Extraits de son ouvrage sur l'Arucb. 
= === N° 2. Weiss : Le Midrasch Tanbuma. — Friedmann, suite. — 
Epstein, suite. — Jacob Reifmann : Gloses sur Rascbi. — Abr. Danon : 
Mélanges midrascbiques. = = N° 3. Weiss, suite. — Friedmann, suite. 
-- Danon, suite. — Abr. Epstein : Notes diverses. == = N' J 4. Weiss, 



B1BLI0GUAPII1E 133 

fin. — Rcifmann, suite. — N. Brùll : Notes diverses. — Rcifmann : Notes 
sur le Targum Jerusalmi. — Danon, fin. — Epstein, suite. — Rcifmann : 
Notes sur le Targum, etc. = = N° 5. Heifmann : Note sur un passage du 
Tanhuma. — Oppenheim : Notice biographique sur R. José ba-Gelili. — 
Abr. Epstein : "O") ^m NlIVtl. — Les noms du Messie fils de David. 
=z = N° 6. Friedmann : Derascba pour la section de Zalihor. — Oppen- 
heim, suite. — N. Brùll : Sur l'article précédent d'Epstein. — Josef 
Cohen : Notes sur le Talmud et le Midrasch. — Rcifmann : Notes sur le 
Targum Jerusalmi. — Joël Mùller : Consultations rabbiniques (suite). 
= = N° 7. Friedmann : Derascha sur la section Parah. — Friedmann : 
Sur les altérations dans le texte des Midraschim. — A. Epstein .-.Les 
noms du Messie. — Benjamin Yeheskel : Table des fautes des mots 
arabes qui se trouvent dans le comment, de Saadia sur Tohorot imprimé 
dans le Kobeç maasé yedë gueonim, Berlin, 5616. — Joël Mùller : Consul- 
tations rabbiniques. 

^p^in Itnrkai, Morgenblitze (Wien, mensuel). l rc année, II. Buch. === 
n° 1. Meir Kohn Bistritz : TO et ûnn np"l3>. — M. B. Goldmann : Les 
quatre semaines entre les fêtes de Purim et de Pâque à Lida. — Baer- 
mann : Notice biographique, Salomon Maïmon. (La suite de ce journal 
n'a pas paru.) 

"3W7D33M Haniisderonah (Francfort-sur-le-Mein, mensuel ; paraît irrégu- 
lièrement). l re année, 1885-1886. — = N os 1 et 2. Chajim Hirschensohn : 
Ordre et divisions des traités mischniques et talmudiques et des plus 
célèbres ouvrages rabbiniques. — Ch. Hirschensohn : Û"n:>tt3!l npbnw, 
Division des sujets (rîû" 1 ©; N^ID, etc.) traités dans le Talmud. — Ber- 
liner : Contributions à l'introduction au Talmud. — Un manuscrit d'Ibn 
Balam : Les verbes hébreux dérivés de substantifs. — J. Hildesheimer 
et S. Horowitz : Notes sur des passages talmudiques. == N 08 3 et 4. 
Ch. Hirschensohn, Hildesheimer et Berliner, suite. — D. Hoffmann : Les 
passages défectueux de la Mischna. — J. Schur, L. Rosenthal, H.-D. 
Schônfeld, H.-J. Taporower : Notes sur des passages talmudiques. — 
H.-J. Jaffé : Concordance talmudique. = = N° 5. Ch. Hirschensohn, 
D. Hoffmann, H.-J. Taporower, H.-J. Jaffé, suite. = = N° 6. Ch. Hir- 
schensohn, Hoffmann, suite. — Ch. Hirschensohn : Manuscrits, hébreux 
de la Palestine. = == N° 7. Hirschensohn : Manuscrits hébreux de la 
Palestine, JEben haschoham, de njK^a *pN i"n. — Hildesheimer, Schônfeld, 
suite. — Séfer ha-kelalim d'Elie Halévi, élève d'Isaac Lampronti. = = 
N° 8. Ch. Hirschensohn : Ordre de la Mischna, suite. — Du Schofar 
sonné le Hoschana rabba. ===== N° 9. 2112 fcobD ïlttN par Hirschensohn 
(et n° 10). — Eben haschoham, suite. — Samuel Salom. Biarski : Notes 
talmudiques. — D. Hoffmann : Sur 'pTûOT tm3>. — Séfer ha-kelalim, 
suite. = = N° 10. Hirschensohn : Ordre de la Mischna. — Biarski, 
suite. — Séfer ha-kelalim, suite. = = N° 11, nous manque. ===== N° 12. 
Préface du Séfer Matté Aron, de l'auteur du Havvat Yaïr. — Jacob Mar- 
dochée Hirschensohn : Synonymes talmudiques. 

•BitWîl (Saint-Pétersbourg, mensuel). l re année. = = N° 2. Josué Levin- 
sohn : Jugements des Juifs sur les autres peuples (suite). — Scher- 
schewski : Sur le ^bbn 'D. — A. Harkavy : Notes sur des mss. hébreux 
de Saint-Pétersbourg. == = N° 3 David Kaui'mami : Biographie d'Abra- 
ham ibn Daud. — Lewisohn : Additions à sa Zoolouie du Talmud. — 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

S. Z. Sacher : Sur la méthode suivie par R. Aschi dans la rédaction du 
Talmud. = = N° 4. Isaac Sobel : Spinosa et son école. 

}VÏ£ Zion (Drohobycz, mensuel). l re année, n° 1. Senior Sachs : Notes 
exégétiques. — Salomon Buber : Gloses sur la grammaire d'Elie Bahur. 
Sal. Buber, suite. (La suite de ce journal n'a pas paru.) 

HÏTII5M Haschaçhar, Die Morgenrothe (Wien, périodicité non indiquée). 
12 e année. =. = N° 12. W. Schur : Voyages de Salomon Rinmann, de 
Cochin, suite. — Rubin : Séfer hamalakim, fin. 

Archives Israélites (Paris, hebdomadaire). 47 e année, 1886. = = N°2. 
Rabbinowicz : Le jargon juif, à propos du Sephath Jehudith de A. Har- 
kavy. = = N° 16. D. Haguenau : Les précurseurs de l'émancipation juive 
au xvni e siècle, conférence. ===== N° 21. E. Schwarzfeld : La natalité 
comparée chez les Roumains et chez les Juifs. = .= N° 29. Une colonie 
israélite agricole au Caucase. — Dr. Is. Grégory d'Arbella : Les Juifs de 
l'Yémen. 

Das jùdische Centralisait (Pisek, trimestriel), 5° année, 1886. = = N° 1. 
Grùnwald : Gesch. der Juden in Bôhmen, suite. — M. Eisler : Ibn Daud 
und sein Buch Die erhabene Religion. — Eine beachtenswerthe Va- 
riante in En Jakob. — Die Fremdwôrter im Aruch. — Zur Etymologie 
der Worte ^"DlO und Hanif. = = N° 2. Grùnwald : José ben Jochanan 
aus Jérusalem, der Begrùnder des Essâismus. — Friedlander : R. Aron 
Kornfeld. — Rubin : Miscellen (sur la racine ion). — Léop. Eisler : 
1. Rectification einer corrupten Targ.-Jerusch.-Stelle ; 2. Rectification 
einer corrupten Aruch-Stelle. — Samuel Lippmann : Zur Geschichte der 
jiïdischen Cultusgemeinde Teplitz in Bôhmen. — Grùnwald : Gesch. 
der Juden in Bôhmen, suite. 

The Jewish Chronicle (Londres, hebdomadaire). = — N° 875. Ad. Neu- 
bauer : The introduction of the square characters in Biblical mss. ; suite 
dans le n° 878. = = N° 879. Alcharizi (communication de J. Friedlander 
à la Jews' Collège Literary Society). = = N° 884. Gaster : The Apoca- 
lypse of Abraham. == = N° 892. Ad. Neubauer : Jewish literary glea- 
nings. Progress of midrashic literature. == N° 894. S. Singer : Jose- 
phus against Apion ; suite dans le numéro 895. = = N° 897. Ad. Neu- 
bauer : Jewish literary gleanings. Maimonide's autograph of the Mish- 
nah Torah. = = N° 898. Claude G. Montefiore : Jewish prosélytes in 
olden times ; suite dans les n os 899 à 902. = = N° 900. Ad. Neubauer : 
Compendium of halakhot. = = N° 907 et suivants. Isidore Harris : 
Targum Onkelos. = = N° 912. Is. Harris : Aids to the Study of Rab- 
binic and Chaldaic. === = N os 920 et 921. Ad. Neubauer : Sects amang 
the Jews. — N° 921. Joseph Jacobs : Aaron son of the Devil (document 
de Colchester et dessin) . = = N° 925. Ad. Neubauer : The expulsion 
from Spain (sur une chronique juive écrite par R. Salomon de b^^UV^ 
pour faire suite à celle d'Abraham b. David et découverte en Orient 
par M. Harkavy. — Abrahams : The rod of Moses and its legendary 
story. 

Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres (Paris, trimestriel); 4 e série. ===== Tome XIII (1885). 
Léon Heuzey : Un gisement de diorite, à propos des statues chaldéennes. 
— Edmond Le Blant : Le Christianisme aux yeux des païens. === = 



BIBLIOGRAPHIE 135 

Tome XIV (1886). Ledoulx : Note explicative d'un plan de la mosquée 
d'IIébron. — Schefer : Rapport sur la communication de M. Ledoulx 
relative au plan du haram d'IIébron. — Riant : Lettre sur cette môme 
communication. — Salomon Reinach : Note sur une synagogue grecque 
à Phocée. — Gaston Boissier : Note sur un passage des Annales de 
Tacite, XV, 44 (relatif à la première persécution contre les Chrétiens). — 
Ph. Berger : Note sur trois cents nouveaux ex-voto de Carthage. — M. de 
Vogué : Note sur une inscription bilingue de Tello. — Ph. Berger : Rap- 
port sur quelques inscriptions araméennes inédites ou imparfaitement 
traduites du British-Museum. — Heuzey : L'architecture chaldécnne 
d'après les découvertes de M. de Sarzec. 

The American Hebrew (New- York, hebdomadaire). Vol. 25. = = N° 1. 
Alex. Kohut : The Jewish Woman ; a study of the talmudic Epoch (fin). 
= = N° 2. Alex. Kohut : The Talmud ; suite dans les n os 3 à 1. = = 
N° G. Alex. Kohut : A Midrash on the Conversion of the Chazars. — — 
N° 8. Alex. Kohut : Superstition ; suite dans les n 0s 9 à 12. == = Vol. 
26, n° 2. Alex. Kohut : Talmudic Aphorisms, suite dans les n os 3, 4, 6 
et 7. = — N° 4. Morris Jastrow : The Bible in the Light of Modéra 'Cri - 
ticism; suite dans n° 5. = = N° 6. Jews in the Sahara désert. = = 
N° 7. The Jews of Herat. — The Florentine Ghetto. == = N os 10, 11, 12. 
Henry Phelps : Shylock vs. Antonio. = = N° 13. Alex. Kohut : Wit, 
humor and anecdote in Talmud und Midrash ; suite dans les n os 1 à 5 du 
vol. 27. 

Der Israelit (Mayence, bi-hebdomadaire). 27 e année, 1886. = = N° 60. 
Uriel Acosta îm Urtheil eines Zeitgenossen. 

Jeschui'un (Hanovre, hebdomadaire). 19 e année ; nouvelle série, 4 e année, 
1886. =• = N° 6. Aus der Amsterdamer Gemeinde 1795-1812 (suite de la 
5 e année ; se continue dans n os 8, 10, 11, 13, 16, 17, 19, 21, 23, 25, 29). 
= = N° 7. Das Preuss. Judenedikt vom 11. Marz 1812 (suite dans n os 8, 
9, 11 à 14). — Zur Frage des hàufîgeren Vorkommens von Taubstummen 
bei den Juden. = = N° 8. Die Juden in Jemen. = = N° 9. Juden in 
der Wùste Sahara. = = N° 11. Die Zahl der Juden. == = N os 24 et 25. 
Ueber die Juden in Russisch Central-Asien. 

Journal asiatique (Paris). 8 e série, tome VI, 1885. = = N° 3, novem- 
bre-décembre 1885. J. Halévy : Note sur l'origine de l'écriture perse. 

Israelietische Letterbode (Amsterdam, trimestriel). 11° année, 1885-86. 

= = 2 e trimestre. Ad. Neubauer : Zur Frauenliteratur (p. 62). — Ad. 
Neubauer : Gedalja ibn Jachja's Commentai* zu rTDN ""plD ; voir XI, p. 1 
(p. 68;. — Ad. Neubauer : Joseph ben Elieser ha-Sefardi (p. 72). — 
Ad. Neubauer : Zwei Empfehlungsbriefe der Londoner Gemeinden fur 
Kennicot und Bruns (p. 82). — Ad. Neubauer : m^ttîlïl, Sizilischer 
Ritus (p. 86). — Zur Frauenliteratur (p. 88J. — A. N. : Sonet auf Men- 
delssohn von Isaac Reggio. — M. Roest : Het verhaai van een Reis door 
een groot Gedeelte van Europa, etc. (suite de la p. 38 ; va jusqu'à 
p. 144). 

Jiïdisches Litteratur-Blatt (Magdebourg, hebdomadaire). 15 e année, 
1886. = = N° 1. Aloses Mendelssohn und das Judenthum (suite dans 
n os 2 à 14). — J. Goldschmidt : Weilburg : Warum Lessing zum « Na- 
than » einen Juden nahm. = = N° 2. Kroner : Biblisches und Talmu- 



138 REVUE DES ETUDES JUIVES 

disckes in weltlicken deutschen Dicktungen. = === N° 3. Max Weinberg: 
Warum mau Moses Mendelssokn den deutschen Socrates nannte (suite 
dans n os 4 et 5). — Ein patriotisches Gedicht von Moses Mendelssolin. 
— M. Lôwy : Sprachliclies zur jùd. Etkik (suite dans n os 4 à 6). ===== 
N° 8. G. Deutsch : Zur Textkritik in Rascki's Pentateuch-Commentai'. 
z=z = N° 10. J. Herzfelder : War Gôike ein Antisemit ? — L. Coken : 
Datum Bericktigungen zu Dr. Zunz « Zur Gesck. u. Lilter. » (suite dans 
n 08 11, 20). = = N° 11. Arthur S. Weissmann : Der 68. Psalm, kisto- 
risek-kritisck crlâutert (suite dans n os 12 et 15). = = N° 13. Moritz Stein- 
sckneider : Eine litterar-kistoriscke Skizze (suite dans n° 14). === — : 
N os 17-18. Ignatz Kaufmann : Proben aus âlteren kebrâiscken Werken 
(suite dans n° 19). — L. Coken : Zur Kalenderkunde. = = N° 19. 
Krouer : Etwas aus der kebr. Synonymik. = = N° 20. Artkur S. Weiss- 
mann : Der 72. Psalm (suite dans n oS 21, 22). — N. S. Rens : Nock 
einmal Ben Pâtura. = = N°21. Die gesckicktlicke und mytkologiscke 
Simson. ===== N° 22. L. Coken : Aus alten Kalendern (suite au n° 23). 
== = N° 23. J. Kokn : Die Sprachen-Concession in der Miscknazeit (suite 
dans n os 24, 27, 28). = = N° 24. Senior Sacks. — = N° 25. Blumen- 
stein : Franz Liszt und die Juden. — J. Kokn : m ta )72N72 ÏITO^S Ein 
exegetiscker Essay (suite dans n° 26). = = N° 26. Metz : Aus der Zeit 
der Sckutz- und Geleit-Briefe (suite dans n° 27). — Ein Privilegium des 
Kônigs Jan Sobieski III. fur die Juden in Jariczow. = = N° 28. Benzion 
Bekrend : Prùfung und Beurtkeilung der "Weissmann'scken Erklarung 
des Psalm 68 (suite dans n os 29 et 30). — L. Coken : Datcn-Benc-hti- 
gungen. = = N° 29. Pkarao's Haus in Takpankes. — M. Baum : Bibli- 
sckes und Talmudisckes in weltlicken deutscken Dicktungen. = = 
N° 30. Kroner : Tricesima Sabbata des Horaz und Sckabbat kaggadol.. 
== = N° 31. Goldsckmidt-Weilburg : Ein Pendant zur Natkan- Fabel 
von den 3 Ringen. — M. Krakauer : Die Bedeutung der Miscknak Abotk 
V, 1 ff. — Die Kirckenvâter in ikrem Verkâltniss zur talmudiscken Lit- 
teratur und insbesondere zur Hagada (suite dans n° 33). == = N° 32. 
Kroner : Das Ilifil ke-emir. = = N° 34. Skakespeare und sein Ende. 

— Ed. Reuss : Zum Psalm 68. 

Magazin fui* die Wissenschaft des «Judenthums (Berlin, trimestriel). 
12° année, 1885. = =■ N° 4. S. Goldsckmidt : Gesckickte der Juden in 
England im XL und XII. Jahrhundert. — M. Steinsckneider : Eine medi- 
ciniscke kebrâiscke Handsckrift. — Abrakam Josua Josse : Beitrage zur 
Gesçkickle der Amoraim. ===== 13 e année, 1886, n° 1. M. Lerner : Die 
altesten Misckna- Compositionen. — S. Goldsckmidt, suite. — D. Hoff- 
mann : Lexicograpkische Notizen. = = N° 2. Hermann Deutsck : Die 
Sprùcke Salomo's (suite). — S. Goldsckmidt, suite. = = N° 3. Aus der 
vatikaniscken Handsckrift von Abrakam ben Asriels Macksorcommentar. 

— Bernkard Ziemlick : Das Macksor Nùrnberg (fin). — D. Hoffmann : 
Die Baraita ùber die vier Sôkne. = = N° 4. Bertkold Einstein : 
R. Josef Kara und sein Commentar zu Kokelet. 

K-'opuliir wissenschaftliehe Monaisb latte r (Francfort-sur-le-Mein, men- 
suel). 6 e année, 1886. = = N° lnous manque. = = N° 3. J. Wiesner : 
Rom und die Rômer vom Standpunkte des Talmud und der Midrasckim 
(suite dans n os 4 et 6). = = .N° 4. Steckelmacker : Ueber die Macemtat 
in der jùdiscken Gesckickte (suite dans n os 7, 8). — Ein zeitgemâsses 
Buck. = = N° 5. S. Gelbkaus : Ein jùdiscker Minnesanger (suile dans 



BIBLIOGRAPHIE 137 

n° 6)-. — M. Schwab : Ein unbekaimter Brief Mendelssohn's. = == 
N° G. Ephraim ben Tamar, cin bis jetzt unbekannter Rabbiucr in Frank- 
iurt a. M. aus dem elften Jahrhundert. = = N° 7. Simon Scherbel : Die 
jùdische Aerzte in der Geschicbtc des Judcntums. — J. Elk : Die Ent- 
wicklung der Civilisation unter der russiscbcn Juden. = = N° 8. 
N. Heine : Salomon Friedlânder, ein frùhverstorbener Kiimpfer fur Re- 
form im Judenluine. = ■ = N° 9. Joël Mùller : Die jùdische Moral im 
erslen nachtahnudischen Zeitalter. — A. Lôwit : Die Universitât Basel 
(1584) ùber den Talmud. = = N° 10. Das Kolnidre-Gebet in seiner Ge- 
schichte, Entwicklung u. Bedeutung. — J. Mùller : Die jùd. Moral. — 
A. Lôwit : Kirchenvàter u. christl. gelehrte ùber Talmudisten u. d. 
Talmud. = = N° II. J. M. Jost u. seine Freunde. — Ad. Waldauer : 
Lilith. — Ein Brief Mayerbeers vom 18. Mârz 1841. — Ad. Kurrein : Die 
sociale Frage im Judenthume. = = N° 12. Rien à noter. 

Monatsschrift fin* GesNiichte und Wissenscliaf't des Judentliums 

(Krotoschin, mensuel). 35° année, 1886. = = N° 1. Graetz : Die Ausle- 
gung und der historische Hintergrund der Weissagung in Jesaia Kap. 
24-27. — H. Gross : Eliezer b. Joël halevi (suite; fin dans iT 2). — 
David Kaufmann : Juda b. Alan ans Tiberias. = = N° 2. P. F. Frankl : 
Gedenkrede auf Moses Mendelssohn. — Graetz : Eine eigenthùmliche 
alte griechische Pentateuch-Uebersetzung, mit lângern Zusàtzen. = = 
N° 3. Graetz : Eine Strafmassregel gegen die Leviten. — Ein Wort ùber 
das jùdische Gebet (suite dans n° 4). ===== N° 4. Joël : Leistung des 
Advocaten Dr. Kopp im Prozesse Rohling- Bloch. — Philipp Bloch : 
Studien zur Aggada (suite). = = N° 5. Die allerneueste Bibelkritik, 
Wellhausen-Renan (suite dans n° 6). — Xenophanes, der angebliche 
Vertreter des Monotheismus unter den griechischen Philosophen. — 
J. Theodor : Die Midraschim zum Pentateuch und der dreijâhrige palâsti- 
nensische Cyclus (suite ; se continue dans n os 6 et 7). — H. Graetz : Zur 
Bibel-Exegese (suite dans n oS 6 et 8).— J. Perles: Notiz MÛWnO*. 
= = N° 6. Hochmuth : Einige Bemerkungen zu Herrn Epsteins Abhan- 
dlung : Ein von Titus nach Rom gebrachter Pentateuch- Codex und 
seine Varianten. = = N° 7. Graetz : Der Abschluss des Kanons des 
Alten Testaments und die Differenz von kanonischen und extrakanom- 
schen Bùchern nach Josephus und Talmud. — Schreiner : Zur Gharakte- 
ristik R. Samuel b. Chofni 's und R. liai 's. = = N° 8. Graetz : Die 
Stellung der kleinasiatischen Juden unter der Rômerherrschaft. — Zeit- 
schrift fur die Geschichte der Juden in Deutschland. = = N° 9. Graetz : 
Gramm. u. masoret. Studien zur Heilig. Schrift. — Philipp Bloch : Stu- 
dien zur Aggada (suite). — J. Theodor : Die Midraschim zum Pentateuch 
und der dreijâhrige palastinische Cyclus (suite). — Graetz : Die Herr- 
schaft des Christenthums durch Constantins Bekehrung. = = N. 10. Der 
historiche Hintergrund und die Abfassungszeit des Bûches Eslher und 
der Ursprung des Purim-Festes. — Theodor, suite. = = N° 11. Der 
historische Hintergrund, etc. — Graetz : Zur Bibel-Exegese, suite. — 
D. Kaufmann : Notiz (sur les chartes hébraïques de Spire, dans Alfred 
Hilgard, Die Urkunden der Stadt Speierj. = = N° 12. Der historiche 
Hintergrund, etc. — Graelz : Zur Bibel-Exegese (suite). — Theodor, 
suite. 

Israelitisehc Moiintsschrift (supplément de la Jùdische Presse, Berlin, 
mensuel), 1886. = — N° 1. Scholien zum Pentateuch (suite dans n° 2j. 



138 REVUE DES ETUDES JUIVES 

— Tietz : Literarische Anzeige. = = N° 2. J. Hildesheimer : Versuch zur 
Erklârung der Mischnajoth Edujoth I, 3-6. — Simon Hock : Notizen. 
= = N°3. E. Baneth : Was bedeutet 8nttfi5 im Kaddischgebete ? — 
Jacobson : Eine schwierige niDOin-Stelle. — E. Baneth : Bemerkun- 
gen (comment, de Maïmonide sur Middot XI, 5). — E. Baneth : Notiz. — 
H. Tietz : Bemerkung (les deux textes du décalogue, Ex. XX et Deut. V). 
__ _.. i^o 4 # jy lG F r agen im « Ma-niscbtannah ». — Missverstandene Wort- 
spiele (Sabb. 19 a ; Hullin 45 #, 46 #). — Sal. Scbùck : Was bedeutet 
NnEfÛ im Kaddisckgebete. — Bemerkung (Piout de Sabbat baggadol). 
= == N° 5, M. Olitzki : Flavius Josephus' # Berichte ùber vorgekommene 
rituelle und judicielle Fàlle (suite dans n° 7). — Jacobson : Ueber das 
Kaddischgebet. = = N° 6. Karl Lenz : Zigeuner und Juden, eine cultur- 
historische Skizze. — J. Nobel: Perlen aus Bibel, Talmud und Midrasch. 

— Abschluss der Romm'scken Talmud-Ausgabe. = == N° 7. Bemer- 
kung (comment, de Maïmonide, Middot II, 5). — E. Baneth : Nachbe- 
merkung. 

Die Neuzeit (Wien, hebdomadaire). 26 e année, 1886. = = N° 5. Betheili- 
gung der Heiden am Gultus zu Jérusalem. = = N° 6. Opfer von Nicht- 
juden. = = N° 7. Friedlânder : Zur Frage der Seelenfeier. ===== N° 13. 
Ad. Hertzka : Ueber den Umgang der Juden mit den Christen. — Sig- 
mund Mayer : Der Reichtum der Juden (suite dans n° 14). = == N° 14. 
A. L. Lovy : Moritz Steinschneider. — S. Schechter : Maimonides Milde 
und Geistfreiheit in seinen Gutachten (suite dans n os 15 et 18). ==== 
N° 15. Gustav Karpeles : Leopold Zunz. 

Palestine Exploration Fund, Quartely Statement (Londres, trimes- 
triel). 1886. = == Janvier. Laurence Oliphant : Excavations on Carmel. 

— Clermont-Ganneau : Segor, Gomorrah, and Sodom. — Selah Merrill : 
Récent discoveries at Jérusalem. — Herr Hanauer : Khurbet 'Orma. — 
W.-F. Birch : Notes. 1. Acra ; 2. The Gastle of Zion. — A Gatechism of 
the Druse Religion. — Greville Chester : Phœnician Gems. — E. Flecker : 
Note on the valley Zephathah at Mareshah. — Willian Allan : Note on 
the Dead Sea Water. — Hull : W. Dawson's" Egypt and Syria and 
tbeir physical features in relation to Bible History. — Bundary between 
Judah and Benjamin. — Yoma, or the Day of Atonement. == = Avril 
1886. A. -H. Sayce et Selah Merrill : On some newley found Inscriptions. 

— Laurence Oliphant : New Discoveries. — Captain Conder : Notes on 
« Across Jordan ». — C. Schick : The Aqueducts at Siloam. — The He- 
rodian Temple, according to the treatise Middoth and Josephus. — Zoar 
and the Doomed « Cities of the Plain ». — Yoma, suite. — Tamid, or 
the Continuai Service. = = Juillet 1886. Hayter Lewis : Notes from 
Jérusalem. — William Simpson et A. -G. Weld : Stone Doors. — Hull : 
On the Jordan and the gulf of Akabah. — E. Flecker : On the Valley of 
Zephathah. — W. F. Birch : Zion, the City of David. — Conrad Shick : 
Newly discovered Rock- eut Tombs. = =: Octobre 1886. Notes by Capt. 
Conder : 1. Br'onze vase from Nablus ; 2. Twenty one years work ; 3. Ko- 
kaba. — List of identifications by Capt. Conder. — Schumacher : Across 
the Jordan. — Schumacher : Researches in Southern Palestine. — Ara- 
bie Names. — Second Aqueduct to the Pool of Siloam. — H. G. Tom- 
kins : Gath and its Worthies. — Tammuz, Lakhmu, Ashêra, Sutekh. — 

; The second Wall of Jérusalem. — Tamid or the continuai service (suite). 

— Middoth or the Measurements of the Temple. 



BIBLIOGRAPHIE 139 

Die Jiidlsclte Presse (Berlin, hebdomadaire). 17° anne'e, 1886. = = N° 3. 
A. Berliner : Die âlteste und zugleich jûngste jùdische Gemeinde (suite 
dans n° 4). = = N° 27. J. Nobel : Arbeit und Lobn, nacb biblisch- 
talmudischen Gesetze (suite dans n os 28 à 31). = = N° 31. Die Emigra- 
tion der russischen Juden und ihre Ursachen. 

Rcvi.sta israelitica (Bucarest, bi-mensuel). l r0 année, 1886. = = N° 1. 
Statistica, o arma în contra Evreilor. — Dnamidisi : Cauza emanciparei 
Israelitilor. = = N° 2. Adolf Stern : Naturalizarea mica. — Dnamidisi, 
suite. = = N° 3. Cauza emanciparei Israelitilor : Memoriul rep. B. 
Boerescu. Legile restrictive din 1880-1885. =ss =s N° 4. A. Stern, suite. 
— = N° 6. Iar statistica. — Cauza emanciparei Israelitilor. — « Evreiï 
in Romania », de Joan M. Bujoreanu. = = N° 8. Notite privitoare la ci- 
mitirul din Roman. = = N° 9. Cauza emanciparei Israelitor : Indigenatul 
respins. = = N° 10. Date .statistice. ==? == N° 11. Date statistice. — 
Cauza emanciparei- Israelitilor. — Un document istoric= = N° 13. 
Communicarile « Societatei Istorice Juliu Barascb » ; fragmente din Res- 
ponse : I. Un act de la 1552; II. Un act de la 1596; III. Un act delà 
1605 ; IV. Un act de la 1790. 

Revue de l'histoire des religions (Paris, bimestriel). 6 e année. = = 
Tome XII, n° 3, novembre-décembre 1885. C.-P. Tiele : Le Mythe de 
Kronos. A propos d'une nouvelle méthode en mythologie comparée. — 
Ph.-Ed. Foucaux : Un mémoire espagnol sur le Nirvana bouddhique. — 
Revue des livres. Etienne 'Coquerel : Précis de l'histoire de l'Eglise 
d'Occident pendant le moyen âge, de Ch. Schmidt ; Jean Réville : Ein- 
leitung in das Neue Testament, de H.-J. Holtzmann. ===== 7 e année, 
1886-. Tome XIII, n° 1, janvier-février. Ch. Ploix : Mythologie et Folklo- 
risme. Les mythes de Kronos et de Psyché. — L. Feer : De l'importance 
des actes de la pensée dans le bouddhisme. = = N° 2, mars-avril 1886. 
C. Imbault-Huart : Kouan-Ti, le dieu de la guerre chez les Chinois. — 
Jean Réville : De la complexité des mythes et des légendes, à propos 
des récentes controverses sur la méthode en mythologie comparée. — 
A. Lang : Folk-Loreet Mythologie. — Revue des livres. G. Bonet-Maury : 
Il Christianismo primitive, de B. Labanca ; Essais de mythologie et de 
philologie comparée, de Van den Gheyn. = = N° 3, mai-juin 1886. 
Albert Réville : L'empereur Julien. — Hartwig Derenbourg : La science 
des religions et l'islamisme, deux conférences faites à l'ouverture du 
cours sur « l'Islamisme et les Religions de l'Arabie », à l'Ecole des 
Hautes-Études. — A. Kuenen : L'œuvre d'Esdras. — Revue des livres. 
Sylvain Lévi : Etudes sur les mœurs religieuses et sociales de l'Extrême- 
Orient, d'Alfred Lyall ; Georges Lafaye : La religion à Rome sous 
les Sévères, de Jean Réville ; Die Composition des Hexateuchs, de 
J. Wellhausen. = = 7° année, tome XIV, n° 1, juillet-août 1886. Albert 
Réville : L'empereur Julien, suite. — E. Lefébure : L'étude de la religion 
égyptienne. — Ignaz Goldziher : Le sacrifice de la chevelure chez les 
Arabes. — J. Dottin : La croyance à l'immortalité de l'âme chez les an- 
ciens Irlandais. — E. de Pressensë : La religion chaldéo-assyrienne. — 
Goblet d'Aviella : Les institutions ecclésiastiques d'Herbert Spencer et 
l'évolution du sentiment religieux. ===== N° 2, septembre-octobre 1886. 
A. Réville, suite. — J. Halévy : Le code sacerdotal pendant l'exil. — L. 
Milloué : Le septième congrès international des Orientalistes. = = N° 3, 
novembre-décembre 1886. Ed. Montet 



140 REVUE DES ETUDES JUIVES 

IH;«gyar-Zsido Szcmbe (Budapest, 10 numéros par au). — = 3 e année 
1886. J. Goldziher : Abulwalid. — M. Kayserling : Pour le centième an- 
niversaire de la mort de Moïse Mendelssohn. — H. Bloch : Origine de 
deux accusations contre les Juifs dans l'antiquité. — S. Kohn : Les 
Sabbatariens, leur histoire, leur dogmatique et leur littérature. — 
B. Vajda : Israël Nagara. — D. Kaufmann : Sur Deutéron. 23,19. — Le 
même : La tête d'âne, histoire d'une ancienne calomnie. — M. Bech : 
Sur Hosée, 8,7. — H. Bloch : Une trouvaille intéressante. — S. Szanto : 
Notes sur l'histoire des Juifs en Hongrie, 1790-1840. — W. Bâcher : 
Revue littéraire de l'exégèse biblique et de la science juive en 1885. — 
La situation des Juifs en Roumanie depuis le congrès de Berlin de 1878. 

L'Univers israélite (Paris, bimensuel). 41 e année, 1885-1886. == N° 7. 
S. Ghiron : Un problème massorétique. — = N° 10. M. Schwab : Un 
problème massorétique. — La Marseillaise et les fables de Lafontaine 
[et la Bible]. = = N° 12. Haim Bidjarano : Encore le problème massoré- 
tique. = = N° 20. Moïse Schwab : Un recueil italien inédit. 

II Vessillo israelitico (Casal-Monferrat, mensuel). 33 e année, 1885. = = 
N° 12. G. L. Modona : Una poesia inedita di Manoello. = = 34 e année, 
1886, n° 2. P. Perreau : Intorno alla città di Pithom risorta. — F. Servi : 
Medici ebrei in Roma nel sec. XVI. — 11 nome dei mesi ebraici (Extrait 
dall' Archivio di lett. bibl.). = = N° 3. Qualche secolo addietro : Bando 
del 1714. = = N°6. F. Servi : Medici ebrei in Roma nel secolo XVI. — 
A. Pellegrini : Iscrizione cartaginese del museo di Treviso. == = N° 7. 
Leone Luzzatto : Stampa ebraica a Venezia. 

Tiie Je avis h World (Londres, hebdomadaire), 1886. = = N° 683. Al- 
fred S. Schiller-Szinessy : Voltaire and the Jews. 

Zcitschrift der deutsclien morgeiilaiidischeii Gesellschaft. (Leipzig, 
trimestriel). 39 e vol., 1885. = == 4° fascicule. M. Grùnbaum : Ueber 
Schem hammephorasch als Nachbildung eines aramâischen Ausdrucks 
und ûber sprachliche Nachbilduugen ùberhaupt. ===== 40 e vol., 1886. 
N° 2. M. Grùnbaum : Anmerkungen zu « Ueber Schem hammephorasch ». 
= = N° 3. D. Kaufmann : Das Wôrterbuch Menachem ibn Saruk's nach 
Codex Bern 200 (très importantes additions et corrections au texte im- 
primé). — M. Ileidenheim : Die neue Ausgabe der Vers. Samarit. zur 
Genesis. 

Zeitschrift des deutsclien Palaestina-Vereins (Leipzig, trimestriel). 
8 e vol., 1885. == 2 e fascicule. G. Galt : Industrielles aus Gaza. — 
M. Grùnbaum : Einige Parallelen zu dem Aufsalze << Beitrâge zur 
Kennlniss der aberglaubischen Gebrauche in Syrien » (Z. D. P. V. 
VII,' 79). — F. Spiess : Die Lage von Taricheae. — J. Gildemeister : 
Die Stadt Salamias bei Antoninus Placentinus. — L. Anderlind : Der 
Einfluss der Gebirgswaldungen im nordlichen Palàstina auf die Verme- 
hrung der wâsserigen Niederschlage daselbst. — J. Gildemeister : Bei- 
trage zur Palaslinakunde aus arabischen Quellen, V. = = 4° fascicule. 
H. Guthe : Die zweite Mauer Jerusalems und die Bauten Constantins am 
heiligen Grabe, mit Beitragen G. Schick's. ' — A. Socin : Bericht ùber 
neue Erscheinungen auf dem Gebiete der Palastinaliteratur 1884. = = 
9 e vol., 1886, 1 er fascicule. Léo Anderlind : Ackerbau und Thierzucht in 
Syrien, insbesonderc in Palàstina. — G. Schick : Die neu aufgefunde- 
nen Felsengrâber neben der Jeremias- Grotte bei Jérusalem. = = 2° fas- 



BIBLIOGRAPHIE 141 

cicule. A. Frei : Beobachtungen vom Sec Genezarclh. — Frilz Noetling : 
Meine Reise im Ostjordanlande und in Syrien im Sommer 1885. = N° 3-4. 
G. Schumacher : Der Dscholan, zum 1. Maie aufgenommen und be- 
schrieben. 

Zeitschrift fur die alttestamentlichc YVissensehaft (Giessen, semes- 
triel). = = Année 1886, l or semestre. Meyer : Der Stamm Jacob und 
die Entstehung der israelitiséhen Stâmme. — Kautzsch : Die ursprùng- 
liche Bedeutung des Namens mN3iT ÏTIÏT». — Pick : Die Tosefta- Ci- 
tale und der hebraische Text. — Budde : Gen. III, 17; V, 29; VIII, 21. 
Kamphausen : Philister und Hebraer zur Zeit Davids. — Aus Briefen 
J. Derenbourg's vom 5. u. 10. August 1885 n*V20). — Pick : Text- 
Varianten aus Mechilta und Sifré. — Stade : Miscellen : Mich. II, 4; Die 
vermeintliche Konigin deg Himmels ; Der Hùgel der Vorhâute, Jos. V; 
« Auf Jemandes Knieen gebâren »,Gen. XXX, 3 ; L, 23 ; Hiob III, 
12, und CP^N Exod. I, 16; Anmerkungen zu Kôn. XV-XXI. ===== 2° se- 
mestre. Baetgen : Beschreibung der syrichen Hdschr. « Sachau 131 ». — 
Altschùller : Einige textkritische Bemerkungen zum A. T. — Schreiner : 
Zur Gesch. der Ausprache des Hebrâischen. — Kautzsch : Miscellen. — 
Stade : Das vermeintliche aramàisch-assyrische Aequivalent der rûbfa 
tnttOn, Jer., VII, 44. 

Zcitselirift fur «lie Geschichte der Juden in Deutschland (Braun- 
schweig, trimestriel). 1 er vol., 1886. ===== N° 1. Jakob Auerbach : Men- 
delssohn und das Judenthum. — Franz Muncker : Memlelssohn und die 
deutsche Literatur. — R. Hoeniger : Zur Geschichte der Juden im frùhern 
Mittelalter. — J. Aronius : Ein getaufter Jude als Bischof von Metz. — 
Ilarry Bresslau : Juden und Mongolen 1241. — Moritz Steinschneider : 
Hebraische Drucke in Deutschland. = = N° 2. Briefe von, an und ûber 
Mendelssohn, mitgetheilt von L. Geiger und R. M. Werner. — R. Hoe- 
niger : Zur Geschichte der Juden Deutschlands im Mittelalter (Cologne). 

— H. Bresslau : Diplomatische Erlâuterungen zu den Judenprivilegien 
Heinrischs IV. — J. Krakauer : Die Konfiskation der hebr. Schriften in 
Frankfnrt a. M. in den Jahren 1509-1510. — G. Wolf : Zur Geschichte 
der Juden in Oesterreich. — L. Neustadt : Die Bedeutung der jùd. Ge- 
meinde in Frankfurt a. M. seit dem XVI. Jahrhundert. — L. Lôwenstein : 
Memorbùcher. — Moritz Stern : Kleine Beitràge zur deutschen Gesch. 
aus jùd. Quellen. = N° 3. 0. Stobbe : Die Judenprivilegien Heinrichs IV. 
fur Speier u. fur Worms. — Moritz Stern : Beitràge zur Gesch. der Juden 
am Bodensee und in seiner Umgebung. — G. Wolf : Zur Gesch. d. Juden 
in Oesterreich. — Ein Brief Moses Mendelssohns und sechs Briefe David 
Friedlanders, mitgeth. von L. Geiger. — L. Lôwenstein : Memorbùcher. 

— Moritz Stern : Ein Copialbuch der jùd. Gemeinde zu Worms. — 
M. Steinschneider : Hebr. Drucke in Deutschland. — M. Grùnwald : Zur 
Gesch. d. Juden in Jungbunzlan. 

Allgemeinc Zeitung des Judenthums (Leipzig, hebdomadaire). 50 e an- 
née, 1886. = = N° 3. Cari Diener : Bergfahrten im Libanon und Anti- 
libanon. = = N° 8. Die kosmoreligiôsen Beziehungen bei Jesaias II 
(suite dans n os 9 et 20J. = = N° 24. Ein Schriftstùck aus dem Jahre 
1611. = =N° 27. Die portugiesichen und deutschen Juden in Amster- 
dam (eu 1795 et 1814). = = N° 32. E. Neumann : Zur Statistik der Juden 
in Ungarn. 



142 REVUE DES ETUDES JUIVES 



Publications pouvant servir à V histoire du Judaïsme moderne. 



Ebrei in Romania si in alte State. Bucharest, impr. moderne, 1886, in-8° 
de 97 p. Édité par M. I. G. Valentineanu, directeur du journal la Ré- 
forme ( Compte rendu de l'interpellation de l'antisémite Gherghel au 
sénat ; la date n'est pas indiquée). 

Frankenstein (Kuno). Bevôlkerung und Hausindustrie im Kreise Schmal- 
kaden seit Anfang dièses Jahrhunderts. Tubingue, libr. Laupp, 1887,.in-8° 
de xi-254-(l) p. ; 2° vol. des Beitrâge zur Gesch. der Bevôlkerg. in 
Deutsclil., de J. Neumann. 

P. 121 à 133, quelques notices sur les Juifs. 

Freund (Leonhard). Studien und Streifzûge auf socialwissenschaftliclien, 
juristischen und culturhistorischen Gebieten ; 2° fascicule. Leipzig, libr. 
K. Fr. Pfau, 1886, in-8» de 144 p. 

Contient, entre autres : p. 3G, morale du travail dans l' Ancien-Testament ; 
p. 45-52, Stocker, Schmoller, etc. ; p. 53 et suivantes, sur Ed. Lasker; 
Lasker et Schmoller; Lasker et Lassalle. 

Jacobs (Joseph). The comparative distribution of Jewish ability. Londres, 
libr. Harrison, 1886, in-8°, p. 351 à 379 du Journal of the Anthrop. Insti- 
tute, février 1886. 

L'auteur a lait, le relevé des hommes célèbres ou distingués que le Ju- 
daïsme a produits, de 1785 à 1885, dans les arts, les lettres, les sciences, la 
politique, le commerce et l'industrie, etc. A la p. 363, l'auteur a fait un ta- 
bleau comparatif des aptitudes juives et chrétiennes. Ce tableau prouverait, 
si on pouvait le prendre pour autre chose qu'une simple ébauche, que Jes 
Juifs sont supérieurs comme antiquaires, médecins, négociants, métaphy- 
siciens, musiciens, sculpteurs, philologues, économistes, mathématiciens 
(et physiciens et chimistes?), etc.,. . . acteurs. Ils sont ou seraient infé- 
rieurs dans l'agriculture, les beaux-arts, la littérature, la science reli- 
gieuse, le génie civil, la législation, la guerre, la marine, la politique. 
Mais qui ne voit que ce sont là des carrières qui leur étaient encore fer- 
mées longtemps après 1775, dont l'accès est encore bien difficile pour eux 
aujourd'hui et qu'il leur faudra encore un long apprentissage pour s'assi- 
miler tout ce que les populations chrétiennes d'Europe savent par tradi- 
tion et comme par héritage. 

Jahrbuch (Statistisches) des deutsch-israelitischen Gemeindebundes, 1887. 
Berlin, impr. J.-S. Preuss, in-8° de (2)-62 p. 

Très utile statistique des communautés juives, avec détails sur les admi- 
nistrations et les fonctionnaires. 

[Kalisch]. In Memoriam. Rev. D r Isidor Kalisch of Newark, New Jersey. 
1886; in-8° de 65 p. et, en tête, portrait gravé sur cuivre. (Description 
des obsèques, oraison funèbre, etc.) 

Krùger (Gustave-A.). Une église judéo-chrétienne en Bessarabie. Docu- 
ments relatifs à sa formation, publiés par M. le prof. Delitzsch, traduits 
et accompagnés d'une notice historique et de l'examen du caractère 
scripturaire de ce mouvement. Lausanne, libr. G. Bridel, 1885, in-18 de 
xix-152 p. 



BIBLIOGRAPHIE 143 

C'est l'histoire de ce Rabbinowicz qui a été racontée, eu son temps, par 
tous les journaux politiques. 

Nossig (Alfred). Materialen zur Stalistik des jûdischen Stammes. Wien, 
libr. Cari Konegen, 1887, in-8° de (2)-112 p. 

Ces matériaux consistent en renseignements sur le nombre des Juifs, 
leur état social et économique dans lés différentes parties du monde. L'au- 
teur n'a pas eu à sa disposition les ouvrages qu'il faut pour un travail de 
ce genre, et ses renseignements sont à la fois incomplets, arriérés et quel- 
quefois même inexacts. L'auteur va jusqu'à recueillir et reproduire sérieu- 
sement les enfantillages et les inventions de la presse la plus mal informée 
et la plus dépourvue de sens critique. 

Oettingen (Alexander von). Was heisst christlich-social ? Leipzig, libr. 
Duncker et Humblot; 1886, in-8° de 82 p. 

Reynaud (Léonce). La France n'est pas juive ; 4° % édit. ; Paris, libr. Morot 
et Chuit, 1886, in-12 de xvm-352 p. 

Réponse à la Fiance juive, de Drumont. L'auteur a écrit ce livre d'un 
trait, à la campagne, sans avoir à sa disposition aucun instrument de re- 
cherches. Mais sa longue expérience des affaires, sa connaissance du 
monde officiel, ecclésiastique et laïque, donfc il a pu voir le personnel sous 
les divers régimes qui ont gouverné la France, lui ont permis d'écrire, sur 
la question juive, un livre intéressant et instructif. C'est la réponse d'un 
honnête homme, révolté par ces excitations à la persécution religieuse la 
moins déguisée, et qui est prémuni, par le simple bon sens, contre les dé- 
clamations folles et affolées de la France juive. M. Reynaud ne déclame 
pas, le ton de sa polémique est justement ce qu'il fallait, celui d'un galant 
homme qui sait se contenir et se modérer, A quoi bon prendre au sérieux 
ces grosses charges et est-il bien sûr que l'auteur y croie lui-même? 
Elles sont si énormes que bien souvent elles ont l'air d'une simple fumis- 
terie . 

Rohlfs (Gerhard). Quid novi ex Africa ? Cassel, libr. Th. Fischer, 1886, 
in-8° de vn-288 p. 

P. 9G à 100, le nombre des Juifs en Afrique. 

Strack (Hermann-L.). Herr Adolf Stocker, christliche Liebe und Wahrhaf- 
tigkeit. 2 e édition ; Carlsruh et Leipzig, libr. H. Reuther, 1886,* in-8° de 
iv-100 p. 

Weill (Alexandre). La France catholique, réponse à « La France juive ». 
Nouvelle édition avec une nouvelle Réponse au dernier libelle de Dru- 
mont. Paris, libr. Dentu, in-8° de (4)-64 p. 

Wertheimer (Josef Ritter von). Gesinnungstùchtigkeit des jûdichen Stam- 
mes in humaner und staatlicher Beziehung, und dessen Leistungsfâhig- 
keit auf allen Gebieten des menschlichen Wissens und Kônnens. Wien, 
libr. Alfred Hôlder, 1886, in-8° de v-57 p. 

Excellent recueil de réflexions, d'observations et de faits. Il se divise en 
trois parties; la première est intitutée : Amour de l'humanité dans les doc- 
trines du judaïsme et dans les actes des Juifs (contient, entre autres, le 
récit des actes de charité des Juifs envers les protestants expulsés de Salz- 
hourg en 1732) ; la seconde partie est intitulée : Services rendus par les 
Juifs (à l'humanité, dans les sciences, les arts, l'industrie, etc.). 



1/i/i REVUE DES ETUDES JUIVES 



Notes et extraits divers. 



- M. Hartwig Derenbourg a publié, dans la Internationale Zeitscbrift fur 
allgemeine Spracbwissenscbaft, de F. Tecbner, une « Esquisse biogra- 
phique » de Silvestre de Sacy (3 e vol., l re moitié, Leipzig, 1886, in-8° 
de xxxviii p.), avec un beau portrait de Silv. de Sacy. Cette étude sera 
lue avec le plus grand intérêt non seulement par les arabisants, mais 
par ceux qui, comme nous, se bornent à prendre intérêt, du dehors, à 
l'histoire de la littérature et de la grammaire arabes. Elle est écrite en 
français. 

= Signalons deux articles de M. Ad. Neubauer, dans le Guardian. L'un, 
dans le numéro du 14 juillet 1886, est une critique des plus intéres- 
santes de la Massorah publiée par C.-D. Ginsburg ; l'autre, dans le nu- 
méro du 17 février 1886, a pour titre : Hebrew Translations of the New- 
Testament, et traite des traductions modernes faites à l'usage des Juifs 
et pour leur conversion. 

= R d D r H. Adler : The statistices of morality ; réponse à un article de la 
Fortnightfy Review concernant la statistique criminelle des Juifs (réim- 
primée dans Jewish World, n° du 7 janvier 1887). 

= D. Jvaufmann *. Misccllana postuma del Dott. Rabb. Mosè Lattes; dans 
Gott. gel. Anz., 1885, n° 20, p. 832. 

= G. Perrot : Une civilisation retrouvée, les Hétéens, leur écriture et leur 
art; dans Revue des Deux-Mondes, 3 9 période, tome 76, n° du 15 juillet 
1886, p. 301 à 342. 

= Dans l'Esprit russe (en russe), sept. 1886, p. 122-146, une étude sur le 
Talmud, de Vladimir Solovieff, qui a fait sensation en Russie. 

= A. E. Borély : Histoire de la ville du Havre et de son ancien gouverne- 
ment ; le Havre, libr. Lepelletier, 1880-81. Dans le tome III, p. 441 et 
suivantes, quelques renseignements sur les Juifs du Havre sous Henri II, 
Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. On ne voulait pas laisser demeurer 
les Juifs au Havre, des exceptions furent faites, des Juifs honorables et 
qui rendirent de grands services au commerce français finirent par se 
baptiser pour obtenir les droits de bourgeoisie. 

- Dans sa Deutsche Geschichte in neunzehnten Jahrhundert' 3 fi partie, 
2° édit., Leipzig, 1886, M. Heinrich von Treitschke a (p. 701-713) un 
petit chapitre concernant les Juifs, Mendelssohn, Borne, Heine. On sait 
d'avance dans quel esprit l'auteur peut parler de ces écrivains. 

= Boletin de la Real Academia de historia (de Madrid), tome VIII, fasci- 
cule III, mars 1886, p. 229 : Testament du roi Alphonse VIII, de Cas- 
tille, du 8 décembre 1204. Entre autres dispositions, le roi ordonne 
(p. 234) que la reine et son fils Fernand paient à son almoxarife juif 
Avomar (== Ibn Omar) la somme de 12,000 maravédis, reliquat d'une 
dette de 18,000 maravédis dus par le roi à l'almoxarife et dont 6,000 
avaient déjà été remboursés. Les 12,000 maravédis restants devront être 
payés, selon ce testament, par à-comptes annuels de 3,000 maravédis à 



BIBLIOGRAPHIE 145 

percevoir sur les revenus de la couronne à Tolède. Il n'est pas question 
du payement d'intérêts. Ce fait avait déjà été indiqué par Amador de los 
Rios (t. I, p. 346), mais le Boletin nous donne le texte môme du tes- 
tament. 

= Estudios Historicos, colleccion de Articulos escritos y publicados per 
cl R.-P. Fidel Fita. Madrid, impr. Fortanet, 1886, in-8° de 268 p. Con- 
tient, entre autres, le savant travail (analysé par nous dans cette Revue) 
intitulé « La Juderia de Madrid en 1391 ». 

- La Revista de Gerona, numéro de mai 1886 (année XI, numéro 5), 
p. 129, contient un article de M. E.-C. Girbal sur une mezouza qui a été 
trouvée à Girone dans le mur de la maison n° 15 de la rue de la Forsa, 
qui était autrefois la rue des Juifs de Girone. 

= « Old Jewish families in England », par M. Lucien Wolf, dans Leisure 
Ilour, juillet et août 1886, avec portraits. L'article contient quelques 
exagérations, faciles à commettre en un pareil sujet. 

- M. Lucien Wolf prépare un ouvrage en deux volumes sous le titre de 
« Old Jewish Families in England », avec illustrations. 

- The laie Rabbi Kalisch [Isidor Kalisch, de Krotoschin, né 1816, mort 
11 mai 1886], dans Frank Leslies illustrated Sunday Magazine, août 
1886, p. 177 ; avec portrait. 

= Le Juif de Lubartow, [nouvelle] de Ad. Szymanski, trad. par C. Cour- 
rière, dans Revue britannique, 62 e année, n° 12, déc. 1886, p. 362 à 372. 

= Jolie et instructive étude de M. H. Derenbourg, intitulée : La science 
des religions et l'islamisme, deux conférences faites le 19 et le 26 mars 
1883 à l'Ecole des Hautes-Etudes, section des sciences religieuses. Paris, 
libr. Ernest Leroux, 1886, in-18 de 95 p. 

- Chronique des journaux. Liste de journaux nouveaux : 

1. The Menorah, a Monthly Magazine, officiai organ of the B'ne B'rith, 
edited by Benjamin F. Peixotto. — Publié à New-York. Le n° 1 du vol. I 
est daté de juillet 1886 ; le vol. II commence avec janvier 1887 ; format 
in-8°, sur très beau papier ; 2 dollars par an. Depuis le 1 er janvier 1887 
(vol. II, n° 1), la Menorah a un supplément allemand, broché à part, et 
intitulé : Beilage. Die Menorah, Monatsschrift, offizielles Organ U. O. 
B. B.; Rédacteur, Benjamin F. Peixotto. 

2. Serubabel, Organ fur die Interessen des jùdischen Volkes. — Chez 
Willy Bambus, à Berlin, in-4° à 2 col., allemand en caractères latins ; le 
n° 1 de la première année est du 29 septembre 1886 ; 1 marc par tri- 
mestre. Ce journal paraît vouloir se consacrer spécialement à la coloni- 
sation de la Palestine par les Juifs. 

3. La Vigie israélite bfcnu^ "i?:0, paraissant (à Oran) tous les mer- 
credis et vendredis. — Publié par Joseph Djian. Le journal est à la fois 
français et arabe (arabe en caractères hébreux). Le numéro a 4 p. à 3 col. 
Le n° 126, deuxième année, est daté du 5 déc. 1886. Prix, 10 fr. par an. 

4. Le Réveil d'Israël (Techijath Jisrael), feuille mensuelle. — Publiée 
par Gustave A. Krùger, pasteur à Gaubert ; in-8° de 16 p. par numéro ; 
prix, fr. 1.75 par an. Pour la conversion des Juifs. Le n° 1 de la première 
année est de juillet 1886. 

T. XIV, n° 27. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

5. MM. F. Sam enskie et Eisig Grâber, de Jaroslaw, annoncent qu'ils 
veulent fonder, sous le titre de rTHBOïl *iï£1N rP5 (Jud. literarische Ma- 
gazin) un annuaire hébreu qui devra paraître pour la première fois au 
mois de mars 1887. Prix, 3 florins. 

6. M. Isaac Salomon Fucbs annonce qu'il veut fonder à Berlin un jour- 
nal hébreu, mensuel, principalement scientifique, sous le titre debfcOIN; 
prix, 10 marcs par an. 

7. M. Fred. M. Hyman annonce qu'il fera paraître le 4 mars, à Man- 
chester, un journal (hebdomadaire?) intitulé The Jewish Record, a Journal 
devoted to the Interests of the Provincial Jewish Communauties. 

Le y^hl2 de St-Pétersbourg est devenu quotidien depuis 1886 (?)', il 
l'est en 1887 ; prix, 10 roubles par an. Ce même journal publie une feuille 
judéo-allemande, hebdomadaire, intitulée LDixbSDpbND O^TÏ^T ; prix, 
5 roubles par an. 

La ÏTT^BS de Varsovie est devenue quotidienne (sauf le samedi) à partir 
du 1/12 avril 1886. Elle a aussi agrandi son format. Prix, 8 roubles 
par an. 

M. Brill, rédacteur de la Sulamith et du Libanon, publiés par lui à Lon- 
dres, est décédé le 12 novembre 1886. Ces deux journaux ont cessé de 
paraître. 

Le Schachar, de Vienne, paraît avoir également cessé de paraître. 

Le linln bip a cessé de paraître. Son dernier numéro est du 7 no- 
vembre 1886 (n° 48 de la collection). 

Isidore Loer. 



Delitzscii (D r Friedrich). Prolegomcna eines nMien hcbriiisch-ara 

maisclien Worterbucbs zum alten Testament ; Leipzig, 

J.-C. Hinrichs, 1886. 

( SUITE 1 ) 



En troisième lieu, j'ai dénoncé la hâte inconsidérée que plusieurs 
assyriologues mettent à la comparaison de mots hébreux et de mots 
assyriens, sans même s'être assurés, au préalable, de la signification 
précise de ces derniers. J'ai tout spécialement appelé l'attention sur 
l'abus qu'ils font des idéogrammes, lesquels, d'après eux, ne sont 
même pas d'origine sémitique. A cet effet, j'ai donné une longue liste 
de mots expliqués dans le Hebreiv Language. M. D. cherche mainte- 
nant à répondre à mes objections. Dans l'intérêt de la lexicographie 



1 Voir tome XIII, page 305. 



BIBLIOGRAPHIE 147 

hébraïque, je le suivrai pas à pas, en accompagnant ses argumenta- 
tions en abrégé de quelques observations substantielles. 

bj 1 !, c. bannière, drapeau, marque de distinction des troupes », pro- 
duit le verbe b:n, « porter ou lever la bannière ou le drapeau » : dUJn 
biHS "î^ïibtf (Psaume, xx, 6), « au nom de notre Dieu nous porterons 
la bannière » ; H3ÏTO T?^ "ibrrt (Cantique, n, 4), « levez sur moi la 
bannière de l'amour » ; îias^E bi:n [ibid., v, 10), « distingué, remar- 
qué par sa beauté au milieu de dix mille (personnes) ». Gomme 
l'arabe b.Vï signifie « enduire, couvrir d'un glacis » et même « dorer, 
argenter », on peut supposer avec vraisemblance que le bs"7 est, au 
propre, la perche enduite d'un glacis brillant. M. D. aime mieux com- 
parer l'assyrien dagalu, qui signifie, selon lui, « voir, regarder ». Tl 
traduit, par conséquent, les deux phrases précitées : « Nous regarde- 
rons (avec confiance) vers le nom de notre Dieu », et « regardé (avec 
admiration) par dix mille (personnes) » ; malheureusement, ces expres- 
sions ne sont pas hébraïques : même UWn md£ est un monstre que 
le passage de Michée, vu, 7, ne justifie point; pareillement, une forme 
comme ^ n tfto aïlïfK, pour dire « aimé de quelqu'un », n'est pas vrai- 
semblable dans le style de ce livre, on s'attend à ïinnib b*i:n. M. D. 
se tait sur la leçon évidente ^b^ pour ibiïn dans Cantique, u, 4, 
parce qu'elle ne fait pas son affaire ; c'est habile, passons. Mais, l'as- 
syrien dagalu signifie-t-il « voir, regarder ? » J'en ai douté précé- 
demment et j'en doute encore; et voici mes raisons. L'expression 
dâgil panua s'emploie toujours de vassaux éloignés, jamais de per- 
sonnes qui sont en présence du roi et pouvant le voir et le regarder 
à leur aise. Sennachérib raconte que les Babyloniens avaient mis sur 
le trône un homme indigne {ana la shimatishu), et belut mat Shumeri 
u Akkadi ushadgilu panusliu « lui ont remis la royauté de Sumer et 
d'Accad •>, et non, probablement, « ils ont fait regarder sa face à la 
royauté de Sumer et Accad ». Assurbanipal dit : zanan (écrit zanin) 
eshrUishun ushadgilu panûa, cela ne peut signifier que : « ils m'ont 
confié la construction de leurs sanctuaires » ; la traduction : « ils 
ont fait voir ma face à la construction de leurs sanctuaires » offre 
un non-sens évident. Dans K. iv, 68, 27 #, suiv., la tatakil, « ne te 
confies pas aux hommes », est complété par : mutuh inâka ana âshi, 
dugulanni, « dirige tes yeux vers moi et remets-toi à moi », mot à 
mot : « prends-moi pour point de repère ou de direction ». Le sens 
de ana dagalu kishshat nislii ne diffère guère de ana shuteshur nishi, 
« pour gouverner ou diriger les peuples ». La phrase ana pan nar~ka- 
Mti ma'tea u ummanatea la adgul veut dire : « je ne me suis confié 
ni en mes nombreux chars ni en mes guerriers. » Jusqu'à présent, 
je ne vois pas la nécessité de traduire dagalu par « voir, regarder ». 
L'équivalence de ce verbe avec çuppû = !"î2£ confirme le sens de 
« enduire d'un glacis brillant » propre au.?:n arabe, mais il n'en suit 
pas qu'il signifie en même temps « voir, regarder «.Ainsi, t333 (iron), 
« regarder », n'exprime en assyrien que l'idée de « briller ». En ara- 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

méen, abàl est une perche fourchue, et telle doit avoir été la bannière 
primitive. M. D. emprunte « un tesson » au dictionnaire néo-hé- 
braïque de Lévy, qui, contre les lois phonétiques, identifie ce mot 
avec le grec Sixe^Xa; l'arabe b*W7, « fleuve qui se répand et couvre le 
terrain », en atteste l'origine sémitique. La même idée paraît aussi 
au 'fond de l'araméen Nbp7 (néo-héb. bp/i), « palmier », arbre qui 
ressemble à une tige se terminant en fourche, comparez l'ar. bp^r, 
« vergue ». Le nom du Tigre : talm. nb:n, syr. nbpT, ass. Idiçfat, 
héb. bpTH, sam. bplïr, tire son origine de deux racines apparentées, 
peut-être de bp"i seul, en supposant en nb^l l'écho de la prononcia- 
tion babylonienne 1 . En tout cas, l'idée de « voir » supposée par M. D. 
pour hîl est loin d'être prouvée. 

bat. Cette racine forme deux groupes de noms. D'une part, se pla- 
cent l'hébréo-araméen baî, ^bn^ bat, « ordure, fumier », bfcat (ar.) 
a parcelle, brin », et l'éthiopien bnî « rouille » ; d'autre part, l'hé- 
breu b^DT, « demeure », l'araméen Nb">n», « couverture, enveloppe (d'un 
livre) », et l'arabe b^st (b^î), « panier en sparte pour transporter 
les fardeaux à dos d'âne ». L'idée fondamentale de la racine, on le 
reconnaît sans difficulté, est celle de couvrir, et c'est pour cette rai- 
son que nous avons rejeté l'opinion de Gluyard, partagée par M. D., 
qui traduit l'hébreu ""DbnT" 1 , au lieu de « il s'établira, demeurera près 
de moi », par « il m'exaltera, m'honorera », en invoquant l'assyrien 
zabalu, qui signifierait « lever, élever ». J'ai contesté et je conteste 
encore cette affirmation que rien ne justifie, du moins dans les pas- 
sages qui me sont connus. Dans R. II, 4 5, 45, 47, ina zabal rama- 
nishu... suluppê imandad semble signifier : « de son rapport ou 
produit il mesurera (ou payera) des dattes ». Le nom zabalu forme 
l'idéogramme za-ba-lam — mihirtu (R. îv, 20, 21-22), c. produit ». Le 
passage R. iv, 15, 40 #, donne ina zumrishw lizzabluma, e que la 
déesse se transporte dans son corps ». Le titre zabil kudurri paraît 
être : « qui déplace les limites ou frontières » ; d'après Jensen : 
« apportant des cadeaux » . Je ne m'explique pas comment M. D. a 
pu y trouver l'idée d'élévation. L'idéogramme il qui rend le mot 
zabalu n'a rien à voir ici : d'abord parce que, si le sumérien existe, 
comme le soutient encore M. D., il appartient à une langue non sé- 
mitique ; puis, parce que ledit idéogramme rend aussi le verbe 
nashû, « porter ». Enfin, la traduction de zubbulu sha irti (R. v, 42, 
42 ab) par « lever la poitrine » est d'autant plus risquée que le der- 
nier mot de cette phrase, écrit gab, est aussi « la bouche (ibidem, 
54 ab) »; qui sait s'il ne s'agit pas de l'expression « porter la pa- 
role » ? 

nn^N. Une racine ma* qui serait synonyme de rDM, « égorger », 
n'existe pas en assyrien. Le mot nabbahu (R., u, 23, 9) doit même se 
lire nathbaku (communication de M. Strassmaier) ; quant au mot 

1 II ne faut pas oublier cependant que l'idéogramme du Tigre bar-tig-gar répond à 
shubu, f brillant », ce qui conduit à la racine b^T. 



BIBLIOGRAPHIE 1 19 

abuhu, ou plutôt apuhu, (R. iv, 61, 8 a), il répond à l'hébreu ns^, 
« crier, gémir », et signifie « cri, gémissement ». 

Le rapprochement entre l'hébreu &^3È et l'arabe ^St", « ce qui est 
contraire », reste inattaquable; c'est aussi très probablement le sens 
de l'assyrien çaddu; celui de « piège » que lui attribue M. D. n'est 
appuyé par aucun argument convaincant. 

Le mot nbifcan, traduit ordinairement par « lys », était jadis pour 
M. D. c. la tige du roseau », d'après la donnée assyrienne habaçillatu 
— lubshu sha qanate, impliquant ainsi la supposition que lubshu si- 
gnifie « tige ». C'était expliquer l'inconnu par l'inconnu. Aujour- 
d'hui, M. D. se contente de voir dans nbirnn une plante quelconque 
(p. 82 note 2), mais les Septante et Luther qu'il cite ont, du moins, 
le mot « fleur » (dv8oç, Blumé) ; il est moins croyable que la belle Su- 
lamite, au risque de perdre l'avantage de la « modestie » [Bescheiden- 
heit) que M.D. lui impose, se soit comparée à une plante quelconque, 
après s'être comparée à la a rose » dans la première partie du ver- 
set. En tout cas, le habaçillatu assyrien n'éclaire pas le nb^an hé- 
breu, et cela est l'essentiel. ' 

Pour l3!t^> M. D. a rappelé l'assyrien shabathu, « frapper, égorger, 
tuer » (to beat, to slay, to kill). J'ai révoqué en doute ce sens, parce 
que le mot ishabbitu (R. iv, 16, 9 #, 27, 21 b) est rendu par l'idéo- 
gramme gi gi, qui signifie d'ordinaire « changer de place »; j'ai sur- 
tout nié que l'assyrien shibthu signifie à la fois « sceptre et massacre » 
(scepter and slaughter). A cela M. D. répond que l'idéogramme men- 
tionné a aussi quelquefois le sens de « tuer ». En croyant me contre- 
dire, le savant assyriologue ne fait qu'expliquer pourquoi j'ai ajouté 
l'adverbe « d'ordinaire » ; mais croit-il vraiment qu'il faille se fonder 
sur l'un des sens les plus rares d'un idéogramme qui, d'après lui, 
n'est même pas d'origine sémitique, pour donner au verbe assyrien 
une signification qui ne va pas du tout au contexte? En effet, dans 
R. iv, 27, il s'agit des démons qui enlèvent (ushelu) les femmes (1. 8- 
9;, chassent les pères et les fils de leur famille (l. 10-11, 12-13), arra- 
chent (ushelu, ubarru) les colombes de leurs volières, les moineaux 
et les hirondelles de leurs nids ; ici, pas de trace de massacre, mais 
de séparation violente ; ce sera aussi le cas de la phrase alpi ishab- 
bithu, imeri ishabbithu, qu'on traduira : « ils dispersent les bœufs, 
ils dispersent les brebis ». J'ignore où M. L). a trouvé pour Paraméeu 
shebatâ le sens de « frapper, battre ». Dans la Mischna, shâbath est 
synonyme de hasêk, « séparer les fils de la chaîne d'un tissu ». C'est 
précisément le sens du shabathu assyrien, verbe mis souvent en 
parallélisme avec napaçu, « disperser » = héb. nâphaç, « se séparer, 
se disperser ». Quand M. D. traduit napaçu par « broyer, assommer, 
tuer (Zerschlagen, erschlagen, tôdten), » il oublie que ce sens, pure- 
ment métaphorique, n'est propre qu'à la seconde forme verbale ou 
piël {unappiçu, Asurn., u, 114, etc.) ; c'est aussi le cas de l'hébreu 
nappée. Enfin, je citerai le passage de R. ; v, 4, 93-96, où M. D. trouve 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le mot shibthu, « massacre », et moi shipthu, « châtiment. ». Il porte : 
Sitti tur mesh KA-dingir-ra-ki G V-DV-a-M ud-Mp-nun-M sha inci 
shipthi (shibthi) shakbiti ù niprieti ishetûni riemu arshishunuti batath 
napishtishunu agbi Mrib KA-dingir-ra-M usheslùbshunuti. « Le reste 
des fils (= habitants) de Babylone, de Kouti et de Sipar qui croupis- 
saient dans la peine, la souffrance et la misère, j'eus pitié d'eux, je 
leur accordai la vie et je les établis à Babylone. » Comme on le voit, 
il s'agit non d'hommes massacrés, mais de gens vivants tombés 
dans la misère. Pour le sens, la lecture shipthu — héb. shephathim, 
« peines », est irréprochable, mais, bien que l'orthographe shapatu 
(avec to?)„pour « juger », ne soit pas tout à fait prouvée par le seul 
passage indiqué par M. D., la lecture shibthi peut se défendre, le sens 
en sera alors celui de l'hébreu shêbeth, « verge », au figuré : « coup, 
menace, danger » ; celui de « massacre » (Todtschlag, Blutbad) restera 
toujours exclu. 

L'idée émise par M. D. de rapprocher "jai, « menu bétail », de 
l'assyrien çenu, « bon », se heurte à une difficulté insurmontable : 
ce mot assyrien coïncide visiblement avec l'hébréo-araméen "p£ 
Kn*53£ « dattier, palmier », et l'arabe nil^ « rejeton de palmier », le 
palmier étant pour les orientaux l'arbre bon (cf. Genèse, ni, 6; 
II Rois, ni, 4 9, 25) par excellence. Nous avons dans le mot assyrien 
précité un dérivé de n3£, et non ■JNE, ou plutôt -jn£ = aram. )^y. Ce 
fait étymologique laisse intacte l'appellation arabe du menu bétail 
d^3 et le syriaque NS^, qui contiennent plutôt la notion générale de 
« bien, possession », que celle de « la bonté ou de la douceur » propre 
à ce bétail, comme le veut M. D. 

Sur "jnn M. D. ne donne rien de nouveau ; mes objections restent 
donc debout. Sa traduction de tahtena gimir lâniha par : « elle protège 
tous tes côtés » (schùtzte aile deine Seiten) ne repose sur rien; je 
préfère, jusqu'à preuve contraire, la traduction : « elle a fortifié tout 
ton corps (mot à mot : « tous tes côtés ») l . Naturellement « fortifier » 
est « stàrken », non « befestigen », ainsi que feint de le croire M. D. (9. 
note 1), lequel se tait habilement sur l'expression hatin enshi, « for- 
tifiant les faibles », où il n'y a pas trace de l'idée de protection 
(Schutz). 

Pour expliquer le sémitique septentrional Tfa, NTH3, sharru, e roi, 
prince », M. D. crée exprès un verbe assyrien shararu, « briller, se 
lever, rayonner », qui ne se trouve nulle part. Le fait que les noms 
sharûru et sliirru (type du phonème shir) signifient « éclat, splen- 
deur » ne décide rien au sujet du verbe, qui peut signifier toute 
autre chose. 

Sur la non-existence d'un verbe assyrien shadû, « s'élever, être 
haut », supposé par M. D. afin d'en tirer le nom divin ^T©, voyez 
Zeitschrift fur Keilschriflforschung, II, November 1885, p. 105-107. 

1 II faut néanmoins faire remarquer que lânu est synonyme de bunanu « corps >. 



BIBLIOGRAPHIE 151 

Pour établir l'existence du verbe assyrien shadadu, « aimer », 
M. D. produit le mot nashaddit, c aimé » ; il a seulement oublié de 
prouver la lecture qu'il admet. Il faut probablement lire namaddu, 
car le verbe madadu est rendu dans les syllabaires par le signe ram 
(de uni), qui signifie « aimer ». L'hébreu ïTïïp ne doit pas de néces- 
sité être séparé du mot misclmaïtique homophone, qui signifie 
« armoire, coffre ». 

Ce que M. D. dit à propos de l'hébreu d^bdïi, « faire honte », est 
pour moi un mystère impénétrable. Dans le texte (p. 99), il main- 
tient que c'est un synonyme de bbj? # b£rt, « peu considérer (gering 
achten), parvi estimare, vilipendere » ; dans la note 3, il admet l'opi- 
nion de M. Zimmern, qui donne au verbe assyrien kullumu le sens 
de « faire voir ». Faisons remarquer, par parenthèse, que ma traduc- 
tion de ce verbe par « mettre à nu » s'en rapproche déjà considéra- 
blement, car une chose n'est visible que lorsqu'elle se présente à nu, 
sans un autre objet qui le couvre (cf. îib}, « découvrir, faire voir ») ; 
mais si le verbe assyrien signifie « voir », comment l'hébreu d^bdïi 
peut-il signifier « peu considérer » (gering achten) ? C'est le cas de 
s'écrier avec les rabbins : d^n û^ba "nni ib&n Tb« ! 

En expliquant le verbe UN, « maudire », par l'idée primitive de 
« lier, bannir » (binden, bannen), M. D. donne l'étymologie du mot 
allemand « Bann », non celle du verbe hébreu. Les termes assyriens 
arru [sha içûri), « oiseleur », et irritu, « piège », dont la racine est dou- 
teuse, n'impliquent pas pour araru le sens de « lier ». Aucun nom 
de piège : ftS, rum, d*in, 112512, etc. ne contient la notion de « lier » ; 
nsn ne signifie jamais « tendre un piège ». L'éthiopien arara, 
« couper (la moisson) » = héb. *i£p, nâ£#, « retrancher », se rappro- 
che bien mieux de la signification hébraïque. 

Je désespère de comprendre le raisonnement de M. D. au sujet de 
Vrtt). En assyrien, on trouve àâàu shadiltu, « porte vaste ou large », 
et irçitimi shadiltu, « la terre vaste », ce qui suppose un verbe sha- 
dalu, « être vaste, large ». En araméen, b^ttp signifie « persuader, 
séduire ». Pour tout esprit non prévenu, ces deux significations 
n'ont rien de commun. M. D. trouve toutefois moyen d'éclairer l'ara- 
méen par l'assyrien. D'abord, il introduit subrepticement à côté de 
« être large » (weit sein) la variante « être largement ouvert » (iveiû 
geoffaet sein), et il obtient ainsi" un synonyme de nns, synonyme, à 
son tour, de uns, dont vient tWB, « séduire, persuader ». En admet- 
tant, un instant, la traduction du mot assyrien, la comparaison 
demeurerait encore absolument arbitraire, car nns n'exprime ja- 
mais l'idée de persuasion, ni ïins celle d'être large ou vaste, pas 
même dans Genèse, ix, 27. Mais l'édifice léger s'écroule de fond en 
comble quand on substitue au mot de contrebande nns le verbe 
usité pour « être large », savoir nm, auquel la conception de per- 
suasion ou séduction est toujours restée étrangère. 

Où M. D. a-t-il trouvé la « malheureuse étymologie » [wigluckliche 



152 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Btymologie) de ITOK qu'il m'attribue et d'après laquelle ce mot au- 
rait signifié primitivement « mère, d'où mère de l'eau, tuyau, d'où 
avant-bras-tuyau, d'où coudée » (Mutter, dann Mutter des Wassers, 
Rôhre, dann Vorderarm als Rôhre, dann Elle, p. 108, note 2) ? Un 
coup d'œil jeté sur la Revue, n° 21, p. 63-64, lui eût appris que, sui- 
vant ma conjecture, !"P2N désigne primitivement une sorte de manche 
tubulaire, permettant occasionnellement « le passage des liquides 
accumulés dans l'objet auquel il se rattache », et que le type na- 
turel de la Î172N était le roseau, la canne, ïijjj, mot qui désigne aussi 
l'avant-bras (Job, xxxi, 22), en éthiopien nç«. M. D. joint à sa « mal- 
heureuse découverte » (nngliïcMiche Erfindung) une objection qui 
prouve qu'il n'étudie pas le talmud : le sens de tube [Rôhre) pour 
ïitoN résulte des passages cités à la page susmentionnée de la Revue. 
J'y ajoute la locution réaliste ^ntDttl rittKa TmN. Je ferai remarquer 
finalement qu'en traduisant (14 0, note 2) le talmudique frorm Nn»N 
par (.<. boîte du moulin à main [Bilchse der Handmiihlé) », M. D. a mé- 
connu le sens de (T biB ùTn) nb^Bn, qui ne signifie pas ici « réci- 
pient », mais « poignée, manche ». Il va sans dire que û^soïi nifàfcî 
(Isaïe, vr, 4) désignent les pivots des poteaux, qui tournent dans le 
creux du seuil (comparez : ÊJD, « tasse », Exode, xn, 22, passim), et 
non « les fondements solides des seuils (die festen Grundlagen der 
Schwellen) » ; dans ce cas la maison tout entière aurait été ébranlée. 
Au sujet des mots eru et erinnui'ai dit : M. D. aurait bien fait de 
nous donner les passages où ils comportent le sens de « boîte, 
caisse » qu'il leur assigne ; je n'en connais que celui de cèdre. M. D. 
répond : « Halévy a probablement déjà puisé les renseignements né- 
cessaires à la page 6, note 2, des Balylonische Busspsalmen de M. Zim- 
mern (Halévy hat inzwischen wohl aus Zimmern's Babylonischen 
Busspsalmen S. 6. Anm. 2, die nôthige Belehrung geschopft) ». J'ai 
le regret de constater que cette source de salut ne m'a fourni qu'un 
filet d'informations (Belehrung) beaucoup trop mince pour apaiser 
ma soif de critique. Voici ce que nous y apprenons : l'idéogramme 
— M. D. a oublié de nous dire s'il est accadien ou summérien — que 
les Assyriens rendent par eru et erinnu, se compose de al, « ferme- 
ture », (Umschliessung) -j- te, « trou, enfoncement » (Loch, Vertiefuug), 
ce qui rappelle l'idée de « vase, récipient », et l'emploi de ce signe 
comme un nom de métal repose sur un abus de la part « des Assy- 
riens ». Ceux-ci doivent bien déplorer la malechance qui les a empê- 
chés de corriger leur s ty le accadien au moyen d'une étude approfondie 
(grùndliche Belehrung) à l'Université de Leipzig. Quant à moi, pensant 
que les scribes assyriens n'étaient pas obligés de connaître la com- 
position du signe non sémitique, si non sémitique il y a, je laisse 
l'idéogramme de côté, et je continue toujours à demander un texte 
assyrien pour preuve de la signification avancée par M. D. Le mot 
eru, dans R., v, 27, 4 6-27, à en juger par Texpressipn eru dannu (17), 
désigne l'airain et nullement « une boite ou une caisse de bois ». 



BIBLIOGRAPHIE 153 

Pour erinnu, le rappel à R., v, 41-43 aà, n'a aucune valeur. Cette liste 
explique l'idéogramme is-manu par erinnu et shigaru, ce qui ne veut 
pas dire que ces mots sont synonymes ; au contraire, l'existence 
d'un autre idéogramme pour le premier (1. 41) en indique assez la 
différence. En un mot, M. D. fera bien de donner des preuves plus 
convaincantes ; nous sommes prêt à nous incliner, ainsi qu'à ad- 
mettre contre le témoignage de l'hébreu }y* son affirmation, non 
encore justifiée, d'après laquelle erinnu serait dérivé de eru. 

M. D. ayant déclaré que l'hébreu ïibs « fiancée », vu l'assyrien 
kallâlu avec un a long, ne pouvait venir de bbi, mais de tfbi, « en- 
fermer », je lui ai opposé l'hébreu mb'to, « mariage », et l'araméen 
bbs, « marier ». J'ai ajouté qu'il a été induit en erreur par l'idéo- 
gramme E-GI-A, dont l'élément GI a, entre autres, le sens d' « enfer- 
mer ». A présent M. D. semble reconnaître le bien fondé de mon 
objection, sans toutefois me citer, et en atténuant sa première néga- 
tion, il donne ce bon conseil : « Il vaudrait tout de même la peine de 
rechercher si le mot hébréo-araméen pour « fiancée » ne doit son ap- 
parence d'être un dérivé de bbi qu'à l'effacement de la consonne 
terminale » (Es scheint doch sehr prùfenswerth ob nicht das heb. 
aram. Wort fur « Braut » erst durch AbschleifuDg des Auslauts 
scheinbar zu einem Dérivât von bbr: gewarden sei »). Voilà une 
bien lourde besogne pour les sémitisants dans le seul but de justifier 
la mise de trop d'un a par un scribe assyrien ! La non-valeur des 
rébus idéographiques pour l'étymologie est maintenant concédée 
avec quelque réserve par M. D., mais le pourquoi de la réserve n'est 
pas donné ; c'est simplement un moyen commode, trop commode 
même, à l'aide duquel on peut donner aux innovations les plus in- 
vraisemblables l'air d'une vérité traditionnelle et autorisée. 

L'abus de l'analyse idéographique avait encore conduit M. D. à 
interpréter l'hébreu ^:?N (Genèse, xu, 43) par l'assyrien a&araMu, 
qu'il traduit par « le père du roi » (the father of the king). A l'appui 
de son dire, il avait cité deux proverbes suméro-assyriens : Nadânu 
sha sharri thubiû sha shahê « La libéralité du roi cause la libéralité 
du magnat » (The liberality of the king ensures the liberality of the 
magnate),et Naddnu sha sharre dummuqu sha abarakki (in sumerian : 
Sima lugalâhitshaga shêakit) e La libéralité du roi cause la libéralité 
de l'abbarakku » (The liberality of the king ensures the benevolence 
of the abarakku). Il ajoutait : « un équivalent exact du proverbe 
anglais « Like master, like man (« tel maître, tel valet ») ». Aussi, le 
féminin abarahkatu est-il appliqué aux déesses comme adminis- 
trateurs suprêmes du temple (an exact équivalent of the English 
proverb « Like master like man ». Also the féminine aàarakkatu is 
applied to goddesses as the highest administrators of the sanctuary). 
En me rapportant à ce passage j'ai fait la remarque suivante : la 
comparaison de "îpas avec abarahliu, qui signifierait « father of the 
king », repose sur une lecture erronée : ce mot assyrien n'existe 



154 REVUE DES ETUDES JUIVES 

absolument pas ». Tout lecteur attentif aurait corrigé du premier 
coup le lapsus « lecture » en « combinaison » ; il aurait aussi com- 
pris tout de suite que ma négation concernait l'existence du mot 
composé, non du mot abarahhu considéré comme un vocable simple 
et dont j'avais l'exemple sous les yeux. Les paroles de M. D. : Ha- 
lévy sollte sich hùten durch derlei erdichtete Behauptungen den 
wissenschaftlichen Character seiner Kritiken zu gefahrden » par- 
tent donc d'un très bon cœur et je me prête volontiers à reprendre 
mon « Machtwort » et à rendre hommage à la vérité (und gebe 
dann der "Wahrheit die Elire) en reconnaissant — ce que je n'ai 
jamais pu nier — que les formes abarahhu, abarahhatu existent 
réellement l . Mais cela dit, l'analyse de abarahhu par aba-rahhu, 
« father of the king », préconisée par M. D., sur la foi de l'idéo- 
gramme, est à la fois arbitraire et inexacte ; arbitraire, par cette 
double raison que ni l'origine non sumérienne de l'idéogramme ni 
le sens de roi pour raliliu ne sont prouvés ; inexacte, par cette 
raison péremptoire que la forme aba-rahhat serait tout au plus « le 
père de la reine », mais ne pourrait jamais qualifier les déesses; 
il faudrait pour cela ummu-rahhu, « mère du roi ». Du reste, la tra- 
duction des proverbes donnée par M. D. est entièrement man- 
quée : Nadânu s/ia sliarri tubbû s/ia shaqê signifie : « Donner con- 
vient au roi, faire du bien convient aux grands », et non : « The 
liberality of the king ensures the liberality of the magnate » ; de 
même : Nadânu ska s/iarri dummugu sha abarahhu est : « Donner 
convient au roi, être doux convient au serviteur (? she = magru 
« serviteur »), non : « The liberality of the king ensures the bene- 
volence of the grand mzier ». Le titre de la déesse de Karak, abrah- 
Âatu, serait ainsi l'équivalent de ardatu qui, malgré son sens primitif 
de « servante », a souvent ie sens de « Dame », amélioration de con- 
ception qui a rarement lieu pour le masculin ardu. En un mot : la 
comparaison de "îHafijl avec abarahhu, outre l'inconvénient de ren- 
contrer le terme assyrien dans la bouche de hérauts égyptiens 
(Schrader), a celui de supposer une signification que les textes 
connus jusqu'à présent ne justifient pas. 

Enfin, un mot à propos de l'hébreu bkç, que M.D. compare avec 
l'assyrien shuâlu, « pays du tombeau ». Malheureusement, cette 
orthographe appartient en propre à mon savant adversaire ; les 
textes donnent shu-er, groupe qui, s'il est phonétique, se lira shur,et, 
s'il est idéographique, sa lecture reste inconnue. Il n'a nullement l'air 
d'une forme hybride moitié phonétique et moitié idéographique. 
Jusqu'à meilleure preuve, nous hésiterons à admettre ce mot as- 
syrien. 

Passons maintenant à un autre domaine en litige entre M. D. et moi, 

1 Sans pourtant décider en faveur du caractère primitif du b, car la confusion de 
b et p est fréquente dans les inscriptions, et la possibilité de ramener ce mot à la 
racine '"pD reste entière. 



I5IHLI0GRAPHIE 155 

à la question de savoir si le n assyrien est le fi kh dur des Arabes. 
M. D. l'affirme, en posant en règle générale que le n doux se perd en 
assyrien. Je conteste l'exactitude de cette conclusion: 1° parce que 
l'assyrien appartient au groupe des langues sémitiques septentrio- 
nales, qui, à en juger par les transcriptions grecques, ne paraissent 
pas avoir possédé le kh dur ; 2° parce que le sens du mot assyrien 
diffère considérablement du mot arabe comparé ; 3° parce que, dans 
plusieurs mots assyriens, le fi radical répond à un n doux, même en 
arabe. J'ai cité, à cet effet, les mots ahadat, patkali, palahu, rahaçu, 
gihinu, mahuzu, habibu, hazanu, hakamu, mata/m, inhu, malahu; j'y 
ai ajouté etc. parce que j'aurais pu mettre encore : mashahic, hasasu, 
hashaku, dahadu, mahrashu et bien d'autres mots que M. D. discute 
maintenant lui-même. C'est là un ensemble qui n'est certainement 
pas à dédaigner, mais M. D. aime mieux déclarer que la plupart de 
ces exemples sont faux. Voyons comment il justifie son affirmation : 

« L'assyrien habibu signifie tout autre chose que l'arabe habib, 
« ami, amant ». Je le sais aussi bien que M. D., mais signifie-t-il la 
même chose que l'arabe khabba ? voilà ce que mon adversaire a 
oublié de prouver. L'arabe écarté, la transcription avec h doux s'im- 
pose par le caractère général des idiomes septentrionaux, qui ignorent 
le kh dur. 

« Le sens de haçanu, « fortifier », est plus sûr, il ne faut donc pas 
le rapprocher de l'arabe haçona », soit, mais est-ce là une raison pour 
transcrire khaçanu et pour créer ainsi une racine qui n'existe même 
pas en arabe ? 

« Pour que l'arabe falaha passât en assyrien de l'idée de « fendre, 
sillonner, cultiver la terre », à celle de « rendre un culte, adorer, 
craindre », il faudrait supposer un long développement linguistique ; 
donc il vaut mieux rapprocher l'arabe falakha ». Le malheur veut 
que le sens de cette racine ne convienne pas du tout à l'idée du culte 
propre au verbe septentrional ; on fera donc bien de conserver le 
h doux. 

« L'arabe ne peut pas décider sur la nature du h de l'assyrien 
mutuh, puisqu'il possède deux racines équivalentes : mataha et ma- 
takha ». M. D. a pu ajouter que ces racines ont un sens très différent 
du mot assyrien, lequel concorde parfaitement avec l'hébreu mâtah. 
Voilà une excellente raison, je pense, pour se conformer à la pro- 
nonciation hébraïque et conserver le son doux. 

c. Le mot gihinu signifiant « ficelle » n'a rien de commun avec la 
racine arabe gahana ». Cela est possible, mais, du moins, elle existe, 
tandis qu'une racine gakhana n'existe nulle part ; faut-il la créer 
exprès pour les besoins de la cause ? 

(( Le verbe rahaçu, <•: inonder », semble bien proche de l'hébreu 
raàaç, « laver », et de l'arabo-éthiopien rahoda, raheç'a, « laver, 
suer » ; mais, en face de l'assyrien rakhaçu, « inonder », il est pro- 
bable que la racine arabe dont la signification est déjà si affaiblie, 
a subi un affaiblissement phonétique dans sa forme ». Le cercle 



VÔJ REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vicieux de ce raisonnement n'a pas besoin d'être relevé. D'abord on 
décrète la forme rakhaçu, puis on corrige les correspondants arabe 
et éthiopien, qui ont le tort de ne pas s'y conformer. 

« Inhu, « soupir », est bien l'arabe nâh = héb. ânah, mais ce sont 
visiblement des onomatopées ». Puisque M. D. a, parait-il, des 
accointances préhistoriques remontant à l'origine du parler sémi- 
tique, nous admettons l'onomatopée ; seulement nous serions cu- 
rieux de savoir pourquoi les Assyriens ont soupiré autrement que 
tous leurs autres frères attristés ? 

c. Le terme malahu, « matelot, marin », n'a pas sa place ici ». Le 
mot de cette énigme nous est donné dans la note : c'est parce que 
l'arabe mallah peut bien être emprunté à l'araméen, et, dans ce 
cas, le h attesterait seulement la prononciation douce du het ara- 
méen au moment de l'emprunt. Ainsi, une simple conjecture suf- 
fit à M. D. pour écarter les faits qui contredisent sa théorie. Il 
ajoute : « L'hébreu mallah remonte peut-être, lui aussi, au baby- 
lonien malakhu (mallakhu), « saunier, matelot, marinier ». En aucun 
cas, mallah n'a quelque chose de commun avec melah, milh, « sel », 
étant donné que ces mots ne signifient jamais « flot salé » (Salzfluth), 
et, comme la navigation babylonienne sur les fleuves et canaux pré- 
cède la navigation sur mer, le mieux sera d'assigner à malah le 
sens de « ramer ». Ce raisonnement bizarre commence, comme on 
le voit, par supposer dubitativement l'origine araméenne du mot 
arabe et l'origine babylonienne du mot hébreu; puis, ces conjec- 
tures devenues des certitudes, on s'y appuie pour séparer mallah 
de melah, « sel », en donnant à la racine malakha un sens qui n'existe 
pas même en arabe ! Il n'y a que les fausses théories qui nécessi- 
tent des efforts aussi désespérés. Le fond même de l'argument ne 
soutient d'ailleurs pas l'examen, car les marais salants abondent 
en Babylonie, et, de plus, le nom hébreu yam hammelah, « mer de 
sel », de la mer Morte, fait, sans aucun doute, allusion au goût 
excessivement salé de ses eaux. Le double sens de « saunier » et 
de « matelot » propre à l'arabe mallah atteste, en outre, que la véri- 
table navigation a débuté par la recherche du sel marin. Le côté 
piquant de l'affaire, c'est que M. D. supprime tacitement son affir- 
mation première, qui a été la seule cause de ma contradiction. 
Dans Hebrew Language, M. D. a tiré le sémitique mallah du sumérien 
mâ-lah, « vaisseau allant »; dans son présent mémoire, il y substitue 
une racine sémitique malahh, « ramer » ; d'où vient ce revirement 
soudain en faveur du sémitisme, M. D. aurait dû le dire à ses lec- 
teurs, que cette contradiction ne manquera pas de mettre dans un 
grand embarras. Enfin, comme M. D. écrit aussi pour les assyrio- 
logues, ii aurait dû leur dire ce qu'il pense actuellement du sumé- 
rien mâ-lah; est-ce un emprunt fait aux Sémites, ou bien une forme 
artificielle du genre de ces rébus malencontreux qui menaeent 
d'exiler les Sumériens au pays des chimères? 

Somme toute, pour se débarrasser de huit exemples parmi ceux 



BIBLIOGRAPHIE 157 

que je lui ai signalés, le nouveau lexicographe hébreu met en œuvre 
une jolie collection d'arguments des plus singuliers et tombe dans 
l'arbitraire le plus effréné. Tout en invoquant l'arabe, il crée des 
racines qui n'y existent pas ou qui n'y ont pas le même sens. 
D'autres fois, il corrige les formes existantes par l'unique raison 
qu'elles ne font pas son affaire. Et quand tout cela ne suffit pas, il 
recourt à la devination et émet des oracles sur l'origine des mots et 
des idées. Voilà le procédé par lequel M. D. s'autorise à stigmatiser 
ces exemples du qualificatif de « faux ». Les autres, grâce à un re- 
mords tardif, sont touchés dans la suite ou rejetés dans les notes. 
Ahadat-akadat ne signifierait pas « les uns les autres », mais, peut- 
être, « troupes-troupes » ; l'arabe hassa, « sentir, apercevoir », est 
affaibli de hhassa, bien que ce verbe ait un sens tout différent ; 
mahazu et hakamu sont transcrits par M malgré le témoignage de 
l'arabe ; le reste est passé sous silence : l'arabe masaha, « mesurer », 
serait formé de massâk, « géomètre », mot qui serait emprunté à 
l'araméen, « c'est pourquoi on n'est pas autorisé à dépouiller l'équi- 
valent assyrien de son M » / 

Comme la différence du point de vue en discussion se rapporte à 
une question de principe qui peut influer sur la reconstruction de 
la langue primitive des Sémites, il ne sera peut-être pas superflu 
de coordonner ci-après quelques-uns des mots assyriens dont le sens 
coïncide avec les racines à n doux dans les autres idiomes appa- 
rentés. 

Ahadat — ahadat, e les uns — les autres » ; r. sémitique commune : 

ina, « un ». 
Anâku, « soupirer, gémir »; héb. riïtf ; ar. fia». 
Huraçu, « or » ; héb. ynn ; héb. ynn, « soigner » ; ar. y-in, « soigner, 

convoiter ». 
Sahabu, « jeter par terre, traîner »; héb.-ar. nno. 
Harbu, « épée »; héb. ann; ar. nnnn, « javelot, fer de lance ». 

Zabahu, « égorger »; héb. roi ; ar. rn> 

ffaçanu, « fortifier, consolider »; ar. $fcW. 

Mashahu, « mesurer » ; aram. TWn ; ar. no?3. 

Zalahu, salahu, « asperger, laver » ; aram. nbï, « asperger, goutter » 
ar. nbï « goutter ». 

Mahaçu, « frapper, tremper »; héb. yn?3 ; ar. yn72, « lisser, épurer ». 

Mahazu, « place, contrée »; héb. TTP2 ; aram. ar.m] ; ar. Tina», « es- 
pace, intervalle ». 

Hasasu, e savoir, comprendre » ; héb. pest. lïîtiîn, « sentir, prendre 
en considération »; ar. on, « être ému, sentir, connaître ». 

Hashalu, « briser » ; héb. btiin, bon, « briser, ronger » ; ar, bon, « trier, 
rejeter ». 

Nahbalu, « corde »; héb. ar. brin, bsn. 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Hizbu, c. espèce, produit »; ar„ n;^ « groupe, parti » ; éth. 3tn ? 
« peuple ». 

Thabahu, « immoler » ; héb. aram. ma. L'arabe nsa signifie « cuire, 
faire bouillir ». 

Mashihahu, « place large » ; héb. aram. naE, Mt3&. 

Ztar#, « creuser »; ar. -nn, « décroître, diminuer». L'arabe -nn signi- 
fie « fienter ». 

Itfalahu, « marinier, » héb. aram. ar. nbw, IflS^a. 

BaMmu, « savoir, comprendre » ; héb., aram., ar. Û5H. 

Hatana, « renforcer, fortifier»; ar. "jnn, « être intense, soutenu, 
allié » ; héb. inn, « fiancé » ; ^nn, « devenir, parent ». 

Palahu, « craindre, servir, adorer » ; aram. nbs, « travailler, labourer, 
servir » ; héb., ar. ttVs, « labourer ». 

EasJiahu, « désirer, aimer »; aram nïïn. N'existe pas ailleurs. 

Dahadu, « abonder » ; aram. Wï. N'existe pas ailleurs. 

Harashu, « labourer » ; héb. mn; ar. fhft. 

Hazanu, « officier, fonctionnaire »; héb., aram. fïn « gardien, qui 
soigne les affaires de la ville ou de la communauté » ; ar., éth. 
1TH, « être soucieux, affligé ». 

Harimtu, « épouse » ; ar. ùirij « être interdit ». — L'ar. tnfi est « dé- 
coudre, percer ». 

Rahaçu, « inonder »; héb. y m, « laver »; ar., éth. ym, « laver, 
suer ». L'arabe yrn signifie « diminuer de prix, être à bon 
marché, être vil ». 

Pashahu, « se reposer, être tranquille » ; ar. HD3, « donner de l'es- 
pace, du temps, toute facilité » ; éth. NtflBS, « joie ». 

Hàâtu, «vie »; héb. aram. &^n, "pin, ar. ri^n» éth. rrhlh. 

Nahlu, « étroit, torrent » ; héb. bfD, « torrent, rivière qui n'a pas d'eau 
permanente » ; cf. ar. bm, « amaigrir ». — L'ar. brb est « pal- 
mier ». 

Nuhshu, « abondance, bonheur » ; ar. are, « mauvaise chance » (anti- 
thèse). — L'ar. ori3 est « piquer, percer ». 

As'huhu, « espèce de cèdre » ; aram. NmiDN. N'existe pas ailleurs. 

Lahantu = çaâhu, « qui crie, nom d'oiseau », ar. "jnb, « son, chant, 
mélodie ». — "jnb sign. « puer ». 

Çaâhu, « crier » ; héb., aram. FfiSÉ. N'existe pas avec ce sens en 
arabe. 

Shahâlu, « tirer » ; aram. bniï5 ; ar. î^battO? « limaille, rebut ». 

Guhlu, « objet brillant, carboucle ? » héb. bm, « braise ». Manque en 
arabe. 

Kirhu, « citadelle, forteresse » ; aram. ms « être fort ». — L'arabe 
rro signifie « faire affluer ». ' 

Dalâ/w, « troubler »; héb. aram. nb^i- — L'arabe fibl signifie « être 
trop obèse ». 

« vert, frais » ; héb. fittit), « réjouissant ». 



BIBLIOGRAPHIE 159 

Zahalu, « objet brillant»; aram. bm , « s'épanouir, rayonner». 
N'existe pas avec ce sens en arabe. 

Higallu, « prospérité, abondance » ; éth. btofi « misère, perte » (an- 
tithèse). 

Hadû, « se réjouir » ; héb. aram. JTin, &nn. 

Hipu, « effacement, destruction »; ar. ^DH, « user, émousser ». 

Hurshic, « montagne boisée » ; héb. ttHi. 

Shârahu, « augmenter, agrandir »; héb. rns, « prolongement » ; ar. 
TFW, « élargir, dilater ». 

Thahûy « toucher, renverser » ; ar. "TiD, e étendre à plat ». 

Nappâku, « forgeron »; héb. aram. ttEûi NfiDi; ar. mr©5, « souffle ». 

Pihâlu, « commandant, gouverneur » ; ar. "nns , « sens, obser- 
vation ». 

Saharu, « entourer, retourner » ; aram. nno, « entourer » ; héb. ntno, 
e marchand ambulant ». En ar. nrJD signifie « se moquer, 
railler » ! . 

Il est inutile d'allonger davantage cette liste. Voilà cinquante ra- 
cines dont le n doux ne s'est pas perdu en assyrien. Je les ai enre- 
gistrées au fur et à mesure qu'elles se présentaient à ma mémoire, 
sans avoir fait de recherches systématiques. De ces racines, les 
unes sont particulières à des langues du nord et n'existent pas en 
arabe avec un sens analogue, les autres ont, même en arabe, un n 
doux et, s'il arrive parfois que les deux formes avec n doux et 
n ont un sens identique ou très rapproché, il n'y a aucune raison 
d'abandonner le premier en faveur du second, contrairement au ca- 
ractère général du groupe dont l'assyrien fait partie. A ces conditions, 
nous accepterons les comparaisons entre l'assyrien et l'arabe à pro- 
pos du n, Celles que nous donne M. D. ne sont entourées d'aucune 
précaution. Ainsi, parmi les mots à ri dur, il compte napalm, hatanu, 
mahaçu, bien" qu'en arabe il y ait hû3, frin et ynfa à côté de fiS3, 
■jnn, ym ; de même l'assyrien a.nâhu, « reposer », répond mieux à 
l'hébreu n^ qu'à l'arabe rrû ; enfin, thaàaku est l'hébreu m^, « égor- 
ger », et non l'arabe ft3D, « faire la cuisine ». D'autre part, les 
exemples où le n doux disparaît en assyrien sont loin d'être aussi 
nombreux qu'on se l'imagine \ Dans le petit nombre qu'énumère 
M. D. il y en a dont l'origine est très douteuse, comme abâshu, igarw 
(= aram. frn:ptf ?), annu, (= anunu, « garde ? ») ; d'autres font quel- 
quefois reparaître le n ; on a ainsi patû et pathati de tins, zibû et 

1 D'autres racines et mots de ce genre se pressent sous ma plume comme ùnn 
nbsnn (n'existe pas en arabe) ^TH /pin /«OT /©"in /"isn ,ûnb .btlD ,mp etc. 
Cette dernière racine forme Phébréo-assyrien flip (Isa'ie, lxi, 1) guhu (= quhu), 
gu'u, gû f corde, lien ». 

2 Je crois que le nombre de ces racines atteint à peine la vingtaine ; ce ne sont 
donc pas ces cas exceptionnels qui doivent constituer la règle. 



160 REVUE DES ETUDES JUIVES 

zabahu de fDT ; ru 1 tu, « souffle » (== mi), s'écrit presque toujours avec 
le signe qui marque l'hiatus. En tout cas, la perte de la gutturale 
douce dans quelques mots assyriens est la conséquence de la perte 
complète des lettres N, ÏT, 9; cette dernière, même quand elle cor- 
respond au y (ghaïn) arabe. L'assyrien est, sous ce rapport, la sœur 
du mandaïte et des langues néo-araméennes ; ce n'est pas de ces 
idiomes phonétiquement si usés que nous peut venir la lumière sur 
la phonétique primitive des langues sémitiques. 

N'en déplaise à M. D., la question de la gutturale assyrienne n'est 
pas résolue par ses remarques, et encore moins celle qui concerne 
l'originalité du kh dur dans la langue-mère des Sémites. Jusqu'alors, 
l'introduction du kh en assyrien, sous prétexte que cet idiome nous 
a conservé la forme primitive à cet égard, non seulement est injusti- 
fiable et détruit l'harmonie des langues du nord, mais elle fausse la 
recherche des significations en séparant d'autorité des racines iden- 
tiques et en créant des racines qui n'ont jamais existé. L'emploi 
du h doux ne préjuge rien, conservons-le f . 

J. Halévy. 



1 M. Delitzsch a bien voulu m'annoncer dans sa dernière lettre que son diction- 
naire assyrien est pénétré d'un esprit fortement antisumérien, thèse à laquelle la vic- 
toire lui semble être finalement réservée. Cet aveu du savant assyriologue met fin 
désormais à la discussion sur l'origine des idéogrammes et sur leur valeur pour 
l'étymologie des mots assyriens. C'est un résultat très satisfaisant qui permet d'espérer 
que, sur le terrain des autres questions soulevées par la critique précédente, une 
réconciliation de nos vues n'est pas impossible. Je compte, du reste, revenir, dans une 
autre revue, aux Prolegomena de M. D., afin de relever les nombreux faits d'un 
très haut intérêt pour la philologie sémitique que je n'ai pas pu faire entrer dans le 
cadre de cet article. 



Le. gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESS1S, 59. 



LE NOMBRE DES JUIFS DE CAME El D'ESPAGNE 



AU MOYEN AGE 



ANCIENNE INTERPRETATION DES DOCUMENTS. 



Tous les historiens se sont servis, pour évaluer le nombre des 
Juifs qui ont demeuré en Espagne au moyen âge, de trois docu- 
ments qui paraissent fournir tous les éléments nécessaires pour 
faire le calcul. Ce sont: 

1° Un Résumé du rôle des impôts payés au roi par les Juifs de 
Castille à la fin du xm e siècle ». Ce Résumé a été fait en 1290, et 
la perception de l'impôt a dû commencer en février 1291 2 . Le rôle 
qu'il contient a remplacé, à partir de cette dernière date, un rôle 
de Tolède fait sept ans auparavant, en 1284. On appelle ce rôle 
de 1291 Rôle de Huete, parce qu'on suppose qu'il a été dressé dans 
cette ville 3 ; 

2° Une pièce de 1291 qui indique l'emploi fait par le roi de 
l'impôt payé par les Juifs de Castille. On prend généralement 
cette pièce pour un complément ou une amplification de la pièce 
précédente 4 ; 

1 Cette pièce, publiée d'abord par Asso et Manuel, dans leur Discorso sobre el 
estado y condition de los Judios en Espana, a été rectifiée d'après l'original par 
Amador de los Rios, et publiée d'abord par lui dans ses Estudios sobre los Judios 
ds Espaûa, Madrid, 1848, p. 40 ; puis dans son Ehtorïa de los Judios de Espaûa, 
Madrid, 1876, tome II, p. 53 et suiv. 

2 Amador, Historia, II, 59, évidemment d'après II, 531. Reste cependant à savoir 
si c'est bien là le sens des premières lignes du document p. 531. 

3 M. Francisco Fernandez y Gonzales, dans ses Institutions juridicas del pueblo 
de Israël (Madrid, 1881), dit que ce nom ne convient pas au document (p. 175). 

4 Publiée pour la première fois par Amador, Htst., II. 531. 

T. XIV, n° 28. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

3° Un rôle des Juifs de Gastille de 1474 ». 

Yoici comment on a interprété ces documents : 

Les Juifs, dit-on, payaient un impôt de 30 deniers par tête, en 
souvenir des 30 deniers pour lesquels Jésus fut vendu, et, à la fin 
du xm e siècle, 30 deniers valaient 3 maravédis. Les deux pièces 
de 1290-91 contiennent le détail des impôts dus par chacune des 
communautés juives sous deux rubriques : servicio (aide) et 
encabezamiento (capitation). On s'est naturellement dit que cet 
impôt de capitation devait représenter les 30 deniers (ou 3 mara- 
védis) dus par chaque Juif. Or, d'après le Résumé (1290), le total 
de cet impôt est de 2,584,855 maravédis 2 ; en prenant le tiers, 
on a le nombre de Juifs vivant en Castille en 1290. Cela ferait 
861,618 âmes/ 

Tous ceux qui, en reproduisant ou en utilisant ces pièces de 
1290-91 3 , ont cherché à en tirer le nombre des contribuables, 
ont calculé de la sorte. 

M. Graetz a fait le même usage du document de 1474. Le total 
de l'impôt détaillé dans la pièce est de 450,300 maravédis, 
M. Graetz en conclut que cette somme représente l'impôt de 
150,000 Juifs 4 . Il en résulterait que, de 1290 à 1474, la popula- 
tion juive, en Castille, malgré de nouvelles acquisitions de terri- 
toires, aurait subi l'énorme diminution de cinq sixièmes. 

Dapuis longtemps nous ne croyons pas à ces calculs, et nous 
avons, à maintes reprises, entretenu de nos doutes notre savant 
ami M. Fidel Fita, de Madrid. Pour répondre à toutes les ques- 
tions que soulève l'examen de nos documents 5 , il faudrait, avant 
tout, en avoir le texte entier, avec les préambules ou autres pas- 
sages peut-être omis. Il faudrait s'assurer également que le docu- 
ment de 1291 est bien une amplification de celui de 1290. On peut 
en douter, car les chiffres ne sont pas toujours d'accord et cer- 
taines provinces indiquées en 1290 manquent en 1291 c . Il faudrait 

1 Dans Amador, Historia, III, 590; résumé ibid., p. 171. Dans ce résumé, il fau 
lire, pour Ségovie, 19,050 ; de sorte que le total est 450,300, non 451,000. La pièce 
est reproduite partiellement dans Lindo, History of the Jews in Spain, Londres, 
1848, p. 242. 

2 Amador, Historia, II, p. 58, compte, par erreur, 2,564,855. 

3 Amador, l. c. ; Jost, Gesch. der Israeliten, t. VI, p. 381 ; Encyclopédie Ersch 
et Gruber, article Judoi, p. 214 ; Lindo, l. c, p. 109 ; Graetz, Gesch. d. Juden, 
2-édit., t. VII, p. 55. 

4 Graetz, ibid., 2 e édit., t. VIII, p. 223. Amador fait, pour cette pièce, un calcul 
différent. Nous y reviendrons plus loin. 

5 Les titres donnés aux pièces par Amador sont-ils dans les originaux? N'a-t-il 
rien omis? Les indications Maravédis au haut des colonnes sont-elles de lui ou non? 

6 Quelques-unes des différences peuvent venir de fautes de copie (p. ex., Palencia, 
23,800 m. en 1290 ; 33,800 en 1291) ou de changements faits, après coup, daûs la 
répartition. 



LE NOMBRE DUS JUIFS DE CASTILLE ET D'ESPAGNE 163 

avoir le passage où il est question du rôle de Tolède de 1284, 
expliquer la mention de rôles ou répartitions de Huete et de To- 
lède qui se trouve dans l'introduction et dans divers passages du 
rôle de 1291. M. Fidel Fita se propose d'étudier ces diverses ques- 
tions d'après les originaux. Nous donnons ici un certain nombre 
d'observations qui pourront le guider dans ses recherches et con- 
tribuer à élucider la question. 

Ce qui a, tout d'abord, fait naître nos doutes, c'est qu'il nous 
semblait impossible de croire que la Castille, qui, au xv e siècle 
encore, ne comptait que 6 ou 7 millions d'habitants », ait pu, à la 
fin du xm e siècle, renfermer plus de 860,000 Juifs. Ce chiffre nous 
paraissait énorme. D'où seraient venus tant de Juifs et comment 
les aurait-on supportés à une époque où les haines religieuses 
étaient si fortes ? En y regardant de plus près, le fait devient 
autrement incroyable. L'impôt de 1290-91 devait être uniquement 
payé, à ce qu'on nous assure, par les hommes établis âgés de 
plus de vingt ans, exception faite des femmes, des enfants, et 
sûrement aussi des indigents 2 . Le chiffre de 861,618 représen- 
terait des familles, et il faudrait le multiplier par un coefficient 
pour trouver le nombre d'âmes contenues dans ces familles. Si 
l'on calcule, d'après un traité de statistique bien connu 3 , le 
nombre de personnes de moins de vingt ans contenues générale- 
ment dans une population donnée, on trouve, en faisant la 
moyenne de seize différents pays, qu'il y a, sur 10,000 âmes, 
4,596 (en chiffres ronds 4,600) personnes de moins de vingt ans ; 
restent 5,4C0 personnes au-dessus de vingt ans, et, en supposant 
que le nombre des femmes soit égal à celui des hommes (il est or- 
dinairement un peu supérieur), cela fait 2,700 hommes âgés de 
plus de vingt ans sur 10,000 âmes. Le rapport de 2,700 à 10,000 
étant supérieur à 3,5, on restera au-dessous de la vérité si, pour 
obtenir le .chiffre de la population juive de la Castille en 1290-91, 
on multiplie 861,618 par 3,5. Il faudrait donc admettre qu'à cette 
époque la population juive de Castille ait été de plus de 3 millions 
d'âmes ! C'est absolument impossible et cette interprétation des 
pièces de 1290-91 ne mérite pas d'être discutée. 

1 Prescott, History of the reign of Ferdinand and Isabella, Londres, 1838, II, 234 
(1,500,000 feux ou 6,750,000 âmes). 

2 Amador, Histo'/\, II, 58. Nous ne savons comment Amador a fait pour oublier 
ensuite cette règle dans son calcul de la population juive. 

3 Kolb, Handbuch der vergleichenden Statisùk, Leipzig, 1879, p. 482. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



II 



ESSAI D UNE INTERPRETATION NOUVELLE. 



M. Fidel Fita nous a mis sur la voie d'une autre interprétation 
qui contient certainement une grande part de vérité, mais qui, on 
le verra tout à l'heure, ne donne pas encore la vraie solution du 
problème. Il nous a fait remarquer que les chiffres provenant de 
l'impôt des 30 deniers ou 3 maravédis doivent être divisibles par 3, 
et que, dans les rôles de 1290-91, les chiffres de Y aide remplissent 
seuls cette condition 1 . En vérifiant'chaque somme détaillée, on 
trouve, dans Y aide, sur 41 nombres, 4 seulement (ceux de Villa- 
nueva, Miranda, Logroîïo et Ségovie) qui ne sont pas divisibles par 
3, et ces exceptions peuvent être attribuées à des fautes de copie ; 
dans les nombres de la capiîation, au contraire, sur 72 sommes, 
il n'y en a que 23 qui sont divisibles par 3, c'est-à-dire presque 
exactement la proportion de 1 sur 3 que l'on doit trouver dans 
toute série de nombres qui ne sont pas influencés par le chiffre 3. 
On peut en conclure que c'est Y aide et non la capitation qui, 
dans les rôles de 1290-91, représente l'impôt des 30 deniers. 

Une autre considération peut conduire à la même conclusion. 
Pour un certain nombre d'archevêchés et d'évêchés, entre autres 
pour l'archevêché de Tolède, le rôle dit Résumé de 1290 ne con- 
tient pas d'aide, mais seulement la capitation. D'où vient cette la- 
cune ? Lindo raconte - qu'à la prise de Tolède par le roi Alphonse, 
en 1085, les Juifs de cette ville demandèrent à être exemptés de 
l'impôt des 30 deniers payés au roi par les autres Juifs de Cas- 
tille, et on peut supposer que cette demande fut accueillie. La 
même exemption fut peut-être accordée à d'autres communautés 
juives. Elle existait encore au xv° siècle pour celle de Tolède. 
Èlie Capsali raconte 3 que la reine Isabelle, l'épouse de Ferdinand, 
s'étonna un jour que les Juifs de Tudèle ne payassent pas l'impôt 

1 M. Francisco Fernandez y Gonzales, dans ses Instituciones, p. 306, objecte, 
contre l'interprétation qu'on veut donner au document de 1474, que les nombres ne 
sont pas divisibles par trois, mais cette objection n'est pas fondée. Une inspection 
même superficielle de ce document montre que les nombres y sont donnés en chiffres 
ronds, on y a omis les centaines, dixaioes et unités; les rôles de 1290-91, au con- 
traire, donnent exactement les centaines, les dixaines et les unités. 

2 Mistory of the Jews in Spain, p. 57. 

3 Likkutim schonim, Padoue, 18G9, p. G3. 



LE NOMBRE DES JUIFS DE CAST1LLE ET D'ESPAGNE 46K 

des 30 deniers (Élie met "publia, sueldos, sous), on lui dit que les 
Juifs de cette ville en étaient exemptés parce que leurs ancêtres 
ne faisaient point partie de ceux qui demeuraient en Palestine à 
l'époque du second temple et n'avaient, par conséquent, pris au- 
cune part à la vente de Jésus, dont cet impôt était un souvenir l ; 
la reine considérant cette exception pour une offense (pour qui?), 
la supprima en supprimant l'impôt des 30 deniers dans tout le 
royaume. 11 est vrai qu'au commencement du xiv e siècle il semble 
que les Juifs de Tolède aient été obligés de payer les 30 deniers, 
c'est ce qui résulterait d'un passage d'une consultation du Rosch 2 
(Ascher b. Jehiel), mais l'exemption accordée d'abord a pu être 
abolie plus tard. Les lacunes dans la liste des aides de notre rôle 
de 1290 ne s'expliquent que par cette exemption et elles nous con- 
firment dans l'opinion que c'est bien Y aide qui représente l'impôt 
des 30 deniers. 

Essayons de calculer, au moyen de cette donnée, le nombre des 
Juifs de Castille en 1290. Il serait facile de remplir les lacunes du 
Résumé si l'impôt de la capitation était proportionnel à celui des 
30 deniers, mais il ne l'est pas, la proportion de la capitation à 
l'aide change d'une ville à l'autre, tout en restant généralement 
dans de certaines limites qui varient entre 1 et 5, en chiffres 
ronds. A défaut d'autre procédé, nous prendrons, dans le calcul 
qui va suivre, la moyenne de ce rapport. Le Résumé, d'après 
YHistoria d'Amador, donne, pour l'impôt payé par les Juifs, les 
résultats suivants : 

Total de l'aide il 6. 490 maravédis. 

Capitation sans aide 1.786.976 — 

Capitation en sus de l'aide 797.879 — 



Total 2.804.345 maravédis 



Si l'on représente par œ le chiffre de l'aide qui manque, on a la 
proportion suivante : 

x 216.490 



4.786.976 797.879' 



1 Les Juife de Tolède avaient produit exactement le même argument. Il était in- 
voqué aussi, à l'occasion, par diverses communautés juives d'Allemagne quand elles 
demandaient à être exemptées du tiers denier, équivalent des 30 deniers espagnols. 
— On peut se demander si Elie Capsali ne met point, par erreur, Tudèle au lieu de 
Tolède. 

2 Ses consultât., édit., Venise, 1552, p. 13 ; cité par Cassel, Encyclop. Ersch et 
Gruber, l. c, p. 214, note 22. 



166 RKVUE DES ETUDES JUIVES 

d'où il résulte que x = 484 . 863 maravédis 

ajoutons-y l'aide mentionnée dans le Résumé. 216.490 — 



on aura, pour le total de l'aide 701 . 353 maravédis ; 

et, en divisant par 3, on aura le nombre de 

familles 233.784. 

Nous n'hésitons pas à dire que ce chiffre est tout aussi inadmis- 
sible que le chiffre de 860,000. Il donnerait, en multipliant par 
3.5, une population juive de 818,244 âmes. Le chiffre exact (si 
sur 10,000 âmes il y a 4,596 personnes des deux sexes âgées de 
20 ans et au dessus) serait de 865,226. On verra plus loin pourquoi 
nous rejetons ces gros nombres. 

On pourrait et on doit, à la vérité, se demander s'il est bien 
exact que les 30 deniers étaient uniquement payés par les hommes, 
à l'exclusion des femmes et des enfants, et si la limite d'âge était 
bien 20 ans, et enfin si, dans le cas où de pareilles règles auraient 
prévalu plus tard, elles existaient déjà en 12')0. Ce sont des ques- 
tions qui demandent à être examinées de près et que nous ne 
sommes pas en mesure d'étudier avec les documents dont nous 
disposons. Dans tous les cas, il y a divergence, chez les auteurs, 
sur la limite d'âge. Amador, comme on Ta vu, la fixe à 20 ans ' ; 
Lindo, à 16 ans 2 ; dans un document de Ségovie, daté de 1412, et 
sur lequel nous reviendrons plus tard, elle est fixée à 14 ans 3 . Si 
on prenait une de ces dernières limites, il faudrait réduire environ 
d'un quart le chiffre de 865,226 âmes que nous venons de trouver 4 . 
Mais, lors même que l'on admettrait que les 30 deniers étaient 
payés par chaque personne juive, aussi bien par les femmes et les 
enfants que par les personnes du sexe masculin âgées de 14 ou 16 



1 Cependant, pour Séville, il parle de seize ans {Historia, II, 127]. 

2 History, p. 57, 109, 135. 

3 M. Fidel Fita, dans Boletin de la Real Academia de la Historia, de Madrid, 
lome IX, novembre 1886, p. 371. 

4 D'après l'ouvrage de Kolh cité plus haut, même page, il y aurait, en moyenne, 
sur 10,000 âmes, 6,475 personnes âgées de quinze ans et au-dessus, soit 3,237 per- 
sonnes du sexe masculin. Cela ferait, pour 233,784 personnes du sexe masculin 
âgées de plus de quinze ans, une population totale de 722,112 âmes. Si l'on admet- 
tait que les femmes au-dessus de vingt ans (ou quinze ans) payaient également les 
30 deniers, on aurait une population de 432,613 âmes pour la limite de vingt ans, 
une population de 361,056 pour la limite de quinze ans. Les tableaux dont nous dis- 
posons ne nous ont pas permis de faire le calcul pour les limites de quatorze et 
seize ans. S'il est vrai, comme on nous l'assure (R. Nissim, Consultations, n° 48) 
que dans la Castille les Juifs avaient ordinairement deux femmes, ces résultats se- 
raient en partie altérés. On peut, du reste, donner au passage de la consultation de 
R. Nissim un autre sens : il peut signifier (et c'en est le vrai sens, à notre avis) qu'en 
Castille les Juifs avaient quelquefois deux femmes et que c'était l'usage, parmi eux, 
de ne pas condamner absolument la polygamie. 



LE NOMBRE DES JUIFS DE CASTILLE ET D'ESPAGNE 167 

ans et au-dessus, et qu'on en conclurait que le nombre des Juifs 
de Castille, en 1290, était de 233,784 âmes, nous serions encore 
forcé de repousser ce chiffre comme extrêmement exagéré, nous 
en dirons les raisons plus loin. Il n'y a, à notre avis, que deux ex- 
plications possibles des documents de 1290-91 : ou bien l'impôt dit 
des 30 deniers était en réalité supérieur à 30 deniers par tête, et le 
nom de « 30 deniers » n'était qu'une étiquette destinée à rappeler 
l'origine de cet impôt 1 , ou bien les chiffres des rôles de 1290-91 
représentent, non pas l'impôt d'une année, mais celui de plu- 
sieurs années. Si le rôle de Tolède de 1284 a été fait pour 7 ans, 
pourquoi celui de 1290-91 n'aurait-il pas également été fait pour 
un certain nombre d'années ? 



III 

LE DOCUMENT DE 1474. — UN DOCUMENT DE SÉGOVIE. 



Examinons maintenant le rôle de 1474 2 . 

Il ne contient qu'une seule espèce d'impôt, qui paraît bien être 
notre impôt des 30 deniers ; comme ce dernier dans le document 
de 1290-91 , il est appelé service (aide). Cette aide paraît avoir été, à 
cette époque, augmentée de moitié, c'est-à-dire portée à 45 deniers 
au lieu de 30, car elle s'appelle, dans la pièce de 1474, service et 
demi-service. 

Le total de cette aide et demi-aide est de 450,300 maravédis 3 . 

Cette fois-ci, on est sûr que la somme à payer indiquée par la 
pièce était due pour une seule année, le préambule de la pièce le 
dit formellement. 

Les territoires auxquels s'applique cet impôt sont à peu près 
ceux de la pièce de 1290. Il manque, en 1474, l'évêché de Cuenca 
et le territoire de Murcie ; par contre, il y a en sus les évêchés 
de Salamanque (avec Ciudacl Rodrigue) et de Zamora. Nous négli- 
geons ces petites différences. 

En revanche, les indications que donne Amador 4 sur le sens de 



1 C'est ce qui s'est passé en Allemagne. Le petit texte publié par M. Fidel Fita 
[l. c.) exclut formellement cette interprétation. 

2 II a été publié par Amador., Historia, III, 590, et résumé III, 171. 

3 C'est le total qu'on obtient en vérifiant les chiffres de la pièce détaillée. Amador 
[ibid., p. 171) a mis par erreur, pour l'évêché de Ségovie, 19,750 au lieu de 19,050. 

4 Ibid., p. 170. A la ligne 20, il faut probablement lire 1290 au lieu de 1295. Le 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cet impôt de 1474 sont assez embarrassantes. Il dit * qu'à cette 
époque chaque Juif payait, pour le service et demi-service en- 
semble, 45 maravédis (non deniers), et que le maravédis valait 16 
deniers (non plus 10 deniers). Si chaque chef de famille payait 
45 maravédis, le nombre des familles juives de cette époque, en 
Gastille, aurait été de 10,000 environ 2 , formant 40.000 âmes, ou, si 
Ton veut, 50,000 âmes. Il ne serait pas du tout impossible que ce 
fût le chiffre véritable, mais il serait étonnant que l'impôt des 
30 deniers eût été augmenté dans une si forte proportion. Si, au 
contraire, Amador a mis par erreur 45 maravédis au lieu de 45 de- 
niers, le maravédis étant à 16 deniers, le nombre des familles 
juives serait de 160,000, chiffre qui nous paraît aussi extravagant 
que ceux que nous avons trouvés précédemment. 

Si l'on s'arrête au chiffre de 50,000 âmes, qui nous paraît un peu 
faible, mais qui est cependant admissible, il ne faudrait pas en 
conclure, comme l'ont fait Amador, M. Graetz et d'autres, que de- 
puis 1290 la population juive de Castille avait beaucoup diminué. 
Oui, il n'est que trop vrai, les massacres de 1320-21 (pastoureaux), 
la peste noire en 1348, les massacres et les conversions forcées des 
années 1391 à 1415, sous l'action de Vincent Ferrer, de Fanti-pape 
Benoît XIII et de la reine Catalina, ont dû faire subir à la popula- 
tion juive de Castille des pertes considérables, mais l'imagination 
est aisément portée à les exagérer, on ne peut surtout pas assassi- 
ner et baptiser tant de gens, il y a des limites matérielles à la rage 
des meurtriers et des convertisseurs, et l'accroissement naturel de 
la population juive (c'est-à-dire l'excédent des naissances sur les 
décès), accumulé depuis près de deux siècles, a dû compenser en 
grande partie les pertes. Il ne faut donc pas nous parler d'une di- 
minution de la moitié ou des cinq sixièmes. 11 y a eu, évidemment, 
beaucoup de Juifs tués et baptisés, mais il y a eu surtout, à partir 
de 1391, une persécution légale qui a ruiné les Juifs et les a réduits 
à la misère. C'est là qu'il faudra chercher principalement l'expli- 
cation de la réduction des impôts des Juifs, si cette réduction est 
véritable. Jusqu'à présent, elle n'est pas encore prouvée. 

M. Fidel Fita, dans un travail sur les Juifs de Ségovie dont 
nous avons déjà parlé plus haut 3 , nous fournit quelques données 



sens de l'ordonnance de 1442, mentionnée en note, n'est pas indiqué. Nous ne sa- 
vons si M. Fernandez y Gonzales (Instit., p. 306, note 1) a vu cette ordonnance ou 
a tout simplement interprété les indications d'Amador. 

1 L. c, p. 170 et 171. 

2 Amador, p. 171, arrive à un chiffre de 12,000 familles, nous ne savons comment. 

3 Bohtin, 1886, p. 344 et suiv.; les chiffres dont nous allons nous servir se trou 
ventpa^es 369 à 371. 



LE NOMBRE DES JUIFS DE GASTILLE ET D'ESPAGNE 169 

que Ton voudrait utiliser pour élucider la question qui nous oc- 
cupe, mais qui soulèvent, à leur tour, des difficultés provisoire- 
ment insolubles. Dans révôché de Ségovie on avait pris l'habitude 
de vendre à un fermier l'impôt des 30 deniers. Pendant les années 
1323 à 1404, la ville de Sepulveda, qui fait partie de cet évêché, 
percevait pour cette ferme, une somme allant de 143 à 301 mara- 
védis par an. Le produit de l'impôt devait être un peu supérieur 
à cette somme, puisqu'il devait comprendre, outre le prix de la 
ferme, les frais de perception et le bénéfice des fermiers. Mettons 
que. le produit ait été de 320 ou 330 maravédis '. Or, dans le do- 
cument de 1290, l'aide (les 30 deniers) de Sepulveda se monte à 
5,040 maravédis. La différence est énorme et on se demande com- 
ment on peut concilier ces deux chiffres. La différence des dates 
n'est pas assez grande pour qu'on puisse supposer un grand chan- 
gement dans le chiffre de la population juive et dans la valeur du 
maravédis. On pourrait supposer aussi que le prix payé par les 
fermiers est uniquement donné à titre d'hommage et ne repré- 
sente nullement la valeur de l'impôt ; certains détails indiqués par 
M. Fita, d'après les documents, justifieraient cette hypothèse (il 
y a des villes, entre autres Ségovie, où l'impôt est quelquefois 
affermé à un prix qui semble dérisoire), mais si elle était vraie, 
on ne voit pas pourquoi le chiffre de la ferme varie d'une année à 
l'autre. La seule explication possible nous paraît être celle que 
nous avons déjà suggérée plus haut : c'est que les chiffres du do- 
cument de 1290-91 représentent l'impôt de plusieurs années. 



IV 



CRITIQUE DES HYPOTHESES PRECEDENTES. — LES RECENSEMENTS 
DES JUIFS EN GÉNÉRAL. 



Voici les raisons qui nous ont fait rejeter les chiffres élevés 
qu'on propose pour l'évaluation du nombre des Juifs de la 
Castille. 

Tout d'abord, l'imagination des écrivains chrétiens a beaucoup 
exagéré le nombre des Juifs aussi bien que leur fortune, et les his- 
toriens juifs de notre époque ont trop longtemps répété docilement 



1 Dans la perception de l'impôt de Perpignan que nous a,vons étudié (précédent 
numéro de la Revue), les frais et bénéfices se montent tout au plus à deux pour cent. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ou naïvement ces exagérations. Les chroniqueurs juifs contem- 
porains étaient souvent mal renseignés, ils évaluaient au jugé, et 
l'on sait que ces évaluations sont toujours 2, 3, et 4 fois trop 
fortes. Il ne faut donc pas croire sans preuves ce qu'on raconte 
du chiffre élevé de la population juive d'Espagne. Toutes les fois 
qu'on peut, au moins dans les pays romans et en Espagne même, 
contrôler les chiffres, on s'aperçoit que généralement les commu- 
nautés juives ne sont pas très populeuses et ne forment pas de 
bien grandes agglomérations. En voici quelques preuves. 

A Paris, où l'on s'attendrait pourtant à trouver une communauté 
juive importante, la population juive, en 1296 et 1297, se compo- 
sait, en tout, de 82 chefs de famille 1 . Celle de Carpentras, entre 
les années 1277 et 1600, varie entre 12 et 119 chefs de famille ; 
même en 1742, à l'époque où elle atteint son plus grand dévelop- 
pement, elle est de 168 familles ou 752 âmes 2 . A Avignon, en 
1358, il y a 210 familles juives 3 , et en 1570, d'après une note ma- 
nuscrite recueillie par nous dans Fornery, ce chiffre n'avait guère 
varié, puisqu'il était d'environ 800 âmes. A Marseille, en août 
1492, il n'y a, à ce qu'il semble, que 15 juifs adultes présents dans 
la ville, et le nombre des absents ne peut pas avoir été bien supé- 
rieur à ce chiffre 4 . Le nombre des chefs de famille juifs de Tré- 
voux, en 1429, est de 15 5 , celui des chefs de famille juifs de six 
villes du Dauphiné, en 1390, paraît être en tout de 24, quoiqu'il 
ait souvent été, à n'en pas douter, supérieur à ce chiffre . A Per- 
pignan, en 1413-14, suivant l'étude que nous avons publiée 7 , il y 
avait, au plus, 180 chefs de famille juifs. Le plus fort chiffre que 
nous ayons trouvé, pour le moyen âge, dans les limites de la 
France actuelle, est celui de la population juive d'Aix en 1341 : 
elle comptait 203 feux formant un total de 1207 personnes 8 . 

Si de la France nous passons en Espagne, nous constatons le 
même phénomène : petites communautés, en général. Une liste de 
1383, à la vérité partielle, mais contenant cependant, à ce que 
nous croyons, les noms d'un grand nombre de Juifs de la commu- 
nauté, compte à Barcelone 65 chefs de famille 9 . Une autre liste, 
de la même ville, datée de 1391, énumère les Juifs de Barcelone 



1 Le rôle des Juifs de Paris, Bévue, I, 63. 

8 Histoire des Juifs de Carpentras, Bévue, XII, 190, 

3 De Maulde, Les Juifs dans les États français du Saint-Siège, Paris, 1886, p. 5. 

4 Un convoi d^exilés d'Espagne, Bévue, IX, 67. 

5 Bévue, X, 35. 

G Prudhomme, Les Juifs en Dauphiné', Grenoble, 1883, p. 100. 

7 Bévue, t. XIV, p. 65. 

s D^près une pièce inédite des Archives départem. des Bouches-du-Rhône. 

9 Bévue, IV, 62. 



LE NOMBRE DES JUIFS DE CASTILLE ET D'ESPAGNE 171 

qui, sous la pression des déplorables événements de cette année, 
s'étaient baptisés : ils sont, en tout, 135 chefs de famille ou adultes, 
soit 450 (ou 520) âmes ! ; si l'on y ajoute les 250 personnes (chiffre 
peut-être exagéré) tuées dès le début de l'émeute (d'après le récit 
de Hasdaï Crescas 2 ), environ 100 personnes tuées probablement 
lors de l'attaque du château où les Juifs s'étaient réfugiés (d'après 
le même récit), et environ 50 personnes qui parvinrent à s'enfuir, 
on obtient en tout 855 (ou 915) âmes. A Palma, en cette môme an- 
née 1391, on dit que 300 Juifs furent tués et que les autres furent 
obligés de se baptiser, que 800 se réfugièrent dans le château royal 
(où ils furent préservés) et que les autres se baptisèrent 3 . Nous 
avons la liste nominative de ces Juifs baptisés, elle se trouve 
dans l'étude de M. Quadrado que nous analysons dans le pré- 
sent numéro de la Revue, et elle se monte, au maximum, à 
111 chefs de famille ou adultes, soit 388 ou 444 personnes ; cela 
ferait, au maximum (et si le chiffre des 800 réfugiés n'est pas exa- 
géré), 1,540 personnes. Valence aurait compté, à cette époque, 
1,000 Juifs 4 . I! est vrai qu'à Séville, en cette même année, Hasdaï 
Crescas évalue la population juive à 6,000 ou 7,000 âmes, mais il 
était loin de Séville et peut-être mal renseigné 5 . On dit qu'on y 
tua, dans l'émeute de 1391, plus de 4,000 Juifs, ce qui nous paraît 
absolument impossible 6 . Nous avons peine à croire aussi au mas- 
sacre de 2,000 Juifs, en cette année, à Cordoue 7 . On dit qu'à Va- 
lence il en périt quelques centaines, à Lérida 75 s . A Tolède, de 
1358 à 1360, il y aurait eu 12,000 Juifs, mais on avance ce chiffre 
sans preuves 9 . Nous ne savons si les listes de Manresa, pour les 
années 1294-1302, publiées dans cette Revue 10 , sont complètes et 
nous autorisent à dire que la ville n'a pas contenu, à cette époque, 
plus de 45 familles juives. La ville de Malaga, prise sur les 
Maures en 1496, aurait, à cette époque, contenu 1,000 Juifs 11 . 
Tudèle, qui autrefois aurait eu 500 familles juives, n'en avait 
que 270 en 1366, et 200 en 1386 12 . En 1366, après la peste noire, 
il est vrai, on ne trouva, dans toute la Navarre, Tudèle comprise, 

1 Ibid., p. 58. 

2 Dans Schevet Jehuda, trad. Wiener, p. 261 (hébr. p. "129). 

3 Ibid. et Revue, IV, 38 et 39 ; Amador, Historia, II, 398. 

I Schevet Jehuda, trad. Wiener, l. c. 
3 Ibid,, p. 260. 

6 Amador, historia, II, 358. 

7 Ibid., p. 362. 

8 Ibid., p. 298, note. 

9 Ibid., p. 236.- 

10 T. V, p. 287. 

II Capsali, Likkutim, p. 65. 

12 Amador, Historia, II, 285 ; Lindo, p. 168. 



172 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que 423 familles juives (89 à Estelle, 18 à Falces, 1 à Larraga, 
10 à Peralta, 25 à Sangùesa, et 10 à Tafalla i ). M. Fidel Fita nous 
a donné autrefois la liste nominative des Juifs de Talavera en 
1477 a : elle se monte à 168 contribuables. A Castellon de Plana, 
enfin, en 1450, il y avait 31 familles juives 3 . Voici enfin quelques 
chiffres concernant les Juifs de Sicile et empruntés à l'étude de 
Zunz sur les Juifs de cette île 4 : Messine, vers 1170, 200 âmes, 
180 familles en 1453; Castrogiovanni, vers 1400, 16 feux ou 80 fa- 
milles ; Trapani, 200 âmes en 1439; San Marco, 350 âmes en 1492. 
On estimait que toute la population juive de Sicile, en 1492, se 
montait à 100,000 âmes, répandues dans environ 50 localités. Les 
chiffres détaillés ci-dessus autorisent probablement à réduire leur 
nombre à 20,000 ou 30,000 au plus. 

Voici d'autres chiffres, qui ne sont pas empruntés, comme la 
plupart des précédents, à des recensements précis et qui doivent, 
pour cette raison, être considérés souvent comme suspects d'exa- 
gération. Ceux de Benjamin de Tudèle (1160-73) sont générale- 
ment modérés. On les trouvera ici 5 , nous avertissons seulement 
qu'il compte par « Juifs », c'est-à-dire, en apparence, par âmes, 
mais que ses chiffres paraissent représenter des chefs de famille : 
Lunel, environ 300 Juifs ; Posquières, 40 (ou 400 d'après une au- 
tre version) ; Bourg Saint-Gilles, 100 ; Arles, 200 ; Marseille, 300; 
Gènes, 2; Pisé, 2; Lucques, 40; Borne, 200; Capoue, 300; Ve- 
nise, en 1152 (Graetz), 1,300 âmes; Naples, 500 Juifs ;Salerne, 600; 
Amalfi, 20; Bénévent, 200; Melfi, 200; Ascoli, 40; Trani, 200; 
Tarente, 300; Brindisi, 10; Otrante, 500; Messine, 200; Pa- 
ïenne, 1,500 environ. A Tolède, au xn e siècle, il y aurait eu 12,000 
Juifs c , mais c'est probablement une exagération 7 . 

1 Amador, ibid.\ cf. Kayserling, Die Jucten in Navarra, p. 45 et suiv. M. Kays. a 
encore, Leran, 4 fam.; Monreal, 14 fam.; Viana, 45 l'ara.; Pampelune, probablement 
220 l'am. 

2 Dans ses Datos epigraficos e historicos de Talavera de la Reina, Madrid, 1883, 
p. 74. 

3 D'après l'étude analysée par nous dans le précédent numéro. 

4 Dans son Zur Geschichte und Literatur, pages 505, 507, 508. 
s Comparez Graetz, t. VI, 2 e éd., p. 222 à 227 et 262. 

6 Ibid., p. 207. A Blois, en 1171, il y avait 40 Juifs [Emek habbakha, trad. 
Wiener, p. 29). Nous ajoutons quelques chiffres tirés de Graetz, l re édition : Palerme, 
vers 1490, 850 familles (t. VIII, p. 260) ; Venise et Rome, fin xvi° siècle, chacune 
de 1,000 à 2,000 Juifs ; Mantoue, 1,844 Juifs (IX, 500) ; Rome, 200 pères de famille, 
fin xvi e siècle (IX, 503); Amsterdam, vers 1620. 400 familles portugaises (IX, 503); 
Hambourg, 1612, environ 230 adultes portugais, à ce qu'il semble (X, 18) ; Mantoue, 
XVI e siècle, 500 à 1,000 Juifs (X, 48) ; Venise, xvn» siècle, 6,000 Juifs (X, 145) ; 
Amsterdam, en 1671, 4,000 familles portugaises (X, 257) ! Usque. Consol., 3 e partie, 
n° 24, dit qu'à Grenade, en 1288, il y aurait eu 1,500 maisons juives; Schebet Je- 
huda, n° 5. Londres, Sch. J., n° 18. 

7 Voici quelques chiffres concernant les communautés juives de 1 Allemagne. En 



LE NOMIMK DES JUIFS DE CASTILLE ET D'ESPAGNE 173 



RECHERCHE SUR LE NOMBRE DES JUIFS EXPULSÉS D'ESPAGNE. 



Le problème dont nous nous occupons est étroitement lié au 
problème suivant : Quel est le nombre des Juifs expulsés d'Es- 
pagne en 1492 ? 

Les récits qu'on a de cette expulsion sont d'une insuffisance 
criante. Il est incroyable que, sur cet événement qui fut d'une si 
grande importance pour les Juifs et pour l'Espagne, nous ne pos- 
sédions que les renseignements les plus vagues et les plus confus. 
Les chroniqueurs juifs, trop peu renseignés pour le retracer dans 
son ensemble, se bornent à en raconter quelques épisodes émou- 
vants ; les historiens et chroniqueurs espagnols font à peu près 
de même. Le récit le plus circonstancié qui paraît en avoir été 
fait est celui de Bernaldez, curé de los Palacios, dans sa Cronica 
de los Reyes Catolicos \ mais cet ouvrage est encore inédit et les 
extraits qu'en donnent les auteurs, d'après le manuscrit, sont, en 
ce qui concerne le nombre des Juifs émigrés, peu d'accord entre 
eux et même contradictoires. 

La plus grande divergence règne, entre les écrivains et chroni- 
queurs, dans l'évaluation du nombre de Juifs exilés par redit de 



1096 (première croisade), il y aurait eu 800 Juifs tués à Worras et plus de 1,300 à 
Mayence (Graetz, ibid. , p. 95, 96), mais, d'après une étude que prépare M. Moritz 
Stern (Analekten z. Gesch. der Juden), on n'a pu relèvera Worms, en 1096, que 
les noms ou l'indication de 434 personnes au plus. En 1348, le nombre des Juifs de 
Strasbourg aurait été d'environ 2,000 ; il y en aurait eu 3,000 à Erfurt, 6,000 de tués 
à Mayence, 400 Juifs en tout à Worms (Graetz, tome VII, 2 8 édit., pages 371, 
372, 375). A Cologne, le nombre de maisons possédées (et probablement habitées) 
en tout par les Juifs, avant 1349, était de 58 (Weyden, Gesch. d. Juden in Kôln, 
Cologne, 1867, p. 330). Avant l'expulsion de 1241, Francfort-sur-Mein comptait 
200 Juifs (familles juives?), chiffre qui ne fut plus atteint, dans cette ville, pendant 
tout le moyen âge {Ztschr. fur die Gesch. d. Juden in Deutschland, I, 291, d'après 
Bûcher, Die Bevôlkcrung von Frkf. a. M.. ., Tubingue, 1886). Ajoutons qu'à York, 
en 1190, on dit qu'on tua 500 Juifs (Graetz, V, 2 e édit., p. 247), et qu'à Londres, en 
1241, il y aurait eu 2,000 familles juives (Emek habbakha, trad. Wiener, p. 41). — 
En 1338, Nurenberg avait 212 adultes juifs, hommes et femmes (Ziemlich, Machsor 
Niïrnberg, Berlin, 1886, p. 8, d'après Wulfer). 

_ * D'après la Bibliographie castillane de Hidalgo, son Historia de los Reyes Cato- 
licos aurait été imprimée à Grenade en 1850, mais nous n'avons pas pu en voir 
d'exemplaire, et nous nous demandons si cet ouvrage n'est pas identique à la Cro- 
nica. Les historiens qui s'occupent des Juifs ne parlent que de sa Cronica manus- 
crite. 



174 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ferdinand et Isabelle (1492) » : 170,000 familles ou 800,000 âmes 
(Mariana), 600,000 âmes (Yahya), 500,000 (Luzzatto), plus de 
420,000 (Aboab), 400,000 (Zurita), 300,000 (Abravanel 2 ), 180,000 
à 170,000, ou 105,000 ou 90,000 (Amàdor, Estudios ; La Fuente, 
Prescott ; Bernaldez, invoqué en témoignage par tous ces histo- 
riens) ; 35,000 familles (Bernaldez, dans Prescott, II, 148 ; v. Ersch. 
et Gr., p. 225) 3 , 15,000 à 16,000 familles (Bernaldez, d'après deux 
Juifs baptisés, dans Prescott, II, 234). La même incertitude règne 
sur le nombre des Juifs expulsés qui auraient pénétré en Portugal. 
Josef Haccohen les estime à 600 familles ; Samuel Usque, à 1,600 
maisons ; Goes, à 2,000 maisons ou 200,000 âmes ; Abraham 
Zaccuto, à plus de 120,000 âmes 4 . Sur les données de Bernaldez, 
les écrivains qui le citent ne sont pas d'accord 5 : les uns donnent 
un total de 93,000 âmes; les autres de 105,000 âmes; d'autres 
parlent de 93,000 ou 105,000 familles ; d'autres enfin (Amador) 
considèrent ces chiffres comme représentant le total des Juifs 
expulsés de Gastille et d'Aragon, quoique les indications de Ber- 
naldez paraissent bien indiquer (d'après les citations qu'on en a) 
qu'il compte ici uniquement les Juifs qui sont venus en Portugal 
des provinces espagnoles limitrophes G . 

Que peut-on tirer de pareilles indications? Rien du tout. Nous 
croyons, dans tous les cas, qu'il faut accorder la préférence aux 



1 Voir Graetz, Gesch., VIII, 2 e édit., p. 340; Encyclopédie Ersch et Gruber, l. c, 
p. 226; Amador, Estudios, p. 208 ; Historia, III, 316; Prescott, History, etc., II, 229 
à 234; Lindo, L c, p. 285 et suiv. 

2 M. Graetz a acceplé de préférence le chiffre de 300,000, pour les raisons sui- 
vantes : 1° Abravanel, à titre de financier et d'homme pratique, devait être bien in- 
formé ; 2° le document de 1474 (dont nous avons parlé plus haut) indique la présence 
de 150,000 Juifs en Castille ; l'Aragon et la Navarre ensemble devaient en avoir à 
peu près autant, ce qui fait 300.000, comme le dit Abravanel. A quoi il faut ré- 
pondre : 1° quoique financier, Abravanel paraît n'être pas bien au courant, ce qu'il 
raconte de l'expulsion est bien superficiel ; 2° on a vu plus haut que l'interprétation 
donnée du document de 1474 est très incertaine ; 3° la superficie de l'Aragon et de la 
Navarre étant environ le tiers de celle de la Castille, il n'y a pas de raison pour que 
ces deux pays aient eu autant de Juifs que la Castille ; les communautés juives 
semblent y avoir été, au contraire, plus petites et moins nombreuses relativement 
qu'en Castille. Prescott (II, 234) rapporte qu'on supposait (à tort ou à raison) que la 
Castille contenait les 5/6 des Juifs d'Espagne. 

3 Amador, Historia, III, 316 (note), dit que d'après Bernaldez il y aurait eu en 
Castille 30,000 familles juives et 6,000 en Aragon, ou ensemble 160,000 âmes (4,5 
par famille). 

4 Voir la traduction allemande de YEmek habbakha, de Josef Haccohen, par Wie- 
ner, p. 68, et les notes 237 et 240 ; Graetz, VIII, p. 357 ; Yokasin, édit. Filipowski, 
p. 227; Capsali, Lxhkutim schoniwi, p. 74; à la p. 76, Capsali fait partir 60,000 Juifs 
espagnols du Portugal. 

5 Amador, Estudios, p. 208 ; Lindo, p. 287 ; Graetz, VIII, 357-358. 

6 Dans les 30,000 du pays de Saragosse, dont parle Amador (L c), il y a proba- 
blement une faute; nous supposons qu'il faut lire Zamora au lieu de Saragosse. 



LE NOMBRE DES JUIFS DE CASTILLE ET D'ESPAGNE \1Y> 

chiffres les moins élevés, et qui varient, pour le nombre des 
exilés de Gastille et d'Aragon, entre 15,000 à 16,000 et 30,000 fa- 
milles, ce qui ferait, à quatre personnes par famille, 60,000 à 
120,000 âmes. Le chiffre de 120,000 âmes est encore Lien élevé. 
A-t-on suffisamment réfléchi, en adoptant ces gros chiffres, -à 
l'impossibilité matérielle du déplacement et de l'émigration de 
200,000 ou même de 100,000 personnes, partant en même temps, 
à une époque où les routes étaient souvent mauvaises, et les 
moyens de transport par terre et par mer assez médiocres? Que 
l'on pense au trouble et aux désordres d'un pareil exode, aux 
difficultés de locomotion, d'alimentation, d'embarquement. L'édit 
d'expulsion avait été signé le 31 mars 1492, renouvelé ou plutôt 
publié à son de trompe fin avril 1 , et le délai accordé allait jus- 
qu'au 31 juillet ou 1 er août. Les Juifs ne partirent guère avant 
l'expiration du délai, ils espéraient fléchir le roi, ils avaient à ré- 
gler leurs affaires avec le trésor public et les conseils munici- 
paux, à payer leurs créanciers et se faire payer de leurs débiteurs, 
à vendre leurs immeubles et leurs meubles encombrants. Le délai 
de quatre mois n'était pas de trop pour liquider toutes ces ques- 
tions d'intérêt et on peut supposer que le départ ne se fit qu'au 
dernier moment, avec tous les embarras et tout le désordre d'un 
voyage précipité. Il est même probable et presque certain que les 
opérations d'embarquement durèrent plusieurs jours 2 . Les écri- 
vains juifs ont, par un sentiment naturel, fait coïncider le départ 
général avec le jour du 9 ab (2 août), anniversaire de la prise de 
Jérusalem, mais il est certain pour nous que le départ n'a pas été 
simultané et que des retards se sont produits fatalement. Il n'est 
donc pas nécessaire de supposer qu'un délai d'un ou de deux jours 
de plus ait été accordé aux Juifs sur leur prière 3 . Même dans 
l'hypothèse de départs successifs, quoique assez rapprochés les 
uns des autres, un pareil exode, effectué dans de trop grandes 
proportions, nous paraît impossible. Les exilés seraient morts de 
faim en route 4 et n'auraient pas trouvé, dans les ports, devais- 
seaux suffisants pour les transporter. 



» Voir Graetz, VIII, 2° édit., p. 332. 

2 Le convoi de 118 Juifs aragonais qui fut amené à Marseille {Revue, X, G6) y 
arriva probablement vers le 19 ou 20 août, le capitaine qui avait capturé ces Juifs se 
mit en relations avec la communauté juive de Marseille le 21 août ; le 24 août, un 
convoi d'exilés arrive à Naples (Wiener, l. c, partie hébr., p. 17), ces convois peu- 
vent avoir erré quelque temps sur mer, mais ils peuvent aussi être partis d'Espagne 
assez tard ; la durée du voyage pour aller d'Espagne à Marseille ou à Naples n'est 
pas très longue. 

3 Graetz, VIII, 2° édit., p. 339. 

4 Cela est, en ell'et, arrivé en partie. Voir Yohasin et autres. 



176 RKVUK DES ETUDES JUIVES 

On nous dit, il est vrai, que le roi avait fait préparer des vais- 
seaux et que l'appât du gain avait attiré dans les ports beau- 
coup de navires venus de tous pays, Biscaye, Catalogne, Gastille, 
Gênes et Venise, aussi nombreux que le sable de la mer 1 , mais, 
en y regardant de plus près, on voit qu'il faut en rabattre. Le roi 
Ferdinand avait réuni, sous les ordres de Pedro Cabron, à Port- 
Maria et à Gibraltar, une petite flotte de vingt-cinq bateaux à 
voiles pour conduire les exilés à Oran ; les dix-sept bateaux qui 
prennent les exilés à Garthagène puis à Malaga font partie de cette 
flotte, ils sont commandés par le même capitaine Cabron 2 . Ces 
dix-sept bateaux sont probablement les mêmes que les seize ba- 
teaux qui, suivant Josef Haccohen 3 , partent le vendredi 10 ab 
(3 août) de Carthagène avec les exilés juifs à bord. Nous ne savons 
si les neuf bateaux qui amènent des exilés à Naples 4 font aussi 
partie de cette flotte. Il est vrai qu'on nous dit qu'il y a eu des 
départs sur d'autres points, à Valence, Barcelone et autres ports 
de l'Aragon et de la Catalogne 5 . On nomme encore les ports sui- 
vants : Cadix, Tortose, Saragosse, Santander et Laredo G . La 
contenance des vaisseaux de transport ou le nombre de Juifs dont 
ils se chargeaient ne devait pas être considérable. Le convoi de 
Juifs aragonais amené à Marseille n'était que de 118 personnes 7 , 
un bateau partant plus tard de Lisbonne contient 250 Juifs s , Cap- 
sali parle de 60,000 Juifs transportés sur 120 vaisseaux partant 
du Portugal 9 et Capsali est fort porté à exagérer. Bref, si l'on tient 
uniquement compte des indications précises et non de celles qui 
sont plutôt de pure rhétorique, l'impression qu'on reçoit est que 
le nombre des transports et des transportés ne fut pas très élevé. 

Cette impression est confirmée par les renseignements qu'on a 
sur la destination des convois d'expulsés. Au Maroc, ils allèrent à 
Fez, où on leur construisit d'abord des baraques hors de la ville, 
ce qui n'indique pas que leur nombre fût bien grand 10 . Plus tard, 
on les reçut dans le quartier juif, qui était grand, mais non ilii- 

1 Wiener, l. c., partie hébr., p. 1G. 

2 Lindo, p. 288, à rectifier par Amador, Eistoria, III, p. 345. Le récit d'Amador 
est fait d'après Bernaldez ; il dit que la Hotte de Cabron ne comptait que vingt ba- 
teaux, dont trois périrent dans une tempête, reste dix-sept. 

3 Wiener, /. c, p. 66. 

4 Lindo, p. 291. 
s Lindo, p. 288. 

6 Amador, Historia, III, p. 315. 

7 Revue, IX, 66. 

8 Graetz, VIII, 2 e édit., p. 364. 

9 Likkutim, p. 76. 

10 Sur ces Juifs arrivant à Fez, voir Capsali, L c, p. 75 à 78 ; Verga, Sckevet Je- 
huda, u° 53. 



LE NOMBRE DES JUIFS DE CASTILLE ET D'ESPAGNE 177 

mité. A Arzilla, on en baptisa un certain nombre (la ville appar- 
tenait au Portugal), les autres finirent par se rendre à Fez ; 
un certain nombre de Juifs vinrent aussi à Saléh, et c'est tout 
pour ce pays *. Les seules villes de l'Algérie actuelle où abordè- 
rent les expulsés sont Oran, Alger et Bougie 2 . On nous dit bien 
qu'ils vinrent à Oran sur des milliers de vaisseaux (Capsali), mais 
ici encore on les logea dans des baraques, ce qui n'indique pas 
que leur nombre fût immense, et on peut supposer qu'il ne fut pas 
plus grand à Alger et à Bougie. La Tripolitaine, l'Egypte ne sont 
pas mentionnées comme refuge des expulsés, un seul auteur men- 
tionne l'Asie 3 . Un grand nombre de Juifs vinrent probablement 
déjà dès ce moment dans la Turquie d'Europe, quoique nos chro- 
niqueurs n'en parlent pas avec le développement que mériterait 
leur établissement dans ce pays 4 ; d'autres vinrent en Grèce, à 
Corfou, à Candie. En Italie, ils ne purent s'établir que dans le 
royaume de Naples (d'où ils furent chassés en 1508), dans l'État 
pontifical et à Pise. Ce n'est pas la peine de parler de ceux qui 
vinrent en Provence et jusqu'à Avignon 5 , ils étaient sûrement en 
petit nombre. Nous ne savons si le nombre de ceux qui se réfu- 
gièrent, par voie de terre, en Portugal et dans la Navarre fut 
véritablement considérable. Nous avons peine à croire que la Na- 
varre ait pu, comme on rassure, recevoir 12,000 émigrés juifs. 
Pour le Portugal, les renseignements sont contradictoires : plus 
de 600 familles et même beaucoup plus, selon les uns; la plupart 
des exilés de Castille, selon les autres 6 . Comme ces réfugiés fu- 
rent la plupart obligés de quitter le Portugal au bout de six à 
huit mois et qu'on ne voit pas que de grands efforts aient été 
faits pour les transporter ailleurs ni que leur exode ait produit 
une grande sensation, on peut conjecturer qu'ils étaient au plus 
de quelques milliers de personnes. 



1 Sur Arzilla, voir Lindo, p. 288; Capsali, L c. ; sur Saléh, v. Lindo, 290; 
Verga, n° 55. Alcazar est nommé dans Aboab, Nomologia, 2 e partie, chap. xxvn, et 
dans ce manuscrit de Abraham b. Salomon de Torrutiel (voir Boletin de la real 
Acad. de Eist., 1887, p. 245) récemment découvert. 

s Liodo, p. 288; Zaccuto, édit. Filip., p. 227; Capsali, dans Wiener, trad. allem. 
de Josef Haccohen, partie hébr., p. 15. 

3 Josef Haccohen, Wiener, l. c, p. 66. 

4 Zaccuto, l. c, p. 227; Verga, n° 57; Capsali, dans Wiener, p. 20. 
s Wiener, 67-68 ; 74 ; Revue, l. c. 

6 Wiener, 68, 69 ; Verga, n» 58 ; Zaccuto, édit. Filip., p. 227-. 



T. XIV, n° 28. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



VI 



UNE SOLUTION APPROXIMATIVE. 

Il existe un moyen, à ce qu'il nous semble, de se rendre compte, 
approximativement,, du chiffre de la population juive de la Cas- 
tille ou plutôt de l'Espagne entière, y compris le Portugal, en 1492. 
Nous allons essayer de le montrer. 

On sait que les Juifs furent également chassés de la Navarre en 
1498 ; du Portugal, en 1496 ; on connaît les pays et les localités où 
vivent aujourd'hui les descendants de tous ces Juifs expulsés, ils 
ont même conservé, la plupart, la langue de leurs ancêtres, et il 
n'est pas absolument impossible de les recenser. Il faudra seule- 
ment se rappeler que ces populations juives actuelles contiennent 
également les descendants des Juifs expulsés de la Sardaigne, de 
la Sicile et des îles Majorque et Minorque ». 

Voici comment nous calculons. 

La population juive de la Castille et de l' Aragon expulsée en 
1492 peut se diviser comme suit : 

A. Juifs qui se baptisèrent pour rester en Espagne ou qui se bap- 
tisèrent après avoir passé dans le Portugal. Le nombre de ces Juifs 
fut assez considérable. Capsali nous apprend que des milliers de 
Juifs, même parmi ceux qui s'étaient disposés à partir ou avaient 
déjà commencé le voyage, furent effrayés par les difficultés et les 
souffrances de la route, et il y avait réellement de quoi reculer. 
D'autres se baptisèrent à leur arrivée en Portugal, pour ne pas se 
voir enlever leurs enfants, ou plus tard. En 1498, la plupart des 
Juifs de Navarre, pour rester dans le pays, se firent chrétiens 2 . 
Un très grand nombre de Juifs espagnols et portugais furent, plus 
tard et à diverses reprises, baptisés dans le Portugal 3 . 

JB. Ceux qui moururent des souffrances du voyage, du manque 
de nourriture et d'asile, de maladie, ou par naufrage. Leur nombre 
doit également être considérable. C'était une année de famine ; la 
peste, en outre, s'était répandue parmi les pauvres Juifs accablés 

1 Zaccuto, édit. Filip., p. 227 ; Verga, n° 51. 

2 Capsali, Likkut., p. 72 à 74 ; Kayserling, Die Juden in Navarra, p. 108. 

3 Capsali, Likk., p. 84, 87 ; Graetz, VIII, 2 e édit., p. 372 à 374. Voir aussi, bap- 
têmes à Malaga, Amador, Bist., III, 345; Graetz, VIII, 364; à Gênes, Verga, 
d° 56 ; à Arzilla, Capsali, p. 82 ; beaucoup se firent musulmans à Fez, Capsali, Likk., 
p. 79. 



LE NOMBRE DES JUIFS DE CASTILLE ET D'ESPAGNE 179 

de maux et de souffrances , ils l'apportèrent ou en furent attaqués 
à Gênes, à Naples, au Maroc, en Algérie, et c'est en partie par 
peur de la contagion qu'on les logea souvent hors des villes où ils 
furent accueillis 1 . Trois des vaisseaux commandés par Gabron 
disparurent 2 , et ils ne furent probablement pas les seuls. Nous 
pourrions ajouter encore beaucoup de traits au tableau. 

C. Les survivants. Nous croyons qu'il n'est pas impossible d'en 
déterminer le nombre avec une approximation satisfaisante, mais, 
pour y arriver, il faudra prendre un assez long détour. 

Voici comment nous allons opérer. 

Nous commencerons par chercher quel peut être le nombre 
total des Juifs d'origine hispano-portugaise (y compris la Sicile, 
la Sardaigne, le royaume de Naples, Majorque et Minorque) qui se 
répandirent en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique, en 
1492 et dans les années suivantes. Nous comprendrons dans ce 
nombre, à côté des expulsés, les Juifs qui, après avoir été bap- 
tisés de force et avoir demeuré, pendant un temps plus ou moins 
long, dans les pays de domination hispano-portugaise, s'en échap- 
pèrent peu à pé~u pour aller rejoindre leurs coreligionnaires dans 
des pays plus tolérants et retourner au judaïsme. Quand nous 
aurons trouvé le chiffre que nous cherchons, il sera facile de dé- 
terminer approximativement le nombre des Juifs de Castille et 
d'Aragon. 

On sait que la plupart des Juifs actuels de la Turquie d'Europe 
et une partie importante de ceux de la Turquie d'Asie (sur la côte 
et dans le voisinage) sont les descendants des Juifs hispano-portu- 
gais. Dans la Turquie d'Europe et dans diverses communautés de 
la Turquie d'Asie, le nombre de ces immigrants a été si considé- 
rable, qu'ils ont absorbé les anciennes communautés juives déjà 
établies dans le pays et les ont transformées en communautés ju- 
déo-espagnoles. L'espagnol du xv e siècle est encore aujourd'hui la 
langue des Juifs de ces communautés. 

En Afrique (Egypte, Tripolitaine, Tunisie, Algérie, Maroc), les 
immigrants juifs n'ont pas conservé la langue espagnole, c'est une 
preuve, à ce qu'il semble, que leur nombre a été relativement 
moins considérable. Au Maroc, l'espagnol est encore en usage 
dans certaines communautés voisines de l'Espagne. 

En France (Bayonne, Bordeaux, Paris), en Italie, en Belgique et 



1 Peste et famine, Zaccuto, l. c, p. 227; Capsali, dans Wiener, p. 16, 19; 
Graetz, VIII, 353 ; arrivent allâmes et mourants à Arzilla, à Fez, à Naples, Capsali, 
Likk., p. 76, 78, 79; Capsali dans Wiener, p. 16. 

* Amador, Histor., III, 345. 



480 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en Hollande, à Hambourg, dans le Danemark, en Suède, en Nor- 
vège, en Angleterre (Londres) et en Amérique, il existe encore des 
traces visibles de l'immigration des Juifs hispano-portugais. En 
France, à Londres, à Hambourg, à Amsterdam et en partie en 
Amérique, ils forment des communautés à part, qu'on appelle com- 
munautés portugaises. Encore au dernier siècle, et avant l'éman- 
cipation des Juifs français, la langue administrative de ces Juifs, 
en France, était le portugais. On a des circulaires de Jacob Ro- 
drigues Pereire, de Paris, écrites (xvin e siècle) dans cette langue 
aux communautés sœurs du dehors. Une grande partie de la litté- 
rature primitive des Juifs de Hollande est en portugais. 

Nous prendrons pour principe, dans tout le calcul qui va suivre, 
que le nombre des Juifs qui ont immigré dans ces pays, en 1492 
et dans la suite, s'est au moins doublé aujourd'hui par accroisse- 
ment naturel, c'est-à-dire par suite de l'excès des naissances sur 
les décès. On trouvera que cette proportion est des plus mo- 
dérées ! . 

Nous faisons remarquer aussi une fois pour toutes que nous 
prendrons toujours, dans la suite, pour l'évaluation des immi- 
grants hispano-portugais, des chiffres très élevés et même forte- 
ment exagérés, afin de donner plus de force à notre hypothèse. 

De plus, on voudra bien se souvenir, en lisant les considéra- 
tions qui vont suivre, que dans l'évaluation du nombre de Juifs 
hispano-portugais établis dans les pays méditerranéens nous com- 
prenons à la fois les Juifs chassés ou partis d'Espagne en 1391 et 
les exilés de 1492, n'ayant aucun moyen de les calculer à part. 
Il en résulte que, pour les Juifs de Gastille en 1492, le chiffre 
auquel nous nous arrêtons finalement est plutôt exagéré que 
trop faible. 

Nous abordons maintenant le calcul du nombre des immi- 
grants : 

1. Turquie d'Europe avec la Bulgarie, 'la Roumélie, la Rouma- 
nie, la Serbie, la Grèce et les îles. Nous avons déjà dit qu'en Tur- 
quie d'Europe, les anciennes communautés juives sont devenues 
espagnoles après l'immigration, et, quoique cette transformation 

1 M. Maurice Block, dans son Traité théorique et pratique de statistique, 2 e édit., 
Paris, 1886, p. 429, a donné un tableau de l'accroissement moyen annuel géométrique 
de la population des pays européens. Sur 40 coefficients qu'il donne, pour les divers 
pays et pour diverses époques, il n*y en a qu'un seul f Hongrie, 1830-60) qui soit infé- 
rieur à celui que nous adoptons, et ou doit évidemment le considérer comme le pro- 
duit d'un accident. Tous les autres sont considérablement supérieurs à celui que nous 
adoptons pour les Juifs. Leur moyenne est 1,00795, le coefficient que nous adoptons 
et d'après lequel le nombre des Juifs exilés se serait doublé au bout de 395 ans (de 
1492 à 1887) est seulement 1,0014. 



LE NOMBRE DES JUIFS DE CASTILLE ET D'ESPAGNE 181 

puisse être attribuée, en partie au moins, au prestige exercé par 
les Juifs espagnols et à leur plus haute culture autant qu'à leur 
grand nombre, nous admettrons cependant qu'ils ont formé bien- 
tôt les 9/10 de la population juive. Le nombre actuel de tous les 
Juifs hispano-portugais de ces régions est aujourd'hui au plus de 
100,000 âmes; retranchez le 1/10, reste 90,000 âmes; le nombre 
des immigrants, en 1492 et plus tard, sera donc la moitié, soit 
45,000 âmes 1 . 

2. Nous admettons, pour les mêmes raisons, que le nombre des 
immigrants dans la Turquie d'Asie a été également de 45,000 âmes, 
quoique ce chiffre nous paraisse très élevé. 

3. En Egypte et dans la Tripolitaine il ne semble pas qu'il de- 
meure aujourd'hui beaucoup de Juifs d'origine hispano-portu- 
gaise. La population juive de ces deux pays est d'ailleurs assez 
petite, environ 10,000 âmes ensemble. Admettons que ces deux 
pays aient reçu, en 1492, environ 2,000 immigrants. 

4. L'Algérie compte aujourd'hui environ 40,000 Juifs, il y a 
quelques années, elle en avait 35,000. Ces Juifs ne parlent pas 
l'espagnol, mais, comme on sait que les Juifs hispano-portugais se 
sont en partie réfugiés dans ce pays, on peut admettre que le 
nombre de ces immigrants a été de 5,000 à 8,000, mettons même 
10,000 âmes 2 . 

5. On admet aujourd'hui que le nombre des Juifs marocains est, 
au maximum, de 50,000 âmes. Ils ont, la plupart, le caractère 

1 11 est clair qu'en réduisant à 10,000 âmes le nombre des Juifs indigènes de la 
Turquie d'Europe, nous nous arrêtons à un chiffre si bas qu'il n'a pour lui aucune 
vraisemblance. Si l'on compte le nombre des familles juives indigènes de ces régions 
d'après l'évaluation de Benjamin de Tudèle (qui pourtant est loin d'énumérer toutes 
les communautés; résumé dans Graelz, V, 2 e édit., p. 263), on trouve un total de 
7,500 familles, soit au minimum 25,000 âmes. De même et pour les mêmes raisons 
le chiffre des Juifs indigènes que nous admettons pour la Turquie d'Asie est beau- 
coup trop faible (Graetz, ibid., p. 264). 

i La liste électorale du Consistoire israélite d'Alger, que notre ami M. Isaac Bloch 
a bien voulu dépouiller pour nous, contient 992 noms, dont 205 seulement sont 
espagnols; si on admet que sur les 787 autres noms, qui sont arabes, sauf 15 noms 
européens, il y en a également 205 qui viennent de l'Espagne arabe, le corps élec- 
toral israélite d'Alger se divisera en 582 électeurs d'origine locale ou européenne, et 
405 électeurs d'origine hispano-portugaise, ce qui confirme notre hypothèse. — Il y 
aurait, du reste, à ce qu'il semble, un moyen de reconnaître très exactement les Juifs 
algériens indigènes de ceux qui viennent d'Espagne ou du Portugal. Ces derniers 
ont conservé certaines pratiques religieuses auxquelles il est facile de les reconnaître. 
On les appelait porteurs de capuche ou de béret {kipus, kipron), tandis que les indi- 
gènes s'appelaient porteurs de turban (miçnéfet). Voir Abrah. Cahen, Les Juifs dans 
l'Afrique septentrionale, p. 54. M. Isaac Bloch, graud-rabbin d'Alger, nous fait en- 
core remarquer que les Juifs indigènes, d'après le Bêt Jehttda, 112 b et 113 b, s'appe- 
laient l p^bst25."Le Ribasch, consult. 107, vers la fin, dit bien que la plupart des 
Juifs de la ville d'Alger (?), de son temps, venaient de Majorque, mais cela ne prouve 
rien ni pour l'Alger actuel ni pour TAlgérie en général. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

arabe. Admettons cependant que 30,000 d'entre eux seraient d'ori- 
gine hispano portugaise, cela ferait 15,000 immigrants en 1492; 
mettons-en 20,000, pour faire bonne mesure. 

6. En France, il y a environ 6,000 Juifs portugais, soit 3,000 
immigrants en 1492 et dans la suite. 

7. L'Italie a aujourd'hui 36,000 Juifs ; on admettra bien que la 
moitié au moins sont indigènes ; restent 18,000 Juifs d'origine his- 
pano-portugaise, soit 9,000 immigrants. 

8. Nous croyons adopter un très gros chiffre (peut-être beau- 
coup trop élevé) en admettant que les Juifs hispano-portugais ac- 
tuels de Hollande, Belgique, Hambourg, Danemark, Suède, Nor- 
vège, Angleterre, descendent de 25,000 immigrants. 

9. Admettons encore 5,000 immigrants pour l'Amérique. 

Si nous récapitulons ces chiffres, nous obtenons, pour le total 
des Juifs expulsés et émigrés : 

Turquie d'Europe et d'Asie (n os 1 et 2) 90,000 

Egypte et Tripolitaine (n° 3) 2.000 

Algérie (n° 4) 10,000 

Maroc (n° 5 ) 20.000 

France et Italie (n os 6 et 7) 12,000 

Hollande, etc. (n° 8) 2o.0o0 

Amérique (n° 9) 5,000 

Ajoutons divers* 1 ,000 

165,000 



A ce chiffre, il faut ajouter les Juifs baptisés restés en Espagne 
et en Portugal et ceux qui moururent dans le terrible exode de 
1492, par naufrage, famine, peste, maladie, etc. Nous admettrons 
l'évaluation suivante : 

. Émigrés (chiffre ci-dessus) ' 165,000 

Baptisés 50,000 

Morts 20,000 

Total 235,000 



Supposons que le nombre des Juifs du Portugal, avant l'immi- 
gration des Juifs espagnols et portugais, en 1492, ait été de 10,000 
âmes 1 ; qu'en Sicile, il y ait eu en tout 20,000 Juifs (on a vu plus 
haut qu'on les évaluait à 100,000) ; qu'en Navarre, à Majorque, 

1 On estimait à 20,000 ceux qui furent réunis à Lisbonne en 1497 ; voir Graetz, 
t. VIII, 2» édit., p. 374. 



LE NOMBRE DES JUIFS DE CASTILLE ET D'ESPAGNE 183 

Minorque, etc., il y en ait eu 15,000 ; cela fait en tout 45,000. Re- 
tranchons ce chiffre du total des 235,000 il reste, pour les Juifs de 
Castille et de Navarre, en 1492, un total de 190,000 âmes. 

Admettons enfin que le sixième seulement de ce chiffre revienne 
à la Navarre, il reste pour les Juifs de la Castille (avec ses dépen- 
dances, entre autres les provinces du sud, Andalousie, Grenade, 
etc.), environ 160,000 âmes. 

Nous croyons que ce chiffre est un maximum et qu'en réalité 
le nombre des Juifs de Castille a été beaucoup moins considé- 
rable. 

On peut admettre que deux siècles auparavant (1290), le nom- 
bre des Juifs de Castille a été à peu près le même, et .que leur ac- 
croissement naturel pendant deux siècles, qui aurait été d'environ 
50,000 âmes *, a été compensé et dévoré par la peste, les massa- 
cres, les baptêmes forcés et autres fléaux qui ne leur ont pas 
manqué. 

Isidore Loef. 

i 

1 Le coefficient 1,0014, beaucoup trop faible évidemment, surtout pour les Juifs de 
ce pays, porterait à 207,500 âmes, en deux siècles, une population de 160,000 âmes. 



LES ESSÉNIENS 



Les opinions sur l'essénisme sont aujourd'hui plus embrouillées 
que jamais; depuis Dâhne, Gforer et Baur, qui étaient sur la 
bonne voie, non seulement la question n'a pas fait de progrès, 
mais il s'est même produit un recul considérable et on s'est engagé 
dans une fausse direction. On veut absolument expliquer l'essé- 
nisme par le pharisaïsme, et on s'obstine à n'y voir aucune in- 
fluence étrangère, même celle qui saute aux yeux. 

Des circonstances extérieures, mais qui, à première vue, parais- 
sent très importantes, viennent à l'appui de cette méthode. Le 
Talmud ne connaît pas d'Esséniens tels que Josèphe et Philon les 
dépeignent ; par suite, on prétend que les relations de ces écri- 
vains doivent renfermer au moins de l'exagération, et on ne veut 
les considérer comme des sources historiques, qu'en tant qu'elles 
offrent des points d'appui pour établir l'origine pharisienne de 
l'essénisme ; mais tous leurs autres renseignements sur les Essé- 
niens sont rejetés comme exagérés ou erronés, ou même falsifiés. 
Une bonne part de responsabilité dans le désarroi qui règne au 
sujet des Esséniens appartient aux savants juifs, qui veulent ex- 
pliquer l'origine de l'essénisme à l'aide du Talmud, tandis que le 
Talmud ne se doutait même pas de l'existence de cet Ordre. Par 
suite, les Esséniens ont été dépouillés de leur caractère propre, 
on en a fait simplement des Pharisiens à haute dose, des hasi- 
déens, des naziréens à vie, des hémérobaptistes, seules variétés 
d'Esséniens connues par le Talmud, mais qui n'ont aucune des 
vues philosophiques élevées attribuées aux Esséniens par Jo- 
sèphe et Philon. Évidemment Josèphe et Philon ont rêvé. Mais 
s'il en était ainsi, si le silence du Talmud constituait une preuve 
si forte, comment expliquer l'admiration nullement feinte que 



LES ESSÉNIENS 185 

prodiguaient aux Esséniens amis et ennemis, grands et petits, et, 
ce qui est surtout important, des hommes qui avaient reçu la plus 
haute éducation grecque, qu'ils fussent juifs ou païens? Des hasi- 
déens juifs comme ceux que le Talmud dépeint, même s'ils avaient 
formé un Ordre professant le plus noble communisme, n'auraient 
jamais attiré l'attention et obtenu la considération d'écrivains 
païens qui n'avaient aucune sympathie pour le judaïsme. « Même 
Pline, le Romain sceptique, témoigne de la sympathie et de l'inté- 
rêt, quand il dépeint les fatigués du monde, qui ont surmonté 
quelque peu les misères humaines qu'il ressentait lui-même si 
profondément 1 .» Si donc le Talmud ignore les Esséniens, si 
nous les connaissons uniquement par les écrivains juifs Josèphe 
et Philon, qui ont écrit en grec, et par l'écrivain romain Pline, 
n'est-on pas amené à admettre que les Esséniens de la Pales- 
tine étaient des Juifs parlant grec, élevés à l'école de la sagesse 
alexandrine, condamnés, en raison même de leur langue et de 
leur éducation, à vivre à l'écart et sans être compris de leurs co- 
religionnaires, réduits à suivre leur propre voie? Déjà Azaria de 
Rossi avait la notion exacte que les Esséniens étaient des Juifs 
parlant grec 2 . 

Cette opinion est d'autant plus fondée, qu'elle permet non seu- 
lement de comprendre le silence du Talmud, mais encore d'expli- 
quer les principales particularités de l'essénisme. En effet, l'es- 
sénisme ne pourra jamais s'expliquer par le pharisaïsme, mais 
plutôt par le judaïsme alexandrin, dont il s'efforce de réaliser les 
théories. La dialectique la plus serrée ne pourra jamais réussir à 
expliquer, en rattachant l'essénisme au judaïsme pharisien, sa 
rupture avec le culte des sacrifices, le rejet de la croyance à la 
résurrection et le célibat qu'il pratiquait. Lucius a montré clai- 
rement où mènent les tentatives de ce genre faites dans ces der- 
niers temps. Hilgenfeld lui-même, qui, précédemment, avait fait 
tous les efforts possibles pour établir que l'essénisme est sorti du 
judaïsme pur et plus particulièrement du mouvement apocalyp- 
tique, a eu la bonne foi de reconnaître finalement que cette ex- 
plication était insuffisante. Aussi, invoquait-il de plus en plus le 
parsisme et même le boudhisme 3 . 

1 Keim, Geschichte Jesti von Nazareth, I, p. 298. 

2 Meor enayim, III, éd. Mantoue, p. 32. Il est vrai que l'auteur s'est aussi laissé 
induire en erreur par le silence du Talmud, qui Pamena à émettre l'opinion, reprise 
depuis par Herzleld, Geschichte der Juden, III, p. 374, 397 et s., que les Boéthou- 
siens sont les Esséniens. 

3 Die jiidische Apokalyptik, 1857; Zeitschrift fur wissenschaftliche Théologie, 1858, 
p. 116 et s. ; 1860, p. 358 et s. ; 1867, p. 97 et s. ; 1868, p. 97 et s., p. 343 et s. ; 
1871, p. 80 et s. ; 1882, p. 257 et s.; Ketzer geschichte, p. 95 et s. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lucius procède tout autrement. Il offre de démontrer que « la 
critique est autorisée à chercher la solution du problème de Tes- 
sénisme sur le terrain du judaïsme pur, sans avoir recours à au- 
cune influence étrangère 1 . » D'après lui, les Esséniens seraient 
sortis tout simplement de la secte des Tiasidêens, qui, à l'époque 
de la lutte contre les Syriens, lorsque le culte du temple et des 
sacrifices se trouva interrompu pendant plusieurs années et fut 
profané ensuite par des prêtres illégitimes, se seraient tout à fait 
détournés du culte des sacrifices 2 . Dès lors, toutes les particularités 
de cet Ordre s'expliqueraient d'elles-mêmes. Le Talmud offre de 
nombreux parallèles entre les Esséniens et le judaïsme pharisien, 
et là où il nous abandonne (rejet du culte des sacrifices et psycho- 
logie professée par les Esséniens), les apocalypses, le livre d'Hé- 
noch et d'autres viennent à notre aide. Il est regrettable que cet 
édifice de l'essénisme hasidéen s'écroule en un clin d'œil quand 
nous apprenons que, non seulement les hasidéens n'ont jamais 
rompu avec le temple, mais qu'Us accueillaient avec joie toutes 
les occasions d'apporter des sacrifices 3 . 

Par contre, tout esprit non prévenu et tant soit peu familiarisé 
avec la littérature talmudique sera forcé de reconnaître, en lisant 
attentivement les relations de Josèphe et de Philon, que l'essé- 
nisme n'a pu sortir du judaïsme pharisien, que des facteurs étran- 
gers ont concouru à le produire, les mêmes qui ont donné nais- 
sance au judaïsme alexandrin. 

Quant au silence si diversement commenté du Talmud, nous ne 
voyons pas pourquoi celui-ci aurait dû mentionner plutôt les Essé- 
niens que le judaïsme alexandrin et son illustre représentant, 
Philon, ou que le mouvement religieux si puissant provoqué en 
Palestine par Jean-Baptiste, dont Josèphe et les Évangiles ont une 
si haute idée. Or le Talmud ne dit pas un mot de tous ces faits. 
Et pourquoi? parce qu'ils se déroulaient sur un terrain intellec- 
tuellement éloigné pour lui, quoique matériellement très proche, 
un terrain où dominaient la langue et la science grecques tant ab- 
horrées, où existait, principalement dans les couches inférieures 
de la population méprisées et évitées par les docteurs, une classe 
de juifs dont les idées religieuses ne pouvaient se rattacher au 
pharisaïsme, pas plus que celles du judaïsme alexandrin. La 
langue grecque, qui, depuis les glorieuses victoires des Maccha- 
bées, avait été fortement discréditée et combattue par le parti 



1 Der Essenismus, p. 64. 

5 Ibid., p. 101. 

3 Nedarim, 10 a ; Tosefta Nedarim, p. 276 de l'édition Zuckermandl. 



LES ESSÉNIENS 187 

dominant, avait formé un mur de séparation impossible à fran- 
chir entre les Pharisiens d'une part, et, d'autre part, les couches 
populaires hellénisantes et la grande masse de YAm-haareç, qui 
était bien aise de secouer le fardeau pesant des obligations reli- 
gieuses prescrites par les Pharisiens et qui haïssait ce puissant 
parti, autant qu'il en était haï. C'était là le public de langue 
grecque auquel s'adressèrent aussi Jésus et ses apôtres; c'étaient 
là « les brebis égarées de la maison d'Israël » qui formèrent la 
souche du christianisme primitif ; c'est aussi la preuve que nous 
fournit la littérature du Nouveau-Testament entièrement rédigée 
en langue grecque. 

Quelle que soit la rareté des sources historiques que nous possé- 
dions pour établir l'usage courant qu'on faisait, en Palestine, de 
la langue grecque pendant les derniers siècles avant l'ère chré- 
tienne, il est certain toutefois qu'elle était devenue peu à peu la 
seconde langue populaire. Les successeurs d'Alexandre-le-Grand 
avaient si bien hellénisé la Judée, que l'hellénisme pénétra jusque 
dans le temple et inonda tout le pays. Si les victoires des Maccha- 
bées détruisirent le puissant parti des hellénisants et refoulèrent 
fortement la civilisation grecque, elles ne purent plus déraciner 
la langue grecque, quoique les classes élevées s'en détournassent 
dédaigneusement et cherchassent à s'en écarter complètement. 
Même le Talmud est forcé d'avouer que la Judée parle deux lan- 
gues et qu'il faut aussi bien tenir compte de la langue grecque que 
de la langue hébraïque I- 

Une remarque faite par Josèphe, à la fin des Antiquités, au 
sujet de sa connaissance de la langue grecque, vient à l'appui de 
cette opinion que la langue grecque était proscrite par les classes 
dirigeantes, c'est-à-dire par les cercles des docteurs et des Phari- 
siens, et que, par contre, elle était familière à la foule. Ce passage 
de Josèphe est ainsi conçu : « Arrivé à la fin de mon ouvrage, je 
puis affirmer avec certitude que nul autre, qu'il fût juif ou non, 
n'en aurait pu rendre le contenu en grec avec la même fidélité. Car, 
de même que mes compatriotes me rendent le témoignage que je 
me suis distingué dans les connaissances de notre pays, de même, 
je me suis familiarisé avec la langue grecque et j'en ai étudié à 
fond les règles, quoique les mœurs de mon pays ne me permet- 
tent pas de la parler couramment. En effet, chez nous on n'estime 
pas ceux qui comprennent plusieurs langues, qui visent à l'élé- 

1 Sota, 49* : rrw \mb in ttTipïi *piûb in aba tittb wio "piab y»a. 

En maint endroit de la Judée, les Juifs ne parlaient que le grec. Cf. Franckel, In- 
trodnctio in Talmud Hter., p. ha, la. 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gance dans l'expression, parce que cet art est considéré comme le 
bien commun, non seulement des hommes libres, mais aussi des 
esclaves. » 

Ce que Josèphe indique ici avec réserve est clairement énoncé 
par le Talmud, qui rapporte que l'excommunication fut lancée, à 
différentes reprises, contre ceux qui cultivaient la langue grecque, 
ce qui montre bien quelles profondes racines celle-ci avait prises 
en Judée, malgré les victoires des Macchabées. C'est ainsi qu'au 
moment où la guerre entre Hyrcan II et Aristobule II était immi- 
nente, environ vers Tan 64 avant l'ère chrétienne, une impréca- 
tion fut prononcée contre ceux qui donneraient à leurs enfants 
l'éducation grecque *. Si le Talmud fait observer que cette défense 
vise seulement la science grecque et nullement la langue grecque, 
cela veut dire simplement que celle-ci était si répandue qu'on ne 
pouvait pas penser à la proscrire. Un siècle plus tard, au milieu 
de la lutte désespérée contre Rome, la même défense est répétée 2 , 
ce qui prouve combien, à l'époque même de la naissance du chris- 
tianisme, la philosophie grecque, ou plutôt le judéo-alexandri- 
nisme, avec ses produits extrêmes, dominait les esprits. Même dans 
la maison de R. Gamaliel, dont Paul était un disciple 3 , sur mille 
jeunes gens, il y en avait cinq cents qui apprenaient la philosophie 
grecque 4 . 

M. Schùrer montre, par une foule de mots grecs qui ont reçu 
droit de cité dans la Mischna, combien l'influence de l'hellénisme 
s'était fait sentir fortement dans tous les sens. Toutefois, il croit 
qu'il n'est pas prouvé par là que la langue grecque fût familière 
à l'homme du peuple. « En réalité, dit-il, il faut admettre que les 
classes inférieures en Palestine,- si elles n'ignoraient pas le grec, 
n'en avaient qu'une connaissance insuffisante. Lorsque l'apôtre 
Paul voulut parler au peuple de Jérusalem, il se servit de la lan- 
gue hébraïque (araméenne) 5 . » 

L'argument n'est pas sans réplique. Les Actes font ressortir ici 



1 Baba Kamma, 82 b, 83 a; Menahot, 64 b; tfota, 49 b. C'est donc à tort que Lut- 
terbeck, Die neutestamentliche Lehrbegrife, I, p. 133, soutient t que c'est seulement 
dans les derniers temps de l'état juif, lorsque Titus menaçait déjà Jérusalem, que 
les gouvernants d'alors édictèrent la loi, qui a été reproduite par le Talmud, défen- 
dant aux pères de tamilles de faire étudier le grec a leurs enfants ». Les sources 
talmudiques citées ici prouvent que déjà en Tan 64 avant Père chrétienne l'interdit 
était lancé contre l'étude de la science grecque. 

a Sota, 49 b. 

3 Actes des Ap.. xxn. 

4 Sota, 49 b. Il est vrai que le fait est donné comme exceptionnel et justifié par les 
relations de R. Gamaliel avec la cour. 

5 Gesckichte des jùdischen Volkes, II, p. 26 et s. ; p. 42 et s. 



LES ESSENIENS Î89 

que Paul a parlé « en hébreu 1 . » C'était donc une exception. Paul 
avait cette fois de bonnes raisons pour s'adresser au peuple en 
hébreu. Ses compagnons l'avaient averti, en disant : « Ils ont été 
prévenus contre toi que tu enseignes à tous les juifs qui sont 
parmi les gentils d'abandonner Moïse, leur disant de ne pas cir- 
concire leurs enfants et de ne pas vivre selon ses institutions 2 . » 
Paul dut donc commencer par a(firmer à cette foule qui l'attaquait 
avec furie qu'il était juif; or, il n'y avait pas de meilleur moyen 
pour cela que de parler hébreu ! « Je suis un Juif », leur cria-t-il, 
en soulignant fortement les mots, et son discours hébreu vint con- 
firmer cette assertion d'une façon irréfutable; effectivement, il 
obtint ainsi le succès désiré, car, « quand il parla en hébreu, ils 
devinrent plus tranquilles 3 . » Paul parla donc cette fois en hébreu, 
non parce que le peuple ne comprenait pas le grec, mais parce 
qu'il voulait dissiper tous les doutes au sujet de son origine juive. 

Si nous ajoutons encore que tout le christianisme apostolique 
ne possède pas un seul monument en langue juive et n'en a ja- 
mais possédé (quoiqu'on nous parle encore quelquefois d'un ori- 
ginal hébreu de l'Évangile de Mathieu, qui n'est, en réalité, qu'une 
version de cet évangile en hébreu), il est hors de doute qu'au 
cœur de la Judée, la langue grecque était familière aux classes 
populaires de la Palestine, autrement la propagation si rapide du 
christianisme en Palestine eût été impossible. 

Mais revenons à l'essénisme. Nous savons quelle puissance 
l'hellénisme avait acquise en Judée à l'époque des Macchabées ; 
nous savons, en outre, qu'auparavant déjà, la Septante en est une 
preuve, le judaïsme alexandrin se sentait attiré vers l'hellénisme 
par une force irrésistible. On a déjà fait la remarque aussi qu'il 
s'était produit de bonne heure un échange d'idées très actif entre 
Alexandrie et la Judée. Enfin, c'est un fait que les Tobiades im- 
portèrent l'hellénisme d'Alexandrie en Judée, sous sa forme la 
plus dégénérée, il est vrai. Nous sommes donc autorisés à penser 
qu'en Judée aussi et dans le domaine religieux, 1 hellénisme a dû 
porter d'aussi bons fruits qu'à Alexandrie, et, si ses effets y ont 
été moins visibles, c'est que cette culture étrangère, qui arrivait 
d'Alexandrie pleine de toutes ses séductions, y produisit des con- 
séquences funestes, suites d'une importation mal préparée. Mais 
on nous parle toujours uniquement des mauvais résultats de 
l'hellénisme en Palestine. L'hellénisme, qui, à Alexandrie, avait 



1 Actes des Apôtres, xxi, 40 ; xxn, 2. 
5 Ibid., xxi, 21. 
3 Ibid., xxn, 2, 3. 



190 REVUE DES ETUDES JUIVES 

produit de si grandes et belles choses à côté de mainte scorie, 
n'aurait-il donc laissé en Judée que des traces de dévastation et 
pas une seule œuvre utile i ? Nous sommes convaincu qu'il y eut 
là aussi des hellénisants, fût ce en petit nombre, qui eurent des 
vues honnêtes et qui continuèrent, en Palestine, le mouvement 
religieux commencé par le judaïsme alexandrin. Si on n'en parle 
pas, c'est qu'après les enivrants succès des Macchabées, où on sévit 
contre tout ce qui était grec, ils durent se tenir à l'écart. A notre 
avis, ce groupe d'hommes ou cette communauté qui professait et 
cultivait l'hellénisme pur tel qu'il s'était développé à Alexandrie 
et qui formait, en quelque sorte, une île grecque au milieu du ju- 
daïsme de l'époque post-macchabéenne, devint la mère de l'esse- 
nisme : c'est d'elle que sortit peu à peu l'Ordre des Esséniens. Au 
milieu d'une société hostile, à qui toute culture grecque était en 
horreur, la communauté dut, pour échapper aux persécutions, 
envelopper dans un secret impénétrable des doctrines qu'on pro- 
fessait librement à Alexandrie. 

Gela détermina la séparation absolue de la petite société et la 
création de l'Ordre des Esséniens avec toutes ses particularités. 
Cet isolement obligé, l'observance rigoureuse de coutumes reli- 
gieuses faites pour frapper l'esprit, la profonde obscurité qui en- 
tourait leur doctrine, et enfin le respect que la foule professait 
pour eux, parce qu'ils avaient la réputation de posséder le don 
prophétique, expliquent pourquoi les Esséniens furent tolérés par 
les Pharisiens au pouvoir, malgré l'excommunication prononcée 
par les Pharisiens contre ceux qui cultivaient la science grecque. 
Du reste, ils n'arrivèrent en contact avec les Esséniens qu'au 
commencement de 1ère chrétienne, lorsque Jean-Baptiste ouvrit 
la lutte contre le pharisaïsme dégénéré. 

Ce qui montre déjà que l'essénisme était, en Palestine, un pro- 
duit exotique, nullement lié au pharisaïsme, c'est le fait que Jo- 
sèphe se vit contraint, en parlait des Esséniens, de déclarer 
expressément qu'ils étaient « juifs de naissance 2 ». Cependant on 
veut s'appuyer sur la relation de cet historien concernant l'essé- 
nisme pour établir que cet Ordre n'est autre chose qu'une secte 

1 M. Freudenthal, dans son Alexander Polyhistor, professe des vues analogues 
aux nôtres au sujet, de l'hellénisme palestinien à l'époque des luttes des Macchabées : 
« Que cette époque, dit-il, ait produit, à côté d'hellénisants professant ouvertement 
des sentiments antinationaux et allant, tout droit au paganisme, comme Jason, Mé- 
nélas et Alcime, des hommes qui, malgré leur connaissance de la littérature grecque 
et leur prédilection pour les études grecques, restaient attachés avec une fidélité in- 
vincible à leur nation et à leur religion, cela ressort des fragments d'Supolemus 
ainsi que d'autres indices » (p. 128J. 

2 Bell. Jud., II, 8, 2. 



LES ESSÉNIENS 491 

exaltée du pharisaïsme. On a surtout pris l'habitude d'ajouter 
beaucoup plus d'importance à la relation de Josèphe qu'à celle 
de Philon, sous le prétexte que celle-là trahit, par sa précision, 
une connaissance plus intime de cet Ordre, qui vivait et agissait, 
du reste, dans le pays natal de l'écrivain. Or, Josèphe n'est précis 
que là où il décrit des faits extérieurs, tandis que, sur le caractère 
de l'essénisme, il ne sait rien que de très superficiel. 11 s'étend 
avec complaisance sur le côté formel de l'Ordre, se perd dans les 
détails, toute vue plus profonde de la vie intérieure de l'essénisme 
lui faisant défaut. Sans doute, il a été pendant trois ans, au désert, 
le disciple des Esséniens, mais il n'y acquit rien de plus que la 
culture grecque dont il avait besoin, et il n'y chercha, d'ailleurs, 
rien de plus. Il ne put donc pas pénétrer au fond de la doctrine 
de l'Ordre, car, lorsqu'il eut terminé son noviciat de trois ans, au 
bout duquel le sanctuaire de l'Ordre devait s'ouvrir pour lui, et 
qu'il eut « atteint son but », il retourna à Jérusalem, pour se con- 
sacrer à la vie publique, et devint, malgré son admiration exaltée 
pour l'essénisme, un adepte des pharisiens *. Il voulait faire sa 
carrière. On chercherait donc vainement chez lui des renseigne- 
ments sur la partie ésotérique de l'essénisme 2 . Il est vrai qu'on ne 
l'essaie guère, car on a refusé de parti-pris à l'essénisme toute pro- 
fondeur philosophique 3 , et on s'est appuyé pour cela sur Josèphe, 
qui, dans sa relation, ne se promène qu'à la surface. 11 faut noter, 
du reste, que très souvent on attache une importance extraordi- 
naire à des paroles de Josèphe où. se trahit quelque négligence de 
l'écrivain 4 , tandis que des passages très précis, mais qui montrent 

1 Vita, chap. n. 

2 Hausrath, Neutest. Zeitgeschichte, I, p. 144, préterfd que « Josèphe, tout en 
ayant, comme novice, prêté un serment terrible de ne jamais trahir ces secrets, ira 
cependant pas pu se retenir de les faire connaître, au moins par allusions et sous- 
entendus ». Non-seulement cette assertion n'a aucun fondement sérieux, mais il res- 
sort du récit de Josèphe qu'il n'a jamais prêté le serment essénien et qu'il n'a pas 
été iniiié aux mystères de l'essénisme. 

3 Une heureuse exception est faite ici aussi par M. Schûrer, qui résume son juge- 
ment sur l'essénisme en le considérant comme une doctrine séparée du judaïsme 
proprement dit, qui se serait formée, au II e siècle avant l'ère chrétienne, sous des in- 
fluences grecques, en vue de réaliser un idéal de vie qui se rapproche du pythago- 
risme, tout en conservant les principes fondamentaux du judaïsme [ioc. cit., p. 492). 

* C'est ainsi qu'on a voulu faire des Esséniens des adorateurs du soleil, parce 
que Josèphe (B. J., II, 8, 5) dit d'eux : « Leur piété envers Dieu est ardente, car, 
avant le lever du soleil, ils ne parlent jamais de choses profanes. Ils lui adressent 
certaines prières établies par leurs ancêtres, comme s'ils demandaient son lever. » 
Sans compter que ce serait un non-sens de vouloir prouver la piété des Esséniens 
envers Dieu en en faisant des adorateurs du soleil, un Juif comme Josèphe, qui 
montre le plus grand enthousiasme pour cet Ordre, aurait eu soin, pour ménager les 
Esséniens, de ne pas parler du culte du soleil, même si ce culte avait existé chez eux, 
et dans tous les cas n'aurait pas pu mentionner ce culte avec éloge. Au surplus, le 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la portée philosophique de l'essénisme, comme, par exemple, celui 
qui traite de la psychologie, sont attaqués et rejetés comme expri- 
mant des idées subjectives. 

Toute autre est la relation de Philon, qui, malgré sa concision, 
en dit incomparablement plus que la description traînante et vide 
de Josèphe. Philon va au fond des choses, laissant à l'arrière plan 
les côtés extérieurs. Aussi ne nous apprend-il rien sur les céré- 
monies des Esséniens, mais il nous parlera uniquement de ce qui 
est essentiel. Or, le fait que Philon, l'Alexandrin, a pénétré plus 
profondément dans la vie intérieure de l'Ordre palestinien que le 
Jérusalemite Josèphe, prouve à lui seul la proche parenté qui exis- 
tait entre l'essénisme et le judaïsme alexandrin. Nous avons la 
conviction que l'âme de l'essénisme est sortie du terrain alexan- 
drin, mais que le corps vient de Palestine. C'est pourquoi Josèphe 
s'entend si bien à dessiner l'extérieur et Philon l'essence de notre 
Ordre. Et, s'il est vrai que Josèphe, comme M. Schùrer le fait 
observer avec raison 1 , a emprunté à Philon les détails com- 
plémentaires qu'il donne, après coup, sur l'essénisme, dans ses 
Antiquités*, cela montre d'une façon plus frappante encore que 
notre historien, voulant rapporter quelque chose de précis sur 
l'essénisme, dut d'abord se renseigner auprès de notre philosophe 
alexandrin. Quoi qu'il en soit, il est certain que, pour nous qui 
voulons connaître plutôt le contenu de l'essénisme que sa forme 
extérieure, Philon est un guide beaucoup plus sûr et plus ins- 
tructif que Josèphe. 

Si nous examinons de plus près les particularités les plus essen- 
tielles de l'essénisme, nous trouvons que toutes trahissent une 
origine alexandrine. Le rejet des sacrifices sanglants, la doctrine 
de l'immortalité de l'âme et de l'impureté de la chair, la prison 
de l'âme, la croyance que Dieu est la cause de tout bien, mais non 
du mal, les considérations mystiques sur Dieu, sur la création du 
monde et sur les forces intermédiaires divines, enfin, l'emploi de 
l'allégorie ainsi que le symbole d'un sens si profond que repré- 
sentait la petite hache (dÇivdpwv) remise au novice, tout cela ne 
trouve son explication que dans le judaïsme alexandrin. 

Prenons d'abord le rejet des sacrifices. Jamais une pareille 

Devita contemplativa donne un commentaire très transparent de cette « adoration du 
soleil >.En elfet, il y est dit des Thérapeutes : • Ils prient deux fois par jour, matin 
et soir, quand le soleil se lève, ils prient pour avoir une belle journée, aûn que leur 
esprit soit rempli de la lumière divine. » Au sujet de l'existence de prières du matin 
analogues usitées de bonne heure chez les Juifs, voir Graetz, Geschichte der Juden, 
II, p. 187 et suiv. 

1 Loc. cit., p. 470, note 12. 

a Ant. t XVIII, 1, 15. 



LES ESSENIENS 193 

idée n'aurait pu croître sur le terrain du pharisaïsme. Par contre, 
Onias IV, par son temple bâti en Egypte, déjà vers l'an 160 avant 
l'ère chrétienne, avait fait à la théorie du sanctuaire unique une 
brèche qui devint toujours plus large et qui prépara, dans le ju- 
daïsme alexandrin, malgré son attachement à Jérusalem, le relâ- 
chement dans le culte des sacrifices. Que la fondation d'un temple 
fût possible en Egvpte surtout, et de si bonne heure, cela montre 
suffisamment quelles opinions religieuses avancées les Juifs d'a- 
lors professaient déjà. Josèphe encore s'écrie solennellement : « Il 
y a un temple unique pour le Dieu unique, ... .11 est commun à 
tous, comme Dieu est commun pour tous " ». 

Or, nous voyons que les Juifs d'Egypte, près d'un siècle et demi 
avant Josèphe, pensaient autrement et beaucoup plus librement 
sur ces matières. En Judée, le culte des sacrifices refleurit de 
nouveau après les victoires des Macchabées ; il fut de plus en 
plus mis à l'arrière-plan à Alexandrie et, à sa place, vint le culte 
divin épuré par l'allégorie. Il est très significatif et tout à fait 
conforme à l'esprit du judaïsme alexandrin que les savants juifs 
appelés à Alexandrie pour traduire le Pentateuque disent au roi 
que la plus grande gloire de l'homme est d'honorer Dieu, non par 
des présents et des sacrifices , mais par la pureté du cœur et par 
une pieuse soumission à la volonté divine 2 De même, Philon mon- 
tre, à différentes reprises, que le judaïsme alexandrin avait depuis 
longtemps rejeté le culte des sacrifices, en le traduisant en allé- 
gorie, et ne le laissait subsister que parce que, au point de vue 
national, le temple était un centre consacré : « Si quelqu'un est 
pinux et juste, le sacrifice aura de l'effet, même si la viande du sa- 
crifice est brûlée, même si on rien apporte pas du tout. Le meil- . 
leur sacrifice n'est autre chose que la piété d'une âme dévouée à 
Dieu, dont les sentiments de reconnaissance subsistent éternels 
et ineffaçables près de Dieu et durent aussi longtemps que le 
soleil, la lune et tout l'univers 3 . » 

Il ne peut donc être surprenant que Philon dise des Esséniens : 
« Ils adorent Dieu de la manière la plus convenable, sans lui 
offrir des sacrifices d'animaux, mais ils s'efforcent de sanctifier 
leurs sentiments 4 »; et Josèphe : « Ils envoient bien les offrandes 
au temple, mais n'offrent pas de sacrifices, parce qu'ils croient 
posséder de meilleurs moyens de purification 5 . » 

1 Contra Apionem, II, 23 : e!ç vaè? évo; 8eoù. 

s Lettre cTAristée, dans Josèphe, 11, 124, édit. Havercamp. 

3 Philon, De vita Mosis^ II, p. 151 ; cf. De victim., II, 253. 

* Philon, Quoi omn, prob. lib., II, 457. 

s Josèphe, Ant., XVIII, 1, 5. 

T. XIV, N° 28. 13 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La psychologie essénienne vient incontestablement aussi d'A- 
lexandrie. Ce n'est pas Philon (on aurait pu le soupçonner de 
prêter aux Esséniens les opinions de son école) qui en rend 
compte, mais Josèphe, et cela en termes si précis et si nets qu'ils 
ne peuvent être éludés : « Chez les Esséniens existe la croyance 
que les corps sont périssables, que leur substance sera la proie 
de la corruption, et que les âmes sont immortelles, éternellement 
vivantes. Sorties de l'éther le plus pur J pour être emerniées clans 
le corps comme dans une prison, quand leurs liens terrestres sont 
tombés, elles retournent avec joie vers les hauteurs, heureuses 
d'avoir échappé à leur longue servitude. » 

Josèphe a parlé ici conformément à la vérité, et, sur ce point, 
il pouvait d'ailleurs être bien renseigné. Cette doctrine n'était 
pas un de ces mystères auxquels il ne fût pas initié : on la divul- 
guait et proclamait, parce qu'elle formait le principal attrait de 
l'essénisme pour les milieux les plus éloignés. C'est cette théorie 
des Esséniens sur l'âme, dit formellement Josèphe, qui saisit et 
retient, comme par un pouvoir magique, tous ceux qui ont goûté 
une fois à la sagesse de cet Ordre 2 . 

Que ces deux doctrines, celle de la préexistence de l'âme et 
celle de la réprobation de la chair, qui conduisit à l'ascétisme 
essénien, aient formé les bases de l'alexandrinisme juif, nous 
n'avons pas besoin de le démontrer, pas plus que le fait, également 
bien connu, que la doctrine essénienne au sujet de Dieu, source du 
bien et non du mal, est empruntée à l'alexandrinisme juif 3 . 

Nous passons maintenant à la doctrine secrète de l'essénisme. 
Les Esséniens en ont possédé une 4 , importée d'Alexandrie, cela 
est affirmé par Josèphe, qui ne put qu'en soupçonner le contenu, 
et cela est rapporté par Philon, qui connaissait à fond leur doc- 
trine. C'est ainsi que le premier raconte que les Esséniens se 
rendaient tous les jours, vers midi, après le bain de purifica- 
tion, dans une maison spéciale s , où les profanes n'étaient pas 
admis comme on s'approche du sanctuaire; ils se rendaient ensuite 
purifiés à la salle à manger. Au repas du soir, auquel prenaient 
part des frères du dehors arrivés dans l'intervalle, aucun cri 
ni aucun désordre ne profanait la maison, mais chacun cédait la 



1 Cf. Philon, Leg alleg., I, p. 119, éd. Mang. : ^ Se <çvyv\ aîôépio; ecmv à7u6'j7ca<7|jt.a 
Geïov. Ci. De Concupiscentia, II, 356. 

2 B.J., II, S, 11. 

3 Q'iod omn. prob. lib., II, 458 : xo tcocvttwv \xïv àyaôwv attiov xaxou ôè piSsvè; 
vofxiletv eîvai to 6sTov. 

4 Cf. Hngenfeld, Die jild. Apokal., p. 272. 

5 . ..eiçïôiov o'ixrifJia auvtaatv. 



LES ESSENIENS 198 

parole à l'autre, à son tour, de sorte que le silence de ceux 
qui étaient à l'intérieur semblait aux auditeurs placés au dehors 
comme un mystère effroyable '. Ailleurs le môme auteur dit que 
celui qui, après trois ans de noviciat, était reçu dans l'Or Ire était 
obligé de prêter un serment redoutable, qui l'obligeait, entre 
autres, à n'enseigner aucune doctrine de l'Ordre autrement qu il 
ne l'avait entendue, et à conserver saintement les écrits de l'Ordre 
ainsi que les noms des anges -. 

Ces indications de Josèphe relatives à la doctrine secrète de 
l'essénisme trouvent un éclaircissement dans la relation de Philon 
sur le même sujet. « En fait de philosophie, dit Philon, ils aban- 
donnent la partie logique, qui ne vise pas à la vertu, aux ergo- 
teurs ; la partie physique, comme étant trop dilficile pour la 
nature humaine, aux astrologues; ils ne s'occupent que de la 
partie qui traite de l'existence de Dieu et de la créai ion du monde. 
Mais ils cultivent avec un zèle tout spécial la partie éthique, 
en prenant pour guides les lois venues des aïeux et qui sont 
si sublimes que l'esprit humain ne peut les comprendre sans 
inspiration divine. Ils étudient ces doctrines en tout temps, mais 
surtout le sabbat, car ils considèrent le septième jour comme sa- 
cré, et, en ce jour, ils négligent toutes les affaires. Ils se rendent à 
un lieu consacré qu'ils appellent synagogue, où ils s'assoient par 
rang d'âge, les plus jeunes aux pieds des aînés, et écoutent avec 
recueillement la leçon. L'un d'eux prend les livres en main et lit; 
un autre, parmi les plus expérimentés, explique les passages 
obscurs. La plupart sont expliqués par eux au moyen de sym- 
boles 3 .» 

Ces deux relations se complètent et permettent de jeter un 
regard dans la partie mystique de l'essénisme. Joseph^ nous parle 
de la sainteté extraordinaire qui entourait le repas essénien, 
auquel les assistants se présentaient purifiés, comme pour s'appro- 
cher d'un sanctuaire consacré. Qu'est-ce donc qui donnait à ce 
repas pris en commun un tel caractère de sainteté? Etait-ce la 
frugalité des mets? Celle-ci n'aurait pu produire sur ceux qui 
se tenaient au dehors l'impression d'un mystère terrifiant. Con- 
sultons donc à ce sujet Philon. Selon lui, l^s Esséniens s'occu- 
paient de recherches philosophiques sur l'existence de Dieu et la 
création du monde, ainsi que de l'étude approfondie de l'éthique» 
et cela en tout temps, mais spécialement les jours de sabbat. 

1 B. J., II, 8, 5. 

2 B. «/., II, 8, 7. 

3 Quod omn. prob. lib., II, 458. 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais comment pouvaient-ils s'occuper de ces mystères a en tout 
temps », puisque la journée entière était consacrée au travail 
manuel 1 ? Evidemment le repas servait à ce but : là, selon Jo- 
sèphe, on tenait des conversations saintes, chacun cédait la parole 
à l'autre à son tour, et c'est cela qui produisait sur les assistants 
du dehors l'impression de quelque chose de mystérieux. 

Si les méditations philosophiques sur Dieu et la création, l'étude 
de l'éthique, avec les lois des ancêtres pour guides, au moyen 
de 1 allégorie, forment le cpntre et le véritable objet du repas pris 
en commun, alors la haute importance qu'on a attribuée à celui-ci 
s'explique, alors on comprend aussi comment il se fit que les 
tyrans les plus cruels, les plus rusés et les plus perfides ne firent 
aucun mal aux Esséniens, mais les reconnurent, par considé- 
ration pour leurs hautes vertus, comme indépendants, comme des 
hommes naturellement libres, « vantant leurs repas en com- 
mun 2 . » 

Une interprétation très claire du repas essénien est fournie par 
la description faite, dans le De vifa coniemidahva, du repas pris 
en commun par les Thérapeutes. Même s il n'a jamais existé de 
Tnérapeutes, l'auteur a toujours connu à fond l'essénisme et, par 
cela même, il a le droit d'être entendu quand il s'agit de juger ce 
dernier. 

Mais il ne doit nullement paraître surprenant que le Pales- 
tinien Josèphe considérât comme un profond mystère ce que 
l'Alexandrin Philon exposait ouvertement et sans crainte. Car 
nous savons que la docirine prêchée à Alexandrie au grand jour 
était un mystère en Judée et ne pouvait être enseignée que dans 
un cercle très restreint d'initiés 3 . Philon ne sait rien de ce ter- 
rible serment qui obligeait les Esséniens à ne communiquer à 
personne les doctrines de l'Ordre autrement qu'on ne les avait 
reçues, à conserver saintement les livres de la secte 4 et les noms 
des anges. Pour Josèphe, l'angélologie, qui, au fond, n'était autre 
chose que la doctrine alexandrine des forces divines lyitermè- 
diaires, était un mystère. 



i B. /., il, 8, 5. • 

2 Quod omn. prob. lib., II, p. 459 : àSov-rêç ûcutwv xà CTUacritta, y.x\. 

3 Celte docirine secrète des Esséniens traitant de Dieu et de la création du monde 
avait même trouvé accès dans les écoles pharisiennes, ordinairement fermées hermé- 
tiquement. Déjà sous Johanan b. Zakkaï, cest-à-dire environ soixante-dix ans après 
l'ère chrétienne, elle occupait fortement quelques docteurs, qui firent de l'étude du 
maasê mercaba et du maasê bereschil un mystère redoutable, rappelant singulière- 
ment la relation de Josèphe sur la matiè-e (B. /., II, 8, 5). Cf. Herzfeld, III, p. 410 
et suiv.; Hamburger, Real-Encycl., p. 257 et suiv. 

4 Ils avaient pour ces livres des soins tout particuliers, Jos., B. J., II, 8, 6. 



LES ESSÉNIENS 197 

Il est tout à fait hors de doute que les Esséniens s'occupaient 
beaucoup des « forces intermédiaires ». S'ils considéraient Dieu 
comme la cause de tout bien et non du mal, et la matière, au con- 
traire, comme mauvaise et méprisable, ils deva'ent nécessairement 
admettre des forces intermédiaires entre Dieu et la matière. Or, 
nous savons par Josèphe qu'ils avaient une angélologie à laquelle 
ils attachaient beaucoup d'importance Mais ces anges, que pou- 
vaient ils être pour eux, sinon les forces intermédiaire* entre 
Dieu et le monde l ? La réflexion philosophique, jointe à une 
spéculation guidée par l'imagination, a accompli son œuvre de 
décomposition sur l'ang-dologie dans le sein du judaïsme alexan- 
drin. Les anges y avaient été d'abord des personnes ou des mes- 
sagers divins ayant apparence humaine; ils devinrent ensuite des 
forces incorporelles et animées, qui réalisent le bien Chez Philon, 
la théorie des anges est en rapport évident avec celle du Logos. 
Les anges s'appellent et sont des « logoi », des idées qui ont une 
certaine réalité, en tant qu'elles ont pour but de servir d'intermé- 
diaires entre l'ordre spirituel et supérieur du monde et le monde 
inférieur 2 . 

Quoique nous puissions admettre que les Esséniens connaissaient 
aussi la doctrine du Logos, puisque, pour le judaïsme alexandrin, 
les anges sont identiques aux forces intermédiaires divines et aux 
logoi 3 , nous ne voudrions pas Laifirmer, parce que les preuves 
directes de cette assertion font défaut. Mais que la théorie des 
forces intermédiaires jouât un grand rôle chez eux, cela est 
d'autant plus certain que 1 auteur du De vit a contemplativa le 
constate en termes formels. En effet, il dit des Thérapeutes : « .Ils 
sont toujours si pénétrés de la divinité, que, même dans leurs 
songes, la beauté des forces divines est la seule image qui leur 
apparaît 4 . » 

La petite hache qui était remise à chaque novice trahit aussi 
l'origme alexandrine de l'essénisme. Quelle idée ce symbole de- 
vait-il représenter pour eux? Bellermann et Dâhne la prennent 
pour un symbole de l'activité et du travail 5 . Nous croyons, que, 
dans ce symbole, il y avait un autre sens moins éloigné, mais 
d'autant plus profond. 11 semble déjà ressortir du récit de Josèphe 

1 Jnsèphe nous dit qu'ils conservaient religieusement les noms des anpres. Or le 
nom de Gabrie-1, qui est la traduction littérale de ôuva[uç OeoO, indique déjà qu'ils 
connaissaient les forces intermédiaires divines. 

2 Lipsms, dans le Bibellexicon de Schenkel, vol. IL p. 115. 

3 Cf. Gfrôrer, I, p. 146 et 173 ; II, p. 318. Philon, De Cherub., I, p. 139 : ày^lo;, 
ôç £cm GsToc ).6yo;. 

4 Philon, II, p. 475. 

s Bellermann, Nachrichten aus dem Alterth., p. 28 ; Dâhne, I, p. 493. 



198 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que la hachette devait symboliser l'abstinence, qui était, plutôt 
que le travail, la caractéristique de l'Ordre, qui en était à propre- 
ment parler l'âme l . Si quelqu'un veut, dit Josèphe à ce sujet, 
entrer dans 1 Ordre il n'est pas admis tout de suite, mais il lui faut 
encore rester un an hors de la société, en se soumettant toutefois 
à sa manière de vivre. On lui donne une hachette, un tablier et 
un vêtement blanc. Si, dans cette période de temps, il a donné des 
preuves & abstinence, il peut s'approcher plus près de l'ordre 2 . 
Gomme le novice doit, dès la première année de son noviciat, 
s'occuper tout particulièrement d'abstinence pour se rapprocher 
de 1 Ordre d'un degré, n'est-il pas probable que le symbole mis 
sous les yeux par le fait de la remise de la hachette vise la pra- 
tique de l'abstinence et de la tempérance? Mais à quoi bon recourir 
à des suppositions là où nous avons un sol ferme sous les pieds, 
attendu que le judéo-alexandrinisme nous donne l'explication la 
plus topique de ce symbole ? Ecoutons à ce sujet Philon lui-même : 

Nous qui sommes liés au corps, sommes-nous en état de renon- 
cer aux besoins corporels? Et de quelle manière cela serait-il pos- 
sible? Qu'on remarque ceci : Le législateur sacré prescrit à ceux 
qui sont dominés par les besoins corporels comment ils doivent se 
contenter du nécessaire. D'abord il dit : tu dois avoir une pla^e en 
dehors du camp 3 . Camp signifie ici vertu, où l'âme doit élever 
sa tente. Mais la sagesse ne peut régner dans le même endroit que 
les besoins et les joaissauces corporels. C'est à ce sujet qu'il est dit 
plus loin : a Et tu dois t'y rendre. » Pourquoi? parce que l'âme, 
tant qu'elle réside près de la sagesse et habite dans sa demeure, ne 
peut jouir de choses corporelles. Car là elle trouve une nourriture 
divine dans les connaissances en faveur desquelles elle renonce à 
la chair C'est seulement lorsque l'âme est sortie de la vertu qui, 
doit en former, pour ainsi dire, la charpente sacrée, qu'elle se 
tourne vers la substance, qui alourdit et écrase le corps. Mais com- 
ment doit-elle se servir de la substance? « Tu porteras un pic a ta 
ceinture avec lequel tu creuseras 4 . » C'est la sagesse (Logos) qui 
creuse pour découvrir la passion, la reieter et s'en débarra>ser Nous 
devons, en effet, tenir les passions serrées comme dans une ceinture 
et ne pas leur laisser leur libre développement. C'est pourquoi, sui- 
vant le commandement de l'Écriture, nous devons, quand elles passent 



1 Ils fuient (c'est ainsi que Josèphe commence sa relation sur les Esséniens, 
B. J., II, 8, 2) les jouissances sensuelles comme des vices et placent la vertu dans 
la tempérance et la résistance aux passions. 

2 B. J., II, 8,7. 

3 Deutéronome, xxm, 13. 

4 Les Esséniens se servaient de l'àEtvàpiov (<rxa)iç). qu'on leur remettait lors de 
leur réception, dans le même but qu'on se servait ici du pic, ou TcàacaXo;. 



LES ESSENIENS 199 

(ce passage est appelé Pâque), nous ceindre les reins l \ c'est-à-dire 
enchaîner les passions Le pic, c'est la sagesse', qui doit suivre 
partout la passion, pour empêcher ses écarts. De cette manière, nous 
nous contenterons du nécessaire et nous nous abstiendrons du superflu. 
Si, aux repas, nous apportons la sagesse comme une arme défensive, 
nous ne consommerons pas trop de nourriture et nous n'arriverons 
pas a l'ébriété. Car la sagesse réfrénera et refoulera le choc impé- 
tueux du désir... « Tu creuseras avec le pic », cela veut dire : tu 
découvriras, à l'aide de la sagesse, la naiure de chaque désir, du 
manger et du boire, tu la creuseras pour reconnaître ce qui s'y 
trouve de vrai Alors tu apprendras que le bien ne réside dans 
aucune de ces choses, mais uuiquement dans le nécessaire et l'indis- 
pensable L'Écriture dit ensuite : <* Tu recouvriras tes déjections. » 
Fort bien ! âme, applique la sagesse à toutes choses de façon à 
couvrir, à obscurcir et à cacher toutes les déjections de la chair et de 
la passion ; car ce qui n'est pas conforme à la sagesse est hideux, 
comme tout ce qui est conforme à la sagesse est beau. Celui qui a 
la passion des plaisirs marche sur le ventre; ï homme parfait, au 
contraire, purifie tout le corps; celui qui est dans ta voie du per- 
fectionnement purifie ses entrailles ; celui qui débute seulement dans 
cette voie sort quand le besoin corporel le presse, emportant la 
sagesse, qui est appelée symboliquement pic 3 , pour mettre un frein 
à ses passions 4 . 

Il est indubitable que l'explication de notre symbole donnée par 
Philon était aussi celle des Esséniens. et il nous paraît singulier 
qu'on l'ait négligée si complètement. Celui qui demandait à être 
reçu dans Tordre des Esséniens devait, en vivant, pendant toute 
une année, au dehors de l'essénisme, donner des preuves d'absti- 
nence. On lui remettait, lorsqu'il se présentait, une hachette qui, 
outre son usage journalier, symbolisait une idée plus haute. Il est 
vrai que Josèphe ne sait rien de plus précis à ce sujet : il n'avait 
pas pénétré dans les profondeurs de iessénisme. Par contre, 
Philon nous apprend que la hachette devait servir au débutant 
d*arme défensive contre les passions ; elle devait symboliser la 
sagesse, à 1 aide de laquelle on doit transpercer la passion et 
l'éloigner; enfin, elle apprend à ne jouir que des choses corpo- 
relles les plus nécessaires à la vie, et à fuir tout superflu. « Le 
débutant, dit-il, doit être armé de la sagesse, appelée symbolique- 
ment pic, pour réfréner les passions. » Et cette interprétation 
ne viserait pas les Esséniens? Au surplus, Philon parle ici d'une 

1 Exode, xn, 11. 

2 . . .TzâiaaaloQ ouv TOÛTeem >6yoç. 

3 ...ô; etpYiTai <ju{x(3oXix(04 Tzâaactloç. 

4 Le/j. Alleg., I, p. 117 et suiv. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

classe particulière d'hommes visant à la perfection et y distingue 
trois degrés, comme Josèphe distingue trois degrés chez les Essé- 
niens *. De même que celui-ci prétend que la hachette est remise 
au débutant qui a besoin de devenir zélé pour l'abstinence et la 
tempérance, ainsi Philon met entre les mains de « celui qui 
débute dans le perfectionnement » le pic. symbole de la sagesse. 
Cependant nous ne voulons pas affirmer pour cela que Philon 
dépeint ici les Esséniens palestiniens, mais que, sans doute à 
Alexandrie aussi, toute une classe d hommes pratiquaient la règle 
des Esséniens. sans former un Ordre fermé. 

Le judaïsme alexandrin était donc, selon notre opinion, déjà 
implanté en Judée avant les guerres des Macchabées, sans ce- 
pendant former une société fermée. Du reste, à ce moment, il 
n'avait aucune raison de s'isoler, il était aussi libre qu'on pouvait 
l'être à Alexandrie. C'est seulement après les victoires des Mac- 
chabées que les circonstances nouvelles le forcèrent à se mettre 
à 1 écart et à former un Ordre. Cela explique aussi pourquoi 
Philon, quoique l'essénisme tût un produit alexandrin, quoique, 
dans son entourage même, il y eût de nombreux individus ayant 
adopté les principes et la manière de vivre de cet Ordre, ne parle 
cependant que d'Esséniens palestiniens. Comme secte strictement 
fermée et bien organisée, 1 Ordre avait sa patrie en Palestine. Et, 
s'il y avait en Egypte des colonies de Thérapeutes, qui, par leur 
extérieur, se distinguaient, comme les Esséniens palestiniens, des 
autres juifs par diverses particularités, le lien religieux qui les 
rattachait à la nation s'était si bien relâché chez eux, comme nous 
l'avons déjà fait observer, sous l'influence de la philosophie étran- 
gère, qu'un Juif nationaliste, comme Philon, devait se détourner 
d'eux avec humeur et se sentir attiré avec d'autant plus de force 
vers les Esséniens, qui , en dehors de leur philosophie, pratiquaient 
strictement les cérémonies mosaïques. 



1 Josèphe, B. «/., II, 8, 7, parle de celui qui demande à être reçu dans l'Ordre 
(6 ^y])và)v) et qui a pour principale tâche de fournir des preuves de tempérance ; il 
recevait une hachette (o^ivàpiov axa)i;j; par contre, Philon dit de celui qui débutait 
dans son perfectionnement (ô dpxi àp^o^QÇ 7uai<5£Ùea6ai) qu'il était muni du TtdcTcaXoç, 
symbolisant la sagesse. A celui qui monte d'un degré (upoottov eYyiov) chez José he, 
correspond, chez Philon, celui qui progresse (ô 7rpox6TCTU)v) , qui est parvenu lui aussi 
à un haut degré d'abstinence. Enlin. le troisième degré, se.on Josèphe, ['homiletè* (ô; 
eïç tôv 8u,iXov eyxiwivETai), correspond au Té).eioç de Philon, qui a remporte la plus 
grande victoire por-siole sur la sensualité. Si l'interprétation de Philon reproduite ici 
était aussi celle des Esséniens, cela montre — ce qui est d'ailleurs également con- 
testé aujourd'hui — quel développement l'allégorie avait pris chez les Esséniens. 



LES ESSÉNIENS 201 



II 



C'est un fait reconnu que l'Ordre des Esséniens exerçait une 
attraction extraordinaire sur toutes les classes de la société. Ce 
devait être un aspect imposant que le spectacle de ces hommes, 
qui avaient passé la journée presque entière au travail dans les 
champs ou ailleurs, consacrant leurs heures de repos à la sancti- 
fication et se plongeant dans de profondes méditations sur Dieu et 
le monde. Leur étonnant système de la communauté des biens, le 
mystère qui les entourait, l'esprit de prophétie dont on les croyait 
enveloppés, leur doctrine psychologique, qui, selon le témoignage 
de Josèphe, avait tant de succès, leurs repas communs tant vantés, 
l'égalité et la fraternité prêchées et mises en pratique, leur con- 
tinence poussée à 1 extrême, leur horreur du serment, leur zèle 
à réprimer toutes les passions, leur connaissance de la nature 
ainsi que des vertus médicinales des plantes et des pierres, tout 
cela ne contribua pas peu à augmenter leur considération et était 
propre à inspirer l'admiration et l'imitation. A ces éléments d'at- 
traction venait encore s'ajouter le fait qu'ils vivaient souvent loin 
des villes, dans la campagne, dans des solitudes provoquant au 
recueillement intellectuel, où des troupes entières de gens de 
bien qui se sentaient mal à l'aise au milieu des vices des villes 
venaient à eux 1 . S'ils n'entraient pas tous dans leur Ordre, ils 
adoptaient, du moins, leur doctrine et leurs idées, et les propa- 
geaient. Philon et Josèphe fournissent à ce sujet le meilleur 
témoignage, car tous deux sont pleins d'enthou>iasme pour les 
Esséniens et cherchent à intéresser l'univers entier à leurs doc- 
trines, sans avoir été eux-mêmes membres de cet Ordre. Au sur- 
plus, les Esséniens s'occupaient de l'éducation de la jeunesse, 
car Josèphe raconte qu'ils dédaignaient le mariage, mais qu'ils 
adoptaient des enfants pour leur inculquer leur doctrine 2 . Il 
dit encore ailleurs que lui-même, pendant son adolescence, il 
avait vécu sous la direction d'un certain Banus, qui vivait au 
désert, portait des vêtements d'ecorces d'arbres, se nourrissait de 
fruits sauvages et se baignait fréquemment dans l'eau froide pen- 

1 Pline, Hist. nat., V, 17 : t In diem ex aequo convenarum turba renascitur large 
frequentibus quos vita fessos ad mores eoruui fortunse fluctibus agit.. . Tam fecunda 
illis (se. Essenis) aliorum vitse pœnitentia est. > 

2 B. «7., 11,8,2. 



202 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dant le jour et la nuit 1 . Qu'on juge donc quelle action la doctrine 
essénienne devait exercer. Si Joseph* et Philon sont d'accord pour 
évaluer le nombre total des Esséniens à 4000, il en est de cela 
comme de l'assertion de Josèphe estimant que le parti pharsien 
sous Hérode 1 er comptait seulement 6 000 membres 2 . Il est pos- 
sible que, comme parti fermé, il ne comptât que 6,000 hommes, 
mais les partisans qui suivaient aveuglément leur direction de- 
vaient être innombrables. De même, à côté des 4,000 membres de 
l'Ordre des Esséniens, il devait y avoir des milliers d'Esséniens, 
comme Philon le dit expressément en un autre passage 3 . 

Qu'est devenue cette doctrine qui avait de si profondes racines 
et avait sur le terrain religieux une action si forte et si féconde? 
A-telle vraiment, comme on est volontiers tenté de le croire, fait 
long feu après un rapide essor et s'est-elle évanouie sans laisser 
de traces ? 

Si on lit attentivement et impartialement les relations de Phi- 
lon et de Josèphe sur les Esséniens et les allusions faites à ce 
sujet par Ihs pères de l'Église, on reconnaîtra ensuite, en exami- 
nant les écrits du Nouveau-Testament, que le christianisme pri- 
mitif était profondément pénétré des doctrines esséniennes et qu'il 
est né sur le terrain formé et si bien cultivé par les Esséniens. On 
voit alors, d'une part, les rapports existants entre l'essénisme et 
le christianisme, et, d'autre part, les efforts faits par l'Église, ar- 
rivée à la conscience de sa mission universelle, pour s'émanciper 
de l'essénisme, rejeter celui-ci à l'arrière-plan et le réduire au 
silence, et on ne peut plus nier ia connexité du christianisme et de 
l'essénisme. Eusèbe 4 , l'historien de l'Église, dans ses explications 
sur le thérapeutisme, montre combien les fils qui rattachaient le 
christianisme primitif à l'essénisme étaient visibles et tangibles. 
Toutefois ses préventions ne lui permirent d'expliquer ce phéno- 
mène qu'en admettant que le thérapeutisme est sorti du christia- 
nisme, et ce système a été adopté par les docteurs de l'Église qui 
lui ont succédé On pourrait objecter, il est vrai, que l'écrit sur 
les Thérapeutes est peut-être un ouvrage chrétien postérieur, 
niais même en concédant ce point, nullement démontré et sans 
doute indémontrable, cela ne change rien au fait qu Eusèbe trouve 
des ressemblances incontestables entre l'essénisme et le christia- 



1 Vita.- ch. ii. 

2 Ant., XVII, 2, 4. 

3 Apud Eusèbe, Prœpar. «vang., VIII, 11. C'est ainsi seulement que s'explique 
cette évaluation des Esséniens à des myriades, en présence du chiffre indiqué 
de 4000. 

4 Eist. Eccl, II, 17. 



LES ESSEN1ENS 203 

nisme. Car ce qui, dans cet ouvrage, lui paraît être « des allu- 
sions claires et incontestables au christianisme » concorde le plus 
souvent avec ce qu^ Philon et Josèphe disent de l'ascétisme et 
de la communauté des biens chez les Esséniens. Les relations 
d'Épiphane concernant ce sujet ne sont pas moins précises, 
quoique plus embrouillées. C est ainsi qu'il dit une fois des Na- 
zaréens « que pendant un certain temps, avant d'avoir été ap- 
pelés chrétiens à Antioche, ils s'appelaient Jesséens, sans doute 
de Jessé, le père de David, ou peut-être même de Jésus, dont 
ils étaient les disciples. Qu'on relise à ce sujet ce que Philon 
dit des Jesséens, nom sous lequel il désigne les chrétiens : 
Comme ces nazaréens, juifs de race, qui observaient la Loi et 
la circoncision, avaient entendu le nom de Jésus, ils ne tardè- 
rent pas à croire en lui. . . * ». Ce passage, quelque obscur qu'il 
soit, montre du moins qu'Épiphane avait une vague notion des 
rapports qui existaient entre l'essénisme et le christianisme pri- 
mitif. 

Les écrits du Nouveau-Testament nous apportent une preuve 
autrement concluante que toutes ces indications plus ou moins 
vagues données, par hasard, par les docteurs de l'Église sur la 
parenté du christianisme primitif avec l'essénisme. La commu- 
nauté des biens et le mépris des choses terrestres qui existaient 
dans la communauté des premiers apôtres, les repas pris en com- 
mun, les saintes assemblées du Sabbat, où les frères se réunis- 
saient pour « rompre le pain », les guérisons de malades, les aspi- 
rations à l'extase prophétique tout cea s'accorde si bien avec ce 
que nous savons de l'essénisme, qu'on peut regarder comme in- 
dubitable que l'un procède de l'autre 2 . 

Le christianisme primitif, à notre avis, a été l'héritier de l'es- 
sénisme. La partie populaire et pratique en a été adoptée par 

* Haer., XXIX. 

2 Qu'on songe seulement aux passages suivants de l'Evangile et des Actes des 
apôtres : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre ou les vers et la rouille 
dévorent tout..., mais amassez- vous des trésors dans le ciel... ; ne soyez pas en 
peine pour votre vie de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez ; ni pour 
votre corps de quoi vous serez vêtus » (Math., vi, 19, 20, 25). « Ne prenez ni or, ni 
argent, ni monnaie dans vos ceintures, ni sac pour ie voyage » (cf. Jos., B. J-, II, 
8, 4), c ni deux habits, ni souliers » (Math., x, 1 et s.) « Si tu veux être parfait, 
vends ce que tu as et donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel • 
(Math ., xix, 21 ; Luc. xn, 33). « Et tous ceux qui étaient devenus des croyants 
étaient ensemble dans un même lieu et avaient toutes choses communes. Ils vendaient 
leurs biens et leurs possessions et en distribuaient le prix à tous, selon le besoin que 
chacun en avait » (Actes, n. 44 et s.). « La multitude de ceux qui avaient cru n'était 
qu'un cœur et qu'une âme, et personne ne disait que ce qu'il possédait tût à lui en 
particulier, mais tout était commun entre eux... » (Actes, iv, 32 et s. ; cf. Eusèbe, 
H. E., II, 17). Voir Delaunay, Moines et Sibylles, p. 58 et s. 



204 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'Église orthodoxe, qui la développa à sa mode et l'enrichit du 
dogme, depuis longtemps cher au judaïsme palestinien, de la ré- 
surrection de la chair, tandis que l'Église hérétique développa la 
partie mystique traitant de Dieu, de la création et des forces 
divines intermédiaires, et donna naissance au gnosticisme. 

Cependant il ne faut pas s'imaginer qu'il existât un abîme in- 
franchissable entre l'essénisme, en apparence ennemi du monde, 
et le christianisme visant à la vie active. Qu'on ne croie pas non 
plus que tous ceux qui professaient les principes de l'essénisme 
étaient de savants mystiques. Aussi bien que les Pharisiens n'é- 
taient pas tous des docteurs de la loi v ainsi les Esséniens ne sont 
pas tous des pnilosophes. Quant à l'aversion des Esséniens pour 
le monde, il ne faut pas la prendre à la lettre non plus, l'Ordre 
lui-même ne le prenait pas ainsi. Josèphe lui-même ne dit-il pas 
qu'après l'accomplissement de son noviciat, l'Essénien nouvel- 
lement reçu dans l'ordre, avant d'être admis au repas commun, 
devait jurer « d'observer la fidélité envers tous, surtout envnrs 
l'autorité, car personne ne possède Va torité sans qu'elle lui 
soit conférée par Dieu * »? De plus, il devait promettre, « au cas 
où il arriverait lui-même au pouvoir, de ne pas en abuser, 
de ne pas chercher à surpasser ses subordonnés par l'éclat des 
vêtements ou de la parure ». Nous savons aussi, par Philon, que 
les Esséniens étaient instruits non seulement dans la piété, la 
sainteté et la justice, mais encore dans l'administration des affaires 
domestiques et publiques f . Si les Esséniens devaient passer toute 
leur vie loin du monde, pourquoi leur fallait il jurer de ne jamais 
abuser de leur pouvoir, et pourquoi les instruisait-on en poli- 
tique? 

D'autres mesures en vigueur chez les Esséniens indiquent qu'ils 
n'avaient pas une si forte aversion du monde qu'il semble tout 
d'abord, et qu'au contraire ils avaient de fréquents contacts 
avec la société, en vue de la propagande de leur doctrine, « [is 
n'habitent pas une seule ville, dit Josèphe, mais il y en a beau- 

1 B. J., I, 7. 11 est clair que par « ceux qui commandent » on ne veut pas 
parler ici des chefs des Esséniens, comme quelques-uns le prétendent (cf. Ludus, 
Der Essenismus, p. 51) : il n'y avait pas de chefs dans l'ordre. Les passades pa- 
rallèles nous montrent clairement qu'on dés j?nait ici les chefs temporels. Ainsi le 
pseudo-Saiomon. V 1, 2. 3 : 'Ev orna ai 6 e otxpaxoùvxeç. .. ôti è866y) 7rapà tov Kupiou 
il xpâxr]ai; ûfjuv xt>... Dans l'Kpitre aux Homains, xm, 1 : où yàp èutiv èi-ovaia 
St u,/) àuà 6eo0 De môme dans Jean, x x, 11, il est question, comme dans tuus ces 
passades, de l'autorité temporelle. Nous avons ici encore une doctrine du judéo- 
alexaudrinisme reprise par les Esséniens et acceptée par le Nouveau-Testament. — 
Cette opinion des Esséniens sur l'autorité nous explique aussi pourquoi ils ont été 
épargnés par les tyrans les plus cruels. 

2 Quod omn. prob. lib., II, 458. 



LES ESSÉN1ENS 205 

coup dans chaque ville, et les confrères venant du dehors trou- 
vent chez eux maison ouverte. Ils entrent chez ceux qu'ils 
n'avaient jamais vus auparavant comme chez leurs amis les plus 
intimes. Ils n'emportent donc en voyage que des armes pour se 
protéger contre les voleurs *. » Il ressort clairement de ce texte 
qu'ils allaient souvent en voyage et qu'ils pouvaient voyager com- 
modément et facilement. Quel pouvait être le but de ces voyages, 
sinon la propagande? La littérature judéo-alexandrine montre 
quel zèle ardent animait également les juifs hellénisants pour 
convertir le monde à leur mosaïsme philosophique. Du reste, 
l'auteur du De vita contemplativa nous donne un commentaire 
très net de ces voyages des Esséniens : « On trouve ces hommes, 
dit-il des thérapeutes, dans toutes les contrées, évidemment afin 
que les Grecs et les Barbares puissent aussi recevoir en partage 
le bien suprême *. » 

Ce que nous savons, d'autre part, des Esséniens montre qu'il y 
avait parmi eux des classes inégalement soumises aux sévères 
règles de l'Ordre. On nous parle, d'un côté, d'Esséniens habitant 
les villes 3 , et, d'autre part, d'ttsséniens les fuyant à cause des 
vices qui y régnaient, cherchant la solitude des campagnes et 
établissant leur demeure dans les villages ou dans le désert 4 . Il 
est question aussi d'une classe d'Esséniens rejetant complètement 
le mariage 5 , et d'une autre qui l'admettait 6 ; d'une communauté 
essénienne dont les membres étaient des hommes 'l'âge, à l'abri 
des oragns de la vie et des passions, chez lesquels il n'y avait ni 
enfant ni jeune homme 1 , et, ailleurs, d'une autre classe d'Essé- 
niens qui adoptaient des entants en bas-âge et les élevaient selon 
leurs principes s ; d'un côté, enfin, on nous assure que l'ordre des 
Esséniens comptait en tout quatre mille membres 9 , et, d'un autre 
côté, qu'il y en avait des myriades 10 . 

Toutes ces contradictions apparentes disparaissent aussitôt 
qu'on accepte 1 hypothèse de l'existence de nombreux Esséniens à 
côté de l'Ordre même et moins liés à ses règles. Il est indubitable 



1 B. /., II, 8, 4. 

a Philon, éd. Mangin, II, 474. 

3 Jos., B. J., II, 8, 4 ; Philon, apud Eus., Prap. ev., VIII, 11 ; éd. Mang., II, 632. 

4 Philon Quod omn.prob. lib., II, 457; Pline, V, 17. 

5 Jos., B. «/., II, 8, 2 ; Ant., XVIII, \, 5 ; Philon, apud Eus., Prap. ev., VIII, 
11 ; Pline, l. c. 

6 Jos., B.J.,11, 8, 13. 

7 Philon, apud Eus., Prap. ev., VIII, 11. 

8 Jos., B. J., II, 8, 2. 

9 Philon, Quod omn.prob. lib., II, 457 ; Jos., Ant., XVIII, 1, 5. 
19 Philon, ap. Eus., loc. cit. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'il y eut une quantité d'Esséniens vivant dans les villes et d'autres 
qui vivaient loin du monde, menant au désert une vie de soli- 
taires et d'ascètes, entourés d'une troupe de disciples avides d'ap- 
prendre et qui, comme Josèphe, passaient trois ans de noviciat. 
Tous ces disciples ne devenaient pas dés Esséniens, mais, en même 
temps que l'éducation grecque, ils y puisaient les idées et les ha- 
bitudes des Esséniens ils les importaient dans la vie pratique, et 
les répandaient ainsi au loin. C'est aux Esséniens de cette espèce 
qu'appartenaient Jean-Baptiste et Banus, le maître de Josèphe. 

Nul, parmi les Esséniens, n'a su faire pénétrer les doctrines de 
l'Ordre- dans les masses et échauffer les esprits jusqu'à l'enthou- 
siasme comme Jean-Baptiste, qui enseignait sur les bords du 
Jourdain. 11 était devenu, en quelque sorte, l'Elie du Messie qui 
allait venir, le christianisme s'est édifié sur ses épaules puissantes. 
Et si ce robuste support s'affaissa peu à peu sous la masse écra- 
sante de l'édifice ecclésiastique et se réduisit à une simple pierre 
dédaignée par les maçons, on ne parvint cependant pas à l'écarter 
tout à tait, car un examen impartial des sources montre que Jean- 
Baptiste, quoique l'Eglise le regardât avec dédain, a été la pierre 
angulaire de cette construction monumentale. 

En réalité, Jean a été fort injustement mis à l'écart. C'est lui 
qui avait remué les esprits comme nul autre avant lui, si bien 
qu'ils ne purent plus recouvrer le repos ; lui qui avait préparé 
tous les cœurs à recevoir la doctrine de Moïse et des prophètes 
épurée dans le creuset essénien, parée d'une grâce nouvelle et 
d'un attrait puissant l . On n'avait qu'à continuer son œuvre pour 
produire une grande révolution religieuse 2 , et lorsque la semence 
semée par lui commence à produire ses épis, Jean est mis à l'écart 
et peu à peu diminué ! Le mouvement religieux provoqué par lui 
fut cependant si puissant et si durable qu'il obscurcit pendant 
longtemps l'action de Jésus; cela ressort clairement du récit de 
Josèphe 3 , qui parle avec beaucoup d'admiration de l'œuvre de 
Jean-Baptiste, et qui ne semble pas se douter de l'existence de 
Jésus. Cependant plus tard l'action de Jean fut représentée comme 
une sorte de préface au christianisme, son baptême fut considéré 
comme insuffisant 4 , on ne tint plus autrement compte de lui, il 

1 Jos., B. </., II, 8, H. 

2 Marc commence effectivement son Évangile en disant que c'élait Jean qui donna 
la première impulsion puissante pour la formation du christianisme. Il dit : « Ceci 
est U commencement de l'évangile de Jésus-Christ, le fils de Dieu. . . C'est la voix de 
quelqu'un qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur... » Jean était 
au désert, il baptisait et prêchait le baptême de repentance. i 

3 Ant., XVIII, 5, 2. 

4 Ep. aux Hébr., vi, 12. 



LES ESSËNIENS . 207 

fut réduit à être un simple témoin en faveur de Jésus et on prit à 
la lettre ce qu il dit modestement de lui-même : « Il faut qu'il 
(Jésus) croisse et que je diminue * ». 

Cet effort à présenter les travaux préparatoires de Jean avec 
des contours effacés et aussi vagues que possible est déjà visible 
dans le quatrième évangile. Il se comprend, sans doute, si on 
songe que le christianisme, cherchant à s'émanciper peu à peu 
du judaïsme, devait trouver gênant qu'on lui rappelât toujours 
que l'essénisme avait été son seul parrain et que celui-ci l'avait 
nourri et fortifié de son sang Jean se rattachait au judaïsme, 
c'est-à-dire au judaïsme essénien, rien dans son caractère et dans 
son œuvre ne trahissait la moindre intention de sVn écarter. 
Et c'est ce juif encore tout dévoué à l'ancien état de choses 
qui devait avoir donné une impulsion si puissante à la fonda- 
tion de la nouvelle Alliance ? Jamais ! Il ne pouvait donc être 
qu'un précurseur et rien de plus. Il avait eu un pressentiment 
— c'est le seul mérite qu'on lui reconnaît — de la splendeur 
qui viendrait bientôt après lui, il n'était pas la splendeur elle- 
même. 

En vain, les disciples de Jean, qui le prenaient pour le Messie,, 
lui et non Jésus 2 , et qui longtemps encore après sa mort lui 
conservèrent une fidélité inébranlable, protestèrent-ils contre 
cette conception qui ravalait leur maître; en vain ils invoquèrent 
le mouvement baptismal commencé par Jean et suivi d'un succès 
si imprévu, mouvement par lequel Jésus lui-même se laissa 
porter 3 ; le quatrième évangéliste, dont le christianisme est déjà 
plus avancé que celui du premier évangéliste, prétendait en savoir 
plus long qu'eux à ce sujet. Sa relation, au fond, n'est qu'une po- 
lémique contre les disciples de Jean encore gênants à ce mo- 
ment-là ; elle est ainsi conçue : « Il y eut un homme qui fut envoyé 
de Dieu et s'appelait Jean. Il vint pour être témoin, pour rendre 
témoignage de lumière, afin que tous crussent en lui. Il n était 
pas lui-même la lumière, mais il était envoyé pour rendre té- 
moignage de la lumière. . Et c'est ici le témoignage que Jean 
rendit, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrifica- 
teurs et des lévites pour lui demander : qui es-tu? Il le confessa 
et ne le désavoua pas : je ne suis point le Christ. Qu'es-tu donc, 
lui demandèrent-ils? Es-tu Élie? Et il dit : je ne le suis point. . . 
Je suis la voix de celui qui crie dans le désert. . . Ensuite Jésus 



1 Jean, m, 30. 

2 Luc, m, 15; Clément, Recogti,, I, 54, 60. 

3 Jean, m, 22 et s. 



208 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et ses disciples vinrent en Judée ; il y demeura avec eux et y bap- 
tisait. Et Jean baptisait aussi à Énon, près de Salim, parce qu'il 
y avait là beaucoup d'eau et qu'on y venait pour être baptisé ; 
car Jean n'avait pas encore été mis en prison. Or une dispute 
s'éleva entre les disciples de Jean et les Juifs touchant la puri- 
fication, et ils dirent à Jean : « Maître celui qui était avec toi au- 
delà du Jourdain, auquel tu as rendu témoignage, le voilà qui 
baptise et tous vont à lui ». Jean leur répondit : « Personne ne 
peut rien prendre, s'il ne lui a été donné du ciel 1 . » Vous- 
mêmes vous m'êtes témoins que j'ai dit que ce n'est pas moi qui 
suis le Christ, mais que j'ai été envoyé devant lui... « Il faut qu'il 
croisse et que je diminue. Celui qui vient d'en haut est au dessus 
de tous 2 . » 

Après ces observations préliminaires, voyons le portrait que 
Josèphe nous fait de Jean-Baptiste, comparons-le avec celui que 
nous donne le premier évangéliste et avec ce que les Actes des 
apôtres disent de l'effet aussi fort que durable du mouvement 
baptismal et nous aurons ainsi la double conviction que l'action 
inaugurée par Jean a été vraiment grandiose et qu en outre, elle 
est sortie du fleuve de l'essénisme. 

Josèphe raconte la défaite que le roi de l'Arabie Pétrée avait 
infligée à Hérode Antipas. et il ajoute : « Beaucoup d'entre les Juifs 
voyaient dans la ruine de l'armée hérodienne un acte de la Pro- 
vidence, qui infligeait à Hérode le juste châtiment de la mort de 
Jean-Baptiste. En effet, Hérode avait fait mettre à mort cet homme 
de bien, qui engageait aussi les Juifs à être zélés pour la vertu, à 
pratiquer la justice envers leurs semblables, la piété envers 
Dieu, et, ainsi préparés, à venir au baptême, car alors le baptême 
sera agréable à Dieu, parce qu'ils ne le pratiqueront pas en vue 
de la rémission des péchés — leur âme étant déjà sanctifiée par 
une vie conforme à la justice — , mais en vue de la sanctification 
du corps. Comme de toutes parts la foule venait à lui — ses dis- 
cours provoquaient une vive émotion — , Hérode commença à 
craindre que l'éloquence entraînante de celui qui exerçait une 
influence si puissante sur les hommes n'amenât facilement une 
émeute. Il jugea donc plus habile de s'en débarrasser avant 
qu'il eût tenté quelque chose, plutôt que d'avoir à regretter son 
indécision, si une révolution éclatait. Sur ce soupçon d'Hérode, 
Jean fut arrêté et envoyé à la forteresse déjà mentionnée de Ma- 
chérous, où il fut décapité. Les Juifs eurent la conviction que la 

1 C'est uue sentence essénienne, comme nous l'avons vu. 

2 Jean, i, 6 et s. ; m, 22-36. 



LES ESSÉN1ENS 209 

mort de cet homme fut la cause de la catastrophe qui fondit sur 
l'armée, Dieu étant irrité contre Hérode *. » 

Cette relation ne laisse rien à désirer en fait de clarté. Jean est 
placé ici en pleine lumière, on y rend entièrement justice à sa 
puissante personnalité, à la force persuasive, émouvante et entraî- 
nante de sa parole, sans ombre d une glorification intentionnelle. 
Mais c'est aussi comme un véritable Essénien que Jean nous ap- 
paraît ici : « Il est un excellent homme qui engageait aussi les 
Juifs à être très zélés pour la vertu, à pratiquer la justice en- 
vers les hommes, la piété envers Dieu. » Si on compare à cela 
ce que Philon dit, en termes courts et précis, sur le canon moral 
des Esséniens, l'essénisme de Jean sera irréfutablement établi. 
D'après Philon 2 , « les Esséniens sont instruits dans la sainteté, 
dans la piété et la justice, ils examinent toutes choses à l'aide de 
cette triple règle : si elles répondent à V amour pour Dieu, à 
V amour de la vertu, à V amour du prochain. » C'est avec cette 
triple devise essénienne que nous voyons Jean enseignant et en- 
flammant le peuple. 

Ce qui atteste tout aussi clairement l'essénisme de Jean, c'est 
l'effort qu'il fit pour rendre au baptême son sens primitif, qui, 
avec l'expansion de l'essénisme, s'était altéré, et pour faire com- 
prendre qu'il n'était agréable à Dieu qu'après que le néophyte 
« avait sanctifié préalablement son âme par une vie conforme à 
la justice ». 

Le portrait de Josèphe est complété par celui de Mathieu : 
« En ce temps-là, Jean-Baptiste vint et prêcha dans le désert 
de la Judée disant : Amendez-vous car le royaume des cieux est 
proche 3 . C'est celui dont le prophète Isaïe a parlé en disant : La 
voix de celui qui crie dans le désert dit : Préparez le chemin du 
Seigneur, aplanissez ses sentiers. Or, ce Jean avait un habit de 
poils de chameau et une ceinture de cuir autour de ses reins, et il 
ne se nourrissait que de sauterelles et de miel sauvage. Alors ceux 
de Jérusalem, de toute la Judée et de toutes les contrées voisines 
du Jourdain venaient à lui et se faisaient baptiser, confessant 
leurs fautes 4 ... En ce temps-là, Hérode le Tétrarque entendit 

1 Ant. t XVIII, 5, 2. 

* Quod omn. prob. lib., II, p. 458. 

3 II est cligne de remarque que Mathieu, iv, 17, prête à Jésus la même parole, ce 
qui prouverait qu'au début l'action de Jésus ressemblait à celle de Jean-Baptiste et 
était considérée comme telle. En effet, à la nouvelle de l'exécution de Jean, Jésus 
prend la fuite (Ma*h., xiv, 12, 13 ; cf. ibid. y 1, 2), ce qui prouve suffisamment qu'en 
sa qualité de partisan et de collaborateur de Jean-Baptiste, il avait à craindre le 
même sort. 

* Math., m, 1 et s. ; cf. Marc, vi, 17 et s. ; Luc, m, 19, 20. 

T. XIV, n° 28. 14 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ce qu'on publiait de Jésus. Et il dit à ses serviteurs : C'est Jean- 
Baptiste, il est ressuscité des morts, c'est pour cela qu'il fait ces 
choses. Car Hérode avait fait prendre Jean et l'avait fait lier et 
mettre en prison, au sujet d'Hérodias, femme de Philippe son 
frère, parce que Jean disait à Hérode : Il ne t'est pas permis de 
l'avoir pour femme 1 . » 

Si Josèphe nous présente Jean-Baptiste agissant comme un Es- 
sénien, Mathieu nous le montre aussi avec le costume essénien. 
La vie ascétique de Jean, comme le premier évangéliste la décrit 
en traits fort concis, était celle de beaucoup d'Esséniens de cette 
époque. C'est exactement ainsi que Josèphe dépeint son maître 
Banus. La suite de la relation de Mathieu où il est dit que « ceux 
de la ville de Jérusalem, de toute la Judée et des pays voisins du 
Jourdain accouraient vers Jean » s'accorde entièrement avec ce 
que l'historien juif dit à ce sujet, et fournit la preuve de la grande 
importance du mouvement provoqué par Jean-Baptiste. Les deux 
documents ne diffèrent qu'au sujet de l'incarcération et de l'exé- 
cution de Jean-Baptiste. Josèphe croit qu'Hérode s'est débarrassé 
de Jean, uniquement par crainte que le mouvement toujours gran- 
dissant dont il était l'auteur, s'il n'était enrayé, ne renversât 
l'ordre de choses établi ; tandis que l'évangéliste est porté à croire 
que Jean s'est attiré sa ruine par le courage avec lequel il flétrit 
l'adultère d Hérode. 

Cette dernière relation, qui attribue l'exécution de Jean-Baptiste 
plutôt à la vengeance qu'à la crainte, diminue naturellement l'im- 
portance que Josèphe attache au mouvement johannique. Mais 
si la version de Mathieu est la vraie, si, par suite, Hérode ne 
voulait atteindre que la personne de Jean devenu gênant par ses 
récriminations, et non le mouvement provoqué par lui, pourquoi 
Jésus prit-il donc la fuite à la nouvelle de l'exécution de Jean 2 ? 

Assurément Jean était un Essénien, bien quil ne soit pas possible 
de prouver qu'il ait appartenu à l'Ordre. Il fut le premier qui 
ouvrit, avec un succès sans exemple, l'accès de la doctrine essé- 
nienne à la foule, et il contribua plus que tout autre au triomphe 
de la devise de l'essénisme : « Il faut conquérir par toute l'énergie 
possible l'adhésion à la vertu 3 . » C'est avec cette devise qu'il livra 
l'assaut au royaume céleste, pour que désormais chacun y pût 
entrer. « Depuis le temps de Jean-Baptiste, dit Jésus, selon Ma- 
thieu 4 , le royaume des cieux est forcé et les violents le ravissent. » 



1 Math., xiv, 1 et s k 

2 Math.', xiv, 13. 

3 Math., xviii, 1, 5. 
* Math., xi, 12. 



LES ESSÉNIENS 211 

Et dans Luc l : « La loi et les prophètes ont prophétise jusqu'à 
Jean et, depuis ce temps-là, le royaume de Dieu est annoncé par 
les évangélistes et chacun y pénètre par force. » 

Quoi d'étonnant donc que le mouvement baptismal de Jean ait 
été durable? Il l'a été en réalité, et cela est prouvé, non seulement 
par la «polémique dirigée dans le quatrième évangile contre les 
partisans du baptême de Jean, mais encore par les Actes des 
apôtres qui nous apprennent que, vingt-cinq ans après la mort de 
Jésus, il y avait encore des confréries de baptême, non dans des 
coins retirés et perdus, mais dans de grandes villes bien fréquen- 
tées, qui restaient fidèles au baptême et à la doctrine de Jean, qui 
n'avaient encore rien su de Jésus, ou, s'ils en avaient entendu 
parler, ne voulaient pas le reconnaître comme le Christ, et qui 
n'avaient pas la moindre notion d'un baptême spirituel. Il y avait 
encore là un vaste champ à conquérir pour le christianisme 
paulinien. Ce passage des Actes étant fort instructif, nous allons 
le reproduire ici : « En ce temps là vint à Éphèse un Juif nommé 
Apollos, natif d'Alexandrie, homme éloquent et puissant dans 
les Écritures. Il était instruit dans la voie du Seigneur, mais 
n'avait connaissance que du baptême de Jean. Il commença à 
prêcher hardiment dans la synagogue ; quand Aquila et Priscilla 
l'eurent entendu, ils l'emmenèrent et l'instruisirent plus exacte- 
ment de la voie de Dieu. . . Pendant qu'Apollos était à Corinthe, 
Paul parcourait les provinces supérieures et vint à Éphèse, où 
il alla trouver les disciples (d'Apolios) et leur dit : Avez-vous reçu 
le Saint-Esprit, lorsque vous êtes devenus des croyants? Ils lui 
répondirent : nous n'avons pas même ouï dire qu'il y ait un Saint- 
Esprit. Et il leur dit : de quel baptême avez-vous donc été bap- 
tisés? Ils répondirent : du baptême de Jean. Alors Paul leur dit : 
Jean a baptisé du baptême de la repentance en disant au peuple 
qu'ils devaient croire en celui qui venait après lui, c'est-à-dire en 
Jésus, qui est le Christ. . . 2 » 

Ainsi un juif alexandrin, Apollos, « homme éloquent, puissant 
dans l'Écriture », parcourait les contrées et les mers en qualité 
de disciple de Jean, en prêchant et en enflammant les esprits, 
répandant « avec un zèle ardent » la doctrine de Jean-Baptiste, 
lui gagnant des partisans, longtemps après la mort de Jésus, dont 
il ignorait l'action. Il fallut qu'à Ephèse, les pauliniens Aquila et 
Priscilla lui enseignassent plus exactement les voies du Sei- 
gneur. Cet exemple est pris entre beaucoup d'autres, parce que cet 

1 xvi, 16. 

* Actes des apôtres,' xvin, 24-28; xix, 1-10. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Apollos est devenu plus tard une des plus puissantes colonnes du 
christianisme paulinien. Mais combien n'y avait-il pas de ces dis- 
ciples des Esséniens qui, ne s'étant pas ralliés comme Apollos au 
paulinisme, n'ont pas été mentionnés par les écrivains chrétiens 
et qui parcouraient alors le monde aussi loin que la langue grecque 
était parlée, en prêchant la doctrine essénienne I 

Dans la classe des Esséniens encore purs de tout contact avec 
le christianisme, du genre de Jean-Baptiste, il faut ranger sans 
doute aussi l'auteur du II e poème sibyllin *, composé environ vers 
l'an 80 après Jésus-Christ, et sa pieuse communauté, qui reje- 
taient le culte des sacrifices, annonçaient l'approche du Jugement 
du monde, prêchaient la pénitence et recommandaient les bains 
purifiants du baptême 2 . 

Pour terminer cette étude, nous examinerons encore briève- 
ment la question de savoir si l'essénisme nourrissait aussi dans 
son sein la croyance au Messie. On l'a souvent supposé, sans en 
apporter de preuves directes. Mais, si Jean était un partisan de 
l'essénisme, la question est facilement résolue. Jean-Baptiste, ayant 
été pris lui-même pour le Messie et ayant annoncé la venue pro- 
chaine du Messie, fait demandera Jésus du fond de sa prison: « Es- 
tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre 3 ?» 
Jésus, prémunissant ses disciples contre les faux prophètes et les 
faux messies qui viendront, ajoute : Si on vous dit qu'il est dans 
le désert, n'y allez point, dans la chambre, ne le croyez point 4 ». 
Nous avons ici une allusion très claire, soit aux solitaires esséniens 
en général qui habitaient le désert, soit à Jean en particulier. 
Jésus donne lui-même l'explication de cette allusion en un autre 
droit où il s'adresse à la foule accourant auprès de Jean-Baptiste, 
en ces termes pleins de reproches : « Qu'êtes-vous allés voir au 
désert ? Youlez-vous voir un roseau agité par le vent ? Mais en- 
core qu'êtes-vous allés voir? Était-ce un homme vêtu d'habits 
précieux? Un prophète? Oui, vous dis-je et plus qu'un pro- 
phète 5 . » 

Mais un autre passage, rarement invoqué, corrobore l'opi- 
nion qui attribue aux Esséniens la prédication de la croyance au 
Messie. Philon vante la liberté vraie et indomptable à laquelle 



1 Cf. Ewald, Enstekung, Inhalt und Werth der sibyllichen Bûcher; Gôttingue, 
1858, p. 46 et s. ; Delaunay, Moines et Sibylles, p. 375 et s. ; Freudenthal, Alexan- 
der JPolyhistor., p. 129. 

2 Orac. Sibyll., IV« vol., vers 27-30 ; 172-179, 164-169. 

3 Math., xi, 3 ; Luc, vu, 19 ; cf. Math., xvi, 13 et s. ; Marc, ViH, 27. 

4 Math., xxiv, 26. 
6 Math., xi, 7-10. 



LES ESSÉNIENS 213 

les Esséniens s'étaient élevés, et dit à ce sujet. « Cela parut clai- 
rement lorsqu'il y eut en ces contrées beaucoup de potentats 
différant de caractère et de manière d'agir. Les uns s'efforcèrent 
de dépasser en sauvagerie les bêtes féroces, ne négligeant aucune 
cruauté, sacrifiant leurs sujets par bandes ou les dépeçant vivants, 
à la manière des bouchers, membre par membre, ne s'arrêtant que 
lorsque la justice divine régnant sur les choses humaines eut sus- 
pendu sur leur tête le même destin. D'autres tournèrent leur folie 
et leur extravagance vers un autre genre de perversité, ils devin- 
rent d'une aigreur indicible, parlant doucereusement et montrant, 
sous le masque d'une parole mielleuse, un caractère violent, flat- 
tant à la manière des chiens venimeux ; ils causèrent des souf- 
frances incurables et laissèrent dans les villes, comme monuments 
de leur impiété et de leur haine du genre humain, le sort inou- 
bliable de leurs victimes. Mais aucun, ni parmi les plus cruels, ni 
parmi les perfides et les hypocrites, ne put faire du mal à la com- 
munauté des Esséniens ou des saints; désarmés par la droiture 
vertueuse de ces hommes, tous les reconnurent comme des hommes 
indépendants et de nature libre *. » 

Comment concilier cette assertion avec la relation suivante de 
Josèphe? « Ils méprisaient, dit-il au sujet des Esséniens, la douleur 
et la dominaient par leur force d'âme ; une mort honorable était 
pour eux préférable à la vie. Dans la guerre contre les Romains, 
ils ont affirmé la force de leurs sentiments. On les vissa et on les 
étendit sur le chevalet de torture, on broya et brûla leurs mem- 
bres ; cependant, malgré l'emploi de tous les instruments de sup- 
plice, on ne put leur arracher un blasphème contre le Législateur, 
pas même les forcer de manger un mets défendu, leur imposer une 
flatterie envers leurs bourreaux ou leur faire verser une larme. 
Ils riaient au milieu des souffrances, raillant ceux qui les met- 
taient à la torture, quittant joyeusement la vie, comme un bien 
qui leur serait rendu*. » 

Que pouvaient donc avoir fait ces saints si doux, aimant la 
paix par dessus tout, pour avoir été persécutés si cruellement et 
si inhumainement pendant la guerre contre les Romains? Josèphe 
passe sous silence la cause de cette persécution, elle ne rentrait 
pas dans son système. Toutefois elle n'est pas difficile à deviner : 
les Esséniens furent persécutés à cause de leur participation à 
la guerre. 

La lutte désespérée contre Rome fut entreprise principale- 

1 Quod omn. prol. lib., II, 459. 
5 B. «/., 11,8, 10. 



214 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ment. parce qu'on comptait en toute confiance sur l'intervention 
divine, sur l'apparition du 'Messie : « Ce qui poussa le plus les 
Juifs à la révolte, dit Josèphe, c'était un oracle à double sens de 
leurs écritures sacrées : en ce jour il sortira un homme des fron- 
tières de la Judée et il dominera le monde 1 . » Ces espérances 
messianiques existaient déjà de bonne heure dans le peuple. Déjà 
à l'époque du second triumvirat, on attendait l'apparition du 
Messie. La sibylle publiait alors cet oracle : « Mais si Rome 
domine aussi un jour l'Egypte, alors apparaîtra parmi les hommes 
le plus grand règne du roi immortel ; il viendra un prince sacré 
(aYv&ç âvaÇ) qui dominera à toute éternité toutes les contrées de la 
terre 2 ». 

La domination sans frein des procurateurs des vingt dernières 
années avant la chute de la Judée avait surexcité au plus haut 
degré l'attente messianique et précipita finalement le malheureux 
peuple juif dans la lutte périlleuse contre Rome. C'est à cette 
lutte que les Esséniens prirent part, et de leurs rangs sortit un 
remarquable capitaine 3 . Comment cela se fit-il? Les mêmes Essé- 
niens qui prêchaient l'amour de l'humanité, que Josèphe vante 
comme « les serviteurs de la paix 4 », qui avaient une telle horreur 
de la guerre que, chez eux, Philon le fait ressortir, il n'y avait pas 
moyen de trouver ni un artisan fabriquant des flèches, des lances, 
des épées, des casques, des cuirasses ou des boucliers, ni un armu- 
rier, ni un fabricant de matériel de guerre s : ces mêmes Esséniens 
oublient subitement leurs doctrines de fraternité et se précipitent 
tête baissée dans une lutte meurtrière ! Y a-t-il pour cette contra- 
diction une autre explication que celle-ci : les Esséniens étaient 
précisément convaincus que le jugement du monde était proche, 
que leur Messie attendu si ardemment allait apparaître? 

Cependant le Messie ne vint pas. Malgré leur vaillance indomp- 
table, malgré leur héroïsme, les Juifs furent complètement écrasés 
dans la catastrophe de l'an 70. Quelle importance pouvait donc 
avoir, en présence du million de Juifs tombés dans cette lutte 

1 B. J., VI, 5, 4 ; cf. Tacite, Hist., V, 13 : Pluribus persuasio inerat antiqui s 
sacerdotum literis contineri, eo ipso tempore fore ut valesceret oriens profectique 
Judaea rerum potirenter. . . Suétone, Vespas., ch. iv : Percrebuerat oriente toto vêtus 
et constans opinio, esse in fatis, ut eo tempore Judœa profecti rerum potirentur. Id., 
... Judsei ad se trahentes rebellarunt. 

5 Orac. Sibvll., III, 46-50; cf. III, 652-656 : « Alors Dieu enverra du côté du 
soleil (air' 'rjsXioto) un prince qui mettra fin à toute guerre sur la terre, détruisant 
les uns et gardant fidélité aux autres. Toutefois, il n'accomplira pas tout cela suivant 
sa propre inspiration, mais en exécution de la volonté du grand Dieu. » 

3 Jos.,5. /., 11,20,4; 111,2, 1. 

« B. «/., II, 8, 6. 

5 Quod omn. prob. lib., II, p. 457. 



LES ESSENIENS 215 

désespérée, le petit groupe d'Esséniens, qui comprenait à peine 
4,000 hommes et qui subissait les persécutions sanglantes des Ro- 
mains? Aussi leur Ordre sombra-t- il dans cette terrible défaite. 
Mais l'essénisme survécut aux Esséniens, il s'infiltra dans le pha- 
risaïsme et imprégna de son esprit le christianisme primitif. 

Pour conclure, disons que, pour nous, l'essénisme, loin d'avoir 
été un fruit du judaïsme pharisien, fut, au contraire, considéré et 
condamné par le pharisaïsme comme un produit éminemment hé- 
rétique. Les Esséniens étaient hérétiques dans leur croyance re- 
lative au temple, où ils refusaient d'offrir des sacrifices, et leur 
hérésie était plus accentuée que celle des Sadducéens, lesquels 
admettaient, au moins, que le temple était le centre du culte et 
de la nationalité juive et se soumettaient, quand ils étaient revêtus 
de dignités politiques, aux décisions des Pharisiens 1 . Ils étaient 
hérétiques dans leur croyance relative à la résurrection : « Ils 
affirment, dit Josèphe, que les corps disparaissent 2 . » Or, d'après 
le Talmud, quiconque nie la résurrection n'a point part à la vie 
future 3 . Ils étaient enfin hérétiques, parce qu'ils croyaient que 
« Dieu est la cause du bien, mais non la cause du mal 4 . » Leur 
célibat était également contraire à la doctrine pharisienne. Aussi 
nous ne comprenons pas comment on arrive à concilier entre elles 
les différences si prononcées qui séparent le pharisaïsme de l'essé- 
nisme. 

Si l'on veut à toute force découvrir dans le Talmud une allu- 
sion aux Esséniens, on ne peut la trouver que dans le mot de 
« Hizonim », ces externes hérétiques « qui suivaient les pres- 
criptions bibliques, mais ne tenaient nul compte de la tradition 5 . » 
Nous savons par le Talmud que cette secte a existé. Et, certes, les 
Esséniens étaient, dans l'acception la plus large du terme, des 
Hizonim, des externes. Par suite de leur aversion pour le culte 
des sacrifices, ils étaient exclus du temple, et, de plus, le sys- 
tème qu'ils avaient adopté pour interpréter la Loi 6 avait quelque 
chose d'étrange et s'éloignait de la méthode pharisienne. Tout les 
désignait donc pour être qualifiés de ce nom d'externes, personnes 
en dehors du judaïsme, et l'opinion qu'ils professaient au sujet du 



» Antiq., XVIII, 1, 4. 

* B. J., II, 8, 11. 

* Sanhédrin, 90 a. 

4 Les traités de Megilla, 25 a, et Berakhot, 33 b, combattent cette doctrine par les 
paroles suivantes : bsn "ptf TiU b$ ^Mtt^T *** *{OT -DP DTJ b*1 ' ' "WlKïl 

'31 ab an. 

5 Levy, Neuhebr. u. chald. Wôrterbuch, III, p. 46. 

6 Megilla, 24 3, d^IttHn ^pl. Cf. Revue des Études juives, t. III, p, 280. 



216 REVUE DES ETUDES JUIVES 

temple, et leur manière de vivre si singulière et si originale, et 
leur langage et leur interprétation allégorique de la loi et leurs 
conceptions mystiques de la divinité et de la création 1 . Aussi, mal- 
gré soi, on est amené à supposer que les défenses édictées contre 
les livres extérieurs" 1 pourraient bien avoir été dirigées contre les 
écrits, tenus secrets plus tard, des Esséniens. 

Il semble probable que c'est leur exclusion du temple qui a fait 
donner aux Esséniens le nom de Hizonim, nom que les traits 
caractéristiques de l'ordre essénien expliquent mieux que les 
diverses interprétations proposées jusqu'à ce jour. De même que 
les Pharisiens ont été ainsi appelés parce qu'ils vivaient à l'écart 
de la foule, de même les Esséniens ont été appelés Hizonim, exclus 
(eipyo[jLevot) 3 , parce qu'ils étaient exclus du temple. L'explication que 
nous proposons pour le terme de Hizonim nous parait, au point 
de vue étymologique, au moins aussi juste que l'hypothèse, 
admise généralement aujourd'hui, que le mot d 'Essénien dérive 
du mot II assidim. 

FRIEDL.ENDER. 



1 La doctrine secrète des Esséniens sur la divinité et la création préoccupait déjà 
vivement les docteurs à l'époque de Johanan ben Zakkaï, ils la considéraient comme 
très dangereuse. On sait que les docteurs recommandaient de se montrer très pru- 
dent au sujet de cette doctrine, et il ne semble pas douteux que les conceptions 
esséniennes ont été déclarées hérétiques. Quand Josua ben Hanania dit à Ben Zoma, 
méditant sur la création : yirDfà Nfalî *p "p" 1 ^, « Ben Zoma est encore dehors,» 
c'est-à-dire chez les Hizonim, les hérétiques (cf. Joël, BUcke in die Relionsgesch., 
I, p. 163, et Bâcher, Die Aggada der Tan., p. 427), il fait certainement allusion 
aux Esséniens, qui avaient des conceptions toutes particulières sur la création. 

2 Û^jlSÊTIfi Ù^SO, Sanhédrin, 90 a et passim. 

3 Antiq., XVIII, 1, 5. 



SENS ET ORIGINE 

DES 

SYMBOLES TUMULAIRES DE L'ANCIEN -TESTAMENT 

DANS L'ART CHRÉTIEN PRIMITIF 

( SUITE * ) 



Le passage de la mer Rouge, la plaie de cailles, la manne, 
la grappe de raisin, la colonne de nuée. 

La concision presque hiéroglyphique et la simplicité des sym- 
boles que nous avons observés jusqu'à présent contrastent avec 
une scène que, à cause de son étendue et des soins compliqués 
exigés de l'artiste, Ton «ne s'attendait pas à trouver dans le canon 
de l'art chrétien selon l'Ancien-Testament : le passage des Juifs à 
travers la mer Rouge 2 . Toutefois, Bosio et Aringhi attestent avoir 
vu cette scène parmi les peintures des catacombes (v. Kraus, 
R. S., 288), mais aucune de ces reproductions n'a été conservée, 
de sorte que nous ne connaissons cette scène que par des reliefs 
de sarcophages ou d'anciennes mosaïques. Ce qui prouve l'anti- 
quité de son admission dans le canon, c'est le fait de sa diffusion 
dans diverses contrées. De Rome, Garrucci nous donne une série 
d'exemples, t. 308, 5, 309, 3, 358, 1, 366, auxquels M. Le Blant, 
p. 13, en ajoute deux nouvelles, de Spalato en Dalmatie, t. 309, de 
Pise, t. 364 r 3. Chez les sculpteurs de pierre de la Gaule, cette 
scène jouit d'une véritable prédilection. M. Le Blant a étudié (p. 16, 
50, 51, 54, 55, 56, 57) les exemples fournis par Arles et ceux du 
reste de la Gaule (p. 13, 109, 116, deux sarcophages, 139, 146). 
Cette scène est répétée comme une tradition stéréotypée. Nous 

1 Voir plus haut, p. 33. 

* Garrucci, t. XXII, 2, veut voir dans la peinture détruite de S. Domitilla (Le- 
fort, p. 71) les Juifs se préparant à quitter l'Egypte et leur marche à travers le dé- 
sert, mais il n'y a à cela aucun fondement. 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

voyons l'armée égyptienne, sur des chariots et des chevaux, 
sortant habituellement par la porte d'une ville. Pharaon, recon- 
naissable à sa lance et à son bouclier, apparaît sur une ~biga avec 
des chevaux cabrés; la mer fait irruption et commence à engloutir 
les Égyptiens, mais Moïse se tient sur le bord, le bâton à la main, 
devant les Israélites sauvés, qui conduisent des enfants et qui con- 
templent l'anéantissement de leurs ennemis ; Miriam l entonne, 
avec le tambourin, le chant de triomphe; à l'extrémité de la scène, 
une flamme sur le chapiteau d'une colonne indique la colonne de 
feu du camp juif. Sur le sarcophage d'Arles, t. VIII, je vois, dans 
les roues roulant sur les flots, l'illustration d'Exode, xiv, 25. Les 
chevaux et les cavaliers tombant dans la mer, la tête en avant, 
peignent le vers du chant de victoire, xv, 1. Sous le char de Pha- 
raon apparaît ordinairement, sur les monuments, une figure re- 
connaissable à sa rame ainsi qu'à divers autres attributs comme 
le dieu de la mer; de même, dans le voisinage des portes de la 
ville, il y a parfois, deux figures féminines reposant sur le sol, 
portant des vases ou des urnes et qui sont interprétées comme des 
symboles de la terre ou des divinités fluviales. Je crois qu'on a 
généralement oublié qu'ici c'était le ps. cxiv, 2, que les artistes 
voulaient symboliser et que c'est la retraite de la mer et du Jour- 
dain, décomposé, suivant l'ancien système, en ses deux sources, 
qu'on a représentée ici par ces trois figures. C'est donc la même 
scène qui joue un si grand rôle dans l'iconographie du baptême de 
Jésus, où, par allusion du ps. cxiv au baptême, trois figures ser- 
vent de témoins, lorsque Jean baptise Jésus dans le Jourdain *. 
On prétend que, sur le tambourin que Miriam tient à la main, sur 
le fameux sarcophage de Metz (Garrucci, t. 395, 11), il y avait le 
monogramme chrétien £ ; mais M. Le Blant, p. 13, note 2, fait 
remarquer que du moins, sur la photographie, il n'a pu en décou- 
vrir la trace. 

La comparaison de cette peinture avec ses imitations posté- 
rieures dans les manuscrits juifs est très remarquable pour le ca- 
ractère stéréotypé de certaines traditions artistiques. C'est ainsi 
que je trouve le passage de la mer Rouge comme illustration au 
commencement du Piout nns ^tUT© yw\ de Siméon b.Isak, dans 
l'office du matin du septième jour de Pâque, dans mon Mahsor 



1 A cause de la singularité du fait, je citerai la question soulevée par Eitelberger, 
dans sa description du sarcophage de Spalato [Jahrbuch der k. k. Centralcommission, 
V (1861), p. 233), si, dans la noble figure de Miriam qui est ornée d'un bandeau fron- 
tal, f ce bandeau représente les Tephillim (sic), dont l'origine est fixée à cette époque ». 

2 Voir Strzygowsky, Ikonographie der Taufe Christi. Seule la représentation des 
fleuves au moyen de figures de femmes présente des difficultés. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 219 

manuscrit du rite allemand du xv e siècle. Les chariots de guerre, 
les armes, les drapeaux, les boucliers sur chacun desquels appa- 
raissent des armes, sont empruntés à l'époque ; les Juifs portent 
des chapeaux pointus, mais la disposition générale est la même; 
les Juifs, ayant à leur tête Moïse portant son bâton, les femmes 
sous la conduite de Miriam, qui joue du tambourin, pour accom- 
pagner le chant, se sont retournés pour contempler la mer qui se 
précipite sur les Égyptiens. Les chevaux se cabrent ; le chariot, 
sur lequel se jettent les flots, a les roues de derrière qui se sou- 
lèvent ; seul, Pharaon semble s'échapper, les Égyptiens dispa- 
raissent dans les flots. Les Juifs ont exactement la même forme 
de toiles pendues à leur cou et renfermant la pâte, Ex., xn, 34, 
que nous voyons sur les sarcophages. 

Une amplification de la scène de la sortie d'Egypte se trouve 
parfois sur les sarcophages, qui reproduisent les miracles de la 
marche à travers le désert. C'est ainsi que nous voyons sur les 
côtés longitudinaux du sarcophage d'Aix (Garrucci, t. 308; Le 
Blant, Arles, p. 50-1) Pharaon sommant Moïse et Aaron de quitter 
l'Egypte (Ex., xn, 31-2) et la pluie de cailles (Ex., xvi, 13). Cette 
dernière scène est aussi reproduite à part sur un sarcophage de 
Pise, comme sur la mosaïque de S. Marie Majeure et sur un cou- 
vercle de sarcophage d'Avignon (Le Blant, p. 116). 

Il est impossible de distinguer par les peintures existantes si la 
récolte de la manne, qui est une continuation du miracle précé- 
dent, a été reproduite dans les catacombes. Les pains rassemblés 
dans quatre ou sept boisseaux, dans Garrucci, t. 20, 4, ont été pris, 
par Bottari, et ceux de la t. 24, par Aringhi, pour de la manne ; 
toutefois, ils ne sont qu'une image de la multiplication miracu- 
leuse des pains opérée par Jésus. Sur la t. 59, 2, où Garrucci voit 
avec certitude la chute de la manne, cette opinion n'est nullement 
hors de doute. Le fait que la manne, qui est représentée sous 
forme de flocons de neige, est recueillie tombant dans les pans des 
vêtements, ne répond pas aux données bibliques. Kraus qui, dans 
R. £., 293, et R. E. P., III, 358, voit, comme de Rossi, dans cette 
peinture l'image de la manne, ne semble connaître aucune repro- 
duction de ce fait sur les sarcophages, puisqu'il rejette linterpré- 
tation de Martigny des deux bas-reliefs qui se trouvent sur des 
sarcophages de Marseille, et reconnaît, dans les prétendus vases 
de manne, les urnes de Cana, comme le font d'ailleurs aussi Gar- 
rucci, V, p. 56, et M. Le Blant, p. 39. Toutefois, il y a sur un sar- 
cophage du musée de Latran que Schultze a reproduit dans ses 
Catacombes, p. 1*76, une scène de la récolte de la manne. Deux 
personnes étendues par terre doivent symboliser l'empressement 



220 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mis à recueillir le pain céleste. Il est vrai que cette interprétation 
n'est pas à l'abri du doute. 

Le relief du sarcophage de Marseille (Garrucci, t. 332, 1) repré- 
sentant deux hommes portant sur une perche une grappe de 
raisin, reproduit la scène de Nomb., xm, 24. M. Le Blant, p. 39, 
note 4, a montré l'existence du même motif sur des lampes afri- 
caines et l'a discuté récemment {Mélanges d'archéologie et d'his- 
toire, VI (1886), p. 238). 

Par analogie avec ces symboles en partie mal interprétés, je 
parlerai ici d'une erreur commise au sujet de la colonne de nuée, 
que De Rossi a voulu voir sur un fragment de verre trouvé à 
Rome [Bullettino di archeologia cristiana, IV, 3 (1884-1885),- 
p. 93). Un certain nombre d'hommes, rangés par groupes de deux, 
et dont sept seulement se voient, parce que le verre est brisé à cet 
endroit, se tiennent la tête fortement rejetée en arrière et regar- 
dant fiévreusement en l'air, fixant une apparition indiquée par 
six lignes de vagues. De Rossi voit ici les Israélites du désert et la 
colonne de nuée. L'impossibilité de cette interprétation saute aux 
yeux. D'abord comment la colonne de nuée peut-elle être repré- 
sentée par des lignes ? Du reste, celle-ci était une apparition quo- 
tidienne qu'il n'y avait pas lieu de contempler avec tant d'étonne- 
ment. Enfin, comment reconnaître dans ces personnages repré- 
sentés avec une ressemblance voulue, que leur groupement par 
deux désigne évidemment comme des saints en extase, les Israé- 
lites du désert? Je m'explique la scène simplement comme le 
symbole du miracle de la Pentecôte de la descente de l'esprit saint 
dont les Actes des Apôtres, 2, 3, disent : « Et ils virent des langues 
séparées qui étaient comme de feu et qui se posèrent sur chacun 
d'eux ». Pour représenter cette apparition sur cet espace étroit, 
l'artiste a rassemblé les figures deux par deux sur le verre, et, 
correspondant aux six groupes, a représenté dans les airs six 
langues de feu, sous la forme de lignes de vagues apparaissant 
dans l'espace, vers lesquelles les assistants surpris lèvent les 
yeux. Le groupement des scènes de l'Ancien et du Nouveau-Tes- 
tament n'a rien qui doive étonner sur les monuments chrétiens 
primitifs. Peut-être la disposition sur le verre, que trois lignes 
très visibles séparent en deux parties, une partie supérieure et 
une partie inférieure, était-elle conçue de manière que la partie 
supérieure portât les scènes tirées de l'Ancien-Testament, comme 
le sacrifice d'Isaac, Daniel dans la fosse aux lions, et la partie in- 
férieure des scènes du Nouveau-Testament, comme le miracle de 
la Pentecôte. 

De toute l'histoire de la sortie d'Egypte et de la marche à tra- 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 221 

vers le désert, le seul véritable symbole qui se maintient, c'est la 
délivrance d'Israël au passage de la mer Rouge, le miracle de 
Moïse fendant et refermant la mer. Gomme les sarcophages ne 
représentent aucun sujet qui n'ait été employé dans les peintures 
des catacombes, nous pourrions déjà, sans autre témoignage, 
admettre l'antiquité de ce symbole dans le canon de l'art chrétien 
primitif. Mais qu'est-ce qui lui a valu d'y être admis? Que ce fut 
un véritable motif déterminant, mais non un symbolisme obscur, 
ni même un allégorisme si éloigné de la pensée des artistes an- 
ciens, nous sommes d'autant plus autorisés à le supposer que la 
complication de cette scène, la masse de ses figures, contrastant 
avec la brièveté ordinaire et la simplicité des symboles courants 
du christianisme primitif, s'opposaient à cette admission. Pour les 
artistes des sarcophages S ce sujet pouvait avoir de l'attrait, parce 
que, comme les antiques sujets de la chasse de Méléagre, il offrait 
à l'art chrétien un motif de riches développements, mais ce point 
de vue ne peut avoir été déterminant pour le choix et l'adoption 
du sujet. C'est pourquoi il semble, qu'ici aussi, c'est le miracle qui 
est la raison pour laquelle une scène si compliquée a été choisie 
pour des peintures funéraires. Là où il s'agissait de présenter à 
l'esprit des croyants le miracle de la résurrection dans sa vérité, 
le grand miracle de l'histoire de la formation d'Israël en peuple, le 
passage de la mer Rouge ne pouvait manquer. De même qu'il 
acquit une haute signification dans la liturgie juive, où on le lit 
chaque jour dans la prière du matin, de même il se trouve dans 
l'art chrétien primitif parmi les miracles de l' Ancien-Testament 
qui furent représentés pour symboliser la merveilleuse toute- 
puissance de Dieu. Nous le trouverions beaucoup plus fréquem- 
ment, si la difficulté du sujet n'en avait rendu la reproduction rare. 



Moïse faisant sortir de Veau du Horeb. 

L'image représentant Moïse faisant sortir de l'eau du rocher 
du Horeb en le frappant de sa verge (Ex., xvn, 6) est peut-être, 
parmi les symboles empruntés par l'art chrétien primitif à l'An- 
cien-Testament, celui que cet art a le plus répandu. Cet épisode 
peut être considéré comme le noyau du symbole proprement dit, 
auquel vinrent se joindre ensuite d'autres faits de la vie de Moïse ; 
ce qui le prouve, c'est que les peintures des catacombes repré- 

1 Schultze, Die Katakomben, p. 171, trouve dans ces peintures les mouvements 
furibonds du Thiase bacchique. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sentent presque exclusivement cette scène unique. Nous l'y trou- 
vons déjà au 11 e siècle (Lefort, 20), et elle est répétée sur les murs, 
les voûtes et les arcosolies. Avec une véritable concision symbo- 
lique, on ne représente que Moïse avec la verge, et l'eau jaillissant 
miraculeusement en abondance du rocher. La verge, qui se termine 
en pointe, touche par son extrémité le rocher, qui lui est perpen- 
diculaire. Au pied, on voit une fois, t. 30, un arbre. Moïse, repré- 
senté comme un jeune homme sans barbe, ne peut donc pas être 
pris pour le Christ 1 . Garrucci cite les exemples suivants tirés des 
catacombes : t. 7, 9, 18, 20, 25, où la tête de Moïse est entourée 
d'un bandeau, 30, 32, 33, 40, 44, 47, 48, 50, 51, 53, 55, 57 (deux 
fois), 61, 63, 65, 69,70, 71, 73, 81, 82, 83, 91. On peut voir ici 
très clairement comment d'autres scènes de la vie de Moïse sont 
venues s'ajouter à celle-ci ; ainsi, t. 18, 4 2 , Moïse est représenté 
dénouant ses sandales, tandis qu'à côté, il frappe le rocher ; t. 61, 
ces deux scènes sont représentées sur une voûte, se faisant face 
l'une à l'autre ; t. 57, sur une arcosolie, à gauche, Moïse frappe 
le rocher, et, à droite, il reçoit un rouleau des nuées. Il est donc 
peu vraisemblable que la figure isolée t. 31 désigne Moïse dé- 
nouant ses sandales, ou que la figure de t. 49 représente Moïse 
recevant la Loi. 

Tandis que dans les catacombes on n'a représenté qu'une seule 
fois le peuple buvant l'eau du rocher, sous la forme d'un jeune 
homme (t. 18), la scène s'agrandit sur les sarcophages : le peuple 
est représenté par un ou deux hommes qu'à leur barette cylin- 
drique on reconnaît pour des Juifs ; il n'est pas rare de trouver en- 
core deux autres spectateurs, qui, suivant Ex., xvn, 5, représentent 
les vieillards accompagnant Moïse. Ce développement du symbole 
correspond l'admission, dans le cycle des peintures sur sarco- 
phages, de la scène précédant immédiatement celle de l'eau jaillis- 
sant du rocher, c'est-à-dire le soulèvement du peuple. La foule 
révoltée contre Moïse (Ex., xvn, 2) est représentée comme suit : 
deux hommes, reconnaissables comme juifs à leurs barettes \ en- 
tourent et pressent Moïse. Le nombre des monuments sur lesquels 
on trouve les deux événements ou, du moins, le miracle de l'eau 
jaillissant d'un rocher près du Horeb est immense. Garrucci cite, 
pour Rome seulement, les exemples suivants : t. 314; 315,1 ; 318,1 ; 

1 Schultze, p. 170, combat l'opinion de De Rossi, qui voit dans une des figures 
Moïse, el dans l'autre saint Pierre. 

2 Schultze, Arch. Studien, p. 167 et suiv., combat l'opinion de ceux qui veulent 
substituer Jésus à Moïse. 

3 Cf. Schultze, iUd. t p. 167 ; p. 173, ligne 2, au lieu de Gen., 17, 5, lire Exode, 
17,5. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TITULAIRES 338 

320, 1 ; 323 (ici le buveur d'eau n'a pas le type juif) ; t. 358, 359, 
361, 364, 365 (plus clairement chez Schultze, Arch. Studien, t. 22), 
366 — t. 377, rappelant les catacombes par la naïveté de la repro- 
duction, 367 sur trois sarcophages différents, où sur l'un d'eux 
Moïse est représenté, comme t. 374, 3, dénouant ses sandales ; 
372,2 ; 374,3 ; 375, 1 ; 376 ; 377 ; 378 ; 379 ; 380 ; 382 ; 385 ; de Girone, 
il cite t. 313, 318, 4 ; de Madrid, 314, 6 ; de Milan, 315,3 ; de Pise, 
364, 3; de Saragosse, t. 379; de Campli, t. 399, 7. Parfois on voit 
aussi Moïse recevant la Loi de la main de Dieu ; Rome, t. 320, 1 ; 
327; 358; 364; 366 ; Ancône, 326; Milan, 328 ; sur le sarcophage 
du Louvre, t. 324. M. Le Blant a publié dans ses Mélanges d'ar- 
chéologie et d'histoire, 1885, V, t. 5, p. 245-6, un sarcophage de 
Rome où est représentée la scène de Moïse recevant la Loi et 
ayant à côté de lui quelqu'un qui est sans doute Josué, la scène 
du rocher près du Horeb et celle de la révolte du peuple. Je négli- 
gerai les autres exemples cités par Garrucci et tirés de France, 
renvoyant à ce sujet au travail de M. Le Blant, qui décrit et étudie 
ces scènes p. 15, 27, 31, 49, 68, 69, 72, 84, 107, 126, 133, 136, 
comme il a d'ailleurs commenté celles d'Arles, p. 3, note 7, 13, 22, 
27, 28, 36. Moïse recevant la Loi se trouve à Arles, d'après M. Le 
Blant, p. 10, 16, 35 ; dans le reste de la Gaule, d'après M. Le 
Blant, p. 17, 40, 144, 155. La scène où Moïse est représenté ôtant 
ses sandales est décrite par M. Le Blant, p. 111, 114 et 133. Le mi- 
racle de la source du Horeb reste donc aussi le sujet principal sur 
les sarcophages. La figure de Moïse * diffère ici de celle des cata- 
combes par la longueur de la verge et parce que Moïse tient dans 
la main gauche un rouleau ; c'est ainsi que dans l'art chrétien de 
l'époque postérieure on caractérisait les prophètes. 

En examinant la question de savoir à quelle circonstance les 
scènes de Moïse doivent leur admission dans le canon funéraire 
de l'art chrétien, on peut négliger les scènes du buisson ardent et 
de Moïse sur le Sinaï ; le miracle de la source du Horeb s'est 
affirmé comme le symbole le plus ancien. La scène de Moïse du 
Horeb, ainsi reçue dans ce canon, pouvait et devait, grâce au dé- 
veloppement de l'art, donner naissance à des représentations d'au- 
tres faits miraculeux de la vie du prophète, mais, au fond, quelle 
raison a rendu cette scène propre à servir d'image funéraire ou 
de symbole? Un coup d'œiljeté sur les peintures des catacombes 
montre que l'eau jaillissant avec une force irrésistible du rocher, 



1 La théorie du type de saint Pierre se retrouvant dans le Moïse a été réfutée 
par Schultze, p. 169-172. Hasenclever, p. 215 et suiv., a simplement répété les ar- 
guments de Schultze. 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

au contact de la verge, forme le miracle, le centre de la scène qui 
devait frapper aussitôt les yeux du spectateur. De même que les 
miracles de Jésus ne trouvèrent place dans les peintures 'tom- 
bales que parce que la toute-puissance divine, qui est la base de 
la croyance à la résurrection, s'y manifeste, ainsi le miracle de 
la source jaillissant du rocher doit être considéré uniquement 
comme le symbole.de la toute-puissance divine opérant des pro- 
diges. Schultze (Arch. Studien, p. 17) a mis ce point hors de con- 
teste, et Hasenclever, p. 214, n'était nullement fondé, surtout en 
ce qui concerne le miracle du rocher, à admettre- un rapport typo- 
logique. Cette scène n'a nullement, comme le croit Kraus (R. S., 
284), de rapport intime avec la résurrection de Lazare, avec la- 
quelle elle se trouve habituellement. M. Le Blant (Arles, p. XIII, 
note 2, et p. 36) a démontré péremptoirement que c'est grâce à des 
considérations décoratives et purement artistiques que ces deux 
scènes sont placées ordinairement comme pendants aux extrémités 
des sarcophages. Elles n'ont pas plus de liaison entre elles que le 
miracle de la source du Horeb avec Adam et Eve, images que l'on 
trouve aussi se faisant face dans les peintures des catacombes, par 
exemple t. 53, 55. Il ne faut pas perdre non plus de vue cette cir- 
constance que le miracle du Horeb est, en même temps, l'exemple 
le plus remarquable de la puissance de la prière, Moïse, pressé par 
le peuple altéré (Ex., xvn, 4), ayant invoqué le secours de Dieu. 
Dans les prières pour la pluie et dans celles qu'on appelle hoscha- 
not, la poésie synagogale mentionne aussi Moïse faisant sortir l'eau 
du rocher et parle de sa prière exaucée par Dieu. 

David et Goliath. 

Bosio prétend avoir vu fréquemment David dans les peintures 
des catacombes, mais on croit aujourd'hui que son image ne 
s'y trouve, au contraire, que très rarement. Si le jeune homme 
tenant une fronde dans sa main droite mise à nu et qui est peint 
sur le plafond de S. Domitille représente bien I Sam., xvn, 40 
(Garrucci, t. 25), la présence de David dans les peintures de cata- 
combes dès la fin du n e siècle serait prouvée (Lefort, p. 26) ; ce- 
pendant Schultze, Die KataUonïben, p. 105, a fait suivre d'un 
point d'interrogation l'explication de cette image comme étant 
a David avec la fronde ». D'après M. Le Blant, p. 35, 5, on aurait 
découvert, en 1882, à Rome, un second exemple de cette repré- 
sentation. On aurait laissé de côté le géant, et le jeune héros seul, 
armé de la fronde, apparaîtrait sur les images. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULA1RES 225 

Les sarcophages montrent ici, comme d'habitude, un dévelop- 
pement de cette scène, en opposant le géant puissamment armé 
au jeune David, en donnant toutefois aux deux combattants la 
même taille (Le Blant, Arles, p. vin, note 8). C'est ainsi qu'on 
les voit aussi sur le couvercle d'un sarcophage à Ancône, Gar- 
rucci, t. 326, 1, et plus fréquemment sur les monuments de la 
Gaule que M. Le Blant a décrits, p. 17, 21, 22, 35. Sur le sarco- 
phage, aujourd'hui perdu, de Marseille (p. 35) qui n'a été con- 
servé que par un dessin de Peiresc, la scène est encore agrandie 
et on voit David présentant la tête de Goliath à SaùL.Jai montré 
plus haut (p. 47), par la citation de R. Salomon b. Isak, que l'em- 
ploi de ce sujet dans l'art était aussi connu des Juifs. 

Ce qui montre combien les explications ordinaires sont insuffi- 
santes pour démontrer l'emploi d'une figure de l'Ancien-Testament 
dans l'art chrétien primitif, c'est l'explication si fréquente qui 
croit trouver Samson emportant les portes de Gaza sur une image 
qui représente, en réalité, le paralytique guéri et emportant son 
grabat sur ses épaules. C'est ainsi que Dùntzer a méconnu égale- 
ment la présence de cette scène sur le verre doré de Cologne 
(/. R. H., 42 (1867), p. 173) et a voulu y voir Samson, opinion déjà 
réfutée par M. Le Blant [Arles, p. 7, note 4) et Heuser (R. E. P., 
II, 715). Le type de Samson devra donc, malgré Martigny, être 
rayé provisoirement du nombre des figures de l'Ancien-Testament 
représentées par l'art chrétien primitif. 

L'admission de David dans les peintures funéraires s'explique, 
pour les interprètes non prévenus, simplement parce que la vic- 
toire du jeune homme sans armes sur le géant si bien armé est un 
miracle, une preuve de la toute-puissance divine, semblable aux 
autres miracles empruntés à l'Ancien-Testament. 



L'ascension d'Elie, Elisée. 

Déjà dans les catacombes 1 , nous trouvons, dans la lunette 
d'une arcosolie de S. Domitille (Garrucci, t. 31), une représen- 
tation de l'ascension du prophète Elie (cf. Garrucci, II, p. 61). Le 
prophète est debout sur le quadrige, dont les quatre chevaux des- 
sinent vivement leur mouvement vers en haut, et jette son man- 
teau à Elisée, qui le suit du regard. Garrucci a cru, d'après l'ana- 
logie des sarcophages, reconnaître dans la figure placée à droite 



1 Kraus, R. S., p. 291, affirme à tort que cette scène ne se trouve représentée 
« que sur des bas- reliefs » . 

T. XIV, N° 28. 15 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

une personnification du Jourdain ; il était plus dans la vérité du 
symbolisme que M. Lefort, p. 41, qui voudrait seulement y voir 
un paysan assistant avec surprise à cette scène. 

Sur les sarcophages, cette scène se trouve fréquemment. Gar- 
rucci cite des exemples de Rome, t. 327,3; 372,5; 396,9; de 
Milan, t. 328,2 ; du Louvre, t. 324,2. Ce dernier vient d'Arles, où 
M. Le Blant, t. 18 (p. 31), a trouvé un autre exemple. La concep- 
tion et le rendu de la scène par les artistes sont presque stéréo- 
typés. Dans la divinité fluviale personnifiant le Jourdain et cou- 
chée sous le quadrige, M. Le Blant (Arles, p. xi, note 6) voit un 
trait emprunté à l'antiquité. Tandis que, dans les peintures des 
catacombes, Elisée fait, de la main nue, un signe à Élie, les sarco- 
phages le représentent recevant le manteau dans ses mains res- 
pectueusement enveloppées, trait que M. Le Blant (v. l'index, s, v. 
mains enveloppées) a souvent rencontré sur les monuments. 

De même que, sur le relief du musée de Latran (Garrucci, 
t. 396, 9 ; et Kraus, R. S., 363), la tendance à élargir la scène a 
poussé l'artiste à représenter un ours, pour rappeler la suite 
du récit biblique, II Rois, n, 24, de même le relief du sarcophage 
d'Arles, t. XVIII, montre Elisée séparant avec le manteau d'Élie 
les eaux du Jourdain, II Rois, n, 14. 

On trouvera naturel que l'ascension d'Élie ne pouvait manquer 
dans le canon des peintures funéraires. Il fallait, au contraire, 
s'attendre à la trouver plus fréquemment. En dehors du merveil- 
leux qui caractérise cet événement, et qui aurait suffi seul à lui 
donner place parmi les symboles miraculeux des tombes, il y a, 
dans cette scène la parfaite expression de la pensée de l'immor- 
talité, qui en fait une image funéraire du rang le plus élevé. Si 
Hasenclever, p. 220, voit donc dans cette scène une traduction 
chrétienne du Hélios, parce que, selon lui, « les chrétiens auraient 
pris une scène de la mythologie antique pour une scène de la 
Bible », il a encore une fois confondu le fond du symbole avec un 
de ses détails accidentels et, à cause des quatre chevaux devant 
le char, il a perdu de vue le prophète enlevé de terre sur le char. 

La vision de la résurrection d'Ézechiel. 

L'image que l'on devait s'attendre à voir le plus tôt et le plus 
fréquemment, parmi les symboles tirés de l'Ancien-Testament, 
dans le canon de l'ornementation funéraire du christianisme pri- 
mitif, parce qu'elle révélait hautement la pensée de la résurrec- 
tion, la vision d'Ézechiel de la résurrection des ossements, se 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 227 

présente en réalité fort tardivement et fort rarement. Aucune 
représentation de cette scène n'a été encore trouvée dans les cata- 
combes ; et même sur les sarcophages, elle se trouve très rarement. 
Garrucci a cité deux exemples du musée de Latran, de Rome, 
t. 376,4, et 398, 3, et un exemple de Girone, t. 374, 3. Schultze 
a reconnu la même scène sur un troisième sarcophage du même 
musée (Arch. Studien, p. 100), à Rome (t. 22), et un quatrième 
exemple sur un sarcophage, inconnu auparavant et très remar- 
quable, trouvé dans le jardin de la villa Ludovisi. Les artistes 
représentent habituellement le moment où l'esprit commence à 
animer les corps déjà reconstitués; la scène symbolise donc, Éz., 
xxxvn, 10. Aussi voyons-nous, à côté de corps étendus sur le sol 
et d'autres dont la tête paraît émerger du sol, des figures debout 
qui ont pu se dresser, grâce à l'esprit qui les anime, tandis que les 
autres vont seulement se lever. Si Schultze voit avec raison (p. 102) 
dans les bâtons sur lesquels marche le prophète (on n'en voit pas 
de traces sur le dessin) les ossements qui restent encore à vivifier, 
l'artiste, gêné par les limites de son art, n'aurait fait que reproduire 
côte à côte deux moments consécutifs de la scène. C'est aussi ainsi 
qu'il faudra expliquer les têtes ; toutefois, j'y vois les figures qui 
commencent à se redresser et à se lever de terre. Gomme la sculp- 
ture a besoin de parler aux yeux, le discours du prophète adressé 
aux ossements devait être transformé en attouchement avec le bâ- 
ton dont la force miraculeuse est connue par l'histoire de Moïse et 
des autres prophètes. Il n'est donc pas nécessaire de voir, comme 
Garrucci et Heuser {R. E. P., I, 473), dans Ézéchiel, le type de 
Jésus. Il est incompréhensible que Heuser ait voulu voir aussi 
cette scène sur la patène d'or de Cologne, quoique Dùntzer y ait vu, 
avec raison (/. R. H., 42, 1*73), le miracle de la source du rocher. 
Les mains et les pieds, ainsi que la tête qui émerge, ne représen- 
tent pas des membres des morts, mais sont une allusion symbo- 
lique à la foule altérée qui se précipite vers la source d'eau. Je ne 
crois pas me tromper en reconnaissant, dans la figure qui conduit 
le prophète, l'image de Dieu sous les traits d'un ange. L'appari- 
tion divine qui conduit le prophète dans la plaine, qui le charge 
de missions et qui désigne la scène a été représentée symbolique- 
ment par les artistes sous la figure d'un compagnon du prophète ; 
croire, -avec Martigny, que c'est un disciple cTÉzéchiel, ou, avec 
Heuser, que c'est le Christ, c'est contraire au texte biblique et au 
sens général de la scène. Les monuments ne nous fournissent au- 
cune raison pour admettre que ces scènes représentent plusieurs 
compagnons différents, sous les traits desquels Schultze, p. 103, 
reconnaît des personnages du Nouveau-Testament. Les figures de 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Garrucci, t. 374, 3, appartiennent à l'arrière-plan et forment les 
spectateurs des miracles de Jésus. Même si la tête est barbue, 
cela n'empêche pas de voir dans cette figure un ange, comme 
Schultze lui-même l'a prouvé, p. 150, par de nombreux exemples. 
On ne peut méconnaître un instant la signification purement 
funéraire de cette scène. Comme le chapitre xxxvn d'Ézéchiel 
était pris pour la Haftara du sabbat de la fête de Pâque, ce cha- 
pitre était connu dans l'Église par la lecture régulière qui en était 
faite, d'après le témoignage de saint Jérôme, sur ce passage, 
omnium ecclesiarum leclione celebrata. Le symbolisme de cette 
scène est si clair et peut si peu être remplacé par un autre 
exemple biblique, que la question se pose impérieusement de sa- 
voir pourquoi le symbole propre de la résurrection, la véritable 
preuve classique de l'immortalité, est inconnu de l'art chrétien 
primitif et ne se trouve pas dans les catacombes et si peu sur les 
sarcophages. 

» 

Jonas. 

C'est le prophète Jonas qui, parmi tous les symboles chrétiens 
de l'Ancien-Testament, a été le plus souvent représenté. C'est as- 
surément la partie la plus ancienne du canon de l'art funéraire, 
comme cela ressort déjà de ce fait que, dans les cinq plus an- 
ciennes cryptes funéraires de la catacoinbe de Callixte, cette 
peinture se retrouve quatre fois. Les images de Jonas ornaient 
sans doute déjà les catacombes au i er siècle ; M. Lefort, p. 17, les 
fait remonter seulement à la première moitié du n e siècle. L'his- 
toire de Jonas a fourni aux artistes un cycle de quatre images : 
1° Jonas jeté à la mer et englouti ; 2° sa délivrance miraculeuse 
de la gueule du monstre marin ; 3° Jonas heureux à l'ombre dti 
feuillage ; 4° le prophète triste et brûlé par le soleil. Un examen 
attentif des monuments nous obligera à considérer comme fond 
original du symbole la scène de Jonas englouti et rendu par le 
monstre marin. Cependant, dès que le cycle eut pris le caractère 
d'une tradition artistique bien établie, les quatre scènes paraissent 
avoir été traitées sur le même pied et chacune semble avoir repré- 
senté, même^ seule, le symbole de Jonas. C'est ainsi que nous 
voyons seulement, dans les reproductions de Garrucci, t. 72, 
Jonas englouti ; t. 77, Jonas rejeté par le monstre, t. 16, 35,1, 41, 
44, 50, 63, 71,1, la tonnelle; t. 2,2, le prophète attristé sous la 
tonnelle. Là où l'espace le permettait, comme parfois sur les 
voûtes des cubicula et des arcosolies, le cycle est représenté de 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 229 

manière que les quatre images entourent l'image centrale du 
bon pasteur ; ainsi sur t. 35,2, 54, 79. Il y a deux et trois scènes 
t. 6, 8, 9, 22, 2*7, 51, 56, 62, 66, 76, 78, 83. La première repré- 
sente le vaisseau, qui parfois est garni de mâts et de voilure, 
mais est figuré d'habitude sous forme d'un canot. L'équipage est 
figuré tout au plus par trois personnes. Sur t. 6 et 9, Jonas, con- 
trairement au récit biblique, se jette lui-même à la mer ; ailleurs 
le prophète est toujours jeté à la mer par un matelot ou deux, la 
tête la première et les mains tendues en avant. Dans le voisinage 
du vaisseau, le monstre marin guette; celui-ci, en sa qualité 
d'animal fabuleux, est emprunté aux antiques représentations de 
l'hippocampus ; ou bien, il vient saisir, de sa gueule ouverte, le 
prophète, tout près du bord du canot; dans ce cas, les passages 
de Jonas, i, 15 et n, 1, sont amalgamés artistiquement. Sur la 
deuxième image, le monstre marin jette Jonas sur la côte, qui est 
indiquée souvent par une colline. De même que, dans la première 
scène, le prophète apparaît ayant les mains déjà prises dans la 
gueule du monstre, il apparaît ici la partie inférieure du corps 
encore engagée ; mais le corps redressé indique l'élan qu'il va 
recevoir. Les artistes des catacombes ont dessiné la tonnelle 
exactement d'après le récit biblique, de sorte que la tonnelle 
arrangée par le prophète lui-même, suivant Jonas, iv,5, apparaît 
recouverte du Kikayon, l'arbre miraculeux que Dieu étendit au- 
dessus. Par les fruits de forme oblongue pendant en grappes 
abondantes à travers le feuillage, on peut reconnaître que les 
artistes voyaient dans le Kikayon, à l'exemple des Septante et de 
l'Itala, le xo).oxuv9oç, cucurbita; c'est pour cette raison que la 
tonnelle est désignée habituellement sous le nom de tonnelle de 
citrouiller. Sur les images, les fruits pendent de toute part, 
comme Théodore de Mopsuestia l'a observé au sujet du Kikayon 
(v. Garrucci, III, p. 133). Il est incompréhensible que S. Jérôme, 
pour justifier sa traduction de Kikayon par hedera, lierre, ait pu 
se référer, comme le dit Rufinus, aux peintures des catacombes 
(v. Kraus, R. S., 281), où la forme et l'abondance des fruits 
cucurbitacés est manifeste. Ordinairement le prophète apparaît 
couché sous la tonnelle, le bras droit entourant sa tête ; sur t. 63, 
il a le bras gauche autour de la tête. On ne peut distinguer dans 
les peintures s'il dort. La tonnelle desséchée, qui forme la qua- 
trième scène, est reconnaissable, dans la plupart des cas, au petit 
nombre de feuilles ; souvent on ne voit que l'échafaudage dénudé 
de la tonnelle, sans aucun abri de verdure. Le prophète repose ; 
quelquefois aussi, par exemple t. 35, 54, 62, il est assis. Parfois il 
repose sans tonnelle, exposé entièrement aux rayons brûlants du 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

soleil. Il est toujours représenté nu ; la t. 2*7, où il est habillé et 
où le soleil ardent est indiqué par une véritable auréole, est 
d'autant plus frappante. 

Les images de Jonas ne se trouvent pas seulement dans les cata- 
combes de Rome et de Fùnfkirchen, elles se rencontrent aussi, en 
très grand nombre, dans les sculptures des sarcophages, dans les 
pays les plus divers. Elles sont placées de préférence sur les 
reliefs de face, sur les côtés et sur le couvercle. Rome seule, dans 
Garrucci, fournit les exemples suivants: t. 301,2,3,4,5 ; 307,1 
316,4; 320,1 ; 357 ; 359,1 ; 367,3 ; 383,3 ; 384,3,4,6; 385,4 ; 396,11 
397,5,10-12; 400,10; 402,3; Pérouse, t. 321,4 ; Yelletri, 374,4 
Florence, 383,4 ; Osimo, t. 384,7 ; Alger, t. 385,5. Sous le buste du 
défunt, qu'on appelle imago clypeata, les scènes de l'histoire de 
Jonas apparaissent sur des sarcophages de Rome, Marseille et 
Pise (t. 357, 359,1). A cause du peu d'espace, le symbole y est 
tellement resserré, que l'on voit, à côté de la gueule du monstre 
marin, la tonnelle où repose le prophète, déjà rejeté sur le rivage. 
Les exemples d'Arles sont étudiés par M. Le Blant, p. 11, 35, et 
ceux du reste de la Gaule, p. 40, 48, 66, 73, 92, 99, 116. Les 
images des sarcophages se distinguent à peine de celles des cata- 
combes ; tout au plus peut-on faire observer que, dans les images 
des sarcophages, la tonnelle manque et que l'arbre merveilleux 
étend seul son ombre sur le prophète, parfois endormi. Peut-être 
est-ce la difficulté technique qui a exigé cette dérogation. Le 
monstre marin, avec les contorsions puissantes de son corps 
gigantesque et hideux, est représenté plus fidèlement selon 
l'antique tradition. Par les feuilles et les fruits, le Kikayon des 
sarcophages ressemble à celui des catacombes ; une seule fois il 
paraît être rendu par un lierre. La règle établie par M. Allard et 
adoptée par M. Mùntz (Études, p. 13), que la date des monuments 
où le Kikayon apparaît sous forme de lierre, d'après le terme 
employé par la Vulgate, est postérieure à cette version de la 
Bible (384), est donc de pure fantaisie, attendu qu'il n'existe pas 
de monument de ce genre et que les « plusieurs sarcophages des 
Gaules » qui doivent être dans ce cas sont encore à trouver. 

La diffusion tout à fait extraordinaire du symbole de Jonas, 
dans l'art chrétien est attestée par des mosaïques, des verres 
dorés et même des ustensiles de ménage qui en ont été décorés. 
La coupe de verre de Podgoritza porte trois scènes de ce cycle. 
Les matelots en prière n'ont rien qui doive étonner; leur attitude, 
les mains levées vers le ciel, traduit fidèlement le récit biblique, 
Jonas, i, 5, 14. Cette scène est reproduite de la même façon dans 
les catacombes et sur les sarcophages (v. Le Blant, p. 92,5-7 et 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 231 

Schultze, ArcJi. Studien, p. 83). Le monstre marin est repré- 
senté deux fois, une fois avec Jonas dans la gueule, la seconde 
devant la tonnelle sous laquelle il a rejeté le prophète. La suscrip- 
tion est intéressante : 

DIVNANDEVENT 
REQUET1LIBERATUSEST 

« Jona de ventre ceti liberatus est » (cf. Bulletino di archeo- 
logia cristiana, ri, 5, (1874), p. 155, et in, 2, (1878), p. 80 et s.). 
La même peinture est répartie en quatre médaillons sur la coupe 
de verre de Cologne, /. R. H., 36, 136, de la collection Disch ; les 
scènes de Jonas englouti et rejeté existent seules sur la seconde 
coupe de verre de Cologne que Dùntzer a décrite {J. R. #.,42, 
170), La colombe que Ton voit ici volant vers le vaisseau n'a nulle- 
ment besoin de signifier l'arche. De ce que Jonas est placé sous 
l'arche, on ne peut pas en conclure, comme le fait Dùntzer, qu'il 
existe un lien entre ces symboles. Ils ont été simplement très rap- 
prochés l'un de l'autre, parce que la place manquait sur cet espace 
si étroit. De même il n'est pas du tout sûr que M. Le Blant, 
p. 102, note 7, ait raison de reconnaître, sur le sarcophage de 
Lucq de Béarn, Jonas .figurant comme symbole stéréotypé delà 
résurrection, dans la figure qui est couchée sur les aedicalae de 
Lazare et du bélier d'Abraham, placés l'un à droite, l'autre à 
gauche. Une figure de bronze trouvée à Bonn qui porte un corps 
d'homme barbu, dans l'attitude de la prière, sortant de la gueule 
d'un monstre marin, a été expliquée par Bellermann, /. R. H., 
33,4, 244, comme étant le prophète Jonas. 

Les interprétations que ce symbole a reçues sont aussi nom- 
breuses que ses représentations. Un fouillis d'explications a 
poussé autour de son sens originellement si simple. Mme Félicie 
d'Ayzac prétend, dans un fragment posthume sur Jonas [Revue 
de Vart chrétien, XXIX, 35), que « l'intention de ces sculpteurs a 
été surtout d'exprimer les divers sens, allégorique, anagogique et 
tropologique de l'épisode mis en scène. » Or, les artistes des sar- 
cophages ont emprunté simplement leur sujet aux peintures des 
catacombes, qui, elles, sont plus anciennes que toutes les inter- 
prétations que les prédicateurs et les pères de l'Église y ont mises 
et que Bosio et autres onténumérées. Ces naïfs peintres ignoraient 
probablement toutes les interprétations savantes qu'on a pu leur 
prêter ; même le passage de Mathieu, xn, 40, où Jésus compare 
son séjour de trois jours sous terre avant sa résurrection à celui 
de Jonas dans le ventre du monstre marin, ne peut servir à Tinter- 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

prétation de cette image. Cette résurrection elle-même manquant 
dans le cycle des peintures funéraires de l'art chrétien primitif, 
comment son prétendu symbole aurait-il pu parvenir à une re- 
présentation si fréquente? Schutze, que les interprétations des 
archéologues romains cités par lui, p. 76, ne satisfont pas, s'est 
livré à une tentative que Kraus, R. E. P., I, 70, qualifie de 
« conception généralement accueillie avec gaîté », ce qui n'em- 
pêche pas Hasenclever, p. 213, de la trouver « heureuse ». 
Schultze part de cette opinion que « le récit biblique ne donne pas 
la moindre indication qui puisse servir de point d'appui à des 
recherches » (p. 79) et que le sujet, « dans la forme où il se pré- 
sente à nous, ne peut être concilié avec le récit du livre de Jonas » 
(p. 81). L'une et l'autre assertion est erronée. Dans le récit 
biblique, Jonas est le héros de toute une série de miracles qui, 
comme tels, étaient déjà propres à figurer dans le cycle des pein- 
tures funéraires. La reproduction artistique de ces scènes est 
également conciliable avec le récit biblique. Schultze cherche 
d'une manière arbitraire et insoutenable le noyau du cycle entier 
dans la scène de Jonas reposant. Si le calcul de Mme d'Ayzac qui 
énumère plus de 20 peintures de Jonas reposant sous la tonnelle 
et plus de 40 autres représentant Jonas rejeté de la gueule 
• du monstre marin, est contestable, on ne peut du moins affirmer 
en aucune façon que la première scène se trouve plus fréquem- 
ment peinte. Dans Jonas reposant, dit Schultze, p. 79, on a sym- 
bolisé le repos dans le sommeil de la mort, l'àvaTraùsaGai, quietare, 
dormire xoijxâa6e et même l'in pace des inscriptions tumulaires. La 
ligure du prophète reposant lui rappelle celle d'Endymion en- 
dormi. Schultze n'ose pas décider (p. 82) si celle-ci a seulement 
influencé le symbole, ou si, en général, toute la peinture est em- 
pruntée à l'antique, tandis que Hasenclever, p. 213, écarte même 
le doute, en soutenant que TEndymion endormi est « l'antique 
prototype de la figure de Jonas reposant sous la tonnelle de ci- 
trouiller. » Mais si vraiment les anciens artistes avaient voulu 
symboliser l'image du sommeil de mort, le récit biblique de Jonas 
leur offrait un sujet plus rapproché et plus saisissant, savoir le 
prophète que le v. 5 du chap. i nous montre profondément en- 
dormi dans la cale du vaisseau au milieu de la tempête, sur une 
mer en furie. 

Il est d'autant plus remarquable de trouver une interprétation si 
désespérée chez Schultze, qu'il compte lui-même, avec raison, à la 
p. 7, la délivrance de Jonas du ventre du poisson parmi les 
preuves et les garanties de la résurrection future, parmi les 
miracles de l'Ancien Testament. Il cite même, ib., le témoignage 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 233 

du V e livre des Constitutiones apostolorum (111 e siècle), où, parmi 
tous les miracles de l'Ancien et du Nouveau-Testament on parle 
aussi de Jonas en ces termes : 'o ràv 'iwvâv 8ià tpiwv T^epwv Çûwxa *a\ 

àira-?) è^ayaYwv èx ttjç xoïkiaç toO xy^touç , oùx àitopTriasi ôuvàfxsfoç xaî, 7|[ià<; 

àveyetpat. 

Comme c'est le symbole de la délivrance d'une mort certaine 
qui a fait admettre Noé dans l'arche et le sacrifice d'Isaac dans le 
cycle des peintures funéraires, de même, pour Jonas, c'est sur- 
tout sa délivrance miraculeuse de la mort qui lui valut l'admis- 
sion dans le canon de l'ornementation funéraire du christianisme 
primitif. Le monstre avalant et rejetant le prophète, le pro- 
phète englouti et rejeté, voilà le fond de la peinture , auquel 
vint se joindre le miracle d'un toit de feuillage né avec la ra- 
pidité de l'éclair et non moins rapidement desséché, qui était 
peut-être le symbole très facile à comprendre de la fragilité de ce 
monde. 



Job 



Un homme solitaire, couvert de vêtements misérables, assis sur 
un quartier de rocher, qu'on trouve représenté un petit nombre 
de fois dans les catacombes, est regardé souvent comme désignant 
Job. Il est vrai que la figure juvénile ne correspond guère à l'idée 
que nous avons l'habitude de nous faire du malheureux martyr. 
Il paraît que les exemples cités par Garrucci, t. 31, 40, où le 
tesson avec lequel le personnage semble se gratter le pied droit, 
est la traduction du passage de Job, n, 8, ne représentent pas 
Job pour Bottari (v. Garrucci, II, p. 37j, puisqu'il déclare ne pas 
connaître de peinture de ce héros biblique dans les catacombes. 
D'après M. Lefort, p. 26, cette peinture, si toutefois elle repré- 
sente Job, date du commencement du ni e siècle. 

Sur les bas-reliefs des sarcophages, la présence de Job est hors 
de doute. Le martyr, barbu, est assis sur un tas de cendres ; devant 
lui se trouvent un ami et sa femme, qui lui tend la nourriture sur 
un bâton et se bouche le nez pour se préserver de son contact et 
de son haleine (Job, xix, 17). C'est ainsi que la scène nous appa- 
raît sur le fameux sarcophage du préfet romain Junius Bassus de 
l'an 359 (Garrucci, t. 322,2). Sur le fragment de Brescia, t. 323,3, 
on distingue, à côté de la femme, deux amis. S'écartant du récit 
biblique, le dessin de Peiresc de Reims montre Job assis sur un 
pliant (Le Blant, 18, et Arles, p. IX; Garrucci, t. 341,1); devant 
lui se tiennent sa femme et un ami; sur un autre dessin de Pei- 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

resc, dont M. Le Blant a parlé, Arles 1 , p. 64, la femme de Job est 
seule. 

Comme nous le voyons, c'est fort tard et très rarement que Job 
apparaît sur les monuments funéraires. Qu'est-ce qui a valu à 
cette scène son admission parmi les symboles funéraires? Hasen- 
clever, p. 221, élude la solution de cette question, en contestant la 
présence de Job sur les peintures des catacombes et en les prenant 
pour les portraits des défunts; en fait de sarcophages, il ne semble 
connaître que celui de Junius Bassus. Toutefois, comme le por- 
trait de Job sur les sarcophages est rare, mais nullement isolé, 
et comme il représente indubitablement le martyr de r Ancien- 
Testament, sa présence dans les catacombes est vraisemblable 
à priori et a besoin d'explication. M. Le Blant l'a donnée eh 1860 
(Revue archéologique, juillet), en rappelant que Job, grâce à ses 
paroles (Job, xix, 25-26) : « Scio quod redemptor meus vivit et in 
novissimo die de terra surrecturus sum : et rursus circumdabor 
pelle mea et in carne mea videbo Deum meum », est devenu dans 
l'église le héraut principal de la croyance à la résurrection et que 
ce passage a été employé pour des épitaphes pour la même raison; 
cf. Kraus, R. S., 288. Rappelons encore une autre phrase de Job, i, 
22 : « L'Éternel a donné, l'Éternel a repris, que le nom de l'Éter- 
nel soit béni », qui est arrivée à une si haute signification dans le 
rituel funéraire juif, qu'il constitue la véritable formule de la sou- 
mission aux desseins impénétrables de Dieu (ïhïi p"H£). Malgré 
tant d'idées funéraires qui se rattachent au nom de Job, son por- 
trait n'étant pas devenu un symbole bien répandu dans l'ornemen- 
tation funéraire chrétienne, il y a lieu de se demander pourquoi 
Job apparaît si rarement dans le canon de l'art chrétien primitif 
plutôt que de demander pourquoi il y a été admis. Sur le sarco- 
phage de Lyon, il est représenté comme le prédicateur du dogme 
de la résurrection, comme un prophète, avec le rouleau à la main. 



Hanania, Misael, Azaria. 

Déjà dans les catacombes, nous trouvons le portrait des trois 
jeunes gens héroïques résistant à l'ordre de Nabuchodonosor d'a- 
dorer l'idole d'or, conformément au récit de Daniel, m, 15 et s. 
Cette idole est représentée ici, sur une colonne, comme un buste 



1 Kraus, R. ~E. P., 1,62, suivant l'index de cet ouvrage prétend que M. Le Blant 
a étudié les représentations de Job sur les sarcophages, p. xxxvi et 11, 63. Or, le 
dernier passage seul parle de Job. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 235 

d'empereur (Garrucci, t. 35,2), trait que M. Le Blant a expliqué, 
p. 43 l . Cependant la scène où les jeunes gens, en punition de leur 
désobéissance, sont jetés dans la fournaise est plus fréquente. 
Conformément au récit biblique, on représente habituellement les 
jeunes gens habillés à l'orientale avec le bonnet phrygien ; sur les 
t. 24 et 64 seules ils apparaissent sans coiffure ; sur t. 68, où les 
flammes* se rejoignent par-dessus leurs têtes, comme un arc de feuil- 
lage, ils sont tout à fait nus. Ordinairement, la fournaise est un grand 
fourneau de forge auquel on a adapté une embouchure, comme 
dans t. 81, ou deux, comme t. 89, ou trois, comme t. 71 et 82,2 et 
même quatre, comme t. 24; les flammes s'en élèvent et entourent 
les jeunes gens à droite et à gauche. Sur la t, 62, on ne voit que 
la partie supérieure de la fournaise où se tiennent les jeunes gens, 
mais celle-ci ne représente nullement, comme le croit Heuser, 
R. E. P., i, 78, un sarcophage ouvert. T. 64 et 77, les jeunes 
gens sont représentés sans fournaise, ils sont seulement environ- 
nés de flammes. Comme, dans cette dernière peinture, la colombe 
avec le rameau d'olivier symbolise le secours divin 2 que les jeunes 
gens reçoivent, ainsi, t. 82,1, on voit, parmi les trois jeunes gens 
dans la fournaise, apparaître une quatrième figure qui est repré- 
sentée sans coiffure et qui doit évidemment symboliser l'ange, 
la quatrième figure dont Nabuchodonosor dit, avec surprise, 
Dan., iii,25, qu'elle a l'apparence d'un fils de Dieu. T. 71,3, le 
chauffeur est aussi représenté portant du bois au feu. La cata- 
combe de Funfkirchen a aussi la scène des trois jeunes gens dans 
la fournaise. 

Sur les sarcophages, cette scène prend un caractère stéréotypé. 
Le fourneau porte trois embouchures ; les flammes en sortent 
sous forme de langues; les jeunes gens portent le bonnet phry- 
gien; les avant-bras levés pour la prière, les mains tendues. C'est 
ainsi que la scène est reproduite régulièrement sur les sarco- 
phages romains, Garrucci, t. 314,3; 318,2; 320,1; 334,2; 382,4; 
384,1; 379,2,6,7; 403,6; 404,3; ainsi que sur ceux de Manosque 
et Toulouse, t. 351,3 et 397,1. Un exemple d'Arles est rapporté 
par M. Le Blant, p. 55; ceux du reste de la Gaule sont traités 
par lui p. 15, 33, 93, 118, 128, 142 et 147. Le chauffeur se 
trouve sur des sarcophages romains, t. 397,6,7 ; sur des sarco- 
phages gaulois, chez Le Blant, p. 128 ; p. 93, 118, il y a un 
chauffeur à chaque côté du fourneau. Sur le sarcophage de Rome 
t. 397,2, le buste impérial, placé devant la fournaise, indique la 

1 Ceci détruit la supposition de Heuser, R. E. P., I, 76. 

2 Contrairement à ce que dit Heuser, ibid., p. 79. 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

scène précédant le supplice ; t. 334,2 indique la scène qui a suivi 
lorsque Nabuchodonosor ordonne aux jeunes gens de quitter la 
fournaise, Dan., m, 36 : l'un en est déjà sorti, on voit apparaître 
encore dans la fournaise l'ange et les deux autres jeunes gens, et 
en même temps on voit la scène précédente représentant Nabu- 
chodonosor et sa statue '. Cette dernière scène, le refus d'adorer 
la statue, est souvent reproduite seule sur des sarcophages gau- 
lois, comme le démontrent les exemples d'Arles, Le Blant, p. 16, 43, 
et ceux du reste de la Gaule, ïbxd.\ p. 11, 51, 93 et 120. 

Sur le bas-relief de Bonn (/. R. H., 13,151 et s.), la scène est 
reproduite comme sur les sarcophages. La position des mains des 
jeunes gens et leur attitude sur la coupe de verre de Cologne 
(i&., 42,171) sont dignes de remarque. Comme sur la fameuse 
statue de Berlin de f'enfant en prière, les bras des trois jeunes 
gens sont levés, celui du milieu est tourné vers les spectateurs, 
les deux autres sont tournés vers les côtés, tous trois sont nus, 
contrairement au texte biblique. Les quatre flammes indiquées en 
rouge et or sont empruntées aux peintures des sarcophages. Sur 
la patène de Podgoritza, il n'y a ni feu ni fournaise, elle ne porte 
que les trois jeunes gens, habillés, mais sans coiffure, dans l'atti- 
tude de la prière, avec l'inscription circulaire : TRISPVERIDEI- 
GNECAMI [= très pueri de igné camini]. 

Dans les Mélanges d'archéologie et tfhisloire, V (1885), p. 102, 
M. Le Blant, pour expliquer le passage d'Aboda Zara 18 a , où ses 
disciples crient à R. Hanina b. Teradion, le martyr, quand il est 
sur le bûcher : ^nît [*p] D33m *p D nnD ^^ t|* : <( ouvre la bouche 
pour que le feu y pénètre », a renvoyé à plusieurs passages de la 
littérature de l'Église où « l'absorption de la flamme » amène la 
mort des martyrs. Aussi, Chrysostome trouve que le miracle des 
trois jeunes gens dans la fournaise consiste en ce qu'ils pouvaient 
ouvrir la bouche sans mourir. Il ne semble pas que les artistes des 
peintures et des bas-reliefs se soient servis de ce trait, car, bien 
que la position des mains désigne que les jeunes gens sont en 
prière, on ne peut pas soutenir qu'ils sont représentés sur les mo- 
numents la bouche ouverte pour parler ou pour chanter des 
louanges. L'interprétation d'une lampe où on prétend voir la 
représentation d'un instrument musical dans la main de l'un des 
jeunes gens est donc difficilement exacte. 

Il est démontré, par sa fréquence même, que la scène de la 
fournaise était le noyau de cette représentation. L'épisode du 
refus d'adorer la statue a été ajouté, parce qu'il précède immédia- 

\ Cf. Le Blant, Arles, p. 45, note 1 et 2. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIRES 237 

tément et était le prétexte et le motif du martyre ; il doit être 
considéré comme le développement du symbole original. 

Il est indubitable que c'est la délivrance miraculeuse d'une 
mort certaine dans la fournaise qui a valu à ce fait sa place dans 
l'ornementation funéraire chrétienne. Qu'aux époques de persé- 
cution religieuse, cette peinture, qui, par elle-même, symbolisait la 
croyance à la résurrection, ait pris une signification toute parti- 
culière, on peut le concéder sans hésitation, quoique ce ne fût 
qu'un point accidentel et que ce ne soit pas cela qui a déterminé 
l'admission de cette peinture dans le cycle des peintures chré- 
tiennes. Déjà dans les Constitutions apostoliques, 5,7, on fait res- 
sortir le miracle de cette délivrance : tolk Tpeîç xaiSaî s* xocjaévou pap-j- 
^covfoç. M. Le Blant, p. 33, montre combien le souvenir des trois 
jeunes gens était répandu dans le monde chrétien, par ce fait 
qu'à Alexandrie, ils avaient un temple spécial qui portait le nom 
de irtxpeaTreTYK, mot ayant la forme d'un barbarisme et qui s'ex- 
plique par l'article copte ici et les mots grecs -rpsïç icaîôeç. 11 est vrai 
que, sur les monuments, la scène est plus ancienne que la mention 
qui en est faite par les auteurs ecclésiastiques ; cependant sa si- 
gnification peut être la même, car il y a peu de symboles plus 
propres à représenter la résurrection que cette scène de l'Ancien- 
Testament. 



Daniel dans la fosse aux lions. 

Le plus ancien exemple d'une peinture de TAncien-Testament 
se trouvant dans les catacombes est celui de Daniel dans la fosse 
aux lions, ou plus exactement parmi les lions, car la fosse n'est 
indiquée qu'une fois, Garrucci, t. 53; cependant elle ne doit pas 
être considérée, comme le soutient Heuser, R. E. P., I, 344, 
comme un « réceptacle à forme de sarcophage ». La peinture la 
plus ancienne de cette scène, qui se voit dans la catacombe de 
S. Domitille et qui vraisemblablement est du i er siècle (Lefort, 
p. 13 ; Kraus, R. £., p. 80 ; Garrucci, t. 19) est remarquable, parce 
que Daniel y est représenté habillé. On ne le voit plus ainsi que 
dans les catacombes de Naples (Schultze, Die Katahomben, p. 305), 
et là il porte même le bonnet phrygien. Dans les catacombes ro- 
maines, l'image est répétée d'une manière presque stéréotypée, 
t. 16, 23, 25, 31, 32, 43, 51, 55, 62, 64, 67, 70, 71, 72, 73, 82. Da- 
niel est toujours nu, et le corps est celui d'un jeune homme dans 
l'attitude de la prière, les bras levés, et non en forme de croix, 
comme le croit Kraus, l. c, 282. A ses pieds sont couchés. deux 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lions, jamais davantage, évidemment domptés, bien que la puis- 
sance de leurs crocs les montre redoutables. Dans le livre apo- 
cryphe du Dragon de Bel, dans le texte de la Vulgate, xiv, 31, il 
est dit qu'il y avait sept lions dans la fosse, mais les peintures des 
catacombes se montrent sur ce point indépendantes des apo- 
cryphes. 

Les sarcophages sont d'accord avec les peintures sur ces points : 
Daniel est toujours nu, les avant-bras sont levés de la même 
façon, et il n'y a jamais plus de deux lions sur les bas-reliefs. Il y 
a des exemples à Aix, t. 301,3, où deux oliviers forment l'arrière- 
plan; Mantoue, t. 320,2; Rome, t. 358,1, 359,1; Velletri, t. 374,4. 
On ne voit Daniel habillé, coiffé du bonnet phrygien et vêtu à la 
persane, que sur un sarcophage, à Ravenne, t. 332,3 (cf. Kraus, 
R. S., 282, note 2). Sur des sarcophages postérieurs, la scène est 
agrandie, d'après les descriptions des apocryphes (Dan., xrv, 32 
etsuiv.). A côté de Daniel, apparaît parfois une figure, celle du 
prophète Habacuc, qui lui apporte des vivres, comme sur le sar- 
cophage de Brescia, t. 323,2 ; à Rome t. 348,1 358,3 ; nous le 
voyons plus souvent entouré de deux figures, dans l'une des- 
quelles, malgré sa barbe, il faut voir lange qui accompagne Ha- 
bacuc, dans l'autre, celui-ci est représenté avec le plat de provi- 
sions, comme à Rome, t. 322,2; 365,2; 367,1,2, où la scène est 
placée sous Yimago clypeata ; 368,2 ; 398,4 ; à Pise, t. 364,3. M. Le 
Biant a étudié, p. 11, 16, 35, les exemples d'Arles, ceux du reste 
de la Gaule, p. 15, 55, 56, 81, 83, 99, 103, 118, 137, 148. M. Le 
Blant Voit un développement de la scène dans l'arrivée du roi près 
de la fosse, suivant Dan., vi, 20 dans deux peintures, p. 15 et 
103 K Daniel n'apparaît habillé que sur t. 15 (p. 56), comme sur 
les agrafes mérovingiennes, et couvert d'un pardessus (t. 23, 
p. 81). 

Les vases en verre présentent de remarquables variations de 
cette représentation, objet de tant de prédilection dans l'art chré- 
tien. L'écuelle de Podgoritza montre Daniel habillé, toutefois sans 
coiffure, dans l'attitude de la prière, entre deux lions, avec la sus- 
cription DANIEL DE LAGO LEONIS (se. liberatus). Sur la patène 
en verre de Cologne, Dùntzer veut reconnaître, devant la peinture 
des trois jeunes gens dans la fournaise, la scène où Habacuc sai- 
sit Daniel par le sommet de la tête (Dan., xiv, 35). Daniel lui- 
même apparaît ici, les bras étendus, en habit de dessous, entre 
quatre lions. Peut-être en voyait-on aussi quatre, deux de chaque 

1 C'est ainsi que Braun a compris la figure à côté de Daniel sur le relief de bronze 
de Bonn, /. B. #., 13, 152, note 4. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TITULAIRES 239 

côté sur le fameux verre que De Rossi (Bullettino di arch. erist., 
IV l , 3, p. 89 et s.) a décrit. Ici le lacus leonum est devenu l'am- 
phithéâtre, les lions furieux sont représentés l'un au dessus de 
l'autre, prenant leur élan. On ne voit pas Daniel lui-même, mais 
seulement un coin de l'échafaudage (pulpitum) sur lequel il se 
trouvait. A travers les airs, on voit voler Habacuc, qu'un ange 
invisible conduit auprès de Daniel. Sur l'écuelle de la collection 
Disch (J. R. #., 36, 126 ; 42,170, note 9), les médaillons dorés 
sont trop petits pour contenir la scène de Daniel avec les lions, 
aussi un médaillon porte le lion et l'autre Daniel en prière. 

La signification de cette scène dans l'ornementation funéraire 
du. christianisme primitif ne peut être douteuse. Gomme la scène 
des trois jeunes gens dans la fournaise a passé du récit biblique 
dans le canon de l'art funéraire à cause de leur délivrance mira- 
culeuse, ainsi Daniel sauvé de la fosse aux lions du même livre 
biblique y a été admis (v. Schultze, Arch. Studien, p. 17). L'opi- 
nion de Hasenclever 2 , p. 214, qui soutient que lorsque Daniel fut 
représenté dans la catacombe de S. Domitille, les autres « imi- 
tèrent cette peinture sans y réfléchir davantage », est donc à re- 
jeter. 11 est inutile de chercher des réminiscences de l'antiquité, 
là où la relation avec la Bible est véritablement claire. La nudité 
de Daniel, n'étant pas exclue par le récit biblique, est certainement 
due au prototype romain des « condamnés aux lions ». 



Tobie, Suzanne, Daniel. 

Quoique les scènes tirées des apocryphes de l'âncien-Testament 
n'aient laissé que peu de traces clans l'art funéraire du christia- 
nisme primitif, je veux pourtant les rassembler ici, parce quelles 
nous permettent de faire les mêmes constatations que les symboles 
de r Ancien-Testament. 

C'est ainsi que nous trouvons, assez rarement, il est vrai, parmi 
les peintures des catacombes, le jeune Tobie tenant le poisson à 
la main, par conséquent lors de sa délivrance miraculeuse près du 
Tigre (Tobie, vi, 5) ; chez Garrucci, t. 27, il apparaît nu, le bâton 
de voyageur à la main gauche, tenant, de la main droite, le poisson 
frétillant ; sur t. 68, on le voit ayant un tablier autour des reins, 
mais, pour le reste, dans la même attitude que ci-dessus; à côté 



- lbid. 7 note 2. Au lieu de Heuser, il faut lire Duutzer; au lieu de p. 168, lire 
p. 170. 
2 Hasenclever n'a pas vu que dans Dan., xiv, 31, il est question de sept lions. 



240 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de lui se trouve son petit chien (d'après Tobie, vi, 1). Sur t. 73, 
on voit deux scènes réunies : Tobie effrayé et faisant signe à 
l'ange, au moment où, entrant dans le fleuve, dont la divinité est 
représentée sur l'image, il est menacé par le poisson, et Tobie 
sauvé montrant à son compagnon céleste le poisson qu'il a pris. 

En dehors des verres dorés et d'un sarcophage de Vérone sur 
lequel le retour du jeune Tobie est représenté (Kraus, R. S., 292), 
l'image de Tobie ne se trouve plus que sur le sarcophage d'Aire 
(Garrucci, t. 301,3 ; Le Blant, t. 26, p. 99, note 1), où il retire du 
poisson le fiel avec lequel il guérit son père (xi, 13). 

Il ressort de l'analogie des exemples traités précédemment que 
c'est seulement le miracle de la délivrance de Tobie, et non le 
poisson, dans lequel on voit ordinairement une allusion au Christ, 
qui a déterminé l'adoption de cette scène. On n'a donc pas besoin 
de nier, avec Hasenclever, p. 221,2, la présence de l'image de 
Tobie dans les catacombes et d'interpréter cette peinture, évidem- 
ment biblique, comme une allusion à la profession du défunt 
enterré en cet endroit. 

La présence dans les catacombes de l'image de Suzanne con- 
damnée à mort et sauvée par l'intervention de Daniel est attestée 
explicitement par une suscription : on la trouve dans l'arcosolie 
de la catacombe Pretextate (Garrucci, t. 39,2), sous forme d'agneau 
entre deux loups ; au-dessus de l'agneau, il y a l'inscription : 
Susanna; au-dessus d'un des loups : Senioris [=seniores]. M. Le- 
fort place cette peinture (p. 80) au iv e siècle ; l'attribution à 
Suzanne de l'image de t. 53 \ où une figure de femme apparaît 
entre deux arbres, à côté de chacun desquels il y a un homme qui 
guette, doit être certainement exacte. M. Lefort, p. 58 signale 
dans la catacombe de S. Agnès une image encore inédite ayant 
cette scène, qui a donné son nom au cubiculum de Suzanne. 

M. Le Blant a reconnu la scène sur un sarcophage d'Arles, p. 25 ; 
on y voit les deux juges amenés devant Daniel, et Suzanne à côté 
d'eux ; sur le même monument, séparée de cette première scène, 
Suzanne au jardin entre deux arbres, derrière lesquels les 
vieillards guettent, lisant un volume. Un sarcophage que Millin 
a signalé à Garpentras, sur lequel devait se trouver Suzanne 
entre les vieillards, n'a pu être retrouvé par M. Le Blant, p. 26. 
Le serpent qui veut dévorer les jeunes oiseaux d'un nid d'arbre et 
où Martigny et Heuser, R. E. P., II, 801, ont vu une allusion à 
Suzanne, n'a rien de commun avec celle-ci : c'est un ornement 



1 Kraus, R. S., 292, croit, à tort, que Suzanne ne se trouve représentée qu'une 
l'ois sur des peintures. 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULA1RES 241 

antique, comme M. Le Blant Ta démontré, p. 46, 47, 135. Sur un 
sarcophage de Narbonne (Le Blant, p. 132), on voit les vieillards 
amenés de force devant le juge, Suzanne en prière et Daniel éten- 
dant la main vers elle. 

L'écuelle de Podgoritza, qui porte, au-dessus d'une femme dans 
l'attitude de la prière, la suscription : Susanna de falso crimine 
(se. liberata), prouve que l'interprétation qui fait de Suzanne le 
symbole de l'Eglise persécutée ne répond pas au sens naturel des 
monuments chrétiens primitifs ; la délivrance miraculeuse de 
l'accusation fausse pesant sur Suzanne et de la mort qui la 
menaçait, voilà ce qui rendit cette scène propre à figurer dans 
l'ornementation funéraire du christianisme primitif. 

Sur le sarcophage de Narbonne, Daniel est représenté en même 
temps quand il empoisonne le dragon de Babylone (Dan., xiv, 26). 
A la scène de Daniel échappé miraculeusement à la mort dans la 
fosse aux lions, qui est le fond de cette peinture, s'est ajouté un 
autre miracle de Daniel, la mort du dragon adoré comme une 
idole. A la vérité, cette scène ne se trouve que fort tard dans la 
sculpture des sarcophages. C'est ainsi qu'elle existe sur un sarco- 
phage à Mantoue, Garrucci, t. 320,2 ; et sur quatre sarcophages 
d'Arles, Le Blant, p. 11, 13, 21, 42. Rome et Vérone fournissent 
aussi des exemples de cette scène ; voir R. E. P., I, 342. 

L'écuelle de verre trouvée à Abbeville, dans une tombe du 
iv e siècle, porte, en quelque sorte, la preuve épigraphique établis- 
sant que les emprunts de certaines scènes de l'histoire de Daniel 
faits aux apocryphes sont venus simplement s'ajouter au fond 
de la scène de l'Ancien-Testament, de Daniel dans la fosse aux 
lions ; en effet, à côté d'Adam et d'Eve, on y voit simplement le 
cycle de Daniel , c'est-à-dire, Daniel entre les lions, Suzanne et 
Daniel avec le dragon (v. Gazette archéologique , IX (1884), 
p. 224 et s.). 

Nous n'avons donc pas besoin de chercher un sens symbolique 
à la scène de Daniel avec le dragon et de lui trouver une significa- 
tion funéraire, car elle n'est que le développement de la première 
scène de Daniel, et, pour tout dire en un mot, elle n'appartient pas 
au nombre des peintures symboliques, mais elle fait partie des 
peintures historiques de Part chrétien primitif. 

Origine des symboles funéraires tirés de V Ancien-Testament. 

Si nous faisons abstraction.de l'image d'Adam et Eve, image 
funéraire la plus naturelle et n'ayant besoin d'aucune motiva- 

T. XIV, n° 28. 16 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tion, et si nous jetons un coup d'oeil d'ensemble sur la série des 
symboles empruntés à l'Ancien-Testarnent par l'ornementation 
funéraire du christianisme primitif, de ceux, du moins, qui ne 
sont ni isolés, ni douteux, mais qui se trouvent fréquemment 
et bien nettement sur les ornements, voici les types que nous 
constatons : 

Noé dans l'arche, 

Le sacrifice d'Isaac par Abraham, 

La source miraculeuse de Moïse, 

Le passage d'Israël à travers la mer Rouge, 

L'ascension d'Élie, 

La délivrance de Jonas, 

Les trois jeunes gens dans la fournaise, 

Daniel dans la fosse aux lions. 

Autant la signification de chacun de ces symboles sur les 
tombes est claire, autant la solution devient difficile, quand on les 
considère comme un tout, comme un cycle bien fermé et qu'on 
recherche le motif de ce choix. L'opinion de quelques archéo- 
logues prétendant qu'une règle hiératique a guidé la main des 
artistes et que ceux-ci ont travaillé d'après la direction des 
prêtres préposés aux cœmeteries (Kraus, R. E. P., I, 159) ne 
repose sur aucune preuve (v. Hasenclever, p. 239) et ne résou- 
drait pas le problème, parce qu'alors les motifs de ce choix ré- 
fléchi et intentionnel deviendraient tout à fait impénétrables. Mais, 
si ce n'est pas un corps constitué, un collège de prêtres, qui a 
imposé ces motifs aux artistes et qui a imaginé pour eux cette 
série de peintures, comment expliquer le nombre si faible de 
types qui arrivèrent à une diffusion si grande et à une représen- 
tation presque stéréotypée ? On ne pourrait prétendre qu'il ne se 
trouvait pas, dans toute l'Écriture -Sainte, de symboles funé- 
raires plus appropriés, plus clairs, plus indispensables que ceux-ci. 
Schultze fait remarquer, au contraire [Arch. Stadfen, p. 7), que 
ce « cycle nettement délimité n'emprunte et ne garde que peu de 
chose de la matière fournie par l'Écriture-Sainte, et ce qu'il 
emprunte est généralement peu propre au but recherché ou, du 
moins, d'une manière très restreinte ». Hasenclever dit, p. 21 ; 
« On ne voit pas bien pourquoi on n'a pas choisi d'autres sujets 
qui étaient assurément plus propres à servir pour l'ornementation 
des tombeaux », et, p. 213 : « Ce qui a engagé les chrétiens à 
choisir parmi les nombreuses histoires miraculeuses de la Bible, 
précisément la délivrance de Daniel, le miracle de la source de 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TITULAIRES 243 

Moïse et la conservation des trois jeunes gens dans la fournaise, 
on ne peut guère le savoir avec certitude ». Il est impossible de 
reconnaître dans les types représentés un choix reposant sur une 
étude réelle de la Bible et conçu dans un certain but. Si, par 
exemple, la pensée de représenter la croyance à la résurrection 
était prise pour motif dirigeant de ce choix, comment pourrait-on 
alors expliquer que Job se trouve si rarement et que la vision de 
la résurrection d'Ézéchiel soit totalement absente parmi les pein- 
tures des catacombes, qui sont pourtant les documents les plus 
anciens de l'art funéraire chrétien. Heuser dit, R. E. P., I, 472 : 
ce La vision d'Ézéchiel, in niedio campi, qui erat plenus ossîbus 
(Ézéchiel, xxxvn, 1) devait naturellement se présenter dans la 
grande nécropole des catacombes comme l'image de la résurrec- 
tion générale des morts. » Il est donc incompréhensible qu'elle 
apparaisse si tard sur quelques rares sarcophages, et nous sommes 
forcés de croire que ce motif était étranger aux peintres des ca- 
tacombes, que, par suite, tous leurs types ne provenaient pas 
d'un choix raisonné fait dans l'Écriture-Sainte. Pourquoi ne trou- 
vons-nous aucune reproduction du miracle de la résurrection 
accompli par le prophète Elisée sur le fils de la Sunamite (II Rois, 
iv, 33 et s.)? Le problème devient encore plus insoluble si, avec 
les archéologues romains, on voit, dans les symboles de l'Ancien- 
Testament, des hiéroglyphes indiquant certains dogmes. Si l'eu- 
charistie devait déjà être représentée dans les catacombes, pour- 
quoi n'y trouve-t-on pas l'image de Melchisédec (Gen., xiv, 18), 
dans lequel l'Église voit le plus ancien représentant de ce dogme, 
et qui apparaît 1 , en effet, fréquemment sur des mosaïques et des 
peintures, qu'on se représente si intimement liées à l'Eucharistie 
que la lunula du Saint-Sacrement est désignée sous le nom de 
Melchisédec ? Le petit nombre et le choix des types de l'Ancien- 
Testament sont particulièrement remarquables et difficiles à 
expliquer, lorsqu'on les compare avec les scènes de l'Ancien- 
Testament représentées sur les mosaïques et par la peinture ec- 
clésiastique postérieure. Sur les mosaïques de Sainte-Marie- 
Majeure, à Rome, sur lesquelles le pape Sixte III a fait repré- 
senter l'histoire d'Israël, l'histoire biblique d'Abraham à Josué 
seule est décrite en quarante scènes. M. Mùntz [Études, p. 25) 
remarque, avec raison, que l'apparition de la Yulgate en l'an 384 
a influé considérablement sur ce choix des peintures bibliques. 
La reproduction artistique de sujets de l'Ancien -Testament, 
quand elle s'appuie bien sur l'Écriture-Sainte, embrasse d'une 

1 Vny. Kraus, R, S. P. } II, 39U. 



2H REVUE DES ETUDES JUIVES 

manière uniforme tout le domaine biblique, et, inversement, un 
art qui se borne à peu de types, dans le choix desquels on ne 
découvre aucun principe, ne peut s'appuyer sur l'Écriture-Sainte 
même. 

De même, il est impossible d'expliquer le nombre et le chojx des 
scènes de l'Ancien-Testament dans l'art funéraire du christia- 
nisme primitif par ce motif que ces scènes sont reproduites dans 
le Nouveau-Testament. A vrai dire, la tentative a été faite, no- 
tamment par Braun, qui, dans /. R. H., 13, 164, s'exprime ainsi : 
« La raison pour laquelle ces images de l'Ancien-Testament ont 
été si souvent reproduites se trouve dans le x e chapitre de l'É- 
pître aux Hébreux, qui avait, pour l'artiste chrétien, la même 
importance spéciale que pour le théologien chrétien, et qui, pour 
l'histoire de l'art du christianisme primitif, mérite une consi- 
dération particulière, qu'elle n'a pas encore obtenue jusqu'à pré- 
sent. » 

On veut parler ici du xi e chapitre, où sont évoquées les ligures 
dupasse dont parle l'Ancien-Testament, pour en faire des témoins 
classiques des miracles de la wtonç, de la foi, et' parmi lesquelles on 
donne même une place à Rahab, 'Pakp ^ Tco'pvr) (v. 31). Un coup d'œii 
jeté sur les sujets qui sont cités dans ce chapitre et qui ont été 
réellement traités montre combien ce document a peu contribué à 
fournir des* matériaux à l'art chrétien primitif. Où trouve-t-on, 
dans l'ornementation chrétienne primitive, une trace d'une image 
de Jacob mourant (v. 21) bénissant ses deux petits-fils Manassé 
et Ephraïm? Où y a-t-il une trace de Joseph prenant, avant sa 
mort, des dispositions pour l'ensevelissement de ses restes (v. 22), 
ou de Moïse exposé sur le Nil, que ses parents avaient caché pen- 
dant trois mois contre l'ordre du tyran égyptien (v. 23) ? Et pour- 
tant les deux premiers sujets étaient éminemment propres à ser- 
vir de symboles funéraires, si les artistes les avaient connus. D'ail- 
leurs, les pères de l'Église n'ont-ils pas interprété dans le sens 
chrétien la manière dont Jacob bénit ses petits-fils (Gen., xlviii, 
14)! L'image de Moïse qui, lors de la sortie d'Egypte, emporta 
les ossements de Joseph (Ex., xm, 19), n'était-elle pas un symbole 
tumulaire d'une signification saisissante, qui se recommandait aux 
artistes, si réellement ils s'étaient inspirés du xi e chapitre de 
l'Épître aux Hébreux? Si l'opinion de Braun est déjà ébranlée 
par le peu d'emprunts fait par l'art à ce document, elle sera tout 
à fait réfutée si nous considérons combien l'art a représenté de 
sujets qui manquent totalement dans ce document. Le fait que 
Jonas, les trois jeunes gens et Daniel, c'est-à-dire les types prin- 
cipaux et les plus répandus de l'ornementation funéraire, n'y sont 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULA1RKS 2'.:i 

pas même nommés, prouve presque à lui seul que l'observation 
de Braun est insoutenable. 

S'il nous est donc impossible de trouver, soit un motif détermi- 
nant dans le choix de ces types, soit un document littéraire qui 
en aurait été la source, nous ne devons pas, par désespoir, re- 
courir à l'explication la plus impossible, au hasard. Nous avons 
vu, par l'examen des cas isolés, ce qu'il faut penser de la tentative 
de faire dériver de l'antiquité ces types de l'Ancien-Testament; un 
examen d'ensemble montre complètement l'inanité d'une entre- 
prise qui consisterait à présenter un cycle de peintures de l'An- 
cien-Testament bien fermé et évidemment arrêté dans la pensée 
comme le résultat accidentel d'un développement reposant sur des 
documents payens. Plus la diffusion de ces symboles et leur con- 
cision hiéroglyphique nous forcent à croire que les artistes de- 
vaient compter être compris généralement, plus la question s'im- 
pose de savoir pourquoi précisément ces images ont été employées 
et à quoi on reconnaît qu'elles convenaient spécialement au but 
des artistes. Ce choix n'ayant pu être fait ni par une autorité, 
ni par une convention entre les artistes, il ne nous reste qu'à ad- 
mettre que ce choix n'était plus nécessaire, parce qu'il avait déjà 
été fait, parce que ces types de l'Ancien-Testament avaient déjà 
été choisis antérieurement, comme étant propres à des buts dé- 
terminés, et que ces types avaient pris dans l'opinion publique ce 
caractère, si bien que l'art n'avait qu'à s'en emparer pour pouvoir 
présenter aux croyants un canon achevé d'images de l'Ancien- 
Testament. Mais où existait ce choix, où était ce canon qui n'a- 
vait qu'à se laisser traduire dans la langue de l'art? Je réponds : 
dans la liturgie juive. 

Comme nous le dit la Mischna de Tanit, n, 1, les jours de 
jeûne public, quand on portait dans la rue l'arche sacrée et qu'on 
y répandait des cendres, comme sur les têtes des dignitaires supé- 
rieurs de la communauté, on insérait dans les Dix-huit bénédic- 
tions, ou Tefilla, entre la 7 e et la 8 e bénédiction, six autres prières 
dont les finales sont expressément indiquées. Dans le morceau 
tiré du Moussaf de la fête du Nouvel-An et récité en cette circons- 
tance, il est fait mention de Noé et d'Abraham comme ayant reçu 
de Dieu des témoignages d'une prédilection extraordinaire : « Tu 
t'es souvenu avec amour de Noé, et tu l'as assisté de ton salut et 
de ta miséricorde, lorsque tu envoyas les eaux du déluge, pour 
faire périr les créatures à cause de leur impiété ». Avant la finale 
de la 7 e bénédiction, dans laquelle on insère aussi des formules de 
prière, on dit en pareille occasion : ïrmfcn -jîia ûï-naN n« ttatfïû V2 
nTn ù"pn ûsnp^ bips swn d^ns ïw 1 ton « Que celui qui a 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

exaucé Abraham sur le mont Moria vous exauce et écoute votre 
cri de détresse en ce jour ». Dans le même sens on dit à la fin des 
six intercalations : 

4) tr> by iwiaN n« ttwtii ^ Celui qui a exaucé nos pères près de la 
SpD Mer Rouge, 

2) baba a WiîT — — — Josué à Guilgal, 

3) ftS&aa bN"!tott) — — Samuel à Mitzpa, 

4) bjû'ûîi -ina ïïrbN — — Elie au Carmel, 

5) iiann ^ïïtt îw -- — — Jonas dans le ventre 

de la baleine, 
6} lia !-fàbtt5 dni TH — David etSalomon, son 

trb^-n^ fils, à Jérusalem. 

Quels que fassent le contenu et l'ordre des versets bibliques et 
des formules de prière récités avant et dans ces intercalations \ il 
ressort, du moins, avec certitude des paroles obscures de la Misclma 
que ce sont des types tirés de l'Écriture-Sainte, des témoins clas- 
siques de secours miraculeux obtenus par des prières, qui ont 
formé le principal contenu de la liturgie des jours de jeûne et les 
finales des bénédictions additionnelles. 

A la vérité, il faut faire un bond assez grand pour sauter de ces 
textes de la Misclma aux gaonim de la Babylonie, mais si nous 
songeons au caractère toujours conservateur du culte divin en 
général, et, en particulier, de la liturgie du jeûne, canonisée par 
la Misclma, nous n'hésiterons pas à nous servir des indications 
des gaonim Mar Sar Schalom et Scherira sur la manière dont la 
célébration publique des jeûnes était organisée dans les académies 
babyloniennes, pour expliquer et compléter la Misclma. Dans la 
collection des réponses des gaonim îrnaa î-Hwn (Jérusalem, 1863), 
160, nous trouvons cette indication de Mar Sar Schalom : -ieini 
nmaa amaab m^iûs îïto i^aa im* ■ma'* mbra « Après la 7 e bé- 
nédiction l'officiant dit : Exauce-nous, ô notre Père, comme tu as 
exaucé Abraham, exauce-nous ». La réponse explicite du Gaon 
Scherira à la communauté de Fez [ïbid., n° 161) prouve que c'était 
là le début de deux oraisons connues du rituel de la pénitence, et 
elle ajoute : tn^ "M* irabtt is^w ira* ir>aa im* ntti&n bwnfli 
imna w fimmsri "im* irniESi *iïia n^aa dmaa na nwv aiaa ['si] 
Nnb" 1 ^ Nnb^ft « L'officiant commence ainsi : Exauce-nous, ô notre 
père, exauce-nous ; exauce-nous, ô notre roi, exauce-nous ; comme 

1 Zunz, Die Bitus, p. 130, et M. Bloch, mapnîl mih i*13>'IÛ,I, i, p. 216 et s. 
Voir, du reste, le modèle de ces intercalations dans le Mahsor romain : bab InbCD 

ma s nnm * 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TITULAIRES 247 

tu as exaucé notre père Abraham sur le mont Moria, exauce-nous ; 
et la communauté répète mot par mot ». Ces oraisons de notre 
rituel de jeûne dataient donc de l'époque de la Mischna, Zunz aussi, 
Ritus, p. 130, déclare qu'il y a depuis la Mischna une liturgie 
prescrite pour les jeûnes qui fut quelque peu augmentée à l'époque 
des gaonim. Ces deux gaonim ont considéré ces oraisons comme 
étant si connues, qu'ils ne se crurent obligés que d'en indiquer les 
premiers mots. Pour nous, l'absence de renseignements plus précis 
est d'autant plus regrettable, que la forme du texte, en apparence 
la plus ancienne, dans le Siddour du Gaon Amram (Varsovie, 
1865), II, Ni, n'est pas d' Amram, mais une addition postérieure. 
Le texte du deuxième morceau, qui nous intéresse seul ici, a subi 
dans les divers rites juifs de nombreux changements, des suppres- 
sions et des additions ; même la forme des oraisons a subi une 
transformation complète. Dans la plupart des rituels, elle est 
conçue comme suit : naaa^ &nn irn'tiatt "ina ùïnaiNb ï-oano ^tt « Que 
celui qui a exaucé Abraham sur le Moria nous exauce ». Elle est 
donc uniformément mise à la troisième personne d'après le schéma 
naaan nt^ • • • • myw ^». Le rituel de la Romagne et le Mahsor 
romain portent l'ancienne forme originelle de la deuxième per- 
sonne naw • * * * rvDsnas, qui est aussi indiquée par le ùios 
maa>ro de Sar Schalom et de Scherira. Dans le Mahsor espagnol 
et, de même, dans le Siddour de R. Amram, ir^u) ^2 est devenu 
1^aa> • • • • 13**1. Gomme il n'est question ici que des types de 
la Bible cités dans ces oraisons, je vais les énumérer tels qu'ils 
se trouvent dans le rituel des jeûnes allemand (= A), dans le 
Mahsor d'Avignon (= Av), dans le Mahsor romain (= R), dans le 
Mahsor sefardi (éd. Venise, 1544, f. 280 = S), dans le 'rituel de la 
Romagne (= P), dans le rite de Tripoli [min *neo, éd. Venise, 
1721, f. *7° = T), et enfin pêle-mêle dans le Siddour d'Amran 
(=Amj, ce qui montrera en même temps que ces oraisons se 
suivent dans un ordre très différent *. 



1 En partie d'après les communications de mon ami S.-J. Halberstam, de Bie- 
litz ; dans son n*D")£ Tlînfà manuscrit, l'ordre de succession est semblable à celui 
du Mahsor allemand ; seulement Moïse et Aaron sont réunis et on y compte Élie et 
Ezra. Voir aussi ces oraisons amplifiées dans les collections des prières pour les 
cimetières, par exemple dans le 1"|1Db ïia^7û (Francfort-sur-Mein, 1726), f. 54 b 
et suiv. 



248 REVUE DES ETUDES JUIVES 



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J'ai fait cette énumération dans le but de montrer que nous ne 
pouvons plus reconstituer le texte original de cette prière de 
jeûne. Comme la diversité de succession dans les différents rites 
et surtout les noms de Gédéon, Elie, Ezra, Mathatias, Hasmonai 
et enfin Honi, le tourneur de cercles (voir Tanit, 23 a), qui n'ap- 
paraît qu'une fois, le prouvent, le nombre des types n'est nullement 
resté identique, mais a subi des modifications et des additions. 
Dans les temps anciens, ce texte a été évidemment plus court, 
quoiqu'il soit difficile d'établir quels sont les noms qui sont venus 



SEiNS ET ORIGINE DES SYMBOLES TUMULAIKES 24) 

s'ajouter à ceux qui étaient reçus primitivement. Il suffit de savoir 
qu'une liste des types de l'Ancien-Testament dressée pour la li- 
turgie existait dans la synagogue, liste que nous possédons encore 
aujourd'hui sous une forme si altérée, que nous ne pouvons rien 
dire de sa forme originelle. Que serait-ce donc si l'art chrétien 
primitif s'était servi de ce canon pour ses peintures funéraires, s'il 
fallait chercher là une réponse à la question de savoir pourquoi 
précisément quelques types sont arrivés à une diffusion si extraor- 
dinaire, tandis que d'autres n'ont pas été reproduits? Il est inutile 
de s'arrêter à ce fait que beaucoup de types de ces oraisons ont été 
laissés de côté par les artistes, mais il faut voir combien de ces 
types ont été reproduits. On ne contestera pas sérieusement si nous 
soutenons que nous avons perdu un grand nombre de types repro- 
duits dans les catacombes par suite d'éboulements, de l'action des 
éléments et du temps, que beaucoup d'autres attendent encore leur 
interprétation exacte et que d'autres encore viendront au jour par 
suite d'heureuses découvertes. Je pourrais invoquer le fait que Bosio 
a reconnu dans les catacombes l'image de Joseph en prison (n. 4), 
que M. Le Blant croit reconnaître Ezra sur des sarcophages ' 
(Arles, p. 6, 41), mais, au fond, il n'est pas nécessaire que tous 
les types aient été adoptés par les artistes et surtout ceux qui, ou 
bien n'avaient pas d'importance générale et saillante, ou qui ne 
servaient pas de centre à une scène qui pouvait être représentée 
artistiquement par quelques traits qui le feraient reconnaître de 
tous. Du reste, aucune des explications tentées jusqu'à présent 
n'a pu justifier l'absence de certains types ; ainsi, par exemple, 
Heuser, R. E. P., II, 74, trouve que l'absence de Joseph sur les 
monuments est une vraie énigme. Si notre canon peut nous expli- 
quer les types utilisés dans l'art, cela suffit ; et il importe peu que 
les types omis ou non encore découverts ne s'y trouvent pas 
originellement, ou que, pour une raison intime ou technique, ils 
n'aient pas été reproduits par l'art. Or. notre canon nous rend effec- 
tivement ce service. Il est vrai que, sans faire intervenir une in- 
fluence étrangère, on comprend que Noé dans l'arche et le sacrifice 
d'Isaac aient été représentés comme symboles dans l'art primitif 
chrétien, mais leur reproduction sur les anciennes tombes chré- 
tiennes et leur diffusion s'explique cependant d'une manière plus 
satisfaisante par le fait qu'ils étaient connus par la liturgie juive 
comme les types les plus anciens et les plus respectables de l'inter- 



1 Cl. aussi Le Blant, p. 25 (t. VII, 1 = Garrucci, t. 319,2). Garrucci, t. 358,3, 
cite un exemple de la même scène, venant de Rome, où elle est placée sous l'imago 
clypeata. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vention miraculeuse de Dieu. Si l'on ne veut pas admettre cette 
influence de la liturgie juive sur l'art chrétien primitif, comment 
expliquer alors que les artistes en soient venus à l'idée de repré- 
senter sur des tombes la délivrance d'Israël au passage de la Mer 
Rouge? Cette scène a été représentée, parce que l'oraison iwin V2 
1M3^ aiïi tpD d" 1 b# n^msNb « que celui qui a exaucé nos ancêtres 
près de la Mer Bouge nous exauce » était connue, et c'est ainsi 
que s'explique la représentation de cette scène dans l'art chrétien 
primitif. N'est-il pas dit dans l'Exode, xiv, 10 : b&niû^ ^n ip?m 
'n bN « les enfants d'Israël crièrent vers Dieu », ce qui constitue 
la base biblique de ce type de l'intervention miraculeuse de Dieu 
obtenue par la prière (cf. Tanit, 16 &) ? Gomment le miracle de la 
source du Horeb serait-il le seul des nombreux miracles de Moïse 
qui a été représenté, si ce miracle n'était pas le seul qui ait été 
rapporté par la liturgie? On dit de Moïse, Ex., xvn, 4 : TOtt ptfSFn 
'n ba, qu'il a invoqué Dieu près du rocher de Horeb, c'est pour- 
quoi ce miracle obtenu par la prière a été admis dans la liturgie, et 
on en a fait cette formule de prière iMan coïi nnn^ ™?2b FfcJtt) ^a 
« Que celui qui a exaucé Moïse au Horeb nous exauce ». Je trouve 
ici dans l'art chrétien primitif un témoignage précieux pour l'an- 
cienneté de cette leçon spéciale du rite allemand et pour son exac- 
titude. L'explication la plus précieuse, la clé du problème, la solu- 
tion de l'énigme, pourquoi précisément Jonas, les trois jeunes 
gens et Daniel sont-ils arrivés à une situation si prépondérante 
parmi les peintures funéraires, pourquoi, parmi tous les miracles 
de l' Ancien-Testament, a-t-on trouvé ceux-ci dignes de cette pré- 
férence, nous la devons à cette idée de l'influence de la liturgie 
juive sur l'art funéraire du christianisme primitif. L'ancienne 
prière des jours de pénitence donne la réponse non douteuse. 

ïUXtft 19.7212 TOVb iwtB 112 Que celui qui a entendu Jonas dans le 

ventre de la baleine — nous exauce; 
rpWi bNOTo î-pMfib ÏT52Ê ^72 Que celui qui a exaucé Hananya, Mis- 
tëfito "pûSû *pnn chael et Azaria dans la fournaise ; 

rima ai;a bfcOj^b ïWûî 112 Que celui qui a exaucé Daniel dans la 

fosse aux lions. 

Toutes les versions, par leur concordance, attestent l'existence 
primitive de ces trois types dans l'ancienne prière des jours de 
pénitence, et le témoignage de l'art chrétien primitif vient, de son 
côté, témoigner qu'ils ont appartenu, dès le principe, à la liturgie, 
et qu'ils ont passé de la synagogue à l'Eglise. 

Dans l'intervalle qui s'écoule entre la Mischna et les décisions 



SENS ET ORÏGINE DES SYMBOLES TITULAIRES 251 

des gaonim nous voyons ainsi entrer un témoin inattendu, l'art 
chrétien primitif avec son canon de peintures de r Ancien-Testa- 
ment, qui nous apporte la preuve qu'elle a trouvé dans l'oraison 
de ïwc 153, Mi Schéana, de l'ancienne liturgie juive des jeûnes et 
jours de pénitence, les types et les exemples les plus importants 
de prières exaucées et de délivrances providentielles obtenues par 
des prières et qu'elle les a utilisées pour son but spécial. 

M. Le Blant était déjà dans la bonne voie en déclarant que c'est 
à une source littéraire qu'ont été empruntés les types de r Ancien- 
Testament représentés par le symbolisme funéraire chrétien. Il a 
découvert que dans ce qu'on nomme « ordo commendationis ani- 
mae », qui, selon le bréviaire romain, est récité auprès des mou- 
rants, les' mêmes types apparaissent {Arles, p. xxi et s. ; Revue 
archéologique, N. S., 38, (1879), 229). Après deux strophes de 
début de sens général, on y lit : 

Libéra, Domine, animam ejus sicut liberasti : 

Enoch et Eliam de communi morte mundi ; 

Noe de diluvio ; 

Abraham de Ur Ghaldaeorum ; 

Job de passionibus suis ; 

Isaac de hostia et de manu patris sui Abrahœ ; 

Lot de Sodomis et de flamma ignis ; 

Moysen de manu Pharaonis régis iEgyptiorum ; 

Danielem de lacu leonum ; 

Très pueros de camino ignis ardentis [=Nrvrpi fini: "pnN tfiàb, 
Dan., ni, 23 ; n° 4 7] et de manu régis iniqui ; 

Suzannam de falso crimine ; 

David de manu régis Saul et de manu Goliath ; 

Petrum et Paulum de carceribus ; 
Et sicut beatissimam Theclam virginem et martyrem tuam de 
atrocissimis tormentis liberasti, sic liberare digneris animam hujus 
servi sui et tecum facias in bonis congaudere cœlestibus. 

Quelle est l'ancienneté de cet ordo dans l'église ? M. Le Blant 
(p. xxvn) a réussi à le retrouver dans un manuscrit du ix e siècle, 
mais il ne doute pas qu'il ne remonte aux premiers siècles de 
l'ère chrétienne. Dans la Oesterreichische Monatsschrift fur den 
Orient, 1860, p. 80, dans un article intitulé !133>\I5 15a et le Ordo com- 
mendationis animi, j'ai entrepris de prouver qu'ici la liturgie juive 
avait influé sur la liturgie chrétienne. Comme dans celle-là, les 
oraisons sont précédées d'une litanie 13133» i^na 13133% « exauce- 
nous, ô notre père, exauce-nous », l'Ordo est précédé d'une prière 
d'introduction où l'invocation Kyrie eleison, Ghriste eleison est 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

répétée. Qu'on considère aussi la similitude de disposition et même 
du texte des oraisons prises isolément ; le terme sicut rappelle 
aussi le plus ancien texte de la formule hébraïque qui était ûiïîs 
ma:*© ou m:i3>ttJ5. Mais quoi qu'il en soit des rapports de la prière 
chrétienne avec la prière juive, il est sûr que cet ordo doit s'être 
présenté à la pensée des anciens artistes chrétiens sous une forme 
plus rapprochée du rituel juif. Le document cité par M. Le Blant 
n'explique pas ce qu'il faut expliquer, les types les plus répandus 
du canon de l'ornementation funéraire ne s'y trouvant précisé- 
ment pas. Ainsi on ne mentionne pas le passage d'Israël à travers 
la mer Rouge, et M. Le Blant est forcé d'invoquer le fait (p. xxx) 
que le psaume cxiv : in exita Israël est chanté aux enterrements. 
Mais, outre que les psaumes xiv, xxxi, ci, jouent un rôle dans la 
liturgie funéraire sans avoir donné naissance pour cela à des 
symboles (cf. Hasenclever, p. 78 et 93), il faut noter que, dans ce 
psaume cxiv, il est question de la sortie d'Egypte et que sur les 
monuments on représente exclusivement le passage de la mer 
Rouge, qui n'est pas identique avec la sortie. Quant au miracle 
de la source du Horeb, M. Le Blant a dû renoncer à expliquer sa 
présence par la liturgie et adopter le procédé d'interprétation 
symbolique auquel il reste ordinairement étranger. Ce qui est 
particulièrement frappant, c'est le fait que le plus fréquent et le 
plus aimé de tous les types de TAncien-Testament manque dans 
cet ordo : Jonas n'y est pas nommé. Aussi, pour expliquer la pré- 
sence de cette image sur les monuments, M. Le Blant est forcé 
d'avoir recours à un autre ordo, aux constitutions apostoliques et 
aux actama>iyrum ;la liturgie juive montre d'une manière indu- 
bitable que Je type de Jonas a, dès le début, fait partie des oraisons. 
Malgré ces difficultés et quoique tous les motifs indiqués dans le 
document trouvé par M. Le Blant n'aient pas été employés dans 
Fart, c'est ainsi, par exemple, qu'il n'existe pas de preuve de la 
présence d'Enoch ou de Loin sur les monuments funéraires, la 
découverte de M. Le Blant a été admise par la science. Je ne 
mentionnerai que l'approbation de De Rossi, de Springer (Berichte 
der k. sàchsischen Gesellschaft der Wissenschaften zu Leipzig, 
philos, hist. Classe, 31 (1879), p. 40) et de F. X. Kraus, R. E. P.; 
II, 78, parce que le fond de vérité qu'elle contient est indéniable, 
malgré les difficultés qui subsistent. Les constatations que nous 
venons de faire complètent la découverte de M. Le Blant et nous 
ramènent d'un pas en arrière et, sans doute aussi, nous rap- 
prochent d'un pas de la vérité. 

On ne peut plus guère nier l'influence de la liturgie juive sur la 
liturgie chrétienne et même directement sur les premiers artistes 



SENS ET ORIGINE DES SYMBOLES TITULAIRES 253 

romains, peut-être en partie judéo-chrétiens, aujourd'hui surtout 
que par suite de la découverte de Bryennios de X Enseignement 
des douze apôtres, nous sommes arrivés à savoir que des produits 
juifs, comme le catéchisme des deux chemins \ qui ont péri dans 
la littérature juive et qui ont été oubliés, ont été adoptés dans la 
jeune communauté chrétienne, développés et conservés. Dans la 
littérature et la liturgie, la dépendance de l'Eglise nouvelle vis-à- 
vis de l'antique synagogue devient de plus en plus certaine ; en art 
aussi, je crois avoir apporté ici la preuve d'une influence de l'une 
sur l'autre. 

Budapest, 28 novembre 1886. 

David Kaufmann. 



1 Taylor, The seaching of the swelvc apostles (Cambridge, 1886), et Harnack, Die 
Apostellehre und die beiden jiïdischen Wege, p. 27 et s. (Cf. aussi les recherches les 
plus récentes de la critique allemande sur le noyau hébreu de l'apocalypse (par 
exemple. Stade, Zeitschri/'t far die altîestamentliche Wissenschaft ; 1887, î.J 



NOTES SDR L'HISTOIRE DES JUIFS EN ESPAGNE 



Les savants d'Espagne et à leur tête M. Fidel Fita, qui conduit 
le chœur, continuent à nous donner d'instructifs et excellents tra- 
vaux sur l'histoire des Juifs dans leur paj^s. 



LA JUIVERIE DE SEGOVIE. 



Voici d'abord une étude de M. Fidel Fita. sur les Juifs de Sé- 
govie *. Elle contient dix numéros, la plupart avec des pièces iné- 
dites ou rectifiées d'après les originaux. Nous donnons ici l'analyse 
de ces pièces. 

1. Procès-verbal fait à Ségovîe, le 29 octobre 1481, par l'écri- 
vain public de. la ville, concernant la création d'un quartier juif 
séparé du reste de la ville. La création de ce ghetto avait été or- 
donnée par les rois catholiques (Ferdinand et Isabelle) dans toute 
l'Espagne, et réglée, pour les villes et territoires d'Avila et de Sé- 
govie, par un ordre royal daté de Galatayud le 24 avril de la même 
année 1481. La lettre royale, dont le texte est communiqué par le 
secrétaire, ordonnait que, pour plaire à Dieu et pour l'honneur de 
la sainte religion catholique, les Juifs et les Maures n'eussent plus 
dorénavant, dans toute l'étendue du royaume, le droit de demeu- 
rer ailleurs que dans des quartiers séparés, elle leur accordait 
deux ans pour créer et organiser ces quartiers, construire ou 
approprier des synagogues ou des mosquées, aliéner les anciennes, 
si elles se trouvaient en dehors du quartier qui allait leur être 

1 La Juderia de Segovia, Documentos inédit os, clans Boletin de la Real Academia 
de la Eistoria, t. IX, pages 270, 344, 400 (fascicules IV, V, VI), Madrid, oct., nov. 
et déc, 1886. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS EN ESPAGNE 255 

assigné. Les maisons possédées antérieurement par les chrétiens 
dans le nouveau quartier juif devaient être vendues aux Juifs à 
un prix fixé par deux arbitres, l'un chrétien, l'autre juif. Le con- 
seil municipal de Ségovie n'avait pas perdu de temps. Au mois 
d'octobre, il avait déjà préparé le plan et tout l'état des travaux à 
faire pour créer une juiverie, et notre pièce contient précisément 
cet état détaillé, dont le secrétaire donna lecture aux représen- 
tants des Juifs, ce 29 octobre 1481. La pièce énumère toutes les 
rues qui seront occupées par les Juifs (elle ne leur donne pas 
de noms, mais indique les aboutissants), la plupart auront doré- 
navant, pour en bien marquer la limite, une entrée rétrécie au 
moyen d'un pilier en maçonnerie, qui sera élevé, aux frais des 
Juifs, à l'endroit où la rue s'ouvre sur les quartiers des chrétiens. 
Les cours ou places partagées, par le conseil, entre les chrétiens 
et les Juifs seront fermées, à la frontière de la juiverie, par un 
mur construit aux frais des riverains juifs. Les portes des mai- 
sons juives ouvrant sur les quartiers chrétiens seront murées 
ou fermées, et les fenêtres qui sont dans les mêmes conditions 
.seront murées jusqu'à hauteur convenable, pour empêcher les re- 
lations entre les Juifs et les chrétiens du dehors. Des mesures 
analogues sont prises au sujet des portes et fenêtres des chrétiens 
ouvrant sur Ja future juiverie. La pièce nomme un certain nombre 
de Juifs administrateurs ou représentants de la communauté, et 
des propriétaires de maisons. 

2. Mention, dans un titre de propriété de l'hôpital de Saint- 
Esprit, fait le 17 novembre 1460, du cimetière ou ossuaire des 
Juifs de Ségovie, fonsario de los Judios, et des rochers (perlas) 
du même ossuaire. Il était situé sur la côte rocheuse (pena) dite 
aujourd'hui Cuesta de los Hoyos, située en face du quartier juif 
et séparée de celui-ci par le ruisseau Clamores. On l'appelait 
aussi Prado Santo jusqu'en 1857. M. Fidel Fita est arrivé à y 
faire faire des fouilles dont nous parlerons plus loin. 

3. Déjà, à une autre époque, les Juifs de Ségovie avaient été 
obligés, comme ceux du reste du royaume, de s'enfermer clans un 
quartier séparé. C'était, pour la première fois, à ce qu'il semble, 
en 1412, en suite d'un ordre de la régente Gatalina (au nom de son 
fils Juan II) daté de Valladolid, 2 janvier, et exécuté promptement 
à Ségovie. Le conseil municipal avait, à cette occasion, pris pour 
la nouvelle juiverie un certain terrain appartenant au monas- 
tère de Sainte-Marie de la Miséricorde {Merced) . En échange de 
ce terrain, le monastère demanda au roi la synagogue située près 
de ce monastère, dans la rue de la Almuzara, et que les Juifs 
avaient sans doute dû abandonner parce qu'elle n'était pas dans 



25G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'enceinte de lajuiverie. Cette demande fut accueillie par la reine, 
l'acte de concession fut signé à Valladolid le 16 octobre 1412 et 
confirmé par une lettre du roi datée de Valladolid, 12 avril 1413. 
Des notes ajoutées par M. Fidel Fita il résulte que les Juits de 
Ségovie avaient, antérieurement à 1412, et comme beaucoup 
d'autres communautés juives, une grande et une petite syna- 
gogue. C'est la petite synagogue de la rue de la Almuzara qui 
fut donnée aux religieux de Marie de la Miséricorde, et, suivant 
la promesse qu'ils en avaient donnée, ils en firent un hôpital. La 
grande synagogue fut également enlevée aux Juifs ou aliénée par 
eux, en 1412 sans aucun doute, et probablement aussi parce qu'elle 
n'était pas située dans le nouveau quartier juif. Elle fut transfor- 
mée, comme il résulte de pièces de l'an 1419, en Ylglesia nuova, 
qui, à partir de 1450, devint l'église du Corpus Christi. Cette 
grande synagogue est un beau monument. « Elle a, nous écrit 
M. Fidel Fita, le style de Sainte-Marie la Blanche de Tolède. Les 
beaux arcs en fer à cheval reposent sur de grands chapiteaux où 
la pomme de pin et la grenade se déploient, sur leurs tiges mainte- 
nant masquées (par un badigeon). Rien de plus ravissant que 
les arcs gracieux de deux galeries qui surmontent les nefs laté- 
rales et qui étaient probablement réservées aux femmes. C'est 
dommage que l'œil de l'artiste ou de l'historien ne puisse y péné- 
trer (dans ces galeries ?), car c'est un couvent de Franciscains, 
seulement accessible aux évêques et aux rois. Je voudrais seule- 
ment obtenir la permission d'enlever la croûte qui recouvre les 
deux longues lignes d'inscriptions qui se trouvent en haut, sous 
la toiture du temple, et dont j'ai cru apercevoir les traits à tra- 
vers la couche de chaux ou de mortier qui les recouvre et qui, je 
l'espère, les a préservées de la dévastation ». Sur les deux côtés 
de la nef, dans la partie supérieure, M. Fidel Fita a vu sculptés 
un lion et un château. 

4. Analyse des passages relatifs aux Juifs dans le Livre de l'In- 
tendance {littro de la Mayordomia) du chapitre de la cathédrale 
de Ségovie. Ce livre énumère les Juifs demeurant dans des mai- 
sons appartenant au chapitre et lui payant un droit ou loyer. La 
grande synagogue y est encore mentionnée en 1412. Il semble 
résulter de ces listes que dès 1432 (et peut-être auparavant) 
les Juifs n'étaient plus exclusivement renfermés dans le ghetto de 
1412 et qu'ils s'étaient de nouveau répandus dans la ville. Il est 
probable qu'après la mort de la régente Catalina (1419), qui fut 
une des grandes ennemies des Juifs, on commença bientôt à ne 
plus observer les mesures qu'elle avait prises contre eux, et son 
fils lui-même donna l'exemple d'une réaction libérale en leur 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS EN ESPAGNE .257 

faveur. L'année 1432, tout particulièrement, paraît avoir été pro- 
pice pour les Juifs de Gastille, puisque c'est en cette année, comme 
on l'a vu dans un numéro précédent de la Revue 1 , qu'ils purent 
de nouveau organiser leurs communautés et nommer un Rab de la 
Cour, dont la fonction était restée longtemps vacante, sans doute 
par suite du mauvais vouloir de Catalina. Ce livre de l'Intendance 
montre aussi, par la diminution ou la disparition d'un assez grand 
nombre de Juifs après 1391, que les Juifs de Ségovie, contraire- 
ment à ce qu'on pensait, n'ont pas échappé à la grande persécu- 
tion que Vincent Ferrer avait déchaînée contre les Juifs d'Es- 
pagne. 

5. Suite de l'analyse du livre de l'Intendance, avec beaucoup 
de noms de Juifs, comme dans le numéro précédent. En 1455, le 
converti Alonzo de Spina s'établit à Ségovie et y fonde, dans un 
palais cédé par le roi, le couvent de Saint-Antoine. Il est l'auteur 
de ce FoHatitium fidei qui a répandu tant de haine et de men- 
songes sur le compte des Juifs. Colmenares, l'historien de la ville 
de Ségovie, raconte, dans un chapitre manuscrit de son œuvre, 
comment, en 1468, des Juifs de Sépulvéda, à l'instigation de leur 
rabbin Salomon Pichon 2 , auraient tué un enfant chrétien pendant 
la semaine sainte, et furent punis de mort ou d'autres supplices. 
Il est clair qu'il n'y a pas un mot de vrai dans l'accusation pro- 
duite contre les Juifs et qui porte, comme toutes les autres de ce 
genre, tous les caractères de la légende. 

6. La mort de Méir Aiguadez, d'après le texte (rectifié d'après 
un manuscrit?) du FortatUium fidei. Voir Grsetz, t. VIII, 2 e édit., 
p. 95. C'est à la suite de cet événement que, si l'on en croit 
Alonzo de Spina, la grande synagogue de Ségovie fut changée en 
église. Reste à savoir si cela est exact ; nous avons vu plus haut 
que le nom de Corpus Christi, qui ferait allusion à l'hostie ache- 
tée et profanée par don Méir, ne fut pas porté primitivement par 
la synagogue convertie en église. 

7. Pièces de 1327, 1328 et 1333 relatives à un procès entre les 
frères dominicains et deux Juifs de Ségovie. Les frères domini- 
cains avaient, entre autres, reçu du roi le droit exclusif d'exercer 
le courtage à Ségovie et ces deux Juifs prétendaient également 
exercer cette fonction. 

8. Histoire de l'impôt de trente deniers par personne (de qua- 
torze ans et au-dessus) payé par les Juifs de Ségovie (comme du 
reste de la Gastille) à l'évêché, « en souvenir de la mort de N.-S.- 

1 Notre article sur le Règlement des Juifs de Castille, t. XIII, p. 187. 
- Ce nom signifie pigeon; en hébreu yona. 

T. XIV, n° 28. 17 



2o8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Jésus-Christ. » Le montant de la ferme de cet impôt, pour Sé- 
govie et l'évêché de Ségovie, est indiqué pour les années 1323 à 
1321 et 1345 à 1404; puis pour l'année 1412. 

9. Histoire d'une juive Marisaltos (ou Maria Saltos), de Ségovie, 
accusée injustement et condamnée à mort, puis sauvée par l'inter- 
vention de la Vierge, qu'elle implore en promettant de se bap- 
tiser. Nombreux, documents inédits. 

10. Pièces inédites d'un procès poursuivi par l'Inquisition en 
1490 et 1491, à Ségovie et à Avila, contre un certain nombre de 
Juifs accusés d'avoir tué, dans la semaine de Pâques, un enfant 
chrétien de La Guardia, et d'avoir acheté une hostie pour la pro- 
faner. Cette histoire est, du reste, déjà racontée de la Historia 
ciel Sanlo Nino de La Guardia, de Martinez Moreno (2 e édit., Ma- 
drid, 1866). Nous relevons quelques détails curieux. L'inquisition 
paraît avoir eu à son service des religieux (peut-être des Juifs 
baptisés) qui se déguisaient en rabbins pour surprendre les 
secrets et aveux des Juifs qu'elle avait emprisonnés, ils sa- 
vaient parler hébreu ou au moins baragouiner quelques mots hé- 
breux. Cette comédie fut jouée dans le procès^ raconté par nos 
pièces, elles contiennent quelques mots hébreux échangés entre 
un des Juifs et le prétendu rabbin qui l'interroge : nahar *>3>3, 
enfant, garçon ; mita est ttmjp, mise à mort; gefe est une faute 
d'écriture ou de lecture pour trefe, trefa SWUî, viande légale- 
ment défendue ; enfin, le otohays, odohays, qui serait une dési- 
gnation injurieuse pour Jésus, est le tt^aïi vna, « cet homme 
qu'on sait », qui, déjà dans le Talmud, désigne discrètement Jésus. 
Les procès-verbaux rapportent quelques détails plaisants. Un des 
Juifs impliqués dans le procès avait acheté un mouton pour la 
Pâque et l'avait trouvé teréfa. 11 demanda à un autre Juif ce 
qu'un Hébreu, en sortant d'Egypte, aurait fait de son agneau 
pascal en pareil cas? — La loi de la jugulation n'existait pas 
encore, répond l'autre. Le même Juif, qui paraît être un scep- 
tique, dit à un autre : Je suis content de te voir, tu vas me dire 
quand sera votre Pàque, car depuis que David (un Juif de La 
Guardia) est mort, je ne sais plus ces choses-là. — Nos pauvres 
Juifs poursuivis par l'Inquisition furent bel et bien exécutés, sans 
aucune autre preuve que leurs aveux, arrachés sûrement par 
torture '. 

1 V, Amador, III, 318. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS EN ESPAGNE 250 



II 



LE CIMETIERE DES JUIFS DE SEGOVIE. 

Grâce aux encouragements de M. Fidel Fita, MM. Joaquin 
Maria Castellarnau et Jésus Grinda ont étudié de plus près l'an- 
cien cimetière des Juifs de Ségovie dont il est question plus haut 
et qui est situé, comme nous l'avons dit, sur la Cuesta de los 
Hoyos. Les fouilles et recherches qu'ils ont faites ont donné lieu 
à des résultats intéressants *. Les tombes sont creusées clans le 
roc de la montagne, elles ont généralement la forme trapézoïdale 
et la direction de l'occident à l'orient. Dans toutes on a trouvé 
des squelettes intacts, regardant vers l'orient et ayant souvent 
les bras croisés sur la poitrine. Le plan d'un certain nombre de 
tombes a ceci de particulier qu'il se resserre en haut, de façon à 
dessiner la tête et les épaules 2 . A côté des tombes, MM. J.-M. 
Cast. et Jes. Grinda ont trouvé deux grandes grottes communi- 
quant entre elles et taillées également dans la roche. Ce ne sont 
pas des caveaux, on n'y a découvert que des ossements épars, 
mais point de tombes. D'après Colmenares, c'est dans ces grottes 
que se seraient réfugiés les Juifs de Ségovie en 1492, après que 
le délai fixé pour le départ des Juifs d'Espagne fut passé, et de là 
ils auraient adressé au roi la prière de leur accorder un plus 
long délai. Beaucoup d'entre eux moururent dans ces refuges ; 
d'autres se baptisèrent et c'est de là que viendrait le nom de 
Prado santo que cet emplacement porta pendant longtemps. 



III ■ 

LES JUIFS DE MAJORQUE EN 1391, 



M. Jose-Maria Quadrado a consacré une étude excellente à la 
juiverie de Majorque (Palma) en cette funeste année 1391 3 . Beau- 

1 Boletin, etc., tome IX, fasc. IV, oct. 1886, p. 265. 
- Voir les deux planches qui accompagnent l'article que nous analysons. 
3 Boletin, etc., t. IX, fasc. IV, p. 294. Voir, pour les événements de Majorque, 
Graetz, VIII, 2 e éd., p. 60. 



260 REVUE DES ETUDES JUIVES 

coup de Juifs avaient été tués, d'autres s'étaient enfuis, ceux qui 
étaient restés avaient été obligés de se baptiser. Le document 
publié par M. Quadrado se rapporte à ces Juifs baptisés. II. en 
nomme 111, ou plutôt 111 propriétaires de maisons 1 . Les dé- 
sordres avaient eu lieu en août; le samedi 21 octobre 1391 les 
Juifs baptisés furent invités par le gouverneur à venir déclarer 
les maisons et habitations qu'ils avaient dans le Call (rue des 
Juifs) et à dire s'ils voulaient ou continuer à y demeurer, ou les 
vendre, ou les louer 2 . Les déclarations des Juifs sont inscrites à 
partir du 23 octobre jusqu'au 13 novembre. Chaque Juif est dési- 
gné, dans le document, par son ancien nom juif et par le nom 
qu'il a pris au baptême ; son nom est accompagné de la description 
de sa maison avec désignation des confronts, et de la déclaration 
du Juif sur son intention d'habiter ou de louer ou de vendre la 
maison. Les observations de M. Quadrado portent principalement 
sur l'histoire et la topographie du call, qui avait été déplacé en 
1300, probablement pour faire place à l'église des dominicains. Le 
Petit call avait été, à cette occasion, supprimé et ses habitants ver- 
sés dans- le nouveau call. Ici encore nous trouvons, comme dans 
beaucoup d'autres communautés juives, une grande et une petite 
synagogue ou école (p. 296, n° 3 ; p. 307). M. Quadrado remarque 
que le gouverneur lui-même et après lui les hommes les plus 
distingués de la ville tinrent les Juifs sur les fonts baptismaux. Il 
a fait aussi une statistique curieuse des réponses données par les 
Juifs baptisés : quarante-un déclarent nettement qu'ils veulent 
continuer à habiter leur maison, dix-huit font seulement la ré- 
serve qu'ils suivront l'exemple des autres, un seul dit qu'il restera 
si les chrétiens viennent demeurer dans le call, sept resteront ou 
loueront selon les circonstances, vingt-sept se décident à louer, 
huit sont résolus de vendre, treize hésitent entre vendre et louer, 
trois hésitent entre demeurer ou vendre. L'inscription tumulaire 
d'une pierre trouvée dans un abreuvoir de Palma a été parfaite- 
ment bien lue par M. Fidel Fita : b"T ù^n iTOM '1 (p. 296). Flo- 
re ta, femme d'un Mosse Faqui, est nommée p. 302, n° 19. Voici 
quelques observations sur les noms de personnes de la liste dressée 
par M. Quadrado. A la place de Daviu (n os 5 et 103) ne faut-il pas 
lire Davin? Barrahon Mariii (n° 54) est écrit B. Maleli au n° 108, 



1 Le chiffre de 111 est celui des déclarations relevées par M. Quadrado, mais dans 
ces numéros sont désignés, outre la personne qui l'ait sa déclaration, d'autres Juifs 
baptisés dont les déclarations n'ont probablement pas été recueillies ou ne figurent 
pas dans les pièces vues par M. Quadrado. Nous croyons que le nombre de chefs 
de famille des Juifs baptisés était tout près de. 180. 

2 Voir Revue, IV, 39, n° 31. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS EN ESPAGNE 261 

par erreur sans doute, car la leçon Marili se trouve plusieurs fois. 
Jacob Masuhet (n° 26) est-il le J. Massot (arabe Massoud) du 
n° 91? Jucef CorahifT(n° 36) est probablement J. Correhuf du 
n° 91 (lire Çoraïf, hébr. çoref, orfèvre). Les noms de Magaluf, 
Mahaluf, Mahabuf et Mahabut (n os 47 et 94, ces deux numéros se 
rapportent à la même personne) et probablement aussi Mahabut 
ou Mahabub (n os 6 et 79, pour la même personne), sont des formes 
altérées (par le copiste ?) du même nom arabe Mahluf. Dans 
Mossé Rimos (n° 9) on a probablement une forme du nom ^vzi 
ou :n*n dont nous avons parlé dans le précédent numéro (p. 66, 
taille de Perpignan). Xulell (n os 47, 53) est sans doute le nom de 
b^bio (prononcez Solel ou Sulel) dont la prononciation a été long- 
temps cherchée. Au n° 104 on a un Adret. Vidal Squeleta est 
Vidal de l'Escalette (Sescaleta) ; Xémohil est Samuel (Semuel en 
hébr.); enfin au lieu de Vina (n° 17) il faut lire Viva. 



IV 



LES JUIFS DE CASTELLON DE LA. PLANA. 

Un Annuaire pour l'an 1887, qui se publie probablement à 
Valence, contient, p. 113 à 122, un article de M. Juan A. Balbas 
intitulé La Juderia de Castellon de la Plana, et, p. 241 à 244, un 
article de M. Antonio Chabret intitulé Ordinaciones sobre trajes 
ê incomunicacion de los Judios de Murviedro con los con- 
versos. L'article de M. Balbas sur Castellon renferme des rensei- 
gnements sur les Juifs de cette ville (acquisition d'un cimetière 
en 1320; règlement sur le prêt à intérêts, 1332), sur la rue 
[carrer y carrière à Garpentras) des Juifs, sur la construction 
d'une synagogue en 1432. En 1391, la municipalité paraît avoir 
pris des mesures énergiques pour protéger les Juifs, attaqués et 
massacrés partout ailleurs. A la p. 118, M. Balbas donne la liste 
nominative des Juifs demeurant à Castellon en 1450 (31 pères de 
famille), d'après le Llïbre de les values de la peita (livre des 
cotes des revenus de la municipalité) de cette année. Lorsque, en 
1492, les Juifs durent quitter Castellon, une contestation s'éleva 
entre eux et la municipalité. Celle-ci voulait les forcer probable- 
ment à la dédommager de l'impôt qu'elle allait perdre par leur 
départ 1 . Une députation du conseil, d'après un rapport du 27 juil- 

1 Elie Capsali (Likkutim schonim, p. 72) est, si nous ne nous trompons, le seul 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

let 1492, était allée à Murviedro et à Valence pour savoir ce qu'on 
y faisait sur ce point. M. Balbas ne sait pas comment finit ce 
procès. 

L'article de M. Chabret s'occupe des Juifs de Murviedro. Ici 
également les Juifs furent épargnés en 1391, grâce à l'attitude 
énergique des fonctionnaires locaux et parce que beaucoup de 
Juifs s'étaient baptisés d'avance. M. Chabret donne sur les Juifs 
de Murviedro divers autres renseignements. Le plus intéressant 
est le texte d'une ordonnance de Juan I d'Aragon, datée de Per- 
pignan, 4 avril 1396, pour les Juifs de Murviedro. Le nombre de 
Juifs convertis, depuis 1391, était devenu considérable. Le roi 
s'efforce de les séparer de leurs anciens coreligionnaires, il leur 
défend de demeurer, converser, manger, boire, faire oraison 
avec les Juifs. En même temps, pour que les anciens chrétiens 
sachent distinguer entre les Juifs et les Juifs convertis, les Juifs 
non convertis devront porter une large gramalla ou autre vête- 
ment honnête * allant jusqu'aux talons avec une rouelle de drap 
jaune bien ample, de la forme et grandeur que la portent les Juifs 
de Valence, laquelle ils auront à porter sur la poitrine du vête- 
ment supérieur, pour qu'on voie bien qu'ils sont Juifs. Et leur 
vêtement sera de couleur sombre. 



LES ADMINISTRATIONS JUIVES. 



Nous ajoutons quelques notes sur les administrations juives en 
Espagne, comme supplément à notre article sur le règlement de 
1432 des Juifs de Castille 2 . 

La pièce de 1481 publiée par M. Fidel Fita 3 montre qu'à cette 
époque la communauté juive de Ségovie était administrée par 
deux veedores (ou au moins deux) et douze députés (deputados) 4 . 
Ces députés sont aussi appelés onbres buenos 5 . 

écrivain qui parle de cette obligation imposée par les Rois Catholiques aux Juifs 
expulsés d'Espagne. On sait qu'elle a été aussi imposée aux Juifs expulsés de Sicile. 
* Cf. Revue, IV, 41, n° 8. 

2 Revue, t. XIII, p. 187. 

3 N° 1 de cet article. 

4 Boletin, t. IX, p. 270. 

5 lbid., p. 271 et 277. On ne voit pas sûrement, cependant, si les onbres buenos 
sont identiques aux veedores ou différents des veedores. Il y a : veedores è onbres 
buenos. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS EN ESPAGNE 263 

Une pièce publiée antérieurement par M. Fidel Fita * montre 
quelle était en 1406 l'administration des Juifs de Castellon d'Am- 
purias. Elle se composait, comme la plupart des administrations 
que nous avons .étudiées, de douze conseillers fcinq de la pre- 
mière main ou classe, quatre de la seconde, trois de la troisième). 
A côté de ces douze conseillers, il y avait trois secrétaires, trois 
auditeurs de comptes et un clavaire. D'autres officiers pouvaient 
être choisis par les secrétaires dans le conseil ou en dehors. 

Enfin les Actes de vente originaires d'Espagne que nous avons 
publiés dans le tome X .de la Revue (p. 108 et suiv.) donnent 
aussi quelques renseignements sur la matière. L'acte de 1352, 
p. ÎH et 118, montre, à Girone, des néèmanim préposés (tr^to) 
à l'impôt et n'ayant probablement pas d'autre fonction. L'acte 
suivant, au contraire, p. 118 et suiv., de la même année 1352, 
mentionne des néèmanim administrateurs de la communauté et 
paraît indiquer qu'ils sont juste au nombre de quatre (c'est ce que 
montre l'article ha. -néèmanim). Un de ces néèmanim est aussi 
nééman pour l'impôt, ce qui prouve qu'on pouvait être l'un et 
l'autre. A côté de ces quatre néèmanim, il y avait un corps de 
vingt-six veedores (bnpïi ^tjj^ d^npsttU) tnuttN i'ttn rd). Gela 
fait ensemble trente personnes, chiffre qu'on retrouve ailleurs, 
comme nous l'avons montré 2 . Ces pièces prouvent aussi que le 
nom de néèmanim, comme nous l'avons dit, est donné tantôt aux 
fonctionnaires temporaires chargés du recouvrement d'un impôt 
spécial, tantôt aux fonctionnaires chargés du recouvrement des 
impôts ordinaires, tantôt aux administrateurs généraux de la 
communauté. 

L'histoire des néèmanim nous paraît claire maintenant. Les 
néèmanim ont été d'abord des hommes de confiance (de là leur 
nom) placés en dehors de la hiérarchie administrative (c'est-à- 
dire en dehors des officiers traitt») et chargés uniquement de la 
perception d'un impôt extraordinaire. Leur fonction finissait 
quand l'impôt était liquidé. Plus tard, des néémayiim furent 
chargés (toujours en dehors des officiers) de la fonction perma- 
nente (annuelle) de la perception de tous les revenus et impôts 
de la communauté et ils devinrent ainsi, peu à peu, des officiers 
U^M2i2. Enfin, comme la question des revenus et impôts était de la 
plus haute importance pour les communautés et primait tous les 
autres, on s'habitua à donner le nom de néèmanim aux per- 

1 Dans ses Estudios Historicos, t. III, Madrid, 1885, p. 1; reproduit autrefois 
dans la Revue. 

1 A Barcelone, en 1392, on cite aussi les trente du conseil des Juifs, Revue, IV, 62. 



264 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sonnes composant l'administration générale de la communauté. 
Il est probable, cependant, qu'on ne leur donnait ce nom que dans 
le cas où, en dehors des autres questions, ils surveillaient aussi 
celle des revenus et impôts. 

Kayserling, Die Juden in Navarra, p. 75,' dit qu'en Navarre 
l'administration juive se composait ordinairement de 20 regidores 
plus 2 adelantados ; il traduit ce dernier mot par tnta&n. 



VI 

PLAN DE LA JUIVERIE DE VALENCE EN 1391. 

Nous avons, dans un précédent numéro (t. XIII, p. 239), raconté 
le sac de la juiverie de Valence en 1391 d'après un excellent 
travail de M. Francesco Danvila. Nous donnons ci-dessous (fig. I 
et II) le plan de la juiverie de Valence. Il est assez intéressant 
par lui-même et il permet de suivre plus exactement les différents 
actes du drame de 1391. Nous exprimons toute notre reconnais- 
sance à M. Danvila, qui a bien voulu nous fournir, avec une 
bonne grâce dont nous sommes très touché, tous les dessins et 
éléments nécessaires pour dresser ce plan. 

La figure I donne le plan sommaire de la ville de Valence, 
d'après un plan plus détaillé, et dressé à une plus haute échelle, 
qui se trouve dans le Resumen historial de la fundacion y anti- 
guedad de Valencia, par Pascual Esclapes de Guillo (Valence, 
1738, in-4°). Ce plan n'est que la réduction, assez inexacte, à ce 
qu'il paraît, d'un plan de Valence dressé par le P. Thomas Vin- 
cent Fosca et dont M. Danvila a bien voulu nous donner une 
copie d'après une gravure réduite faite en 1704. C'est le plan le 
plus ancien qu'on ait de la ville de Valence. 

La fig. II reproduit le plan de la juiverie de 1391, d'après le 
plan de Fosca. 

Voici la description détaillée de chacune de ces figures. 

Figure I. Plan sommaire de Valence en 1591. 

La ligne aa représente l'ancien mur de la ville qui fut construit (ou 
qui existait déjà) en 1238, année de la conquête de la ville par 
le roi Jacques I er d'Aragon. 

La ligne bb représente un mur d'enceinte nouveau, achevé en 1 357. 
Ce mur était devenu nécessaire parce que la ville s'était con- 



NOTES SUU L'HISTOIRE DES JUIFS EN ESPAGNE 



ce:; 




266 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sidérablement agrandie. Nous avons omis de marquer, dans 
ces deux murs, les portes nombreuses qui y étaient percées, 
sauf les deux portes voisines de la juiverie. 
La ligne ce représente la rivière Furia ou Guadalaviar. 

A. désigne le quartier juif; il existait déjà sur le même emplace- 

ment en 1238, adossé, comme on le voit, à l'ancien mur de la 
ville. 

B. désigne le quartier maure, lequel, en 1238 ou peu de temps après, 

fut transféré, comme on le voit, en dehors de l'enceinte de 
l'ancienne ville. 
G. désigne le cimetière juif, situé hors de l'ancienne ville, mais ren- 
fermé dans l'enceinte du second mur. Sur le terrain s'élève 
aujourd'hui le monastère de Santa Gatalina de Sena. 

D. Porte dans le second mur d'enceinte, près du cimetière des Juifs. 

Elle avait reçu, à cause de ce voisinage, le nom de Puerta de los 
Judios. 

E. Porte de la Mer (Puerta del Mar), par où l'on sortait pour se 

rendre au port du Grao. 

1. Grande synagogue. 

2. Couvent de S. Domingue des Frères Prédicateurs. 

3. Place de S. Domingue. 

4. Maison où est né Vincent Ferrer. 

5. Place de la Figuera. 

Nota. Toute la partie du plan restée vide, dans l'enceinte des deux 
murs, doit être supposée couverte de maisons, rues et places. 
Le dessin des maisons et rues de la Juiverie et à l'est de la 
juiverie est un dessin sommaire ; il a uniquement pour but 
de montrer quel était, à peu près, l'emplacement de la maison 
où est né Vincent Ferrer et le chemin (tracé par un pointillé) 
que les voituriers venant du port du Grao suivaient, avant 
que la juiverie fût fermée et transformée en ghetto, pour se 
rendre du port dans l'intérieur de la ville. On voit que ce 
chemin passait par la Porte de la Mer et par la grande rue 
transversale de la Juiverie, devant la grande synagogue, et 
débouchait ensuite sur la place de la Figuera. 

Figure IL Plan détaillé de la Juiverie. 

Le contour de la Juiverie est marqué par un trait gras et con- 
tinué, là où le trait gras s'arrête, par un pointillé. Le tracé poin- 
tillé de l'angle N. E. est, à ce que nous croyons, hypothétique. Les 
maisons ou pâtés de maisons G, D sont postérieurs à 1391, et le 
carré de l'angle N. 0. parait aussi être plus moderne. Dans tout 
le reste du plan, il est probable qu'on a l'état des rues et des 
maisons de 1391. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS EN ESPAGNE 267 

A. Grande synagogue, devenue couvent de Saint-Cristobal. 

B. Petite synagogue, devenue chapelle de la Nouvelle-Croix. 
G. Maisons plus modernes où depuis a été élevée l'Université. 

D. Construction plus moderne formant le collège du Patriarche. 

E. Porte (ancienne) de Eu Esplugues. 

F. — (ancienne) de la Exarea. 

G. — . principale de la Juiverie. 

II. Place de la Figuera, aujourd'hui couvent de Sainte-Tècle. 

I. — de la Olivera, aujourd'hui de Comedias. 
K. — du Patriarche. 

L. — deVillarasa. 

aa. Rue du Milagro. 

bb. — Trinquete de Caballeros. 

ce. — de la Cullereta. 

dd. — Universidad. 

ce. — des Pobres Estudiantes. 

ff. — Homo de les Rates. 

gg. — des Libreros. 

hh. — de Cardona. 

ii. — Luis Vives. 

II, — des Avellanas. 

mm. Grande rue transversale de la Juiverie, par où venaient, de 
l'est, les charretiers du port du Grao, après avoir passé la 
Porte de la Mer. 

On peut se rendre compte, d'après ces plans, de la valeur des 
objections qui furent faites par les chrétiens contre la fermeture 
de la Juiverie 1 . Les voituriers, venant du port, ne pouvant plus 
passer par la rue mm (fig. II), étaient obligés de faire un détour 
pour se rendre au centre de la ville ; les Frères Prêcheurs, de 
leur côté, se voyaient couper les communications avec l'est et le 
nord-est de la ville ; enfin les habitants placés au nord et au sud 
de la Juiverie ne pouvaient plus correspondre directement en- 
semble. 

Le Valladar Viejo (ancien égout 2 ) courait au moins à l'est de la 
Juiverie, sous le mur d'enceinte, entre les portes E et F. C'est 
dans l'égout même, à ce qu'il semble, que s'ouvrait la porte grillée 
par laquelle les émeutiers de 1391 eurent accès dans la Juiverie. 
Le combat sanglant que se livrèrent, à cet endroit, les chrétiens 
et les Juifs 3 eut lieu dans l'obscurité de cet égout. 

M. Danvila estime que la population juive de Valence, en 1391, 

1 Revue, t. XIII, p. 240. 

2 Corriger ibid., p. 240, 1. 9 en remontant, et p. 243, 1. 4. Effacer aussi la note au 
bas de la page 242, qui, d'après ce que nous dit M. Danvila, n'est pas justifiée. 

3 Ibid., p. 243. 



268 REVUE DES ETUDES JUIVES 

était à peu près de 15,000 âmes, mais ce chiffre, emprunté sans 
doute à des autorités respectables, est probablement beaucoup 
trop élevé. En général, on s'est appuyé, pour fixer le chiffre de la 
population juive en Espagne, sur un document de 1290 (répar- 
tition du Huete) qui a été mal interprété par tous les historiens ; 
il en est résulté qu'ils ont adopté, pour la population juive en 
Espagne, des chiffres fabuleux. Nous montrons dans ce numéro ce 
qu'il y a de ridiculement exagéré dans ces évaluations. 



VII 

UN SGKAU JUIF. 

M. Fidel Fita vient de nous envoyer l'empreinte d'un sceau 
appartenant à M. Gago, de Séville. Nous en donnons ici la re- 
production. 




Le nom de l'ancien propriétaire du sceau étant composé de 
douze lettres, on l'a divisé en groupes de trois lettres placés aux 
quatre côtés du sceau. Nous ne savons si cette disposition a déjà 
été remarquée sur d'autres sceaux. Elle donne à la légende un cer- 
tain air cabbalistique qui a sûrement été recherché par le graveur. 

La légende doit se lire comme suit : 

(ABRAHAM BAR SAADIAH) 

Nous ne savons au juste ce que représente le dessin qui est au 
centre du sceau. 

A l'occasion de ce sceau, nous soumettons à nos lecteurs un 
petit problème. Nous avons vu un sceau qui parait assez moderne 
et dont le dessin central représente un bœuf ou taureau. Au-dessus 
de ce dessin, en une seule ligne, se trouve la légende suivante 
(lecture tout à fait sûre) : ©FTWiasp. Que signifie cette légende? 

Isidore Loeb. 



LE TRAITÉ DE PARA PONCTUÉ 



La bibliothèque d'Oxford possède un très beau manuscrit conte- 
nant le texte arabe du Pêrusch Hammischna de Maïmonide '. 
Ce manuscrit est, en outre, très ancien, car il a 'été revu et cor- 
rigé d'après l'original même que Maïmonide a écrit, comme l'in- 
dique une note en arabe placée à la fin de chaque volume. Or, 
dans ce manuscrit, plusieurs traités, entre autres celui de Para, 
que nous avons pu examiner, ont tout le texte de la Mischna 
pourvu de points-voyelles. Il en est de même de tous les mots 
hébreux qui se trouvent dans le commentaire. Le zèle du ponc- 
tuateur Ta même quelquefois entraîné jusqu'à ponctuer des mots 
arabes, qu'il aura pris sans doute pour de l'hébreu. Ainsi, il écrit 
■pan, pour wa'aîna (I, le) 2 ; irbabç, pour aVêlim (4 c); ûjrn, 
pour wahadama (III, 9 c), et "p^np, pour qawlaini (IX, 4 c). Cette 
ponctuation est probablement de la même main qui a calligraphié 
le texte, ou de très peu postérieure, car les corrections faites 
d'après l'original portent tout aussi bien sur les points-voyelles 
que sur les consonnes. 

Cette ponctuation, qui, en général, est conforme à la gram- 
maire, offre cependant certaines particularités intéressantes. 
Assurément le ponctuateur n'était pas très instruit et il n'a pas 
toujours compris son texte ; aussi commet-il quelques bévues 
caractéristiques : il écrit flà^a (IV, 3), pour tDjpaî Yf% (Y, 2c), 
pour \y$i2 ; Jrttj^iôs (IX, 4), pour rtta^iôs (qu'il écrit ensuite correc- 
tement) ; ûpn (6), pour ûpn« Mais, justement parce que celui qui a 
mis les points-voyelles n'était pas un savant, nous avons l'avan- 
tage de n'avoir point affaire à un esprit systématique et nous 
pouvons être sûrs d'avoir le calque Adèle de la prononciation de 

1 Le manuscrit est composé de plusieurs volumes ; celui dont il s'agit ici est le 
n° 239 du catalogue de M. Neubauer. 

a Nous indiquons ainsi le chapitre et le paragraphe ; la lettre c désigne le com- 
mentaire. 



270 REVUE DES ETUDES JUIVES 

la Mischna dans le pays d'où est tiré le manuscrit, très probable- 
ment le Yémen. 

Ce qui frappe tout d'abord, c'est la confusion perpétuelle entre 
le segôl et le palah 1 . Il est peu probable qu'il y ait là quelque 
rapport avec la ponctuation babylonienne, et, d'ailleurs, la ponc- 
tuation du manuscrit est si inconséquente, que ce rapport serait 
difficile à préciser. Il vaut mieux attribuer à une prononciation 
vulgaire cette confusion de Va et de Yè. Les seuls cas où l'on 
puisse établir une règle sont les suivants : 

Le segôl est remplacé constamment par le pat ah : 1° Devant le 
dâgêsch, écrit ou omis. Aussi le ponctuateur écrit-il toujours ô, 
pour tôt sauf une fois, Y»5Dbxp (XII, 3), et devant les pronoms txuri, 
Wn et )7}, où il ponctue ip 2 . Il écrit aussi Nb§, pour abat, et, de 
même, nsi*©"; (III, 5 c), wbmpi (10 c), ïiâttft (IV, 1 c), Ti^N (VI, 1 c), 
ïtnttêTO (7), etc., auxquels il faut ajouter les mots tels que TîiKfà 
(I, 3 c), tàinij (II, 1), nn« (III, 4 c), où le dâgêsch est latent. 
2° Devant une gutturale qui, selon notre ponctuation, aurait un 
hatêf, exemple : ttb:?r? (II, 2), pour îibjîj; tiens (III, 8 c), bbs6 
(IV, 3), etc. 3° Il est ordinairement remplacé par patah devant un 
schevâ qaiescent, comme nb^ (I, 1), Knsoiri (3 c), aiT'n (4 c), 
îTH? (II» le), inft^rn, jnew (III, 2 c), finw, etc. Cependant on 
trouve aussi ï-ib^:^ (I, 1), et môme Mb^E (VII, 4 c), pour Tihpi2- 

Autrement, le segôl est tantôt remplacé par le patah et tantôt 
conservé, selon le caprice du copiste. Ainsi, pour le segôl au milieu 
du mot, on voit : nî^ba (I, 1 c), nboM (c), iznpb (3), hdd (4 c), etc., 
à côté de rôDtt (en titre], W*b« (I, 1), «JJ (III, 5 c), etc. ; et, à la 
fin du mot : rrm^r; (II, 1), arn (c), bnnr (III, le), irraa, idn, fcnn 
(V, 3), niç (VIII, 3c), à côté de j^nna (III, 2), brin, *iç$ (5 c), nno 
(VIII, 5 c), etc. La même inconséquence s'observe pour les mots 
terminés en n , comme swytè (III, 2), nn (4c), nrnT? (10 c), ftbsn, 
etc., à côté de rrn (III, 2c), ttiç^ (VII, 4c), î^ç^ça (IX, 4), etc. 

Le segôl, inversement, remplace aussi le patah, surtout avec 
les gutturales fortes n et y ; exemples : nççrtl. (I, 4), nn^bs (II, 1), 
b-j-ô (III, 1), nnab (2 c), njç (7 c), njrça (VII, 4 c), etc. Cependant 
on trouve aussi nrjN (II, i c), nnctn (III, 1 c), nbp_ (XI, 9 c), ù^d 
(XII, 4 c), etc. Autrement, la substitution du segôl au patah est 
assez capricieuse : trâgi (I, 4), qa (III, 3 c), nsnip (9 c), içibi etc., 
à côté de t\& (I, 2), ûrâN (4), noTbb (III, 9 c), ntrïb (IV, 4). L'ar- 



1 Cf. J. Derenbourg, Manuel du lecteur, p. 203 et suiv. 

2 Gomme Eccl., il, 22, et ni. 18. 



LE TRAITE DE PARA PONCTUA 271 

ticle même a quelquefois le segôl au lieu du patah : d^a (IV, 4), 
râ-iipg (XI, 4c), H05ÎJ (XII, 11). 

Un autre changement de voyelle presque constant, c'est la 
substitution du patah au qamès, dans la terminaison prominale 
1 . Ainsi Ï5"npri (I, 4c), yptfé (II, 1), Ypi? (5), ïrçarfi, etc.; et, 
même le mot ft,"« à nous », en chaldéen (III, 8), et comme parti- 
cipe de pb (V, le). Les seuls mots où le qamès soit resté, sont 
"jTnpïi (I, 4), ■pnsa et )b (V, 1 c). Le patah est aussi pour le qamès 
dans bbsq (II, 3) et *n£j (X, 1 c). 

Les autres voyelles se confondent rarement ; le sêrê est rem- 
placé par le hirèq dans rrnç'ntpb (III, 1 c), pour ïinçnpb 1 , ^brn 
(4), wmy (III, 10 c), pour Tjbïrîi, rùW- ; inversement, le /airà/ est 
mis pour le sêrê dans tt^rra (II, 1), Wiâ (5). Le se^oZ est mis 
pour le ftzra_/ dans î-npaïi (V, 7c), pour !*npteïi ; "pçlata (VIII, 10c), 
pour inN&s, peut-être aussi dans ïTjwa (IV, 1 c). Le segôl est mis 
pour le sêrê dans *tofrb, pour nia^ab (III, 6 c). Enfin, le ponctua- 
teur a écrit dnçnâto (II, le), pour ûnrnçç (qu'il écrit aussi avec 
qamès) ; WW et awfc (III, 6 c), pour la/]**) et an^a 2 ; et nbi^ 
(XII), pour rtbiD> 

Notons aussi que le mot ftfc, qui,, par hasard, ne se rencontre 
dans notre traité que devant des gutturales, est toujours ponctué 
rro ; exemples : "p^brt nç (1, 1), w n^ (II, 3), pourras; îiïï; mil mû 
(XI, 1), pour Nir; îrg. 

Le copiste fait rarement usage du hatef, qui est d'ordinaire 
remplacé par le simple schevâ. Ainsi il écrit Iî3pb« (I, 1), iâns«, 
nibrta (III. 5 c), pour w»b«, ©ibn, nibiiB. Si des mots commen- 
çant ainsi par une gutturale avec schevâ sont précédés des parti- 
cules a, \ 3, b, qui, d'après notre prononciation, changeraient le 
schevâ en voyelle, c'est la gutturale qui prend une voyelle et la 
particule garde le schevâ : Exemple : traarD rtDbrri. Le hatef 
cependant se trouve çà et là et est même parfois remplacé par une 
voyelle : &Tpbm(1, 1), -s», ninnab (c) 3 , train, -nq, nipg, ùtSNç, ib^pa 
(11,5), û^b* (III, 1 c), inlrori, iib^a, nibîiN (2 c), et rvibïia (V, 1 c), 
rtç^fc (III, 6), ni'nfta (8 c), ninm, Ênbsa (VIII, 3 c), fë" 1 ?" ( x > *)' 
etc. 

1 A moins de distinguer ÏID^Ô, l'action de brûler, du biblique iTÎDTiS, chose 
brûlée. 

2 Cette lecture comme hoial est plus logique que la prononciation ordinaire 
3ni3>?3, car à l'actif on dit : TIJElÉ 3^2!"». 

3 Faute pour nilH^b. 



-ll-l REVUE DES ETUDES JUIVES 

Le dâgêsch est très rarement marqué, sauf dans le kaf ; cepen- 
dant il se trouve dans quelques mots : t-jnN (I, 1), wwMrt, iibn (c), 
aiw (II, 5 c), K|n (III, 1 c), rr?a, tispa (5 c), ni*tfp (IV, 2c), tt-jïr etc. 
Quelquefois il se trouve à tort : ia arra (I, 1). Le mappiq n'est 
jamais écrit. 

Lorsqu'un aie f est quiescent au milieu du mot, il a toujours un 
schevâ, exemples : \w (I, 1), nNûn (4). 

La conjonction vav garde tantôt le schevâ devant les lettres 
labiales, ainsi Frotton (II, 1), *pm (III, 1), rpan (6), etc., tantôt le 
change en w : rnçi (I, 1), nnaasi (III, 1 c), ■ptftïi, etc. 

Au point de vue grammatical, on remarque que le ponctua- 
teur met très volontiers l'article, surcoût avec la préposition a ; 
exemples : ia N^ro (I, 1), fïbfinab (4 c), ttapM (XI, 3), rr>ta (c), 
là ùiâa (XII, 1), et avec bip, ponctué bip, qu'il joint toujours au 
substantif : )z»hw (III, 2), tnbrhbip, banbrô, etc. Cependant il 
écrit ïTjçblç (I, 2c), Xrfcbxû (V, 1 c), rrasnnbig (à côté de riNçnbé). 

Le qamès est conservé, et avec raison, dans les participes et 
les adjectifs verbaux, lorsqu'ils ont un complément attributif. Ainsi 
tTOà nairrt? (IV, 1), ï-îbrptt n^n (4 c) ; comparez a^ n*oa p*t?5 
(XI, 9). Le participe n'est pas mis à l'état construit, parce qu'il 
conserve la force du verbe. 

Au Hitpael, la troisième personne masculin singulier du passé a 
toujours xmpatah à la dernière syllabe ; exemples : sença*] (III, 7), 
vjpjv (V, 8), ^TOrû (XII, 2) 1 ; delà même façon abttrrç a un qamès. 
Au futur il y a toujours le sêrê : a^nrn (IV, 4 c], thp_n*n (VI, 1 c), 
yron-i (XII, 3). 

Les verbes en n et en ï-j ont la troisième personne du féminin du 
passé au nifal ponctuée d'un sêré : nKttt?$iD (V, 3c), rtoi (IV, I). 
Il en est de même au participe féminin : nsnpa (III, 1), nb^a (IV, 1). 

Remarquons enfin que le ponctuateur tient compte de la pause; 
il écrit nçib*i (III, 2 c), &»$ (XI, *7), etc. 

En outre de ces phénomènes grammaticaux, il est intéressant 
de voir comment sont ponctués certains mots usités seulement 
dans la Mischna. Nous commençons par ceux qui nous paraissent 
ponctués avec exactitude : rvnpbrâ (I, 1), w*i, ^a, bno, D*ns (c) 2 , 
a», mois (3 c), ^a (4 c), ît (II, 1 cj, \&n (3), pluriel nias'i (IV, 4 c), 
irr^bça (II, 3), bltto, fti-ïa (5 c), \xo (III, 1) à l'absolu, -néo (c), ra^p 



1 Au passé du Piel il y a un séré : f-pa (IV, 2), "p^bl (4 c) 

2 Une fois a^D (I, i). 



LE TRAITÉ DE PARA PONCTUÉ 273 

(6 c), rtrhtm PO, ni^na, yy$ (10), bioç (substantif), "içlth bp (IV, 
4c), min^n (V, 2), ^sn iéw& (VI, l) 1 , nV>an (VII, 1), rroboç (c), 
nttn»==n»rjig (VIII, 3), n^D-jri (11;, D*T7$ (X, 1), ï|^g, trçç (c), 
^rmwaa (5 c), *pr) (6), *jbrrb (c), = fbïib *. Quelques autres mots 
méritent une attention toute spéciale : 1° trbaN (VI, 4 c), que l'on 
prononce d'habitude à tort dibaiK. Le manuscrit n'a jamais de vav 
dans ce mot. C'est le pluriel régulier de bsN, comme d^tthn de 
thh; 2° NrnniN (VIII, 4 c) et Krp*ia (XI, 2 c), où le qamès sous le 
rêsch est nécessaire ; le patah sous le bêt de arma est également 
exact, car, en syriaque, l'adjectif tiré de na, dehors, est -na. La 
transcription juste de Nrrna est donc baroyto ou barâytâ, mais 
non borâytâ; 3° les pluriels ninrip (VIII, 4) et niaça (VII, 3 c), 
de ttilrra et ïinem. On est si accoutumé à lire taharôt et turn'ôt, 

t t: t t : -. ' 

pour l'absolu comme pour le construit, que l'on est, à première 
vue, choqué de voir rvnîiû et nisttp, et cependant ces formes 
sont tout à fait justifiées. De même que iinçu: fait au pluriel ninsui 
e * *TW; n> i"i?^ il es ^ logique que iTffç et ruxn'û aient un pluriel 
analogue, aussi bien que npa a le pluriel û^pa, comme ^bw fait 
traba et -iso, tr^DD- De fait, nous trouvons dans la Bible pour le 
pluriel de ïia-iri niann (Job, m, 14), et de îibn* nibn? (Josué, 
v, 3), pour hiVij. Le mot nton (Prov., 1, 20; ix, 1 ; xxiv, 7), 
qui par lui-même est assez bizarre 3 , ne suffit pas à prouver que 
le type nb^D ou tib^s ait le pluriel nîb^D ou mb*s>. Donc ni-™ 

^ L t : -.. tt: t * : ••• t: t t : 

et m'NEp, sont, ou, tout au moins, peuvent être parfaitement 
exacts. Toutefois, le ponctuateur, qui écrit irnnsn (VIII, 1), met 
partout ïnîiea et nnnçp ; il est donc possible que, pour lui, ninrtû 
soit le pluriel de iTtirra, et ceci prouverait que notre prononcia- 
tion vulgaire taharâ remonte assez haut. Dans tous les cas, il 
faut transcrire le titre du traité nTiïio : Tehârôt ; 4° ao^ln (X, 1 c) 
comme infinitif hifil de cno, employé substantivement. Ceci mon- 
trerait que dans les formes b'iarr, n^arr, "ipsïi, nnri le segôl n'est 
pas une faute, comme le croit M. S. Béer 4 . 

Pour une série d'autres mots la ponctuation du manuscrit ne 
paraît pas exacte : 'n Cna-j) *, nïïu> (I, 1) et not (II, 1 c), pour n^ô, 
■inatfE (I, 1), pour wbj». nlaw pour m'anan; rt^-jpâ (II, 2) 'et 

1 Voir S. Béer, Abodat Yisrael, p. 37, note. 

* Notons ici que ÏTlp)p a tantôt le segôl (V, c;, tantôt le qamès : ï"Pp?p (VIII, 8). 

* Il est considéré comme singulier, Prov., ix, 1. 

4 Abodat Yisrael, p. 51, note. 

5 V. iàid., p. 53, note. 

T. XIV, n° 28. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■nrjp (III, 2 c) comparés à EWnj? (XII, 4) • ; Çn|Vfa (plutôt i^sba) ; 
ni-n? (III, 2) pour hrm$ == rVna$$a, (W*S!b (III, 5) pour rt^artjfci, 
^toïft (6) pour l^hift ; T? (9) pour $Vi = f!i ; "h^rçîà (III, 10) et 
WB (XI, 9) pour Wa et WjÇ 2 ; T^pn (IV, 2) pour Vzyiï ; 
fiftfeft (VII, 1), ^btjj-i, ^çbn pour sfiftftrt. etc. 3 ; ?fe^g (IX, 5c) et 
îib^tt pour ï-ïbptt (HïjSBi VII, 4 c) ; fërfàhi (X, 3) pour rare an ; rnTj 
(4 c) == rnfà pour rnfj de rnj* 4 , rWÈ*>. (XII, 4) pour ftnff» et 
SfeS^Ç (10) pour fe^Bé- 

Nous nous dispensons d'énumérer une quantité de petites fautes 
qui n'offrent aucun intérêt. Nous nous contenterons d'en noter 
une qui revient fréquemment, c'est l'emploi du qamès au lieu du 
patah ou du schevâ au passé du ni M ou du hofal, même là où il 
n'y a pas de pause Jêhffc (II, 3), Ftëhfës (III, 9), Rffèhfë (V, 5 c), 
bçç? (VII, 3), îftfiftà, HÇftîW. 

Le traité de Para contient un certain nombre de mots rares 
ou étrangers, pour la prononciation desquels notre manuscrit 
donnerait des renseignements utiles, si l'on pouvait se fier à sa 
ponctuation ; mais, comme les contradictions et les bizarreries ne 
manquent pas, on ne peut y accorder qu'une confiance modérée. 
Voici la liste de ces mots : 

oabD (I, 3) expliqué par o$ abç (c), kw^ nn-io et «ay nnns (c), 
n&g (II, 2) et ngg (c), nbi2\ »$ (III, 8) et ^a; i"ps?« (III, 11 c), 
et ypçty (XI, l) 5 , ftjwfc (V, 3), o;nft-Q|« (4), et D^-)i^ (c), 
&tt'rçï]S (XII, 10), pnfcfi (V, 9) et D^p3^'(c), ^9 (VI, 1)', boa et 
bON (X, 4), nrçttbns (VII, 9), oittip (X, 1), oir:;p_bp_, rvw«c (2), 
l^b et l^b (6), mbro 2î2* (XI, 1), rpçrçTJP (9) et TÇina (c), bia^rr 
(XII, 8), innbuJ tyç et lambrô (c), rnr^, bnsp. (9), banu, !"D^bs, 
dïro (10), ûna et dna (c), diû»^. 

Il se trouve également dans Para quelques noms propres dont 
la ponctuation mérite d'être remarquée. D'abord ûb^-n (III, 2) ; 
le hirèq entre le lamed et le mem a-t-il été simplement omis, ou 
a-t-on prononcé quelque part db-ini ? L'absence du yod indique- 
rait plutôt la prononciation ûbiûn-p. Les autres noms sont : ■'b-'bjr; 
(I, 2), irrpnb (II, 5), baa (III, 2) corrigé en bna, w mata (5)\ 

1 Dans Daniel, vin, 6, 7, on trouve d^P et 'Pa'np. 

. •- t' : t t': 

s Dans le commentaire "VP125I3. 

3 Ces mots sont ponctués comme "iESjI (Deut., xxi, 8). 

4 A moins que ÎT"|T3> ne suive le modèle de Ï1*1l23>, rHtû"'. 

t t -: t t -: v v -; 

5 Dans nos textes "pi aiTJS. 

« Pour 'WiîTbH (Esdras, vm, 4). 



LE TRAITE DE PARA PONCTUE 273 

Hgît, &WM$ iaanp et ■n&OD (c), nia-; (VIT, 6), oirssdN (VIII, 9 c), 

^TWU (10), M», T^ 3 ^' W t* 1 )» *1^ft ( X ' * c )' ^ n ( XI * 10 )' 
^^"(XII, lO^bbtt». " 

Les quelques citations chaldéennes sont assez bien ponctuées : 
ïwrnbn «bas (I, le) 2 , "Crie» (Vj) wr^S} 1 ] ^ab^ rM* t 11 ' 2°) 3 > 
innb-.p n^sai (III, 3 c) 4 , •tàïiaai &rçnb (n) rrrjg 5 , Cjb) ib rnâBE rrjij 
«riNib» ànwftà (9 c) 6 . Les citations hébraïques tirées de la Bible 
sont ponctuées dans le même esprit que le reste : ba ïink ûrfrûi 
nvba (III, 1 c) 7 , nsnK brik nnçp^ (2 c) 8 , ■« s-ns: rtp ûlig ïnp* nrâa 
rnv»*b», iyj ionj b* Miyoi (6c) 10 , grça nb? bip (X, 1 c) 11 , etc. 

Pour terminer, nous donnons le premier chapitre du traité de 
Para, tel qu'il est ponctué dans le manuscrit. 

ma naa?o 

T T V V — 

nbv fais a^arn tainrâ m ï-nsn rtnsiD na rrbv n73iN nvvN n 

t : v : • t — : : — : — t t t t : - t : v •• •••-.••:• 

rmÊa^ iiD^rt na tiN nTaia "PN£ h 3>anN na iN v'bé na mai d^niâ na 

t •• : •• T - I - •• .... - : - - T - t t • - : -| 

N'b j^^piï-i^ n faa boan «brô n^rrobn nto^ nb 'pa^riEE 'pfiwj? aba snapï 
dno TiJttia "as dnb n73K nnâbiâ ytobîrïTO ib nn»N miâbiB aba ^ivarâ 

t: • s — t /— vt -t * T s * t- t :t 'T* t— • s - T 

n»i8 ïnnNiâ i^a^ps ninmb n^btS nnN n»i« lâna^ iaa "W* "ja nwN 
van titûbn riTo ib vin a van ana nna ia a^va av£> râbrô na miûbrâ 

• t : * t — t : t • t : v v - t - • t t — • t : 

vian nna nniN da ■ÊnaN ^n \nv la nns dno ^-vniâ Tp d!tb nna 
. . . T _ .. . .. T : . . . — » ., _ T T . . . _ T i _ ., T - T 

bai^r: nn« ia N^va dvâ *an&t la van nni« nnwNràa- i^ana avnNb 

t - t •• - • t - : - » v • t : •• T : ' t : • : • •• - : 

na inb nn« ïiaob nirv rwinrôn ib vna apb râbrân ona wîiaan n^aa 

l - ' v t - t T : — t t t : • : t ' T : v v t : - • — : 

Mbn ia "pk apb rôb-àtt t-inat nniN un lânaa inv la nna* dna Wniâ 

t - » •• '-- T • t - •■ • •• t ; : » v - t t : • : - t 

.inbn inrvn naab niiv mai^aiz:» nniN ïwxids 

t— t ••. ; t: - tt t :• •• t--: 

nNianb np_n np r a ^a tyà nsn 'atô dinu: ^aa d^na n^iN ibibjrî ^Di- 1 h 
dn^àa làian i^an 3>an^ 13a cin n^iN n^tt h tâbuâ 12a sa 7ûiN d^^am 

.niaan ^m d-»ppT fyaç r^iâ NbN 

ft 1 bbil se troure Juges, xn, 13. 
* SaJfof, 11 a. 

3 Daniel, iv, 11. 

4 Genèse, xxiv, 20. 
s Ib., xl vin, 17. 

6 Besa, 33 b. 

7 Nomb., xix, 3. 

8 Lév., vm, 33. 

9 Ib., 34. 

*• Psaumes, xli, 4. 
11 Lév., xxvi, 36. 



276 . REVUE DES ETUDES JUIVES 

-\by iirâbrâ 13 di"b bvn dbte dTnâ ^a3 d^ban ï-iïrâ ^3 d^33 

t t t : » v : • t •-:••: • •• : t t •■ : • t : 

nrnip ■»«$* 15 oabs ttranlp liera h izndb è6i b^b ab nub 1rs «hln 

àb b-w ^sda vb* N^m ■ta'npïi nejp nsno ïirwrïp bwwnji S *ipi3 

.b^N !-ît -m in» di-n tfhïrt ira* îirâbrâ la irnîtt ib nb*-> 

• — v .. — T — ; v T T t : ' v : • • v : - 

sniswa û^nt Tna ûu3n vtviï n ^??t! bswnbîan td^çj n^an 
watôn d^3 la-npn da d^rabrâ dira &n n&bm d^râbrâ dira d'nraaa 
nabî-n ^ttiâ dira d*nub nosî-n itoa^m niann ninisi d-^a d"nub 

- . . • •• : v v — : ••:— — : s — : • : • t : • •• : 

M. Lambert. 



t : T T 



NOTES SUR LA PESCHITTO 



III 



LE SEMADAR. 



En dehors du Cantique des Cantiques, n, 13 et 15, vu, 13, où le 
mot hébreu ta HttD est conservé par la Peschîtto, ce mot se trouve 
encore dans la version syriaque, dans lsaïe, xvn, 11, où l'hébreu 
ruaMan ^pa ûf»a est traduit par : îtvtûO piM ansm «Tara « au 
jour où tu la planteras (la vigne), son semâdar sortira ». Quel est 
le sens exact de semâdar? On le traduit ordinairement par « fleur 
delà vigne ». Cependant Abou-lwalid et David Kamchi ont con- 
testé ce sens, comme le remarque Gesenius, qui, dans son Thé- 
saurus hebrœns, sous le mot -rao , rapporte les passages des 
deux docteurs relatifs à cette question. Ceux-ci croyaient que le 
semâdar était, non pas la fleur de la vigne, mais l'embryon du 
fruit, le grain petit et dur qui se forme après la floraison de la 
vigne et qui précède de quelques jours le verjus ou le grain du 
raisin gonflé des sucs de la plante qui n'est pas encore arrivé à 
maturité. Cette distinction entre le petit grain et le gros grain de 
raisin ne semble pas consacrée par l'usage ; elle avait été suggérée 
aux savants rabbins par deux textes auxquels elle convient par- 
faitement, en apparence du moins. L'un de ces textes est le tar- 
goum d'Isaïe, xvm, 5, qui traduit par TïïïD l'hébreu na» ; or, à 
cet endroit, le mot natt paraît se rapporter à un état de la grappe 
intermédiaire entre la fleur et le verjus. Le second texte est en- 
core plus explicite ; dans le traité Orla, i, 7, de la Mischna, Rabbi 
José applique au semâdar certaine prohibition, parce que c'est un 

1 Voir le précédent numéro de la Revu-!, p. 49. 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fruit : -ns aihlû ^t>n tion ilttDtt ittiN ^o-p m. Mais Gesenius 
rejette cette interprétation comme contraire au verset de Gant., 
vil, 13 : ^îasin nnç ]5an î-rrros un = Peschîtto : ans; nans "ja 
txyrjso ipwi. Les verbes ïims et nns en hébreu, nj>-iD et npss en 
syriaque, ne peuvent s'entendre que d'un bouton, d'une jeune 
grappe ou d'une fleur ; en aucun cas ils ne peuvent s'appliquer à 
un fruit déjà noué. Dans le verset de la Peschîtto, Isaïe, xvn, 11, 
cité plus haut, nous retrouvons la même expression : pnss 

Néanmoins la thèse d'Abou-lwalid et de David Kamchi a été re- 
prise dernièrement par un maître qui fait autorité dans les études 
bibliques. La Zeitsehrift fur die alttestamentliche Wissenschaft 
a publié, année 1885, p. 304-302, et année 1886, p. 98-99, des 
lettres de M. J. Derenbourg, qui interprète de la même manière 
que ces docteurs l'hébreu n^3 et le targoumique ttoo d'Isaïe, 
xvin, 5. Il écrit : « Il me semblerait qu'il s'agit du verjus ou de 
la grappe qui apparaît aussitôt après la floraison de la vigne. 
Ce verjus est d'abord petit et dur; puis les sucs y pénètrent 

et alors il devient un hm non , un verjus mûrissant En 

tous cas, le 1*1120 ne désigne pas un état avant la fleur, le bour- 
geon, car la Mischna considère le 11120 comme un fruit déjà 
formé "ne, ce qui ne peut cependant avoir lieu avant la floraison. » 
Il termine par ces mots : « La question est difficile, mais 11120 est 
un mot moderne et les auteurs des paragraphes de la Mischna 
avaient conscience de sa signification ; ce qui ne concorde pas 
avec ce qu'ils disent du imo manque de base *. » 

Cette phrase laisserait supposer que l'auteur de la lettre ne 
s'est pas souvenu que 11J20 est biblique et se trouve dans trois 
versets du Cantique des Cantiques. Si, comme il semble, son ex- 
plication est indépendante de celle de Abou-lwalid et Kamchi, la 
rencontre de ces maîtres est d'un grand poids en faveur de leur 
thèse. 

Cependant la question paraît recevoir du grec une solution con- 
traire. Le grec correspondant à l'hébreu-araméen ttqd est oivdtvOïi : 
la version de Symmaque traduit "Vrob b^BlîTi, Cant. 11, 13, par xai 

1 Mir will es scheinen, als ob es sich um den Herling, oder das Beerenbùschel, 
\velches gleich nach dem Ende der Blùthe an der Rebe sich zeigt, handelt. Dieser 
Herlmg ist anfangs klein und hart ; dann dringt die Feuchtigkeit hinein, und daim 
wird er em bfaS "103- ein reifender Herling. . . Jedentalls ist "H 930 nicht ein Zus- 
tand vor der Blùthe, die Scheine, denn die Mischnah betrachtet das "1*17,30 schon 
als eine Frueht *-iD, was doch wohl nicht vor der Blùthe statt haben kann. > t Die 
Sache ist scbwierig ; aber es ist ~n?ûO ein spâtes Wort, und die Verf. der Misch- 
nahparagraphen hatten ein Bewustsein seiner Bedeutung und was nicht zu dem 
stimmt, was sie von T"J)20 sagen, hat keinen Boden. » 



NOTES SUR LA PESCHITTO 279 

Ttôv ày.Tzê\iùv ^ oivdveïi. Dans le lexique de Bar Bahloul, otvdcv8/\ est tou- 
jours traduit par arrroo; en voici quelques exemples : imsiN 
npDtti Nnni ^Spngi *T)Nd îrptfi xiins (oivav8ri) « l'œnanthe est le 
semâdra, c'est-à-dire, le fruit de la vigne sauvage qui fleurit » ; 
NtoiST &rri7ûD (oivdvOri) D^rn^N « l'œnanthe est le semâdra de la 
vigne; » Nrips n-ona Sfros T^ï ( oTv °s oivàvOivoç) o^tiM'in D"ùik 
ri-oi Nïï-ûn « le vin d'œnanthe se fait avec les semâdra, c'est-à- 
dire, avec les fleurs de la vigne sauvage ». Ces passages, qui sont 
reproduits dans le Thésaurus syriacus de M. Payne Smith, suf- 
fisent à montrer que les médecins syriaques connaissaient encore 
le semâdra, qu'ils identifient avec l'oivàv8Ti des Grecs. D'un autre 
côté, c'est par l'étude des œuvres de Dioscoride, de Galien et de 
Paul d'Egine qu'ils s'étaient familiarisés avec la terminologie de 
la médecine grecque ; c'est donc dans ces œuvres que nous devons 
chercher le sens exact de l'oiv^e-n. Dioscoride dit, t. I, p. 687, éd. 

Sprengel : "Au.7re^oç ày'pfot ôiTTTJ • if| [lèv 7&p aùxTjç où TtspxàÇst rrçv aracptA^v, 
àxpi S'àvOr^aswç àyst tt)v ^s-youivriv oivâvOïiv • jfj 8é xtç Tê^effcpopeï, jitxpd£pa!j ouaa, 

xa\ jiAaiva xa>. «ttutttixyî. « La vigne sauvage est de deux espèces : 
l'une ne mûrit pas son raisin, mais elle conduit l'œnanthe jusqu'à 
la floraison; l'autre va jusqu'à la maturité, elle donne de petits 
grains noirs et astringents; » p. 690 : o1v<xv8t) xa^eïtat ô -c^ àyp(aç 

àfnré"Xou xapTto'ç, Ôtto'ts àv8sï • àiroTÉSsaSou 8fe 8sT sic àxiovurrov à^yetov ôaxpàxivov, 

CTu^éyovTaç xa\ ^paivovcaç hefc ô8ov(ou èv axiâ. « On appelle œnanthe le 
fruit de la vigne sauvage, lorsqu'elle fleurit. Elle doit macérer 
dans un vase d'argile non enduit de poix, après avoir été cueil- 
lie et desséchée à l'ombre sur un linge; » p. 715 : ô 8* oivdvSivoç 

axsudÇeTtu oùtid * >vaêà)v zr\<; àfpfaç à^fkou to àv8oç Ppuo'ja-riç ijYipôv [xvâç (3' stç 
(jLSTpTixriv yTvEÛxouç, Tcpôç Ti[j.spac V, eïra 8tuX(aaç àTto'Sou. noieï 8£ ttgôç àrovÉav 

GTO[xâ/ou, àvops^av, xoiXiaxoùç xa\ SuaewTeptxoûç. « Le vin d'œnanthe se pré- 
pare de la manière suivante : Prenez deux mines de fleurs séchées 
de vigne sauvage couverte de mousse ; mettez-les dans un tonneau 
de vin doux ; après trente jours, clarifiez et laissez reposer. Il agit 
contre l'atonie de l'estomac, le manque d'appétit, le flux de ventre 
et la dysenterie. » Galien est aussi explicite ; craignant qu'on ne 
se méprenne sur le sens de l'œnanthe, il dit, t. XIII, p. 120, éd. 

KÙhll : oivdvSïjÇ, oOtg> 8'ôvou.dÇœ ta twv àypfoov àu/jcéXtov àv8oç r\ Éx6XâaTfi[JLa <rbv 

toTç dvSîsiv èç ou toûç ïiuipaiç 7) axa-fAri yfvstai. « ... .de l'œnanthe ; je 
nomme ainsi la fleur des vignes sauvages ou la grappe avec les 
fleurons, de laquelle se forme le raisin, plus tard. » Ainsi, suivant 
Dioscoride et Galien, l'œnanthe, qui sert à faire un vin aromatique" 
ou pharmaceutique, est la grappe de raisin, sortie de la bourre et 
munie de ses fleurons, au moment où elle commence à fleurir. 
Suivant ces médecins, le vin devait être préparé avec la grappe 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la vigne sauvage ; d'autres préféraient la grappe de la vigne 

cultivée et surtout de la vigne de treille. On lit dans les Geoponica, 

éd. Niclas, 1. V, Ch. XLI, p. 420 : *7)itTéov t^v olvàvOriv àir& ttk t^ùv olvov 
vzpoûarx àjxirAou, xotl dirô ttjç àypîaç, [xaDuara 8k dcico «rite àvaSevSpfriSoç. )vr|itTedv 
6è itapât tbv xatp&v tou dcvGouç, twv [3oTpùiov ÔYi'XaS^ âçatpoufiévcov èv axtâ, xal rcâ 
âvOsi xaOapw xepa|xÉtj> è 1x6X7] Oévrt èmj^teefv oïvou eùtôSouç TtaXaioû xod è^-roû t6 

Taov. « On recueille l'œnanthe sur la vigne qui donne du raisin 
sucré et sur la vigne sauvage, surtout sur la vigne de treille. On 
la recueille à l'époque de la floraison, c'est-à-dire qu'on coupe les 
grappes et qu'on les fait sécher; puis, après avoir jeté la fleur 
dans un vase pur (non enduit de poix), on verse en quantité égale 
du vin aromatique et cuit; » 1. VII, ch. xx, p. 508 : k*\ Vj ohi^ 

|xdXt<TTa i\ àitb twv àvaôevSpdrôwv Trapàt t6v xatp&v xoO àvOouç \y\yHzlaa. xat é\i.6\r\Qei<ja, f 

eùwôT) t6v ot'vov icoiei. « L'œnanthe, surtout celle qui est cueillie des 
vignes de treille, au moment de la floraison, jetée dans le vin, le 
rend odorant. » Ces derniers mots relatifs à la qualité odorante 
de la fleur de vigne, font songer au Cantique des Cantiques, n, 
13 : rrn «ro "ftçç Q^BJîTi « les vignes en fleur ont répandu 
de l'odeur », et à la traduction de Symmaque : èiuavaxXivaTé ^e 
oi\àv8T(i pour l'hébreu nltô^to WîâO, Cant., n, 5. Après cet ex- 
posé, on comprendra facilement la définition que donne Bar Bah- 
loul du semâdra : ^^ riNpD ina d'isba ri^pD. ansn stâ Bnijao 
.Nxno ib^Di amira arïpD TTD1 fô « semâdrê : dans un manus- 
» crit, fleurs, en arabe faqqâh el-Karm ; suivant un autre, 
» faqqâh ; suivant le livre du Paradis, ce sont les fleurs qui com- 
» mencent à s'ouvrir et les grappes de la vigne. » V. Thésaurus 
syr., s. v. 

Il résulte de ces citations que l'œnanthe, ou le semâdar, s'en- 
tendait de la grappe de la vigne au moment de la floraison. Niclas, 
à propos du premier passage des Geoponica cité plus haut, donne 
en note des extraits de Pline, de Paul d'Égine, d'Hesychius et de 
Suidas, qui tous portent la même explication. Il nous reste à mon- 
trer comment ce sens du semâdar peut s'accorder avec les textes 
du Targoum et du Talmud qui ont suggéré à de savants maîtres 
une autre interprétation. Le texte hébreu d'Isaïe, xvm, 5 : -oro 
nm tTï-n lob* ms signifie : « au moment où la fleur est complè- 

T • v : • V - Y ° A 

tement formée et où l'œnanthe va devenir du verjus parfait ». 
Dans la pensée de l'auteur, le verjus succède immédiatement à la 
fleur de la vigne et il n'est pas nécessaire de supposer un état 
intermédiaire ; le parallélisme explique la présence des deux 
synonymes nns et n^3 dans le même verset. Quant au targoum, 
il s'écarte visiblement de l'original, il traduit ainsi : ab wb^N 



NOTES SUR LA PESCHITTO 281 

11)20 !Wîa fcnD-im ' nito, ce qui peut signifier : « l'arbre ne fleurit 
pas et le verjus devient de l'œnanthe », c'est-à-dire, le verjus 
ne mûrit pas et n'est bon, comme l'œnanthe, qu'à faire le vin 
pharmaceutique que les Grecs appellent ôjjupaxfarK otvoç (Diosc, I, 
700). Mais nous ne voulons pas garantir ce sens forcé ; le texte 
ne devient pas, du reste, plus clair dans l'hypothèse qui considère 
l'œnanthe comme le premier fruit de la vigne qui précède le 
verjus ; car, dans ce cas même, on ne peut dire que le verjus 
devient de l'œnanthe. Quant à la traduction de Levy dans son 
Chaldaïsches Worterbuch : « die aufkeimende Frucht, von der 
» die Blùthe hervorbricht », c'est un non-sens. En fait, le traduc- 
teur n'a pas compris l'original ; il a pensé que mû-ûro signifiait 
« lorsque la fleur périt » et que mtt mm bm no^i se traduisait 
par « et que le verjus parfait devient la fleur », et il a traduit ser- 
vilement. Quant au passage de la Mischna, Orla, 7, 1, il ne pré- 
sente aucune difficulté ; les textes cités plus haut ont montré que 
l'œnanthe, qui est par elle-même une fleur, était traitée par les 
anciens comme un fruit ; les auteurs syriaques et grecs l'appel- 
lent tantôt fleur : ttnpD, &03!f, *v8o<;, et tantôt fruit : anas, xapitdç. Les 
Docteurs juifs la rangeaient également parmi les premiers pro- 
duits de la vigne : les feuilles, les bourgeons, les sucs de la sève : 
d^sa ■*»! d^bibm d^b^rr; RabbiJosé, considérant que l'œnanthe et 
le verjus servaient tous deux à faire une espèce de vin (otvàveivo? otvoç, 
ôiJupaxtTTK oivoç), était d'avis que la prohibition qui frappait le verjus 
devait s'étendre à l'œnanthe, c'est ainsi que le commentaire dit : 
•no» aima pbin "pa ndiM baa -non mm i^m man Nin tthd. 
Enfin le passage de Gittin, m, 8, que Gesenius avait bien expliqué 
et que M. J. Derenbourg rappelle, est bien conforme à l'interpré- 
tation que nous avons exposée, car tous les viticulteurs savent 
que c'est surtout au moment de la floraison de la vigne que le vin 
travaille. Ce passage est ainsi conçu : « à trois époques on examine 
le vin : lorsque le vent d'est souffle à la fin de la fête des Taber- 
nacles, lorsque la vigne pousse le semâdar et lorsque les sucs 
s'accumulent dans le verjus. » Il s'agit de vérifier, à l'un de ces 
moments, si le vin ne devient pas malade. 

Tant de lignes pour l'explication d'un seul mot pourront être 
taxées de longueurs ; mais l'importance du sujet et l'autorité des 
maîtres qui ont déjà traité de la question rendaient ces dévelop- 
pements nécessaires. Rubens Duval. 

1 Les Miqraoth gedoloth, éd. de Varsovie, ont la mauvaise leçon NmdNb ; le 

T T : - : 
féminin NrnD avec le masculin NDb^N s'explique parce qu'il s'agit de la vigne, c'est 

une construction ad sensum. 



ACCUSATION DE MEURTRE RITUEL 

PORTÉE CONTRE LES JUIFS DE FRANCFORT AU XVI e SIÈCLE 



La bibliothèque municipale d'Amsterdam possède un volume 
formé du d*o; ■pj'tt (Venise, 1553), du rèasj nsD (Crémone, 1566) et 
de quelques manuscrits d'un réel intérêt. Le premier de ces ma- 
nuscrits est relatif à l'histoire des Juifs en Alsace, lorsqu'éclata la 
guerre entre Charles-Quint et le prince électeur Maurice de Saxe 
(1552) ; en outre, il décrit en détail la situation des Juifs à Franc - 
fort-sur-le-Mein et à Schweinfurt au moment où ces villes étaient 
assiégées par l'électeur Maurice de Saxe et le margrave Albrecht 
Alcibiade de Brandebourg-Kulmbach. Le second manuscrit ren- 
ferme des pièces importantes touchant la confiscation des ouvrages 
juifs qui fut opérée à Francfort-sur-le-Mein par Jean Pfefferkorn, 
en 1509 et en 1510. Ces deux manuscrits ont été publiés, le premier 
par M. Jellinek, dans son recueil de sermons (volume II), le se- 
cond par M. Graetz, dans la Monatsschrift fur Geschichte und 
Wissenschaft des Judenthiims, t. XXIV, 1875. Nous publions ici le 
troisième manuscrit, encore inédit, qui comprend quatre pages ; 
il est facilement lisible et est visiblement l'œuvre du copiste du 
manuscrit n° 1 '. 

Ces quatre pages nous racontent l'histoire d'une accusation de 
sang portée contre les Juifs de Francfort. Il n'y a pas à douter 
qu'il ne s'agisse de cette ville, puisqu'il est question de l'hôtel de 
ville « le Rœmer ». Reste donc- à déterminer la date de l'événe- 
ment. Un point de repère est fourni par les noms que le manuscrit 
donne des chefs du conseil municipal (bourgmestres), Christophel 
Louis Volker et Daniel Brâumann. Tous deux, comme le montre 
le relevé des listes des bourgmestres , étaient bourgmestres à 

1 C'est M. Roest qui, dans son Catalogue des Hebraica et Judaica de la biblio- 
thèque L. Rosenthal à Amsterdam, a fait connaître ces trois manuscrits pour la pre- 
mière fois. C'est aussi à son obligeance que je dois d'avoir pu utiliser le manuscrit. 
— Sa remarque, que ce manuscrit date de la deuxième moitié du xvi e siècle, est, 
comme on le verra par la suite, inexacte. 



ACCUSATION DE MEURTRE RITUEL PORTÉE CONTRE LES JUIFS 283 

Francfort en 1593. La suite est toute donnée : le « Urgychtenbuch » 
(livre des aveux) de cette année nous transmet le procès-verbal de 
l'audition de l'accusé, et la sentence est rapportée par le « livre 
des bourgmestres pour l'année 1593. » 

De cette façon la relation hébraïque est expliquée et complétée 
par la relation allemande. 

On nous permettra d'ajouter quelques mots d'introduction pour 
expliquer ce qui suit. Le personnage principal de l'histoire est un 
homme absolument dépourvu de moralité, un Juif, Abraham, de 
Lublin. Il laisse en plan femme et enfants, va en Allemagne, fina- 
lement à Francfort, qui alors déjà était connu pour ses Juifs riches 
et compatissants. Là, il séjourne avec l'intention déclarée de ne 
retourner dans sa patrie qu'après avoir amassé, par la mendicité, 
cinquante gulden,dans l'espoir qu'une fois en possession de cette 
somme, « il sera considéré dans la pauvre Pologne comme un 
homme riche ». Mais la légèreté de sa conduite choque les Juifs, 
qui, d'ailleurs, ne voient pas du tout la nécessité de lui donner une 
aussi grosse somme : il ne reçoit donc en tout qu'un gulden et 
demi. Les vaines tentatives qu'il fait pour obtenir plus d'argent 
l'exaspèrent toujours davantage : il veut tirer vengeance de ces 
avares et leur jouer un tour « qui leur donnera du fil à retordre ». 
Il se hâte d'accomplir son plan. Il cache dans la synagogue une 
terrine remplie de sang et menace les Juifs de faire passer ce 
sang pour du sang chrétien. Qu'on considère quelles conséquences 
pouvait avoir une telle accusation portée par un Juif contre ses 
coreligionnaires! Les bourgmestres, comme le montre l'interro- 
gatoire, n'étaient pas convaincus de l'inanité de l'accusation! Les 
menaces mirent la communauté dans le plus grand trouble. Il 
s'agissait, avant tout, d'arriver à connaître l'endroit où il avait 
caché le plat. Il le révéla dès qu'on eut fait luire à ses yeux la 
somme qu'il ambitionnait. Mais, aussitôt que les chefs de la com- 
munauté eurent découvert la terrine, ils informèrent le conseil 
municipal du projet de leur coreligionnaire et le firent arrêter II 
va de soi que les deux interrogatoires qu'il subit montrèrent la 
complète innocence des Juifs. Le prévenu fut banni pour toujours 
du territoire de la ville de Francfort. Il chercha à continuer son 
rôle de délateur contre les Juifs à Prague et à Cracovie. mais là 
aussi sans aucun succès. Malheureusement ici nous sommes ré- 
duits à la relation hébraïque seule, qui est très défectueuse. 

i-iTïi &p»a -ib -ittNi pnrntt tt3"i b^bn iD^rr toan 

*i *ib laniœi b"Dn nn^ba s-pnn laibfc rpn bwN ^b^ ib "i>:a tn 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

p"pb '1© iion ba i-niz^b^ b*èb in« mbra £|3ti mbtti in&intt 
fcai^ Ins iSNSttt toa ^ ata 1 ^ t^pioan b^ma ipia^iD **u^a 
tnnu) bbrp baw) ri t^nip^b snTiiib d:n ^"■> ba^ba wixn Twrrca 
b"an l'ati bnp ^aa labn *p in« .n* *pb ro^s ïiaJtûii «pa 15 
^n tzatti ï&wa'viia b^ai i3>n nnarr taia iuîn twiiann ^iûni ba 
iroa *itt ma*tt!i ba pm diib 113101 ipb^ia awnb Vwwnp.ib 
tzpan^rr Bpn inbtt tn . t=n ï-rabttrr i-rr'iptt tdîib iNim meja 
^inai imott maa imoom ûthi lî^ba t-naa û^ncaT© ^^ b"3rr 
i^&ôd itttmz) ina i3>a b^ba ©■»»?! ^busu: *pN laiïi 3Hia *p 
'^■itti^rt ibatûi ntaiffiS Tt^Ttyn ai ib î^anb miauîb tauJD ib ^nii 
baa îdMb a^iani dirr da> mmb îtfci^ ï-ï7û b3"ba tt^n nx la^ao 
tznn ir>pa>3 pbi ût«iin mieraip d^isan tzwpaia ^bit-rca *pirr 
iido ibaii faiiaiïi ba taa .via* r^in taiiN m&raipn anasb 

— . ït"t ïiafcWïb irwtt "wip 
iittan b"a^ d^a^r: ina* û^n^ii ttain inbtû vboa 3"a '1 di^a 
t— iir>3>irj ï-Ttt bai tzain Twma œ"i ba^ba ic^n mi™ ^n drtb 
m?» ib isn^i» 113 d^nîTrt binartb nao mm tw ^m mi* 
d^an^n 133 ni n Tan manaroa rbr ba-^p bas .iniN p™b ï-iaiîi 
imitas vboa t"3 'a ara a"n&o .d^pio mb^bs» dn mb^b^rt bara 
1T3"hi J*<ip3!-j l-iatw maa 3>a^3i ,imoîi ma» mr Irnfe^rt 
Nai tasa ,L3iiap3ii irs> iNdb 113» Kd^ t*<b^ s^^b^Dpri ^nn 
i^TDion . aN^D p"pb ^Nd^ ï-rynrr i^nib ^bn d"nNi ,1ms 'ims^ 
toa # û M .iapan py î^d ï-i^3>^ ^nr: n^y^ri nx SNnD p"p ^as 
û^iîtm triDDm ib^d d^aira b^5 dnm W'^ b^">bn îo^Nn'a 1^73^2 
iurr'ïï b^-»b3 id^nm mi ^^ nrtN . ibirrp \i:i ^^ipar: drrbu? î-TD^na 
rr^in iD-inb ^bm ^îmo» ibNïi dnain -»d b^T u^ïi Tna-na 
d^ttira b^D û^iai -mi ï-r^uprî ï-ib-»rtpï-f iniNa d^ .ipN^p p"pb 
to^^Tom û^airi d'^i # Mne p'^i ta*napam p"p îns ndi© i?:d 
ainin tanbu: îr-fo^sra b^^bn utn!-: tan d^ nmosn s*tb ï-nrrta 
i©D3i iDta^ ï-isir^ 13» ynb to^3T nir tanb nb i:n3 d^i ^^wn 
dN imbN»i spwi n^n nstimaîn d^ioNn t— »"»n» im«wn t»i 
^TTjsn dNUj ^yinafin b^uj ddb yr^N ia*najm ï-r^nrr irmtt ntff 

to^ttîl ,173^3 ï — TT b^l ,133 ^n^U53»tt5 ï~t?3 bd?3 1DV1 inT^ !-TUJ^N 

ibNï-T ta^nirs ^d b^n pb ^"nnri d^N d5n^ bus ^nn^sn "ib^DN 

bd nafir p .n»n ^bnm rtsnariM mînB 13? imn^m imitas *<b 

— .i'^sk— .innaaa ^3^du3ï-i nN^a raman *'i ^a^N 

Alors le vaurien — que son nom soit effacé — se plaça à distance 
et il lui(?) dit: Cherchez en cet endroit, dans une fente, sous la 
place* du susmentionné Jacob. On chercha la chose 3 , et on la trou- 

1 Lisez irPtt'rç). 

* Dans la synagogue. 

3 La terrine pleine de sang. 



ACCUSATION DE MEURTRE RITUEL PORTEE CONTRE LES JUIFS 285 

va. Alors il lui commanda d'aller dans son auberge, dans la maison 
du dit Eliézer ; là, on lui donnerait tout ce dont il aurait besoin. 
Alors ils (?) envoyèrent immédiatement, pour la troisième fois, un 
autre messager à mon beau-père à Bingen, pour dire de chercher 
soigneusement dans les trous et les fentes; car nous avions trouvé 
là-même le sang que le vaurien y avait caché ; on devait aussi faire 
savoir à Akiba Ris qu'il n'avait dès lors pas besoin de profaner le 
sabbat, le danger étant déjà passé. Là-dessus, les notables (Gaboim) 
de la communauté se rendirent chez les chefs du conseil municipal \ 
Daniel Brâumann et Christophel Louis VÔlker, rapportèrent la ma- 
chination tramée contre les juifs et montrèrent la terrine remplie de 
sang. Les conseillers envoyèrent alors dans la maison de l'auber- 
giste Eliézer Wirt deux huissiers, qui le conduisirent en prison (le 
faux accusateur). Dans l'intervalle, on apprit aussi que le scélérat 
avait donné de l'argent à un garçon appelé Plazer (n^Nbs)*, pour 
qu'il lui apportât du sang d'une bête tuée. Interrogé par les gens qui 
l'entouraient sur ce qu'il voulait faire de ce sang, le scélérat répondit 
que, partout où il allait, les paysans lui demandaient des cartes (à 
jouer) rouges; qu'en conséquence, il cherchait toujours à se procu- 
rer du sang, pour les teindre en rouge (Esaù était aussi rouge) 3 . 
Le conseil en fut aussi informé par les chefs de la communauté. Le 
vendredi 23 kislev, les chefs du conseil convoquèrent les membres 
notables de la communauté et leur annoncèrent que le scélérat leur 
avait avoué que c'était lui qui avait placé là le sang. Il invoquait 
comme motif de son crime sa pauvreté. Il avait espéré inspirer, par 
son accusation, une telle terreur à ses coreligionnaires qu'ils achè- 
teraient très cher son silence. Alors il affirma devant le conseil, 
par le serment le plus énergique, que son accusation était pur 
mensonge. 

Le mardi suivant (27 kislev), il fut mis en liberté ; auparavant il 
avait dû jurer à la chancellerie de l'hôtel de ville, qui est appelé « le 
Rômer », de ne revenir jamais à Francfort ; en cas de flagrant délit, 
le conseil le menaçait de la peine de mort. 

Ensuite il se mit en route pour Prague. Cette communauté avait 
déjà auparavant reçu la nouvelle de son projet infâme ; elle apprit 
aussi que le scélérat proférait des menaces du même genre contre 
elle. Aussi le mit-on dans la prison appelée Ketzlen (Kâtzlein)\ Mais, 
comme il promit de renoncer à sa mauvaise conduite, on le remit 
en liberté. Alors il continua son méchant chemin vers Gracovie. Et 
dans cette sainte communauté il proféra également des menaces 
(contre ses coreligionnaires), comme auparavant à Francfort et à 
Prague. A cause de ces propos et des actes dont il se rendait cou- 

1 Les deux bourgmestres de Francfort. 

* Ou Baiser, pour Balthasar. 
3 Addition du narrateur. 

* On sait que les Juifs de Prague avaient alors leur propre juridiction ; de même 
à Cracovie. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pable, les Juifs de l'endroit le jetèrent aussi dans leur prison, dans la 
rue des Juifs, et le soumirent à un régime sévère l . — Mais comme 
il devint malade, ils le firent sortir de prison et le mirent dans le 
Beth Hachoref *. Interrogé s'il cesserait de se mal conduire, il ré- 
pliqua : je vous donne le conseil de ne pas me lâcher, car, si vous 
me lâchez, je ferai bien pis que je n'ai fait jusqu'ici. (Il est dit : « Les 
criminels ne se repentent pas, même aux portes de l'enfer. ») Sur 
ce propos, on le retint prisonnier jusqu'à ce qu'il devint de plus en 
plus faible, et finalement mourut. Ainsi périssent tous les ennemis 
de Dieu; mais que ceux qui l'aiment égalent en force le soleil levant ! 
Amen 1 que ce soit la volonté divine ! 

Kracauer. 



Voici le procès-verbal des deux interrogatoires et l'ordonnance 
d'expulsion dont nous avons parlé. Nous les faisons précéder 
d'une courte analyse. 

URGYCHTEN BUGH VND PEINLICHE AUSSAGEN 
DE ANNIS MDXGII, MDXCIII, MDXGIV. 

Fol. 132*. — 134 a. 

Premier interrogatoire. 

Abrabam, de Lublin (son signalement est écrit à la marge), a été interrogé par les 
bourgmestres le 5 décembre 1593. Il ressort de cet interrogatoire quil a été arrêté 
pour s'être mal comporté envers les Juifs, qui ne lui avaient pas donné beaucoup 
d'argent. Il avait parlé de se tuer et de jouer un mauvais tour aux Juifs, il se re- 
peut de ce qu'il a dit. — On lui demande ce qu*il a fait à la synagogue ? — Rien. — 
Mais le pot rempli de sang? — Les Juifs l'avaient fait saigner et il voulait montrer 
le sang aux autorités. Puis, pressé, il avoue qu'il a pris le sang chez un sacrificateur 
pour accuser les Juifs de l'avoir battu. — N'était-ce pas pour faire accuser les Juifs 
de se servir de sang chrétien? — Non, car les Juifs De s'en servent pas ; il voulait 
accuser les Juifs d'avoir versé son sang, parce qu'ils ne lui avaient donné qu'un 
gulden et demi, au lieu de cinquante qu'il espérait, ce qui l'aurait rendu riche en 
Pologne. 

Abraham Jud von Lublin ausz dem land zu Poln « ein lange Person 
mit schwartzem barth, seiner Antzaig nach 35 Jar ait, hat daheim 
Weib und Kinder, ein armer tropf, so sien der almosen nehret », 
Jst Mitwachens den 8 X bris A'nno 1593 vî dem Bornheimer thurm 
vor bede herrn Bùrgermeister gelassen vnd gefragt worden, warumb 
er zu hafft kommen. 

1 Littéralement : ils lui donnèrent le pain de misère et l'eau d'oppression» 
a Une chambre qu'on pouvait chauffer (?)J _ , A 



ACCUSATION DE MEURTRE RITUEL PORTÉE CONTRE LES JUIFS 287 

Ant. : Er hab sich nit wol gegen den Juden alhie verhalten, die- 
weil sy ime nit vil gesteurt, welches ine verdrossen, sintenmal sy 
reiche leùd seyen, inmassen er dann einen schlagen wôllen. Er sey 
beim Mendie zur Bûchszen zur herberg gelegen. 

Q » : Was Er zu Mendlin oder andren Juden gesagt, als er wider 
hinweg ziehen wôllen. 
Ant. :Wûste sichs nit zu erindern. 

Q. : Warumb Er zu Mendlin gesagt, Er welt sich selbsten; vm- 
bringen. 

Ant. : Ja, welt sich ebe selbsten zu tod schlagen, ehe er wider 
zu disen Juden alhie einkommen wolte, dan sy steurten einem 
kaum ein halben gulden; so sey er ein armer Mann, dem der tod 
nùtzer dan das leben sey. 

Q. : Wie er das gemainet, daz er sy betrowet ein Spil antzu- 
richten, daz sy aile darmit zu tbun haben solten. 

Ant. : Er wùste es bey dem Allmechtigen Gott nit, ob ers ge- 
redt; zu dem, wann ers gleich geredt bette, was er inen tbun kônte, 
hab auch ausz zorn gesagt. Er wolte einen todschlagen, begere es 
darumb nit zu thun. 
Q. : Ob er auch inn der Juden Schul alhie gewesen. 
Ant. : Ja. 

Q. : Was er darin verstecken wôllen. 
Ant. : Er wùsste von nichts. 

Q. : dieweil er von nichts wissen wolte, was er mit dem dôplin 
mit blut machen wôllen, so bey ime funden worden. 

Ant. : Die Juden haben ine also geschlagen das ime die Nasen 
geschweist, hab Er das Blut also vfgefangen vnd zum zeugnisz der 
Oberkeit weiszen wôllen. 

Doch alsz man ime ernstlicher zusprach sagt Er, Er habe in der 
Judengassen beym Schecher gefast vnd damit fur die Oberkeit 
gehn, auch clagen wôllen, dasz ine die Juden also geschlagen. Vnd 
solches beteurt Er bey Gott dem Allmechtigen zum ôfftermal, dasz 
es keiner andern mainung geschehen. 
. Q. : Warumb er dan das bludt in der Juden Schul gestellet. 

Ant. : Habs wider aida abholen wôllen vnd brauchen wie oben 
erzelet. 

Q. : Ob er nit fùrgeben wôllen, dasz es Christen blud sey 
sintenmol man die Juden bezùchtige, dasz sie Christen blut haben 
mùsszen. 

Ant. : nain ; wer das glauben wolte, dasz sey nit, oder wolt 
dasz sein blut mùste also vergossen werden und solle Got ein don- 
ner in ine schlagen wan es anders were. Zu dem sey es mit einen 
jungern Juden , so in irem Spital sey , zu beweiszen [dasz] der 
selbe das blut ins Schechers haus gefasset, dan derselb hab das 
dôpflein vndergehalten. Sagte darbey, er hette bey Gott im sin 

1 Qusestio. 



288 REVUE DES ETUDES JUIVES 

gehabt sy die Juden vmb Gelt zu bringen. vnd vorzugeben, das 
blut were von Jme kommen, dieweil sy Jne also ze schlagen vnd 
wenig gesteuret gehabt. 

Q. : Ob nit wahr, dasz er sagen wôllen es sei Christen blut. 

Ant. : Nain, hab es auch sein lebenlang nit gehôret, dasz die Ju- 
den Christenblut haben mùsszen. Beteurt auch solches zum aller 
bôchsten, dasz ers weder im Land zu Polen noch sonsten jemals 
gehôrt, wùste auch nit, was sy darmit thun solten, oder Gott solte 
ine straffen; dasz er disen falsch brauchen vnd die Juden beclagen 
wôllen, dasz sy ine blutrù[n]stig geschlagen, were ausz armut und 
zorn beschehen, weil sy Jme mer nit dann gesteurt hetten 1 1/2 fl. 
und were kein armer land, dan das land zu Polen, da ailes wolfeyl 
zu bekommen, allein sey kein gelt darinnen, Vermainet wan er 
ein fl. 50 hett mogen hie ausszen erbetteln, Er wolte drinen ein rei- 
cher herr geachtet werden. daruff man Jne zu disem mal wider ver- 
wahren lassen. 

Fol. 138£ — 439 1. 
"Deuxième interrogatoire. 

Lundi 17 décembre 1593, devant le plus jeune bourgmestre. On fait savoir au Juif 
que ses explications n'ont pas paru satisfaisantes. 11 répond qu'il affirme qu'il voulait 
accuser les Juifs de l'avoir fait saigner. — Pourquoi ? — Parce qu'ils lui avaient trop 
peu donné. — N'a-t-il pas voulu les faire accuser de verser le sang chrétien? — Jamais 
il n'a eu une pareille pensée. — Il paraît qu'il aurait joué gros jeu, 12 florins d'un 
coup? — Réponse : C'est faux, il n'a jamais eu à jouer une pareille somme. — N'a-t-il 
pas dit qu'il jouerait aux Juifs un tour qui les embarrasserait fort ? Oui, il avait dit 
qu'il ferait un malheur, mais il voulait seulement les accuser de l'avoir battu. — 
Mais on ne les aurait pas condamnés pour si peu de chose! — Réponse : Il n'a pas 
réfléchi tant que cela. — Il affirme par serment, à diverses reprises, qu'il n'a pas eu 
d'autre intention à propos du sang. On le ramène en prison, d'où il demande à être 
délivré. 

Abraham Jud von Lùblin ausz dem Land zu Polen ist Montags 
den 17. X bris 1593 nachmittag vf dem Bornheimer thurn vor 
herrn Christoff Ludwig Vôlker jùngern Bùrgermeister gelassen und 
ime vorgehalten worden dasz ein erb. rad mit seiner nechstgitaûen 
entschuldigung nit zufrieden sey, sondern beuolhen hab aigentlich 
von ime zu uernemen zu was turhaben Er das toplin mit dem blut 
in der Juden Sinagog gesetzt. 

Ant. : Bey Got zu nichts anderst dann. dasz er sy hab wôllen 
vmb gelt bringen. vnd betzùchtigen dasz sie ine also blutrûstig 
geschlagen vnd dasz das blut von ime kommen sey. Jst ime wider- 
sagt worden, warumb Er sy betzùchtigen wôllen da sie ine doch nit 
geschlagen. 

Ant. : darumb dasz Er sy vmb gelt brachte, dieweil sy Jme so 
wenig gesteuret. 

Q. : Ob er nit ausgeben wôllen, dasz es Christenblut sey vnd die 
Juden Christenblut zu irem Vorhaben haben mùssen. 



ACCUSATION DE MEURTRE RITUEL PORTEE CONTRE LES JUIFS 289 

Ant. : Nain vor Gott dem allmechtigen hab sein Lebenlang dise 
gedancken nit gehabt, zu dem ka[ô]nte er nit wissen was die Juden 
mit Ghristenblut thun solten. Jst ime angezeigt worden, es geben 
die Juden von ime ausz, dasz er zimblich gebrast (stark gepraszt) 
vnd gespilet wie er dann einmal 12 fl. vffein sesz (Sitz) verspilet. 

Ant. : Er hab sein lebenlang nit 42 fl. zu uerspilen gehabt, vil 
weniger gethan vnd mag Er leiden dasz sy ime den ort nenneten 
dasz es geschehen sein solte ; es sey aber die lautere vnwarheit 
vnd ailes ime zu laidt von inen ausgeben. 

Q. : Ob er sich nit vernemen lassen, wo sy die Juden ime nit mer 
steurn wolten, Er inen ein solch spil anrichten wolte, dasz sy in 
grosz vngemach dardurch kommen solten. 

Ant. : Ja, habs zum schulmeister gesagt, Er solte sy erinnerndasz 
sy Jme mer steurten oder er wolt Jnen ein vnglùck anstellen, vnd 
dadurch anderst nichts verstanden als dasz er vorgeben wôllen, sy 
hetten ine blutrùstig geschlagen; Jst ime angezeigt worden, wan 
Er sy gleich desszen bezùchtiget, so hette er ime ja nichts in seinen 
nutzen getragen, so wùrde auch ein Rad inen derwegen kein straff 
abgefordert. 

Ant. : Da hett er nichts nachgefraget, wan ime gleich nichts 
zuek'ommen, wan nur sy die Juden darumb hergenommen worden 
were[n]. vnd wolt ime auch kein bedencken machen, wan Er sy 
vmb Er vnd gut bringen konte, dieweil sy so grosze vnbarmhertzig- 
keit an ime gevbet, vnd alsz er zum ôffternmal gefragt worden, was 
er mit dem Blut machen wôllen, vnd Er sein vorige antzaig idesmals 
mit hefftigstem beteuren widerholet, hat man ine wider verwahren 
lassen, patt (bat) gantz ûeissig dasz man ine der langwirigen ge- 
fengnusz dermaleinest wider erledigen wolle. 

Bûrgermeisterbûch de A° 4595 
Dinstags den 48 Decembris Anno 4593 : 

Extrait du livre des bourgmestres de Francfort. 

Mardi, 18 décembre 1593. Vu les interrogatoires du juif Abraham de Lublin, et ses 
excuses, dont le conseil a délibéré, 

Ordonne qu'il sera mis en liberté et jurera de ne plus revenir dans la ville et son 
territoire, sous peine d'être noyé. 

Als Abraham Jud von Lùblin vf der Judischeit alhie ferner anclag 
weiter zu red gestelt, auch sein entschuldigung zu Rath verleszen 
worden : 

Soll mann ine der hafft erledigen vnd die Statt und deren gepieth 
bey straf ertre?ickens, sein lebenlang verschweren lasszen. 



T. XIV, n° 28. 



19 



BIBLIOGRAPHIE 



REYUE BIBLIOGRAPHIQUE 

[Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livre, 
mais de l'auteur de la recension, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.) 



1. Ouvrages hébreux. 

tPElûlH mniN ou ihm TOÔ1I5W1 D^aïa-Dtt ittDlDlO 'O de Juda b. Salo- 
mon Cohen, publié d'après un ms. par Jacob b. Élie Spiro et Josef 
Hirsch Wv de Meseritz. Varsovie, impr. Lebensohn, 1886, in-8° de 
24 p. 

Sur l'auteur, Juda b. Salomon Cohen, de Tolède, xm e siècle, on peut 
voir Wolf, Bibl.hebr., tomes I et III, n° 736, et le catal. des mss. hébr. de 
Leyde, par Steiuschneider, p. 54. Ce petit traité est de l'astrologie pure. 
Cf. Steinschn., Catal. Bodl., col 1308. 

miSOÏl I^N ma. annuaire publié par Eisig Grâber ; l r6 année. Prze- 
mysl, impr. Zupnik, Knoller et Hammerschmidt, in-8° de xxn-81 p. 

Contient les articles suivants : 1. Lettre de S. Munk sur les anciens 
grammairiens juifs ; 2. Petit poème sur le Séfer Yecira, avec notes de 
S. D. Luzzatto, publié d'après le ms. hébr. 243 octavo de Berlin, par D. 
Kaulmann ; 3. Noms d'hommes et noms de géographie, lettre de J. Fùrst ; 

4. Une note de E. Carmoly sur une édition du Schem haggedolim ; 

5. Abréviations surtout à la suite des noms de personnes, par L. Zunz; 

6. Fables romaines dans le Talraud et le Midrasch (Pescenius Niger, Va- 
lerius Dioclétien, Constantin et Gallus), par H. Graetz ; 7. Consultation 
de Maïmonide sur les instruments de musique, texte arabe et traduction 
hébraïque par Abraham Schmiedl ; 8. Notes sur le chant et la musique 
extraites de Saadia, de Jacob b. Hayyim, d'Isaïe b. Isaac, par M. Stein- 
schneider ; 9. ""O^IU" 1 2ï"îN Biographie d'Issakhar Coheu, auteur de Mat- 
tenot Kehunna, par Jacob Reifmann ; 10. Biographie d'Aron Worms, de 
Metz, parN. Brùll (Aron Worms était un rabbin d'un grand savoir et qui 
méritait d'être connu. A la p. 21, note 6, il faut probablement lire Kaysers- 
lautern); 11. ""laT *TH)S Explication de 9U mots de la Bible, par Saadia, 



BIBLIOGRAPHIE 291 

publié par L. Duckes, d'après un ms. d'Oxford (hébr. n° 573, Huntington) 
et réimprimé par S. Buber, avec notes et corrections; 12 et 13. Divers; 
14. Notes sur la grammaire hébraïque, par Abr. Schmiedl (pluriel brisé, 
participe passé, nom partitif, les temps des verbes); 15. Notes sur le Séfer 
ka-hinnukhy par Selig Cohen Lauterbach ; 10. Notes sur Micha, par 
Moïse Lévi Ehrenreich ; 17 et 18. Divers. 

1V!£ IDTn Dorasch Zion, Reisebeschreibung nach dem Heiligen Lande von 
Rabbi Simcha aus Solsitz in Galizien, im Jahre 5524-1763, neu ùber- 
druckt und herausgegeben von Chaim El. Hausdorff. Jérusalem, impr. 
Isaac Goscinny (1887), in-8° de (2) -60 p. 

D'après la bibliographie de Benjacob, s. v., ce voyage en Terre Sainte 
a déjà été imprimé, au siècle dernier, à Grodno, sous le titre de D3tlN 
^V>i&, on en trouve des extraits dans le tpbttîTT 1 n3t"I, ave c indication 
des sources. La nouvelle édition est probablement identique à l'ancienne, 
que je ne connais pas, mais il est facile de se convaincre, par la lecture de 
la nouvelle éiition et les extraits de l'ancienne dans Hibbat Jerusalaim, 
que l'œuvre est en partie un plagiat et qu'elle a beaucoup emprunté au 
caraïte Samuel b. David, dont l'itinéraire a été imprimé par Gurland, 
dans ses Ginzé Israël, 1 er fascicule, Lyck, 1865 (on en a souvent repro- 
duit des fragments). Dans notre ^2É TU^VT, les pages 35, 1. 7, à p. 46, 1. 4, 
répondent à Ginzé, p. 12, 1. 3 jusqu'à p. 22, 1. 8 en remontant; de même, 
p. 53, l. 10 à p. 55, 1. 2, du Doresch répondent à p. 5, 1. 8 jusqu'à p. 8, 1. 14 
du Ginzé . Le plagiaire abrège quelquefois, mais souvent il copie textuelle- 
ment, quelquefois il est obligé de changer l'original à cause des opinions ca- 
raïtes de l'auteur. Ainsi il met les Juifs en général, là où l'original a les rab- 
banites ; Samuel parle d'une tour construite au Caire par les Caraïtes pour 
observer la nouvelle lune et fixer, par suite, le commencement du mois (on 
sait que les Caraïtes n'ont pas de calendrier fixe comme les rabbanites); 
le plagiaire, qui ne peut pas laisser passer cette notice, change la lune 
fl^ï en '11"' 1 , et la tour sert à voir le Jourdain ! Le plagiaire efTace 
aussi naturellement les millésimes, mais il est si maladroit, qu'il laisse 
subsister la mention de la naissance du sultan Ibrahim [Doresch, p. 38), 
qui a régné en 1640-48 (le voyage de Samuel est de 1642), tandis que notre 
R. Simha a fait sou voyage en 1764 (non 1763, comme il est dit sur le 
titre). Maintenant on comprend aussi une singularité du voyage du 
R. Simha : Quoiqu'il vienne à Jérusalem par le "nord (il a été d'abord en 
Galilée), il y entre par la porte du sud (porte de Hébron), uniquement 
parce que Samuel est venu par le sud et que le Doresch le copie machina- 
lement. Pour la même raison, le Doresch parle une seconde fois de Safeu 
(p. 44), qu'il a déjà longuement décrite plus haut. A l'aide de cette nouvelle 
édition, on pourra corriger le texte de Gurland, par exemple, remplir les 
lacunes p. 13, 15 et 17 de Gurland et changer le rPTO de p. 19 en 
rP*l"D- H nous paraît probable que R. Simha a donné à son livre le titre 
de b^lll^ VIN "HTDO qu'on trouve à la fin et qui convient bien mieux 
à l'ouvrage, si on en sépare les morceaux empruntés à R. Samuel. Ce 
n'est sans doute pas R. Simha, mais son premier éditeur, qui a commis le 
plagiat (cf. p. 8, où il y a des adaitions du maatik), pour grossir le vo- 
* lume et le rendre plus intéressant. C'est lui sans doute aussi qui a 
changé le titre de l'ouvrage de R. Simha. Il est curieux que le nouvel 
éditeur n'ait pas rappelé le titre de la l re édition. Au lieu de Solsitz (lieu 
d'origine de R. Simha indiqué par l'éditeur nouveau), il faut probablement 
lire Zaiosc. — David Simonsen, de Copenhague. 

Y"l2~\ iTB"iTi 'O Deraschot sur la Bible et le Talmud par Méir Hirsch Witt- 
mayer, rabbin de Sambor, avec Notes Û^TJ * I "1D de Hayyim Knoller. 
Przemysl, impr. Zupnik, Knoller et Harnmerschmidt, 5647 (1887), in-8° 
de (viii)-106 ff. 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Û' 1 3Y»25K ta lb "JT-OT Studien und Mittheilungen aus der k. ôffentlichen Biblio- 
thek zu St. Petersburg. Vierter Theil : Responsen der Geonim (zumeist 
aus dem X.-XI. Jahrhundert) nebst Anmerkungen und Einleitung von 
A. Harkavy. Berlin, impr. Itzkowski, 1886, in-8°, p. 201 à 328. Publié 
par la Société M'kize Nirdamim. 

Nous attendons la fin de l'introduction de cette très intéressante publi- 
cation, qui présente un grand nombre de difficultés. M. Harkavy nous en 
donnera la solution. 

^ibnr» Wissenschaftliche Abhandlungen ùber jùdische Geschichte, Lite- 
ratur und Altertbumskunde, von O. H. Schorr; 12. Jahrgang. Wien, impr. 
Knôpflmacher, 1887, in- 8° de 128(2) p. 

Table des matières : 1. Explications de mots, dans l'ancienne littéra- 
ture rabbinique, par des étymologies tirées de langues étrangères (215 nu- 
méros) et explications qui paraissent reposer sur des étymologies de ce 
genre (37 numéros); 2. Diverses notes talmudiques (27 numéros); 3. Etude 
sur Tanhuma-Yelamdenu et sur l'édition récente de S. Buber, expli- 
cations des mots étrangers , étymologies; 4. Sur le Lékah Tob, édit. 
Buber; 5. Halakhot gedolot, Hal. pesukot, keçuot ; Hal. de Jebudaï 
gaon et Halakbot gedolot d'Espagne ; 6 et 7. Critique du n"03 Z"P2 
rTûbï-îïl publié par M. L. Horwiiz, de Francfort ; 8. Traduction nou- 
velle inédite de l'introduction de Maïmonide au chapitre pbn ; 9. Derascba 
inédite du Rarnban ; 10. Introduction inédite du d-^IZJÏl ""I2JI3 dTsaac 
ibu Latif. 

NiS^-natt "irrbtf *0 -PNIO 'ib ÛTnn Hebrâische Poesien des Meir ben 
Elia aus Norwich (circa 1300) aus einer Handschrift in der Vaticana, hgg. 
u. erlâutert von A. Berliner. Londres, libr. David Nutt, 1887, in-f° de 
12 p. 

Dans l'introduction, M. B. décrit le très curieux et très volumineux ms. 
n° 402 de la Vaticane, qui contient ces poésies didactiques de Méir de 
Norwich. M. Berliner donne également quelques notes sur l'auteur. Celui- 
ci jouait de l'acrostiche avec une rare virtuosité. 

DbttîYV Jérusalem, Jahrbuch zur Befôrderung einer wissenschaftlich ge- 
nauen Kenntniss des jetzigen und des alten Palâstinas, hrsgg. . . von 
A. -M. Luncz. II. Jahrgang, 5617-1887. Jérusalem, impr. et libr. de l'au- 
teur, 1887, in-8° de (14)-96-180-(6) p. 

Partie hébraïque : 1. Histoire des Israélites en Palestine, depuis le Ram- 
ban (1267) jusqu'en 1492, par Luncz ; 2. Limites de la Terre-Sainte et de la 
Syrie, par Méir Friedmann ; 3. Les sept voyages de sir Moses Montefiore 
en Palestine, par Luncz ; 4. Trois lettres de Palestine, écrites par Simson 
Back pa en 1582-3, communiquées par D. Kaufmann ; une consultation 
sur l'union dans la communauté, de l'an 1624, et trois lettres des Aske- 
nazim de Jérusalem, des années 1757, 1763, 1768, par Luncz ; 5. Notes 
bibliques et talmudiques, par Jehiel Michel Pinnes ; 6. Situation de la Pa- 
lestine dans les cinq dernières années, par Luncz. = Partie allemande ; 
1. Chaifa und Carmel, par Laurence Oliphant; 2. Gilgal, par C. Schick ; 
3. Die Vogel Palâstinas, par Selah Merrill ; 4. Moab, par C. Schick ; 
5. Neue Entdeckungen in Jérusalem, par Selah Merrill {a. Die Zweite 
Mauer ; b. Giâber beim Damascusthor) ; 6. Zur Geschischte der hebr. 
Typographie (Die hebr. Presse in Safed), par A. Berliner ; 7. Die sanitâren 
Verhâltnisse Jerusalem's nebst statist. Bericht des Freih. Rothschild'schen 
Hospitals vom Jahre 1886, par le D r Schwarz ; 8. Hospitâler u. Kranken- 
asyle Jerusalems ; 9. Schuien und Erziehungsanstalten der verschie- 



BIBLIOGRAPHIE 293 

denen Nationen und Confessionen zu Jérusalem ; 10. Export und iraport 
im Jahre 1886 ; 11. SchifTverkehr in JafTa 1886. 

*jn5 ty-H maN n50)2 Abotli de Rabbi Nathan hujus libri recensiones 
duas collatas variis apud bibliothecas et publicas et privatas codicibus 
edidit Salomon Schechter. Vienne (Autriche), 1887, in-4°. 

Le traité de morale connu sous le nom d'Abot, proverbes et sentences des 
pères (de la Mischna), dont les Juifs ont l'habitude de lire, en été, un cha- 
pitre, tous les samedis, existe sous une autre forme, différente de celle de la 
Mischna et plus étendue, qu'on attribue à Rabbi Nathan, le contemporain 
du rédacteur de la Mischna. Nous verrons plus loin que cette amplification 
ne'peut dater que du vm e siècle au plus haut, tandis que R. Nathan vécut à 
la fin du deuxième siècle. Pour faire mieux accueillir une nouvelle création 
littéraire, on lui donnait autrefois comme auteur un personnage connu et vé- 
néré. C'est ce qu^n fit, à l'époque du second temple, pour l'Ecclésiaste, qui 
fut reçu sous l'égide de Salomon; c'est ce qui arriva aussi pour le Tanya, 
qu'on fit entrer comme authentique parmi les Midraschim anciens, en l'attri- 
buant au prophète Elie. Inutile de rappeler les livres cabbalistiques le Bahir 
et le Zohar, qu'on fit passer sous le nom des docteurs de la Mischna. Par 
conséquent, il serait oiseux de chercher le nom de Nathan comme auteur 
de notre compilation parmi les noms des rabbins du moyen âge. Tout ce 
que nous savons, c'est que notre traité est cité pour sûr par le Arukh 
(xi e siècle), et peut-être déjà par Nissim Gaon de Kairouan (x e siècle;. Les 
deux premiers chapitres de l'excellente préface de M. Schechter traitent 
de ces questions avec beaucoup d'érudition et de sagacité. Une autre par- 
ticularité de notre traité est assez remarquable, c'est que nous en possé- 
dons deux rédactions différentes : lune, imprimée plusieurs fois dans les 
éditions du Talmud de Babylone et séparément, avec ou sans commen- 
taire ; l'autre, celle que publie pour la première fois, à l'aide de mss., 
M. Schechter, en colonnes parallèles, avec l'autre rédaction. Cette bonne 
méthode permet de se rendre compte facilement des différences et des addi- 
tions des deux textes. Ce n'est pas l'unique traité rabbinique dont on 
connaît ainsi deux compositions ; un grand nombre d'ouvrages répandus 
ont subi cette altération. Prenons, par exemple, l'époque qui suit immé- 
diatement la clôture du Talmud : nous trouvons le Midrasch Tanhuma qui 
existe sous une autre rédaction portant le nom de Yelamdénu (voy. Revue, 
t. XIV, p. 101), puis le ÙD^Ïl et le 1"<ïlTÏ"i1 (ibidem), les Halachot (jedolot 
dont une rédaction est espagnole et l'autre française (celle-ci est l'œuvre 
de Joseph Tob Elem ou Bon fils); la lettre du fameux Scherira adressée aux 
rabbins de Kairouan (voir M. Halberstam, dans le 'pD^bri TDD, X, p. 7 
pass.). On s'explique aisément cette deuxième rédaction : elle est l'œuvre 
d'un rabbin qui a modifié son texte, unique à ses yeux, pour l'usage de son 
école et qui a ainsi fait de ce nouveau texte la version autorisée pour un pays 
entier. De notre traité nous avons également une rédaction espagnole et une 
rédaction française. M. Schechter, dans les nombreuses et minutieuses notes 
qu'il a mises sous les deux textes, a donné toutes les références des deux 
versions. Le cinquième chapitre de sa préface traite des relations de ces deux 
versions entre elles; dans les chapitres suivants, le savant auteur étudie les 
rapports de notre traité avec celui d'Aboth, qui, d'après quelques sa- 
vants, était originairement plus étendu que le texte actuel et dont une 
partie de ce qui est perdu se trouvait dans l'Aboth de R. Nathan. Si 
cette hypothèse était juste, la vraie rédaction d'Aboth serait d'une époque 
postérieure au Talmud, supposition que M. Sch. hésite, avec raison, à ad- 
mettre. Dans les derniers chapitres de sa préface, M. Sch. énumère les 
mss. et les commentaires dont il s'est servi pour son travail critique. Ils 
sont nombreux et pris dans diverses bibliothèques publiques et privées. Il 
ne serait pas trop de dire que M. Sch. a épuisé la matière quant aux mss. 
qu'on connaît présentement. Son édition d'Aboth de R. Nathan restera la 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

base de tout travail ultérieur sur les deux Aboth. M. Sch. u'a épargné ni 
peine, ni dépenses, pour arriver à être aussi complet que possible. Ainsi, 
les textes et les variantes qui lui sont parvenus trop tard pour être insérés 
dans le corps des notes ont été joints en appendices à la fin, en quatre 
chapitres. Les recherches critiques seront beaucoup facilitées par les index 
placés après la préface, index des versets bibliques, des passages d'Aboth 
et des noms de docteurs de la Mischna mentionnés dans les Aboth de 
R. Nathan. Nous sommes heureux de pouvoir ranger le livre de M. Sch. 
parmi ceux des Weiss, Friedmann et Buber, et nous espérons le rencontrer 
bientôt sur le terrain où il vient de faire ses premières armes et où il a 
prouvé qu'il est un maître. — A. N. 

• 
T3>lb Û3>to '0 Midrasch judéo-espagnol imprimé en caractères hébreux, 
2° partie de l'Exode. Jérus., impr. S.-L. Zuckermann, 5646 (1886), in-f° de 
315 p. sur 2 col. La l re partie a paru en 1884. Il existe une édition anté- 



Ù^TlîTïl m-Olfalpto Beitrâge zur jùdischen Alterthumskunde, von A. Eps- 
tein, l te Tbeil. Vienne, 1887, in-8°. 

Ce volume renferme un grand nombre d'articles, plus ou moins étendus, 
sur la littérature juive, dont la variété rend la tâche très difficile à celui 
qui voudrait en rendre compte avec conscience. Nous nous contenterons 
d'en donner un aperçu, le plus exact possible, pour les questions qui 
nous sont les plus familières. L'auteur nous est déjà connu avantageu- 
sement par les articles qu'il a insérés dans le Bet-Talmud ; il appartient 
à cette. classe de savants non officiels dont nous parlions récemment (voir 
Bévue, t. XIII, p. 225) et dont le mérite est d'autant plus grand. 11 
possède sur ses confrères en recherches un avantage précieux, celui d'être 
le propriétaire d'une belle bibliothèque de mss. et d'imprimés. On verra, 
parla suite, qu'il a un savoir étendu et varié. M. E., dans son premier 
chapitre, discute la question, si controversée, de savoir si les Juifs ont tou- 
jours compté par années solaires ou lunaires. Il prend à partie M. Slonim- 
ski, le savant mathématicien, qui soutient que, la Bible parlant toujours 
de mois de trente jours, les Israélites, avant le retour de la captivité, ont 
dû compter par années solaires et qu'ils n'ont employé le calendrier lu- 
naire qu'après avoir connu le système babylonien, de sorte que c'est seu- 
lement à partir de cette époque que le Nouvel An fut placé au mois de Tis- 
chri, tandis que jusqu'alors l'année avait commencé en Nissan. M. E. 
prouve qu'ils ont, au contraire, toujours eu l'année lunaire, et que l'année 
commençait de tout temps en Tischri, puisque les grandes fêtes tombent 
dans ce mois et que jamais le premier Nissan n'est mentionné comme jour 
de fête. Nous ne pouvons suivre M. E. dans ses développements très 
intéressants et très ingénieux, car il faudrait nous prononcer sur l'âge des 
différents chapitres du Pentateuque, question qui nous mènerait trop loin. 
— Dans le deuxième chapitre, M. E. donne une nouvelle étymologie du 
nom de Marheschwan, qu'il explique en le décomposant en Mar Heschtvan, 
l'idole Haschman, ou Aschman, dieu phénicien. On sait que les assy- 
riologues interprètent autrement ce nom, ce serait « le huitième mois ». 
Ce mois étant celui des pluies en Palestine, et non Tischri, qui est sacré 
en Egypte à cause de la crue du Nil, c'est pour cette raison que Jéro- 
boam fixa la fête des Tabernacles en Heschwan et non en Tischri. — Le 
3 e chapitre roule sur les animaux qui représentent les diverses natioias et 
qui leur étaient sacrés. Tels sont : le cheval pour la Médie et la Perse, 
l'âne chez les Israélites, le lapin chez les Grecs. Les docteurs du Talmud 
symbolisent Babylone par le chameau, la Perse et la Médie par le lapin 
et Rome par le porc. M. E. en donne les raisons en s'appuyant sur la 
mythologie. — Le 4 e chapitre traite du commandement de vénérer .les 



BIBLIOGRAPHIE 295 

vieillards, qui, d'après les rabbins, s'applique également aux savants, 
jeunes en années, mais âgés en science. Cette prescription existait aussi à 
Athènes. — Le 5 e chapitre est consacré au Sefer Yeçira, que M. E. croit 
avoir été composé en Babylonie, et non sous l'influence du gnosticisme. 
Ici, M. E. montre un peu trop de confiance dans le livre de M. Lenor- 
mant, La magie chez les Chaldéens. Le déchiffrement des tablettes bilingues 
n'est pas établi encore avec assez de sûreté pour qu'on puisse s'y appuyer 
afin d'étudier une littératuie différente et surtout un livre qui, en tout cas, 
ne peut être antérieur au 111 e siècle de l'ère vulgaire. — On lira avec plus 
de profit et d'intérêt le G e chapitre sur la métbode décomposition du Sifra et 
du Talmud de Babylone, d une part, et du Sifrè et du Talmud de Jérusalem, 
d'autre part. — Même intérêt dans le 7 e chapitre, qui parle des Midraschim, 
en général, et surtout des Midraschim sur l'Exode, les Nombres et le Deu- 
téronome. Le Yelamdénu et les deux Tanhuma, qui sont probablement le 
fond de Ces trois Midraschim, y sont très bien appréciés par l'auteur. Les 
pages où M. E. prouve sans réplique que des pièces du Midrasch compo- 
sées par le fameux Moïse, le prédicateur, de 1S[arbonne, y sont entrées, sont 
d'une importance capitale pour l'étude de cette littérature. — Nous men- 
tionnerons seulement les chapitres vn-xni, qui renferment des observa- 
tions sur diverses pièces rabbiniques et des variantes tirées de mss. — 
Après quelques notes sur un papyrus hébreu et le Pseudo-Sirach, vient 
un article, le 16 e chapitre, consacré à un ouvrage jusqu'ici inconnu, rela- 
tif aux mystères du Pentateuque , composé par Eléazar Aschkenazi, 
fils de Nathan de Babel, en 5124-1364. Le ms. unique de cet ouvrage 
a été acquis récemment par M. E. ; l'auteur était probablement d'origine 
grecque. M. E. montre que Don Isaac Abrabanel s'en est servi. 
Ce qui est intéressant, c'est qu'Eléazar y cherche à déterminer un rythme 
dans les morceaux poétiques de la Bible, sujet qui a tenté, comme on sait, 
tant de savants modernes, comme MM. Bickell, Nestlé, etc. — La perle 
du livre de M. E. est, sans contredit, le dernier chapitre, qui contient 
l'introduction et le texte, rectifié d'après des mss., du Midrasch Tadsché. 
D'après M. E., et nous sommes un peu de son avis, cet ouvrage aurait 
pour auteur Moïse le prédicateur et aurait été utilisé par Schemaya de 
Soissons (^31ï5Tl25!l) • M. E. publie, en Colonnes parallèles, les passages 
de ces deux Midraschim et du Bereschit Rabbati, qui se compose principa- 
lement du Midrasch de Moïse de Narbonne. M. E. va plus loin encore, il 
prouve que l'auteur du Midrasch Tadsché s'est servi du livre des Jubilés, 
qui n'existe plus qu'en éthiopien et dont une rédaction hébraïque plus com- 
plète circulait dans les écoles gaoniques de la Babylonie. Or, des passages 
dont la substance se trouve dans le livre des Jubilés sont rapportés au 
nom de Rabbi Pinhas ben Yaïr dans le Midrasch Tadsché, qui est attribué 
à ce docteur. En outre, l'auteur arabe Isphahani dit qu'il s'est beaucoup 
servi d'un ouvrage de Pinhas ben Bâta (faute pour Yaïr), qui serait alors le 
livre des Jubilés. Que Moïse de Narbonne ait eu connaissance du livre 
hébreu, ou plutôt syriaque, des Jubilés, rien d'étonnant, puisque les Juifs 
de Provence ou de Catalogne recevaient, en ces temps, de l'Orient, des 
apocryphes écrits en syriaque et probablement en caractères hébreux 
(voir Zunz, Gottesd. Vortrâge, p. 123, et la préface de notre édition de 
Tobit, Oxford, 1878, p. xiv) . M. E. termine par l'énumération des au- 
teurs qui ont utilisé le Midrasch Tadsché. Le premier est un commen- 
tateur anonyme des Chroniques, qui dit avoir vécu à Narbonne, ville 
natale précisément de Moïse le prédicateur. — Ces quelques lignes, nous 
l'espérons, montreront l'intérêt de cette publication de M. E., qui noua 
fait espérer d'autres travaux de ce savant auteur. Nous souhaitons, avant 
tout, voir paraître le Midrasch Bereschit Rabbati, dont il prépare l'édition 
depuis plusieurs années. — A. N. 

tTttTtt "^pfc Publications de la Société M'kize Nirdamim, 2 e année ; voii : 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

,n* hy ysp ^-raosbN rmlnn ,troTH3înb jr^t ,nnrrj -no .ps^ïi 'o 

'-D^ *>b^2393 Aphorismen fur 's praktische Leben, Geist imd Herz, von 
S. S. Hurwitz. Varsovie, impr. Goldmann, 1887, in-8° de 48 p. 

Vingt- sept chapitres formant un recueil de sentences morales, conseils 
moraux et religieux. 

Ï1M5 1î « Ner Neschama, Michnaies ». Recueil d'un certain nombre de 
Mischniyot , rangées par ordre alphabétique de la lettre initiale de 
chaque Mischna, avec texte vocalisé, commentaire intitulé nflj tp tfbtt, 
traduction allemande en caractères hébr. et notes en allemand caract. 
hébr. , par J. Goscinny. Jérusalem, impr. Goscinny, petit in-8° de 
(2)-44-(2) flf. 

lYHjTÛ *1*VD « Commentaire de Maïmonide sur la Mischnah Seder Tohorot 
publié pour la première fois en arabe et accompagné d'une traduction 
hébraïque, par J. Derenbourg. » Berlin, impr. Itzkowski, 1886, in-8° de 
]60 p. Publié par la Société M'kize Nirdamim. 

Cette première livraison contient l'introduction de Maïmonide et son 
commentaire sur Kélim. M. Derenbourg a fait une nouvelle traduction 
hébraïque du texte arabe, et a rendu intelligible une foule de passages 
dont le sens avait échappé au traducteur ou a été altéré par les copistes. 
Ce travail remarquable fait le plus grand honneur à l'érudition et à la 
perspicacité éprouvée de l'auteur. C'est à partir de ce jour seulement que 
le commentaire de Maïmonide est véritablement publié et peut servir aux 
recherches scientifiques. 

23Ï3Î1 ^TIBO Exposé populaire de diverses notions scientifiques (Histoire 
naturelle, anthropologie, géographie, etc.); suivi de y*iN "Wpto niENfa 
Géologie, météorologie, âges préhistoriques, etc. ; par Néhémie Baer 
Hoffmann. Varsovie, impr. Isaac Goldmann . 5647 (1887), in-8° de 
184 + 48 p. 

NmaN^ "nDD Collection d'Aggada et de Midraschim publiée par Salomon 
Buber. Wilna, 1886, 8°. 

M. Buber est vraiment infatigable. A peine avions-nous achevé notre 
compte rendu de son édition du Tanhuma (voir Revue, t. XIII, p. 224 et 
t. XIV, p. 92) que nous avons reçu celle des Halakhot (voir plus loin, 
(p. 298), et voici qu'il nous faut maintenant annoncer le présent ouvrage. 
C'est une collection de Midraschim composés sur le livre d'Esther : 1° le 
Midrasch Abba Gorion ; 2° un Midrasch sans titre; 3° celui de Tobia b. 
Eliézer, intitulé Léhah Tob ou Pesikta Zotitrata, dont M. B. a déjà publié, 
en 1880. le texte qui roule sur la Genèse et l'Exode. Le premier de ces 
Midraschim emprunte son nom aux premiers mots de ce traité : « Abba 
Gorion ou Ourion de Saïda dit.. . » On sait que le Midrasch Bereschit 
Rabha s'appelle de la même façon : Midrasch de R. Oschia, à cause du 
début : « R. Oschia, dit.. . » La date de composition de ce Midrasch est 
inconnue, mais il était antérieur au Midrasch rabba sur Esther, qui l'a uti- 
lisé, et probablement aussi à Raschi, qui l'a connu; par conséquent, il a sû- 
rement été écrit avant le xi e siècle. M. B. en publie le texte d'après cinq 
manuscrits d'Oxford, de Londres et de Parme ; aussi cette édition est-elle 
beaucoup plus complète que celle de M. Jellinek, qui s'était servi seulement 
du ms. de Hambourg. — Le deuxième Midrasch a été composé après celui 
d'Abba Gorion, et avant le xm c siècle, puisque l'auteur du Yalkout les 



BIBLIOGRAPHIE 297 

cite déjà l'un et l'autre. — Quant à la date du Lékah Tob, elle n'est pas 
douteuse, puisqu'on sait exactement l'époque de son auteur. Ce Midrasch 
est publié par M. Buber pour la première fois. Disons, en passant, que le 
Midrasch du même auteur sur Ruth vient d'être publié avec un commen- 
taire étendu, trop étendu peut-être, par M. Seckel Bamberger; nous en 
reparlerons quand l'introduction allemande aura paru. M. Buber, comme 
dans «es précédentes éditions, donne la liste des passages des deux pre- 
miers Midraschim qui se trouvent dans le Yalkout. Quant aux commen- 
taires, ils signalent les passages analogues ou semblables des autres 
Midraschim et expliquent les termes non sémitiques du texte. Sous peu, 
M. B. publiera une édition critique du Midrasch sur les Psaumes, d'après 
tous les mss. qui en existent. Il serait à souhaiter que le savant auteur 
employât sa patience et sa vaste érudition à l'édition critique des deux 
plus anciennes parties du Midrasch Rabba, sur la Genèse et le Lévitique ; 
les mss. de Paris et du Musée Britannique devront surtout être mis à 
' contribution dans ce but. — N'oublions pas de remercier ici les excellents 
imprimeurs de Wilna, MM. Romrn, qu^ ont déjà rendu tant de services à 
la littérature rabbinique, particulièrement par leur belle édition du Talmud 
de Babylone, et qui se proposent de publier les Miqraot Gedolot avec un 
grand nombre de commentaires inédits. — A. N. 

w v w-)rï"i '0 Nlil pj2ï"i '0 Tarschisch des Moses ibn Esra, zum ersten Maie 
hcrausgg. von David Gùnzburg. Berlin, publié par la Société M'kize Nir- 
daraim, 1886, in-8° de 91 p. 

Texte vocalisé, avec index biblique. Dans un prochain fascicule, M. D. 
G. donnera une étude sur ce poème, ses commentateurs et continuateurs ; 
plus une analyse de l'introduction arabe et une étude sur la versifica- 
tion hébraïque. On peut attendre de lui que ce travail sera des plus 

intéressants. 

pn^ ^MD d'Isaac Lampronti, lettre 123. Berlin, édité par la Société « M'kize 
Nirdamim », 1886, in-8° de 184 ff. 

3"Il3 npb Ï5VPB Lekach Tob (Pesikta sutrata) ein agadischer Kommentar zu 
Megillat Ruth von Rabbi Tobia ben Elieser, zum ersten Maie hrsgg. 
nacb einer Hdscbr. der Mùncbener Hof- und Staatstibliotbek, mit Ver- 
gleicbung der betr. Hdss. aus den Bibliotbeken in Oxford, London (Har- 
lien), Cambridge, Wien (Jellinek), Petersbourg, Parma und Rom (Casanata 
u. Angelica), mit Commentar verseben, von Seckel Bamberger.. Francfort- 
sur-Mein, libr. J. Kaufmann ; Mayence, impr. Lebmann, 1887, in-8° de 
n-52 p. 

L'auteur annonce une introduction en allemand qui devra paraître plus 
tard. Son commentaire est très étendu et indique les sources. 

1T25K rmpD '0 Novelles talmudiques sur le Orah hayyim, l re partie, par 
Rafaël Elazar Hallévi ibn "DIU, précédée d'une oraison funèbre de l'au- 
teur, par Nahman lB^û!!. Jérusalem, impr. S.-L. Zuckermann, 5647 
(1887), in-f° de (5)-130 ff. 

T by ynp Sammelband kleiner Beitrâge aus Handscbriften. Jahrgang II, 
18S6-5646 ; Berlin, Société M'kize Nircfamim, 1886, in-8° de xvi-82 -j- 
vi-29-f 18 + 5(1) p. 

Contient : 1. Le "HSODbN mlbin analysé plus loin; 2. *p ifi 
y^pTD d'Ibn Sina, avec commentaire de son élève Ibn Zila, traduit en 
hébreu par R. Moïse (le nom du père manque), édité pour la première 



298 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fois par David Kaufmann ; 3. Notes et additions diverses aux publications 
de la première année, sous le titre de d^fiDDi ; 4. Additions au 111172 
JFfTHûfr Ûlpfa de la l re année, par M. Steinschneider, et notes par Da- 
vid Kaufmann. 

Tn&O'ninKft I^^NIp b^N El cuento maravilloso, segunda partida, cuentos 
antiguos, . ..(voir Revue, XIII, p. 139). Jérusalem, impr. S.-L. Zucker- 
mann, 5646 (1886), in- 8° de 184 p. 

Entièrement consacré à la suite de l'histoire de Bostanaï. 

dbti2ï"î Upbïl ^bni!5 Ouvrage rituélique, par Sédécias, fils d'Abraham le 
médecin, publié, avec une préface et des notes, par Salomon Buber. 
Wilna, impr. Romm, 1887, in-8°. 

La collection de Halakhot faite par Sédécias est la plus importante de 
toutes celles qui virent le jour en Italie, après les deux Isaïe de Trani. A 
Rome étaient venues s'établir, avec la famille de l'auteur de l'Arukh, 
les écoles du midi de l'Italie, de Bari, de Trani, de Siponte, etc. 
C'est là que Sédécias composa cet ouvrage dans la seconde moitié 
du xm e siècle. Sa famille s'était de tout temps occupée de littérature. 
Son père, Abraham, était médecin, comme lui-même. Il cite souvent des 
décisions rituéliques de son grand-père Benjamin et de plusieurs de ses 
cousins. Ce Benjamin est généralement considéré comme l'auteur des 
gloses sur Raschi qui se trouvent en ms. à Berlin, et peut-être des gloses 
bibliques signées S'N'î (Voir cependant l'article de M. J.-H. Matthews, 
Israël. Letterbode, IV, p. 1 et suiv.). Un autre Benjamin a annoté le 
Séfer Haggalui de Joseph Kimhi, qui va paraître prochainement dans les 
publications des Mekitzé Nirdamim. On s'accorde généralement à croire 
que Sédécias, comme l'auteur de l'Arukh, appartient à la famille dei 
Mansi (d^"Û3>n) ; cependant il ne signe jamais 133>lTI- En outre, dans le 
passage suivant, qui se trouve dans le prétendu second volume de son 
ouvrage (ms. d'Oxford, n° 657 fol. 16) : bfcrfP n^ "OINà mDIlïJrn 
TiN^fa b'Sfc't NtoTl \)2, il ne dit pas que la famille de l'auteur de 
l'Arukh était aussi la sienne. On ne sait pas encore non plus si Sédécias 
a désigné comme second volume du Schibbolé Halléket la partie de son ou- 
vrage qui traite des autres règles rituéliques que celles que contiennent 
le volume publié par M. B. C'est l'opinion de M. B. et nous-même, dans 
notre Catalogue (n os 657, 658), nous en avons parlé dans le même sens. 
Cependant, dans cette prétendue seconde partie, l'auteur dit (fin du § 7) : 

dnd pi apbn ^bnu) ison ■wpfcm TmmtDn varû -iddi 

m^mifl b^D... « J'ai déjà donné les réponses et les preuves dans le 
Séfer Schibbolé Halléket- . . , » termes qui n'indiquent pas que ce soit là la 
première partie de son ouvrage. Cette partie n'est pas moins importante 
que celle qu'a publiée M. B. ; espérons qu'elle verra bientôt le jour. — 
Ces collections de Halakhot ont une double valeur : elles peuvent servir à 
ceux qui étudient encore les décisions rituéliques, et à l'histoire littéraire 
des rabbins du moyen âge. Nous nous bornerons à examiner cette publi- 
cation à ce dernier point de vue. M. B. nous a d'ailleurs facilité la tâche 
en joignant à la description des mss. dont il s'est servi et à la biographie 
de l'auteur et de sa famille une liste des rabbins et des ouvrages cités 
dans le texte qu'il publie et dans l'autre partie, que possède M. Halbers- 
tam. Quelques-uns de ces noms seront éclairés par leur comparaison avec 
ceux que donnent certains mss. que M. B. n'a pas eu à sa disposition. 
Ainsi, il est certain qu'Abraham fils de Joseph, de la famille des "»Sd 
"pd" 1 ^ n'est autre qu'Abraham de la famille Pesaro ("pd"''© est une alté- 
ration manifeste de TTPd), car le ms. d'Oxford a, au § 102, Abraham 
de Pesaro et, au § 93, Abraham fils de Joseph, sans autre indication. — 
Pour Abraham fils de Hiyya, de Ratisbonne, le ms. d'Oxford n'a pas 



BIBLIOGRAPHIE 299 

le mot yn!ïlÛj ,v, l73' Pour le nom suivant, il n'a pas bYYJiîT, et la loca- 
lité est orthographiée lymiû'^'HÏS. Il n'est pas douteux qu'il faille 
lire partout Eliézer, de Vérone et non de Verdun ; car il n'y a pas 
de 'rabbin de Verdun portant ce nom, et le ms. d'Oxford a constamment 
ÊWYI^Y — Nous ne croyons pas que Tobie de Bourgogne soit le 
même que Tobie de Vienne (dans le Daupbiné ; il faut écrire N2fc*" , !2 
et non WHI, qui désigne la capitale de l'Autriche). — Pourquoi 
M. B. ne donne- t-il pas la transcription de "^blN, Arles, et de 
"^YV Joigny, puisqu'il identifie les autres noms de localité? — Joseph 
ibn Pelât est un rabbin de Narbonne. — Jacob de ID^YTE ou U5"*"H*Y73 
(c'est ainsi qu'il faut lire) est, en effet, Jacob de Marvège ou de Mar- 
véjols, en Provence, et non de Viviers comme le fait croire la leçon 
UJVpTn, voir Histoire littéraire de la France, t. XXVII, p. 447. -*- Sur 
Isaac de Siponte il fallait citer l'article de M. Gross, dans le Magazin de 
Berliuer. — Isaac ICûiYpDY 1 (ce dernier mot manque dans le ms. d'Ox- 
ford) de Hongrie est probablement Isaac fils de Joseph, Josko étant un 
diminutif de Joseph, comme b^TY 1 , Josefel, nom qui s'est glissé par 
erreur dans la liste géographique de notre Catalogue. — Sur Isaac Dor- 
bel, voir un long passage dans le Aguda, Israël. Letterbode, VIII, 
p. 131. — "Wb^p n'existe pas, on trouve seulement "itfb" 1 !"!. — Samuel de 
àYlfàUJ, comme on lit d'ailleurs aussi dans le ms. d'Oxford, doit être 
corrigé en Samuel de 5\YY?2'"1 , Ramrupt; c'est Samuel fils de Méir, le 
frère de R. Tarn. — Ces menues observations n'enlèvent rien à la valeur 
des notes de M. Buber sur les auteurs et les ouvrages, notes qui sont 
excellentes. Tout au plus lui reprocherons-nous ses abréviations fréquentes, 
qui parfois peuvent dérouter le lecteur peu versé en ces matières. Comment 
deviner, par exemple, que ÏûY^j-j D^ÏT (note 53) désigne Moïse fils de 
Joseph Trani ? — A la suite de ces chapitres vient la bib'iographie du 
Schibbolé Halléket imprimé et écourté, ainsi que du Tanya qui est l'a- 
brégé de notre ouvrage. M. B. corrige, à ce propos, avec raison, une 
faute répandue dans toutes les bibliographies et histoires juives et même 
dans l'excellent ouvrage de M. Gùdemann (Erziehungswesen in Italien, 
p. Î94) touchant la date de la composition du Tanya. Celle de 1314 qu'on 
lui assigne d'ordinaire est fondée sur la souscription de l'édition de Man- 
toue, qui indique la date de Yimpression et où, volontairement ou non, les 
centaines sont omises dans 5074. En réalité, il faudrait 5274, comme l'in- 
dique la valeur numérique des lettres du mot '{fàniY En tout cas, le 
Tanya n'a pu avoir été composé après le xiv e siècle, puisque le ms. 
d'Oxford de cet ouvrage (n° 1057) a été copié en 1414. M. B. suppose que 
l'auteur en est Jehiel fils de Yekoutiel fils de Benjamin le médecin, sans 
appuyer sa conjecture sur des raisons plausibles. Ce nom de Yehiel est 
mentionné par Ibn Yahia, mais il y a eu beaucoup de rabbins de ce nom, 
en outre, qui prouve que Ibu Yahia était bien renseigné ? Quant à un 
troisième ouvrage de Sédécias, intitulé Û"^1Nà Ï1115l*73 ou Ù^UYpb 9 u i se 
trouverait à Oxford, nous avons déjà dit à M. B. ce qu'il faut en penser. 
Ce ms. est simplement un autre abrégé du Schibbolé Halléket où se trou- 
vent quelques décisions du temps des Gaonim, comme dans l'ouvrage 
de Sédécias. — Les Halakhot sont publiés par M. B. sans aucun com- 
mentaire, c'est le meilleur système qu'on puisse suivre pour ces sortes 
d'ouvrages . — En somme, nous félicitons vivement le savant éditeur 
de cette œuvre de kalakha, autant que l'éditeur des ouvrages d'aggada. 
— A. N. 

"njOSbtf nYYbin '0 « Le Roman d'Alexandre, texte hébreu anonyme, pu- 
blié pour la première fois avec une introduction et des notes critiques 
par Israël Lévi. » Paris, libr. Durlacber, 1887, in-8° de xvi-82 p. 

Tirage à part du V2p de la Société M'kize Nirdamim. L'introduction 
de M. Israël Lévi est un excellent morceau de critique, qui se distingue 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par la sûreté de la méthode et la sagacité des hypothèses. M. Lévi montre 
que notre ms. est la traduction d'une version arabe de YHistoria de prœliis 
de l'archiprêtre Léon ; cette Eistoria est elle-même une version d'une 
version grecque qui procède du Pseudo-Callisthène. Le traducteur arabe 
était, selon M. Lévi, un occidental. Le ms. de Paris, dont M. L. nous 
donne le texte, n'est pas identique à celui du Bêt hammidrasch de Lon- 
dres, qui contient une traduction hébraïque de (ou attribuée à) Samuel 
ibn Tibbon, mais, à partir de la page 31 de l'édition, ces deux versions 
deviennent à peu près identiques. Une partie de l'histoire d'Alexandre 
dans le Josippon est simplement copiée sur le ms. de Londres et M L. 
croit que toute cette histoire d'Alexandre dans le Josippon est une inter- 
polation. Une autre traduction, d'Al Harizi, circulait également, elle était 
mauvaise au dire du copiste du ms. de Londres. N'est-il pas possible que 
ce soit justement celle de notre ms. (M. Lévi croit cependant que la tra- 
duction de notre ms. n'est pas faite selon la manière d'Al Harizi)? Une 
traduction hébraïque a été faite directement sur la Historia par cet inté- 
ressant Immanuel b. Jacob Bonfils de Tarascon. 

M. Lévi veut bien nous communiquer la liste suivante d'errata : P. xv, 
1. 22-23, lire «j^D et iniB^D ; 1. 37, Langraf, Die Vita Alexandri. . . — 
P. 1, 1. 11, î-ïî!-I... — P. 3, 1. 19. au lieu de )T t ,[p]. — P. 4, 1. 33, 
peut-être ÏT03, au 'i eu de D3- — P« 5, 1. 23, peut-être T^by, au lieu de 
"pb^, dans le sens de a en plus >. — P. 6, 1. 5, bTD ; 1. 7, n5t2J3- — 
P. 7, 1. 23, ^Ktt. — P. 8, 1. 3, pD*n\ — P. 9, 1. 1, les.» tonneaux (ou 
marmites, dans le ms. de Londres) d'où sortent des sources « proviennent 
sûrement d'une faute de lecture du traducteur arabe, qui aura pris villa 
pour ollœ. — P. 10, 1. 34, 853^1. — P. 14, 1. 18, peut-être Û?33>^1. — 
P. 18, l. 5, [mtoinï"!], au lieu de n'l3' ,fc T53r! (communication de M. Lôw, 
de Szegedin) ; 1. 22, WTPD^nto- — P. 22, 1. 8, [ait], au lieu de m 
(L.); 1. 17, msnîn.-P. 24, 1. 7, [l]mib^-l; L 23, peut-être prirali-pttï 
1. 25, [013b ÛD*13>] nnb- — P. 29, 1. 3, mmN = obrvzum (L.). — 

p. 30, 1. 3, dnbn ; L 16, [û^biaaa]. - P. 32, 1. 8 ■pi-nbto (L.). - 

P. 33, i. 16, fcrrb? : l. 27, m3TP3 (L.). — P. 36, 1. 5 en remontant, 
■"pbNtfPûT^Nb I^Tabl. — P- 37,1. 26, supprimer la parenthèse.— P. 42, 
1. 1, D03. — P. 43, 1. 9, D^S-infT nb^SO Ï-P!"î "ibl. « elle avait une 
sorte de crête de paon ». — P. 43. 1. 2, '^"ISa'Tpïl ou "^VïpîQh ; L 12, 

nnai. — p. 52, 1. 2, irna tr^n^n b*. — p. 53, 1. 22, ^yh n&rp. 

— P. 60, 1. 28, la parenthèse est inutile, 3 2lTi « connu sous le nom de, » 
est une locution arabe (L.). 

tp"P bllî ISpn 'D Se alegren la juderia, la gente de la Turquia, e melden 
con alegria el Guento de Josef har.çaddic alav hasschalom, temeroso, doso- 
déado, muy hermoso e namoroso, e eterna mimcho kef mas de ir ala cabane 
e conversaciones con santore cbemani, e ganara de escapaise de pecado, 
e la entrara en su corazan temor del Criador alto e ensalsado, asegun 
declaremos en la haedama, qui meldandola tomara gusto el guf e la 
nesama e con este zekhut el schem yitbarekh de mosotros se apiadara e 
presto mos rigmira. Jérusalem, impr. S.-L. Zuckermann, 5647 (1887), 
in-8° de 105 ff. 

Histoire légendaire de Joseph en judéo-espagnol. Le titre ci-dessus est 
imprimé en caractères hébraïques. Voici la traduction du commencement 
du titre : La valeur de Joseph. Que se réjouissent ies Juifs, la nation de 
Turquie, et lisent avec allégresse le Conte de Joseph le pieux (la paix 
soit sur lui !), brave, bon, très beau et. . . ? et on y aura plus de plaisir 
que d'aller au café ou aux entretiens avec harpe et violon, etc. 



BIBLIOGRAPHIE 301 



2. Ouvrages en langues modernes. 



Anglo Jewish Historical Exhibition (Catalogue of). 1887. Royal Albert 
Hall ; and of supplementary Exhibitions held at the public Record Office, 
British Muséum, South Kensington Muséum. Londres, impr. William 
Cloves, 1887 ; in-8° de xxvi-208 p. 

Ce catalogue donne une idée complète de cette exposition, qui est la 
première de ce genre et qui est digne d'être vue et étudiée pour les 
œuvres d'art qu'elle contient et les renseignements historiques qu'elle 
peut fournir. Le catalogue contient les chapitres suivants : 1. Reliques 
historiques; 2. Art religieux (synagogue, maison, etc.); 3. Antiquités; 
4. Monnaies et médailles; 5. Exposition supplémentaire au Record-Office, 
au British Muséum, au South Kensington Muséum. Chaque chapitre 
est précédé d'intéressantes introductions. Nous signalons, en courant, 
et pour donner une idée de l'importance de cette exposition, quelques- 
unes des pièces remarquables. Un plat de bronze avec inscription hé- 
braïque de Josef b. Yehiel (n° l), deux sceaux (n os 12 et 13), une 
pièce inédite de Colchester 1267, avec portrait ou caricature d'Aaron 
filius Diaboli (n° 14, par M. Joseph Jacobs) ; caricature d'Isaac de Nor- 
wich et autres (n° 15), rôles, Shetarot, quittances, etc., antérieurs à l'ex- 
pulsion de 1290 (n os 16 à 520); plans et dessins de synagogues à Sidney, 
Melbourne, Kimberlevy (n oS 549 à 552), livres d'Escamot datant de 1664 
(n° 610), une série entière consacrée à sir Moses Montefiore (n oS 650 à 698), 
des autographes (de Grâce Aguilar, entre autres), des armoires (n° 763), des 
pièces historiques concernant l'émancipation des Juifs anglais (n 03 799, 800, 
820; part de 1649), une très belle collection d'imprimés concernant ce sujet 
et ayant appartenu au feu Rev. A.-L. Green (n os 821-824), des exem- 
plaires de journaux Israélites rares (n 08 839 à 841) ; une collection d'ouvrages 
hébreux imprimés à Londres depuis 1707 (n os 876-893); une collection d'ob- 
jets provenant de Béni-Israël et autres Juifs de l'Inde (n os 905 à 94l); 
une très belle collection de portraits, dont la mention est souvent accom- 
pagnée, dans le catalogue, d'excellentes notices biographiques (Manassé 
b. Israël, n os 947 à 950; David Nieto, n° 954 a; Baron d' Aguilar, n° 977; 
Benjamin Goldsmid, n° 990 ; Samuel Montefiore, n° 998 a ; Isaac Disraeli, 
n os 1031-1034 ; divers portraits de la famille de Rothschild, n os 1036, 1054, 
1086-1088, 1096, 1103, 1105, 1115, 1116, 1119 ; sir Francis Goldsmid, n° 1089; 
Emanuel Deutsch. n° 1112) ; une très belle collection de portraits et 
gravures d'Alfred Newmann, parmi lesquels de curieuses caricatures, dont 
une de 1777 et une de 1794 (n os 1Z18-1237), et même les portraits de Moïse, 
de David et de Salomou. Nous ne disons rien de la classe 2, consacrée 
au matériel du culte, si ce n'est qu'elle contient, entre autres, de nom- 
breux objets de la belle collection de M. Strauss, de Paris (n os 1901 à 
2030), et de M. R. D. Sassoon (n os 2031 à 2065). La classe 3 est formée par 
une collection de manuscrits hébreux qui n'a pas précisément d'intérêt par- 
ticulier, par une série d'ouvrages appartenant au duc de Crawford et Bal- 
carres, parmi lesquels beaucoup d'ouvrages samaritains ; puis par des 
séries d'imprimés (souvent avec illustrations), d'inscriptions hébraïques, 
d'objets recueillis par le Palestine Exploration Fuud, de sceaux. La série 
des monnaies juives, à laquelle M. Léopold Hamburger, de Francfort, 
M. John Evans et d'autres ont prêté leur concours, est véritablement riche 
(n ,s 2301 à 2618) et serait à elle seule suffisante pour attirer à cette expo- 
sition les curieux, les archéologues et les historiens. 



302 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Annuaire Israélite pour l'année 5648 de la création du monde. . . par Jacob 
Molina. Marseille, chez l'auteur (1887), in-8° de 40 p. 

P. 32. Acte de l'achat du cimetière des Juifs. Cet acte, dressé devant 
notaire, le 5 décembre 1783, constate que Salomon de Silva et Mardochée 
Chay Darmon, Juifs du royaume d'Espagne et résidents à Marseille, ont 
acheté de la maison de la Trinité Rédemption des captifs, par acte du 
15 octobre précédent, un terrain situé au terroir de Marseille, quartier du 
Rouët, et qu'ils paient aujourd'hui 1,200 livres formant un des termes du 
prix d'achat. Un autre terme fut payé le 20 janvier 1786. Ce terrain servit 
de cimetière aux Juifs jusqu'au 15 frimaire an XIII, époque où, étant devenu 
insuffisant, il fut remplacé par un cimetière plus vaste acheté dans le voi- 
sinage par J. Costa et Tama. — Ibid-, p. 34. Acte espagnol du 22 oc- 
tobre 1783, fait par la communauté, et constatant que la précédente acqui- 
sition a été faite pour la somme de 2,400 livres tournois, plus 440 livres 
6 sous pour droits du Roi et frais. Pour réunir cette somme, on avait créé 
une quête appelée Nedaba du Bet ahayim [ha-hayyim], et Isaque Goen Nar 
(Naar ?) de Candie et Joseph Raphaël Sedaha [Sedaka ?) avaient été 
chargés de l'encaisser. La nedaba n'ayant pas donné toute la somme néces- 
saire, le reste fut pris dans la caisse de la communauté. Le document porte 
la liste des donateurs avec la somme donnée par chacun d'eux. Voici les 
noms de ces donateurs, dans l'ordre où ils se suivent dans le document, 
rectifiés par nous d'après des communications qu'a bien voulu nous faire 
M. Molina et dont nous le remercions : 

Nota delà Nedaba de Bet-ahaim de K[akal] K[adosch] de Marsella. 

Daniel Rigaud, Sabaton Constantini de Canea, Salamon Roget, Joseph 
Raphaël Sedaha, Isaque Costa, Mordohai Hai Darmon, Semuel Brudo, 
Jacob Gozlan, EpLraïm Duran, Jeossuah Bismot, Mordohai Desegni, 
Vidal de Cavaillon, Félice de la Vida, Manuel I e . Foa, Blondin, Biniamin 
Ariàs, Samaria Salom, Joseph Monteûore, Mosé Gomri, Abudaram, Sa- 
muel Abudaram, Mosé Israël, Mosé Daninos, Jacob Dan, Aboab, Huziel, 
Isaque Coen de Kandia, Hairn Gignah, Isaque Attias. Jeudà e Simhon 
Lahmi, Biniamin Boccarra, Jacob Lumbroso, Samuel Hai de Paz, Sala- 
mon Hai Benbaron, Jeossuah Canzino, Miscel Graveur, Mauoah et Salamon 
Coen, Abram Abenatar et Comp., Joseph Semama, Salamon de Silva, 
Mosé Serusi, Sebi bar Jacob, Carcasona d'Avignon, Jacob Castello, Jacob 
Vita Coen, Raphaël Pilosof, Moisé Dias Santillana. 

[Catalogue]. Verzeichniss des antiquarischen Biicherlagers von Joseph Jo- 
lowicz, in Posen ; Judaica und Hebraica; n° 96. Posen, 1887, in-8° de 
42 p., 1221 n 08 . 

Ergkert (R. von). Der Kaukasus und seine Vôlker* Leipzig, libr. Paul 
Frohberg, 1887, in-8°. 

L'auteur connaît le Caucase pour y avoir séjourné deux ans ; ce n'est 
peut-être pas beaucoup pour bien connaître cette région où tant de 
races diverses sont juxtaposées, mêlées, croisées et confondues, mais il a 
évidemment bien utilisé ce court séjour pour recueillir un très grand nombre 
de faits des plus instructifs. P. 131, il mentionne des Juifs (il suppose que 
c étaient peut-être des Khazars) qui auraient combattu avec d'autres dans 
les hordes avec lesquelles un certain Marnai avait, après 1380, envahi le 
Caucase, et qui vivaient en nomades sur le Volga. — M. E. trouve que le 
type juif est très répandu parmi les Tschetschnas établis à l'est et au 
nord-ouest du Caucase (p. 138), surtout parmi ceux des classes supérieures 
et dirigeantes; ils ont aussi le même accent que les Juifs (p. 139). — 
P. 191. A Madschalis, il y a beaucoup de Juifs, qui vivent comme le reste 
du peuple, mais ils parlent le tat. — P. 277. Les Andis, qui demeurent, au 



BIBLIOGRAPHIE 303 

nombre de 36,000, dans l'ouest du Daghestan, ressemblent étonnamment 
aux Juifs, principalement ceux d'Andi et de Botli. S'ils venaient à Var- 
sovie dans les vêtements portés par les Juifs de cette ville, on les confon- 
drait sûrement avec des Juifs. Cf. p. 281 et 283. — P. 295 et suiv. Sur la 
mer Caspienne se trouvent les Tatars, les Koumiks (autre race tatare), 
les Tats et les Talyschs, tous deux de race iranienne, et beaucoup de Juifs. 
Les Tats (au nombre de 90,000) ont le type juif très prononcé, on les con- 
sidère comme Juifs et leur langue est appelée langue juive, mais M- E. 
croit qu'ils sont un mélange de Perses et d'Arméniens. Les Juifs (p. 298) 
du Caucase sont au nombre de 30,000 (si toutefois l'auteur ne se trompe 
pas ; J. Tscharni donne des chiffres plus élevés), M. E. en a vu à Kouba, 
Madschalis et dans le territoire de Kouban. Leur type est cependant ré- 
pandu dans tout le Caucase, excepté chez les Tcherkesses et les Ossètes. 
M. E. suppose que le vrai type juif est le type dolicéphale (petite largeur 
de la tête par rapport à la longueur) des Juifs dits espagnols ; le type 
brachycéphale, au contraire, qui est celui des Juifs russes, serait venu 
d'Afrique en Asie avec la grande immigration des brachycéphales, et de là, 
il serait venu en Russie, vers le vi e siècle ou plus tôt, et plus tard en 
Allemagne. Les Juifs de ce type ne seraient pas de race sémitique. Dans 
le Caucase, ces Juifs se seraient perdus peu à peu parmi les autres races, 
ce qui expliquerait le caractère brachycéphale de ces races, principalement 
des Grouses, Lesghes et Tschetschnas. Les Juifs actuels du Caucase y 
seraient venus plus tard, vers 1180, de Jérusalem et Bagdad, avec les 
Perses ; d'après d'autres, il en serait déjà venu auparavant, au vni e ou 
ix e siècle, qui s'établirent au nord de Derbeud, et vinrent seulement au 
xvi° siècle à Madschalis. On sait, du reste, qu'à Anape, Kertsch et Olbia, 
on a trouvé des inscriptions grecques faites par des Juifs et des inscrip- 
tions de synagogues qui vont du I er siècle avant l'ère chrétienne jusqu'au 
in e siècle après l'ère chrétienne. — P. 309. Les Koumyks, sur la mer 
Morte, au nord, au nombre de 83,000, sont, d'après M- E., des descendants 
des Khazars, branche des Huns, probablement tatare ou ouro-altaïque. — 
P. 335. Type juif très répandu parmi les Géorgiens ou Grouses, qui forment 
une race à part, probablement différente des indo-européens. — P. 345. 
Le nombre des Juifs des montagnes du Caucase est de 29,000 à 30,000. — 
P. 362, 363, 365, M. E. revient sur le type juif, si répandu surtout chez 
les Lesghes et les Tschetschnas, et l'attribue à un mélange de sang juif. 
— P 370 et suiv., l'auteur donne diverses mensurations anthropologiques. 
Il arrive à cette conclusion (p. 377) que, d'après ses mensurations, 
et pour le classement des types nobles, les Arméniens viendraient en tête 
de tous les peuples caucasiques, puis après eux les Juifs ; si on ne consi- 
dère que la largeur de la face et celle du nez, qui sont des marques très 
exactes du type noble, les Juifs viennent en tête, puis seulement les 
Arméniens. 

Frankl (P. -F.). Beitrâge zur Litteraturgeschichte der Karâer ; 1. Nach- 
richt ùber das arabische Original des Muhtawi Josef al- Basirs ; 2. Cha- 
rakteristik des karâischen Ueberselzers Tobija bammaatik ; 3. Anhang. 
— Dans 5. Berioht ùber die Lehranstalt f. d. Wissenschaft des Juden- 
thums in Berlin. Berlin, impr. J. Bernstein, 1887, in-4°. 

Le Muhtawi est un ouvrage de philosophie conforme à la doctrine arabe 
des Muiaziles et écrit par le caraïte Josef al Basir au commencement du 
xi e siècle. La traduction hébraïque (mto" 1 ^ 'û) est sûrement, d'après 
M. Frankl, de Tobija hammaatik. Les trois ou plutôt les quatre derniers 
chapitres de l'ouvrage ont été traduits très librement par Tobija, mais ils 
sont de Josef al Basir (contrairement à ce qu'on a prétendu quelquefois). Ce 
Tobija appartenait au groupe de Caraïtes qui s'était formé, à Jérusalem, au 
commencement du xi e siècle, autour de Jeschua b. Juda. Cette petite école 
travailla avec une ardeur et une hâte extraordinaires à la propagande de la 



304 REVUE DES ETUDES JUIVES 

doctrine caraïte, c'est pour cela que les traductions en hébreu qu'elle a 
produites sont généralement de qualité inférieure, elles sentent la préci- 
pitation, M. Frankl croit même que souvent elles formaient un simple mot- 
à-mot interlinéaire. — Dans l'Appendice, M. Fr. donne les titres des 
chapitres de Muhtawï. 

Furrer (Konrad). Die hebrâische Sprache als Sprache der Bibel. Zurich, 
impr. et libr. Fr. Schulthess, 1887, in-8° de 26 p. 

On jugera de l'intérêt de ce petit travail par quelques données que nous 
y puisons. L'hébreu a 30 expressions pour désigner les hauteurs, 5 noms 
pour la vallée, 15 noms pour le désert, 10 mots pour « souffrir de la séche- 
resse ou de la soif», tous ces mots sont des souvenirs des régions où les 
Hébreux ont demeuré. On s'explique de même, par l'histoire des mœurs, 
l'état social, les croyances religieuses, qu'on trouve, dans l'hébreu biblique: 
24 mots pour l'idée de s'étendre et se multiplier (nombreux enfauts), 
27 mots pour l'idée de fixer les limites (les frontières du champ du petit 
cultivateur), 19 mots pour désigner les ronces (qui pullulaient dans les 
champs). 17 noms pour désigner les sources, puits, citernes, étangs, canaux 
(tant l'eau est précieuse et rare dans le pays). Les Hébreux étaient grands 
chasseurs, de la 24 mots pour désigner les rets et filets. Le commerce était 
très peu développé chez eux, donner, troquer et vendre sont synonymes, 
le négociant s'appelle Phénicien. Les 28 mots qui désignent la richesse 
montrent que la fortune se présentait à eux comme un bien acquis avec 
trop de peine et peu enviable. Cette étude est pleine d'observations de ce 
genre. 

Gaster (M.). Jewish Folk- Lore in the Middle Ages. Londres, bureau du 
Jewish Chronicle, 1887, in-8° de 14 p. Lecture faite le 26 déc. 1886 
devant la Jews' Collège Literary Society. 

La lecture de M. G. commence par des considérations générales sur 
l'histoire de la légende populaire des Juifs. La légende de Salomon et 
d'Asmodée a fait le tour du monde (Inde, Angleterre, Allemagne, Italie, 
Russie) ; la littérature juive a une Divine Comédie (voyage aux enfers et 
paradis), un type du Marchand de Venise, des Miracles de Virgile ; la 
• Disciplina Clericalis », qui a inspiré les troubadours en France et les 
Novellistes en Italie, a été composée par un Juif baptisé. Les fables du 
Pantscha-Tantra, la vie du Bouddha, ont été traduits en hébreu ; la 
légende d'Alexandre le Grand a été très répandue parmi les Juifs. Un 
grand nombre de légendes populaires se retrouvent dans la littérature 
judéo-allemande, qui a été écrite spécialement pour les femmes et qu'on a 
trop longtemps dédaignée. 

Goldhammer (Leopold). Die Psychologie Mendelssohn's aus den Quellen 
dargestellt und kritisch beleuchtet. Wien, libr. Lippe, 1886, in-8° de 
(l)-76 p. 

Voici la table des matières de cet ouvrage : 1. Des rapports (objectifs 
et subjectifs) d'une idée ; 2. Plaisir et douleur ; 3. Sensations mêlées ; 
4. Les affections ; 5. Théories psychologico-esthétiques ; 6. Désirs ; 7. Ju- 
gement du désir ; 8. Habitude et habileté ; 9. L'état de veille, le som- 
meil, le rêve; 10. Psychologie rationnelle. — 2 e partie. 1. Mendelssohn et 
Platon ; 2. M. et les matérialistes anglais ; 3. M. et Leibnitz-Wolfî; 4. M. 
et Lessing ; 5. L'empire sur les passions ; 6. M. et Kant. 

Jagobs (Joseph). Jehuda Halevi, poet and pilgrim. A Paper read before 
the Jews' Collège Literary Society, march 13., 1887. Londres, bureau du 
Jewish Chronicle, 1887, in-8° de 17 p. 



BIBLIOGRAPHIE 305 

Jastrow (M.). A Dictionnary of the Targumim, the Talmud Babli and Ye- 
rusalmi and the Midrashic Literature. Part I. Londres, libr. Tiùbner; 
New- York, libr. G.-P. Putnam's Sons, 1886, in- 4° de (2)-96 p. 

Une étude sera postérieurement consacrée à cet ouvrage du savant 
M. Jastrow. Ce premier fascicule s'arrête au mot JXÛ^DOiS- 

Kaufmann (David). Paul de Lagarde's jùdische Gelehr?amkeit, eine Erwie- 
derung. Leipzig, libr. Otto Scbulze, 1887, in-8° de 53 p. 

Nous avons raconté, dans le précédent numéro, p. 122 et 127, la querelle 
faite par M. de Lagarde à M. Berliner, à M. Kaufmann et autres, parce 
qu'ils se sont permis de trouver des tantes (et les fautes les plus grave's) 
dans l'étude d un Mahzor, par M. L. Techen, approuvée par l'uni- 
versité de Goettingue, où professe M. de Lagarde, et parce qu'ils ont 
trouvé mauvaises les sorties de M. Techen et de M. de Lag. contre 
L. Zunz. A notre avis, M. de Lag., en particulier, n'avait pas su rester ni 
sur le terrain ni daus le ton de la discussion scientifique et il avait trans- 
formé sa polémique en pugilat. M. Kaufmann ne le suit pas sur ce terrain, 
il se borne à montrer, dans cette savante étude, les nombreuses fautes et 
inadvertances commises par M. de Lag. dans sa critique des poètes litur- 
giques juifs du moyen âge, des écrits et des traductions allemandes de 
Zunz M. de Lag. n'a pas craint d'insulter aux souffrances des Juifs du 
moyen âge, il répond par des railleries à un écrivain juif qui se plamt que 
les chrétiens déterrent les corps des Juifs. * Etaient-ce des « Leichanile- 
derer •, des anatomistes, desCzermacs? » M. Kaufm. prouve que cette 
profanation se commettait véritablement. — M. de Lag. allègue que son 
mépris pour Zunz vient, en partie, de ce que Zunz n'a pas donné de traduc- 
tions de Kalir. d'Ibn Gabirol, de Harizi ; M. K. montre quil en a donné 
de Kalir et d'Ibn Gabirol, et que, s'il n'en a pas donné de Harizi, c'est 
qu'on n'a de lui qu'un seu.e pièce liturgique. — M. de L. s'amuse de ce 
que Zunz aurait cité, purmi les géographes juifs, un jésuite Texeira, qui 
n'était pas juif, M. K. montre que Texeira pouvait bien être juif, que des 
auteurs chrétiens l'ont dit et que Zunx cite ses autorités. — Un p>ème, 
dit M. de L., est attribué par Zunz à un « Joseph », tandis que Zunz lui- 
même l'a attribué ailleurs à Elasar b. Kalir ; M. de Lag. a, par erreur, 
pris la signature -d'un poème pour le titre du poème suivant, ce qui n'in- 
dique précisément pas qu'il ait lu avec quelque attentiou l'auteur quil cri- 
tique si amèrement. — Dans l'acrostiche d'un poème de Juda Hailévi, 
M. de L. trouve ilbirP, et immédiatement il fait la découveite qu'il 
manque deux vers après "irp pour faire F"mï"p. et que les deux vers com- 
mençant par ï~îb sont intervertis pour bîl» après quoi il manque deux vers 
commençant par "^ pour faire "nDïf- Et ni le grand Zunz. ni le grand 
Berliner n'ont fait cette découverte ! Tout simplement parce que, d'autres 
l'avaient déjà montré, au lieu de nbirT, il y a îTn rp — Et les traduc- 
tions de M. de L., où il prétend corriger Zunz ! DDin, leur intérieur, leur 
cœur, devieut chez lui « parmi eux » ; il lit "J2 pour "p, imy pour Tifày, 
sans s'apercevoir des fautes d'impression ; il prend ^Ijr oui, ma souf- 
france, pour avorïî, mon péché ; et ainsi de suite. — M de Lag. a autre- 
fois publé les Makames de Harizi sans se donner aucune peine pour éta- 
blir un texte correct ; si les hommes qu'il attaque avaient agi de cette 
façon, il n'aurait sûrement pas manqué d'en faire un thème à déclama- 
tions. — En somme, il est clair que M. de L. a, pour ne pas dire plus, 
grandement dépassé la mesure, et il serait digne de lui de le reconnaître. 

Kuenen (X.). Historiscb-kritiscbe Einleitung in die Bùcber des Alten 

Testaments binsicbtlich ihrer Entstebung und Sammlung. Autoriesirte 

deutscbe Ausgabe von Tb. Weber. Erster Tbeil, ersles Stiick, dritles 

Heft. Leipzig, libr. Otto Schulze, 1887, in-8° p. i-vm, et 193 à 328. 

T. XIV, n° 28. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lévy (Simon). Moïse. Jésus et Mahomet ou les trois grandes religions sé- 
mitiques. Paris, libr. Maisonneuve; Bordeaux, libr. Feret, 1887, in-8° de 
xiii-454 (1) p. 

Cet ouvrage est publié par la famille de feu M. Lévy, grand rabbin de 
Bordeaux, mais il a été achevé et imprimé du vivant de l'auteur II sera 
lu avec beaucoup d'intérêt par les personnes qui voudront y chercher 
une apologie de la religion juive et des arguments en faveur du Judaïsme. 
On y trouvera, à l'appui des thèses soutenues par M. L., un appareil 
scientifique qui, tout restreint qu'il soit, peut encore servir à diriger les 
recherches, surtout celles de personnes qui ne sont pas initiées aux études 
rabbiniques. L'ouvrage se divise eu deux parties. Première partie ; 1. Ce 
qui est en question; 2. Dieu et son immatérialité; 3. Dieu juste et bon ; 
4. La Providence; 5. La dignité humaine; 6. Destinée humaine ; Messie; 
7, 8 et 9. Immortalité de l'âme, Vie future, Résurreclion ; 10. La morale, 
Devoirs envers Dieu ; 11. Devoirs de l'homme envers lui même. — 
Deuxième partie : 12. Devoirs de 1 homme envers son prochain (famille, 
patrie, humanité). 

Lieblein (J.). Handel und Schiffahrt auf dem rotben Meere in alten Zeiten, 
nach àgyptiscben Quellen. Leipzig, libr. I.-C. Hinricbs, 1886, in 8° de 
150 p. 

M. L. rencontre dans les documents égyptiens un pays de Pun, qui se 
trouve des deux côtés du détroit de Bab-el-Mandeb, au sud de la mer 
Rouge et qui était habité par un peuple très commerçant. Il croit que les 
Pun pourraient bien être aussi les Pani des Védas. Ces Pun ne seraient 
autres, d'après lui. que les Puni ou Phéniciens, qui seraient originaires de 
ces régions. La couleur de leur peau était rouge, comme celle des Egyp- 
tiens, de sorte que les Phéniciens seraient un peuple hamitique qui aurait 
plus tard adopté une langue sémitique. Les Pun avaient créé plusieurs 
routes commerciales, entre autres, une route qui, après avoir rencontré la 
mer Rouge, s'engageait dans le petit golte Éianitique, et de là, à travers 
le pays d'Edom et la Palestine, transportaient en A.sie-Miueure, en Baby- 
louie et Assyrie, les marchandises tirées de l'Inde et de l'Afrique. Une 
colonie de ces Pun se serait établ e en pays d'Edom et de là viendrait 
que, d'après la Bible, Esaù est rouge (couleur de la peau des Pun). Lors- 
que Saiornon, avec le concours de Hiram, organisa des expéditions mari- 
times partant du golfe Eianitique, il ne fit pas autre chose, d'après M. L., 
que de soumettre à un tribut les caravanes commerciales des Pun édo- 
mites, qu'il avait soumis, et de les aider en leur fournissant des hommes 
pour les seconder et les protéger. C'est ce qui explique pourquoi il n'est 
pas fait mention des produits qu'il donne en échange de ceux qu'il reçoit. 
Le pays d Oûr seiait donc situé dans ces régions de la route du Bab-el- 
Mandeb, et M. L. croit qu'il serait plutôt sur la côte africaine que sur la 
côte asiatique. Les expéditions attribuées à Salomon rapportaient d Oûr de 
l'or, de l'argent, des pierres précieuses, de l'ivoire, des singes, toutes 
choses qu'on trouve en Afrique. Seulement, il faut les chercher loia. dans 
l'intérieur des terres, et c'est pourquoi les expéditions duraient près do 
trois ans Les paons et les bois de saudal rapportés également de ces 
voyages venaient de l'Inde, il est vrai, mais ils étaient apportés par les 
négociants sur la côte d'Afrique, où les vaisseaux de Salomon les pre- 
naient au retour. M. L. termine en proposant d'identifier Oûr avec le 
pays des ^4/er-Dankali, sur la côte africaine de la mer Rouge. 

Lippe (Cb.-D.). Bibliographiscbes Lexicon der gesammten jùdiscben Lite- 
ratur der Gegenwart mit Einschluss der Scbrit'ten ùber Juden und Ju- 
denlbum ; Acbtjâbriger Biicber- uud Zeitscbriften-Catalog (1880-1887). . . 
nebst Adress- Anzeiger... Zweiter Band, 1. Lieferung. Wien, libr. Lippe, 
1887, in-8°, p. 1 à 96. Contient les lettres A à H. 



BÏBLlÔGRAl'IIIK 3U7 

[M.umonide]. Hygiène israélite. Principe? de la santé physique el morale 
de l'homme, par Arab Mouehi nen Mimoun (Maïmouide). Traduclion 
française par M. Carcousse, directeur de l'école du Talmud Thora d'Al- 
ger, avec la collaboration et les annotations du D r E L. Berlherand. . . 
et une introduction par M. Ilonel. Alger, libr. Ruff, 1887, in-8° de m- 
51 p. A la fin, table analytique des matières. 

Meisels iM -J). Clara das gelehrte Mâdchen oder der Antisemitismus, 
Zeitgemâlde in vier Akten. Zloczow, impr. 0. Zuckermandel, 1887, in-8° 
de 138 (2) p. 

Comédie eu prose, suivie de poésies en allemand et en français, et quel 
français ! et, probablement aussi, quel allemand ! 

Mossé (Benjamin). Le Judaïsme ou l'exposé historique et loyal de la doc- 
trine, de la morale et des mœurs des israélites. Paris, libr. Marpon et 
Flammarion, 1887, in-8° de 267 p. 

Exposé homilétique et populaire d'un certain nombre de questions juives : 
Apostolat d'Israël; le Mosaïsme, son passé, son présent, son avenir; le 
Décdlogue ; le Schéma; spiritualisme juif; la sortie d'Egypte et les prin- 
cipes du judaïsme ; le judaïsme et les principes modernes, liberté, égalité, 
fraternité; respect des parents; culte du loyer; rôle de la mère; instruction 
de la femme; hygiène israélite ; positivisme israélite ; le secret de la vie; 
le culte des morts. 

Munz (Isak). Ueber die jùdischen Aerzte im Mittelalter. Berlin, libr. 
M. Driesner, 1887, in-8° de vi-72 p. 

Recueil de lectures sur les médecins juifs. Outre les ouvrages connus de 
Wùstenfeld, de Carmoly (et de Leclerc?), M. Muntz a utilisé des rensei- 
gnements puisés à des sources diverses, principalement sur les médecins 
juifs d'Allemagne. Sou étude n'ebt pas complète et ne veut pas l'être, mais 
elle peut être consultée avec profit. 

Noldeke (Th.). Die semitischen Sprachen, eine Skizze. Leipzig, T.-O. Wei- 
gel, 1887, in-8° de 64 p. 

M. N incline à croire que la parenté des langues sémitiques avec les 
langues harnites indiquerait que les sémites sont originaires de l'Afrique, 
mais il ne combat pas ab^lument l'opiniou d'après laquelle ils viendraient 
de l'Arabie. En revanche il ne croit pas qu'ils puissent venir du voisinage 
de l'Arménie ou du bas Euphrate. Il admet, avec beaucoup de savants, 
la division en langues sémitiques du nord (hébréo-phémcien aràméen, assy- 
rien) et langues sémitiques du sud (arabe et éthiopien, avec le sabien, 
geez. amhante et autres d aleetes). Il serait puéril de ehe-cher à recons- 
truire la langue sémitique primitive d'où sont sorties les différentes langues 
sémitiques, mais l'hébreu pourrait, encore plutôt que toute autre langue sé- 
mitique, servir à cette reconstruction, même plutôt que l'arabe, qui a con- 
servé, il est vrai, la richesse vocalique et l'abondance des formes de la 
langue primitive, mais qui a aussi créé, par simple analogie et. cou me dans 
un moule, beaucoup de formes artificielles. Si on peut supposer que la 
langue sémitique et celles d'autres peuples sont issues de la même langue 
que l'indo européen, leur séparation est si ancienne, qu'il est impossible au- 
jourd'hui de trouver les liens qui les unissent, et tous les effoi ts faits jusqu'à 
ce jour pour montrer la parenté des langues sémitiques avec les langues 
indo-européennes sont considérés par M.N. comme stériles. 

Orzesko (Elise). Histoire d'un juif, traduit du polonais par Ladislas Mic- 
kiewiez. Paris, libr. Louis Westhauser, 1887, in-18 de xl-320 p. 



308 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Poznanski (Adolf). Ueber die religionsphilosophischen Anschauungen des 
Flavius Josephus. Breslau, impr. Schaizky, 1887, in- 8° de 41 p. 

1. Dieu ; 2. la Providence ; 2 bis. Dieu dans ses rapports avec le peuple 
d'Israël ; 3. La Nécessité ou Fatalité ; 4. Anges et démons ; 5. La pro- 
phétie ; 6. Anthropologie ; 7. Le Messie; 8. L'allégorie ; 9. La morale. 

Ryssf.l (Victor). Untersucbnngen ùber die Textgestalt und die Echtheit des 
Bûches Micha. Leipzig, libr S. Hirzel, 1887, in-8° de vm-284 p. 

Scheghter (S.). Rabbi Nachman Krocbmal and the « Perplexities of the 
Times ». Londres, bureau du Jewish Cbroniole, 1887, in-8° de 15 p. 
Lecture publique faite ie 23 janvier 1887. 

Scheid (Élie). Histoire des Juifs d'Alsace. Paris, libr. A. Durlacher, 1887, 
in-8° de 424 p. 

Les lecteurs de la Bévue connaissent M. Scheid pour ses intéressantes 
études sur les Juifs de Hagueuau et sur le fameux Joselmann, de Rosheim. 
Dans l'ouvrage que M. Sch. nous donne aujourd'hui, il a réuni tous les do- 
cuments qu'il a trouves et recueillis sur les Juifs d'Alsace dans les archives 
d'un grand nombre de villes et de villages, et il les a reliés et expliqués 
par des renseignements piusés dans un certain nombre d'ouvrages consacrés 
àl histoire de l'Alsace. Nous voyons principalement utilisées les Archives 
de Strasbourg, de Coimar, de Sélestadt, d'Obernai, de Mulhouse, de Rouf- 
fach, de Munster, de Haguenau, de Saverne et celles de Wetzlar actuelle- 
ment à Stiasbourg. Le nombre de faits, de dates et de noms réunis par 
M. Sch. est considérable, son livre est une chronique où l'on trouvera de 
nombreux matériaux amassés par un homme laborieux, dévoué à sa tâche 
et à son oeuvre. Un historien de profession aurait probablement suivi un 
autre ordre que l'ordre chronologique, mieux utilisé les ouvrages d'écri- 
vains antérieurs, écarté beaucoup de détails secondaires ou insignifiants, 
mais nous ne nous arrêtons point à ces questions de plan et de mélhode, 
nous sommes reconnaissants à M. Scheid de nous avoir fourni une si 
riche collection de documents. Un seul point mente d'être signalé aux 
lecteurs : la manière dont M. Scheid présente et juge les faits et les 
hommes est des plus sincères, mais dans un grand nombre de cas elle pro- 
cède de vues très incomplètes et de conceptions un peu primitives. 11 faut 
dire que piesque à chaque page il y aurait à corriger, redresser remanier et 
retoucher les expressions et les laçons de parier, tant elles sont inexactes 
et presque à côté de la vérité. Mais cette réserve faite, nous nous empres- 
sons de féliciter \1. Sch. de nous avoir donné ce vaste répertoire, et s'il y 
avait joint une table analytique ou au moins une table des matières un peu 
détaillée qui permît de se retrouver et de trouver promptement ce qu'on 
veut dans cet amas de faits, son ouvrage serait encore beaucoup plus utile. 
Il se divise en deux parties, les Juifs d'Alsace avant la conquête française, 
les Juifs* d Alsace après la conquête. A la suite, se trouvent deux chapitres 
consaciés, l'un a l'histoire des synagogues, 1 autre à celle des cimetières 
juifs en Alsace Enfin, à la fin du volume (p. 320 à 424), se trouvent cin- 
quante-six pièces justificatives, probablement toutes inédites, toutes en 
allemand, et qui ne sont pas la partie la moins utile de cet utile et inté- 
ressant ouvrage. 

Steinschneider (M ). Zur Literatur der hebrâischen Palaeograpbie (Neu- 
baucr 's Facsimiles) Tirage à part du Centralblatt f. Bibliothekwesen ?, 
p. 155 à 105. 

Notes sur des fac-similés d'écriture hébraïque, qui complètent la liste du 
catalogue des mss. hébr. d'Oxford, de M. Ad. Neubauer. 



BIBLIOGRAPHIE 309 

Vernes (Maurice). Une nouvelle hypothèse sur la composition et l'origine 
du Deuteronome ; Examen des vues de M. G. d'Eiehihal. Paris, libr. 
E. Leroux, 1887, in-8° de 53 p. 

Nous prions notre ami et collègue M- Vernes de vouloir bien nous per- 
mettre d'ajourner au prochain numéro l'examen de son intéressante étude, 
que nous analyserons ici en même temps que l'ouvrage du regretté 
G. d'Richthal. 

Ziemligh (Bernhardï. Das Machsor Nùrnberg, ein Beitrag zur Erforschung 
des Rit us und der Commentarlituratur des deutschen Machsor. Berlin, 
libr. Ad. Mampe, 1886, iu-8° de 76 p. 

Ce beau Mahzor, qui se compose de 517 ff. de 50 centim . de haut et qui 
a déjà été signalé par Wùlfer, a été écrit en 1331 pour un R . Josua b. Isaac. 
M. Zieml. ne croit pas que le VlHhzor a t été écrit à Nuremberg, ni que 
son premier propriétaire soit de Nuremberg, ni qu'il y ait, comme on l'a 
supposé à cause de ce Mahzor, un rite de Nuremberg. h)n rialité, ce Mnhzor 
unique a un rite à part, qui se rapproche du rite poiono allemand, sans se 
confondre avec lui. Le commentaire dont il est accompagné a été comparé 
par M. Z. avec plusieurs commentaires analogues (mss.), il a également 
ses particularités Parmi les commentateurs cités, il y a un grand nombre 
de rabbins français, R schi. ses contemporains et successeurs L'étude de 
M. Zi< mlich offre beaucoup de renseignements sur l'histoire littéraire des 
anciens rabbins et sur la littérature liturgique. 



3. Publications pouvant servir à r histoire du Judaïsme moderne. 



Jahrbuch (Statistisches) der Deutsch- Israelitischen Gemeindebundes, 1887. 
Berlin, impr. J.-S. Preuss (1887), in-8° de 2-62 p. 

Très utile publication, faite avec le plus grand soin. Elle contient la 
liste des communautés juives allemandes, rangées par provinces, et indique 
le plus souvent le nombre des âmes, les noms des fonctionnaires et des 
administrateurs. A la suite se trouvent des index alphabéiiques des lieux 
et des personnes et le texte d'ordonnances olfiVielles les dates manquent 
quelquefois) concernant les Juifs publiées, d'après les pièces datées, en 
1884, 1885 et 1886. 

Lazarus (M.). An die deutschen Juden ; 3. Auflage. Berlin, libr. Walter et 
Apolant, 1887; in-8° de 30 p. 

Lehmann (Emil) Die Juden jetzt und einst, ein Beitrag zur Lôsung der 
Judenfrage. 2 8 édit. Dresde et Leipzig, libr. E. Pierson, 1887, in-8° de 
39 p. 

Munz (L.). Religiôse Zeitfragen. Berlin, libr. M. Driesner, 1887, in-8° de 
110 p. (Recueil de Sermons.) 



4. Notes et extraits divers. 
= Nous aurions dû annoncer depuis longtemps la création, à Bucharest, 



P REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'une société israélite qui a pour titre « Société historique Jules Ba- 
rasch », et qui a pour objet de réunir et publier des matériaux relatifs à 
l'histoire et à la littérature des israéliles de Roumanie. Cette société 
existe depuis juin 1886 ivote des statuts), plusieurs des documents 
qu'elle a recueillis out été publiés dans la Revista isr., de Bucharest. 
Nous la félicitons de l'idée qui a présidé à sa formation et de son action 
scientifique, qui sera sûrement utile. 

= Nous ne sommes pas les premiers, non plus, il s'en faut, pour annoncer 
que M. le D 1 ' Gûdemann a été choisi (et qu'il a pleinement mérité de 
l'être) par la direction des Monumenta Germaniœ pœdagogica, publiés par 
M. Karl Kehrbach, pour faire, dans cette collection, l'histoire de la péda- 
gogie juive. 

= Notre cher collègue M. H. Derenbourg a publié les deux études sui- 
vantes : 1° Ousâma ibn Mounkidh, un émir syrien au premier siècle des 
croisades (1095-1188' : Note sur quelques mots de la langue des Francs 
au xii 6 siècle d'après l'autobiographie d'Ousâma ibn Mounkidh. Paris, 
1887. in 8° de 17 p. — 2' Ousâma poète, notice inédite tirée de la Kha- 
rîdat al Kâsr, par Imâd ad Din al Kâtib (1125-1201). Paris, irripr. natio- 
nale, s. d. (1887) ; p. 115 à 155, in-8°. 

= La Savonnerie Marseillaise, par le D r L. Barthélémy (Marseille, 1883, 
extrait de la Revue de Marseille, in-8° de 22 p.). Le premier initiateur 
dans la fabrication du savon à Marseille est le juif Crescas Davin, sabo- 
nerius, de 1371 à 1404 ; il eut pour successeur son fils Salomon Davin, 
qu'on trouve cité comme savonnier jusqu'en 1418. Ils paraissent avoir 
succombé à la concurrence que leur fit le savon de Gaëte Le premier 
« maître savonnier » chrétien de Marseille apparaît en 1431, il ne fit pas 
non plus de brillantes affaires. Cette introduction de l'art de la savon- 
nerie à Marseille par des Juifs est un fait très curieux et nous savons 
gré à M. le D r B. de l'avoir mis en lumière. 

= Un épisode historique, de l'église Saint-Martin de Marseille, par le D r 
L. Barthélémy > Marseille, 1882, extrait de la Revue de Marseille et de 
Provence, in-8° de 26 p.). Il arrivait souvent, au xv 8 siècle, que des 
chrétiens attiraient, par des cajoleries et des friandises, des enfants juifs 
qui vaguaient dans le quartier juif situé près de l'église Saint-Martin et 
les faisaient baptiser subrepticement. Le 7 août 1481, une dame chré- 
tienne fit baptiser de la sorte une jeune fille juive à l'église de Saint- 
Martin, et quelques années auparavant un garçon juif avait été enlevé de 
même. S«ir la plainte de Salomon Botarel et de Baron de Castres, dé- 
putés dos Juifs de Marseille (en 1481), le roi René fit fermer le baptisière 
de Saint-Martin et obligea les chrétiens de la paroisse à faire baptiser 
leurs enfants en l'église Saint-Jacques de la Corrigerie. Les Juifs dédom- 
magèrent le clergé de Saint-Martin de la perte qu'il subissait par cette 
mesure en lui payant une pension annuelle. Mais le roi Charles VIII, et 
ap'ès lui le roi Louis XII, par ses ordonnances du 23 mai 1500 et du 
31 juillet 1501, chassèrent les Juifs de Provence. Ceux des Juifs qui se 
convertirent pour rester dans le pays prétendirent garder les synagogues, 
cimetières et écoles des anciennes communautés juives, mais le roi 
s'empara de ces biens par lettre patente du 28 mars 1503. Les nouveaux- 
convertis cessèrent de payer la rente annuelle des Juifs à l'église Saint- 



BIBLIOGRAPHIE 311 

Martin, et le 11 novembre 1522 le baptistère de cette église fut réouvert, 
cessante causa, cessare débet effèctus. 

= Notre excellent ami, M. Jonas Weyl, grand rabbin de Marseille, a trouvé 
une petite brochure in-8° de 15 p. contenant un poème burlesque en 
provençal et intitulé : « Le Testament d'un Juif de la ville de Carpen- 
tras ». L'auteur se moque des terreurs d'un pauvre Juif blessé par ce 
« pillard de Coloumbin ». La pièce est probablement de la fin du 
xviu e siècle. 

= Nous devons à l'obligeance de M. V. Blum, du Havre, une note sur les 
Juifs du Havre tirée de YHistoire de la ville du Havre et de son ancien gou- 
vernement, par A.-E. Borély (le Havre, 1880-1881 , tome III, p. 441 et 
suiv. En 1714 (Louis XIV) et en 1776 (Louis XVI), les écbevins sont in- 
formés que le séjour sur territoire français est défendu aux Juifs Cepen- 
dant il y avait à cette époque (1776) au Havre deux familles juives, dont 
les chefs étaient des négociants et armateurs importants, les Homberg, 
baptisés depuis peu, et les 1. allemand ; on leur avait accordé des lettres 
de naturalisation. Depuis 1759, Louis XV avait accordé la même faveur à 
six familles juives du Comtat établies au Havre?). Les lettres de natura- 
lisation de septembre 1775 accordées à Léon, Gerson et Éliézer Homberg 
frères et à Joseph Lallemand. originaires d'Allemagne, mentionnaient 
que leur aïeul avait, depuis près de 50 ans, établi son commerce au 
Havre, et qu'ils s'étaient rendus utiles à l'État en trouvant le moyen de 
faire venir du Nord en France, dans les temps les plus périlleux, les mâ- 
tures et bois de construction nécessaires à la marine ; qu'ils avaient su 
donuer à leurs navires une forme avantageuse pour naviguer dans le 
Nord ; qu'ils envoyaient, en outre, six navires à Saint-Domingue et dans 
la Martinique; qu'ils avaient importé des blés en temps de disette, déve- 
loppé la pèche sur la côte, formé de nombreux matelots. Joseph Lalle- 
mand, né à Hambourg, ayant obtenu des lettres de naturalisation, de- 
manda au magistrat de devenir citoyen du Havre ; sa demande fut d'à ord 
rejetée, parce qu'il était juif (sur la proposition d'un Pierre Michel, juif 
baptisé) ; mais le roi obligea la ville du Havre d'accueillir la demande de 
Lallemand. 

== Nous croyons savoir que M. Ad. Neubauer a été invité, par les rédac- 
teurs de X Histoire littéraire de la France, à continuer, pour un prochain 
volume, ses recherches sur les Rabbins français. 

= Article très intéressant sur l'établissement des Juifs aux États-Unis 
d'Amérique, par Isaac Markess, dans The Mail and Express, de New- 
York, 26 février 1887. 

= Boletin de la Real Academia de Historia, tome IX (Madrid, 1887). — 
Fascicule 2. février, p. 85. Lettre du cardinal archevêque D. Pedro Gon- 
zalez de Mendoza. d'après le ms. Dd. 59 de la biblioth. nationale de 
Madrid, adressée aux doyens et chapitre de la S. église de Tolède. La 
« grande synagogue » de Tolède, lors de l'expulsion des Juifs, avait été 
donnée par le roi à l'ordre des chevaliers de Calatrava, pour la trans- 
former en église, et ils demandaient l'autorisation de la consacrer. Mais 
elle leur fut disputée par le chapitre de l'église de S. Tome, dans la pa- 
roisse duquel elle était située. "La lettre de D. Pedro Gonzalez de Mendoza 
demande des informations ; l'autorisation de consacrer la synagogue est 



312 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ajournée. M. Fidel Fita, qui publie cette pièce, croit qu'elle est de 1494. 
— Fascicule 4. avril, p. 245. M. Ilarkavy a découvert une chronique 
hébraïque d'un Abraham fils de Salomon, de baOuJTlEa, contemporain 
de l'expulsion des Juifs en Espagne, et qui raconte cette expulsion. Le 
ms. a été acheté par la Bodléienne, et M. Ad Neubauer le publiera pro- 
chainement. D'après le Boletin la localité VêT^TIl] est Torrutiel c -àd. 
Torre de UtieP, dans le territoire d'Utiel, cercle de Requena, province de 
Valence — Ibid., p. 257. Au N. de Tolède, sur la route de Madrid, est 
l'ermitage de S Roque. On y a trouvé des fragments de pierres tumu- 
■ laires hébraïques et arabes, ce qui fait supposer que les cimetières juif 
et arabe étaient par là. Le fragment d'inscription hébraïque est sans im- 
portance. 

= M. Fidel Fita a trouvé une intéressante inscription hébraïque dans une 
synagogue de Séville; il la publiera prochainement. A Xerez de la Fron- 
tera, nous dit-il, « j'ai copié de l'original la répartition du quartier juif 
lors de la conquête de cette ville par Alphonse X, en 1264, c'est très 
beau. J'ai visité le quartier juif de cette ville et le cimetière juif, mais je 
n'y ai rien découvert. » 

— Le Comité de l'Exposition historique juive de Londres a organisé un 
certain nombre de conférences pour les mois de mai. juin et juillet. Ce 
sont les conférences suivantes : Joseph Jacobs, La juiverie de Londres en 
1290 15 mai); Lucien Wolf, Cinquante années de progrès i;-raélite en 
Angleierre (12 mai' ; Francis L. Cohen, naissance et développement du 
chant synagogal (16 mai); Walter Rye, La persécution des Juifs ,26 mai); 
A. Loewy, Littérature juive en Angleterre (2 juin); C. Gross, L'échiquier 
des Juifs d' Angleterre au moyen âge (9 juin) ; H. Graelz, Considérations 
sur l'histoire des Juifs en Angleterre (16 juin ; Gaster, Sources juives 
de la légen ie d'Arthur (23 juin); H. Adler, Les grands-rabbins d'An- 
gleterre (30 juin) ; S. Singer, Les œuvres d'éducation de la communauté 
juive d'Angleterre (4 juillet). 

= Le même Comité se propose de publier, si on souscrit pour un nombre 
suffisant d'exemplaires, les ouvrages suivants : 1. Hebrew shetarot of 
Bnglish Jews, 1190-1290, par M. D. Davis; environ 400 p. ; 2. Bibliotheca 
Anylo-Judaica, bibliographie de l'histoire des Juifs anglais, par J Jacobs 
et L. Wolf; environ 240 p.; 3. Exhibition Papers, contenant les confé- 
rences faites à l'Exposition ; environ 200 p. La souscription est d'une 
guinée pour chacun des trois volumes. 

= La Commission historique pour l'histoire des Juifs en Allemagne (Ber- 
lin ; Prof. H. Bresslau, président) va entreprendre deux séries «le publi- 
cations. La première est intitulée Regesten zur Geschichte der Juden in 
Deutschland, contenant des Regestes concernant les Juifs d'Allemagne jus- 
qu'en l'an 1273 Elle sera publiée en fascicules de 6 à 8 feuilles in-4°, 
chez Leonhard Simion, à Berlin. La seconde sera intitulée Quellen lur 
Geschichte der Juden in Deutschltnd, et sera publiée, chez le même éditeur, 
en volumes de 15 à 30 feudles in-8'. Le premier volume donnera le Ju- 
denschrembuch des archives municipales de Cologne. Prix, 40 pf. pour 
chaque feuille des Regesten, 50 pf. pour chaque feuille des Quellen, ou, 
ensemble, 20 marcs par au. 

= M. Francesco Alvino, de Florence, dans un prospectus daté de mars 



BIBLIOGRAPHIE 313 

1887, annonce qu'il veut publier un ouvrage intitulé I Calendari, où se-" 
ront étudiés les calendriers de tous les peuples et de toutes les églises, y 
compris le calendrier juif. L'ouvrage comprendrait environ 60 fascicules 
à 10 centimes le numéro ou le fascicule (1 indication n'est pas très claire). 
On peut souscrire d'avance (via délia Fortezza, n° 3, Florence) au prix 
de 5 livres ital. pour tout l'ouvrage. 

: Dans le Guardian, en février. Recension de A. N. sur la seconde édition 
de la traduction hébraïque du N. Testament par la Société des missions ; 



= Academy, de Londres. — 7 mars. M. Neubauer avait, en manière de 
plaisanterie, inséré dans les Notes and Queries du 29 janvier 1887, des 
notes étymologiques d'où il ressortait que les dix tribus juives étaient 
établies en Angleterre. Exemple : Edinbourg vient d'Eden ; Eboracum 
(York", de Eber, etc. C'était pour se moquer avec raison des étymologies 
fantaisistes qu'on propose tous les jours. M N. constate, à sa confusion, 
que l'article a été pris au sérieux par des journaux anglais et américains. 
— 23 avril. Note de M. Ad. Neubauer sur un article de M. E. Renan, 
publié dans le Journal des Savants, sur un passage de la stèle de Moab. 

= Athenseum, de Londres. ■ — 12 février 1887. Ad. Neubauer, A Rouma- 
nian taies (document de Niamz, 1578 ; nous avons pu constater que le 
document porte des sceaux hébraïques avec le taureau moldave et le 
croissant, qui sont une preuve de son authenticité). — 9 avril. Laurence 
Oliphant, Haifa or Haif in modem Palestine. — R. R. Sharpe, Anglo- 
Jewish Historial Exhibition (entre autres, une histoire de sang rituel de 
1276-78, à Londres). — 23 avril. The Moabite stone, à propos de la 
publication de M Lœwy (voir, plus loin, p. 315), par A. N. — 30 avril. 
A. Neubauer, Moses Mendelssohn's Letter (en hébreu, datée de Berlin, 
Iyyar 5541) to Bishop Robert Lowth. — 14 mai. Réplique de M. Lœvy. 

- On a répandu, il y a quelques mois, un imprimé annonçant la publica- 
tion d'une traduction allemande du « Schulchan-arukh ». La circulaire 
avait des allures mystérieuses. Elle émanait d'une prétendue société 
appelée « Theologumenon », qui aurait pour président le D l> Joh von 
Pavly, et le futur éditeur s'appelait Stephan Marugg. « chef du Bureau 
national », à Bâle. Le prix de l'ouvrage devait être de 100 marcs. La cir- 
culaire était datée de Bâle, janvier 1887 Elle était accompagnée d'un 
« Spécimen » de la future t aduction. Renseignements pris, on a constaté 
que M. Marugg est simplement un employé de librairie, instrument 
innocent d'une manœuvre antisémitique. On prétend que le D r Pavly 
existe et qu'il est au service de la reine de Roumanie ; nous ne savons 
si le renseignement est exact, mais il est clair qu'une publication 
pareille, entreprise de cette façon, ne peut présenter aucun caractère 
scientifique. 



5. Chronique des Journaux. 



■■ Liste des nouveaux journaux. Outre le nviBD ma n^lN et le yibfi 
mentionnés dans la Revue bibliographique, ont paru : 



Hl 4 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1. hSttfl&fiK ISttibWto SU»* Der Heiliger Anzeiger, Monatsbericht fur 
das wahrhatte Judenthum aus aile Stàdte (sic) und Colonieen des heiligen 
Landes tiber UDsere dort ansâssige Brùder und Schweslern ,1e sous titre 
est en caractères hébreuxl. — Journal mensuel en judéo allemand, carac- 
tères hébraïques, publié à Jérusalem ; administration : J. Goscinny 
et C ie ; format petit in 4° à 2 col. Le n° 1 a 12 pages, il n'est pas daté, 
mais il doit être d'avril 1887. Prix : 7 fr. par an. Nous ne savons si les 
numéros suivants ont paru. 

2. "122 "p (en russe, Rodnoe); journal mensuel hébreu, publié à Saint- 
Pétersbourg depuis le 1 er janvier 1887 par Juda Leib Kanlor, signe aussi 
L.-O. Kantor ; supplément au &«.7H. Format in 8° de 5 feuilles par nu- 
méro. Prix, 4 roubles par an. Contient des articles de vulgarisation scien- 
tifique. Le n° 1 contient cependant un article de M Harkavy (p 27Ï sur le 
N^bnN d'une inscription syriaque nestorienne découverte en 1885 et 
expliqué par M. Chwolson. M. H. croit que iobnN est le ""bn, dragon, de 
la littérature hébraïque. 

3. Û"P~ (en russe Dieu) ; journal hébreu quotidien en hébreu, publié à 
Saint-Pétersbourg par L.-O. Kantor ; format in-f°, 3 col. par page. A 
commencé de paraître le 31 janvier 1886 ; le n° 1 de la 2 e année est du 
1/13 janvier 1887. Prix, 10 roubles avec le Ben-ammi (n° précédent). 

4. The Jewish Exponent; journal anglais hebdomadaire 'paraît le ven- 
dredi), publié à Philadelphie par Melvin-G. Windstock, Henry S. Morais, 
et Charles Hoffmann, format in-4' de 3 col. par page; le n° 2 du 1 er vol. 
est daté du 22 avril 1887. Prix 3 doll. par an. 

5. L'Echo de l'Orient, de S. Carmelhn ; ce journal français, en partie 
consacré aux questions juives, a inopinément reparu à Paris, avec les 
indications suivantes : VI e série, l re année ; n° 6, 15 mars 1887 ; n° 7 (et 
dernier, M. C. étant décédé), 15 mars 1887. A la suite du .titre, se trou- 
vent les indications suivantes : « Journal international politique, litté- 
raire, artistique, financier et commercial, suite de la Concordia de Buda- 
pest et de l'Echo danubien, de Bucarest, fondé en 1865. Paraît le 1 er et 
le 15 de chaque mois. » 

6. The Jewish Record, a Chronicle of events at home and abroad of 
interest to the Jews. — Journal anglais hebdomadaire, publié à Man- 
chester ; in-f°, le numéro a 4 p. à 4 col la page. Le n° 1 est daté (comme 
nous l'avions annoncé dans le précédent numéro) du 4 mats 1887. Prix : 
6 s. 6 d. par an. 

= L'ancien journal judéo-allemand intitulé « Drohobiczer Zeitung », dirigé 
par A. Zuporik, est devenu la àrâ^-çb^Nfï ^yaFafcï-Kni « Droho- 
byczer Handels- Zeitung ». Rien n'est changé, du reste dans la rédaction, 
la périodicité (hebdomadaire), le format, le prix, etc. 

= Contrairement à ce que nous avions supposé, la rpftbvû, de Londres, 
continue de paraître. 

Isidore Loeb. 



BIBLIOGRAPHIE m 



Lôwy (Rev. A.), TIi« apocryplial clmracter off llie Moabite Stone. With 
an illustration ; dans Scottish Beview, avril 1887, p. 215-245. 



Notre siècle se distingue par des découvertes archéologiques qui 
changent la face de l'histoire des peuples orientaux. Maint roi assy- 
ro babylonien ou égyptien d'il y a quatre ou cinq mille ans nous 
est actuellement mieux connu que certains monarques du moyen 
âge en Europe. La stèle de Mêscha, roi de Moab, trouvée sur les 
ruines de l'ancien Dibôn, nous initie aux mêlées sanglantes* qui se 
sont produites au ix e siècle avant l'ère vulgaire entre la dynastie 
omride d'Israël et le petit peuple transjordanique des Moabites. Le 
roi Mêscha, que le livre des Rois mentionne, en passant, comme un 
vassal ayant payé un lourd tribut annuel à Achab et s'étant révolté 
après la mort de celui-ci (II Rois, ni, 4), nous raconte lui-même, 
dans un hébreu presque classique, les péripéties les plus circons- 
tanciées de sa révolte et célèbre les nombreuses victoires qu'il a 
remportées sur tous ses adversaires. Mais une telle renommée ne 
s'acquiert pas sans soulever le scepticisme des uns, les protestations 
des autres. Il n'est donc pas étonnent que, dès son apparition, le 
célèbre monument moabite ait provoqué des rumeurs sourdes mais 
persistantes, qui lui reniaient toute authenticité. La nouvelle édition 
de l'inscription de Mêscha par MM. Smend et Socin, suivie immé- 
diatement des observations critiques de MM. Renan et Glermont- 
Ganneau, a fourni, en même temps, une bonne occasion aux scep- 
tiques et aux protestataires de donner un corps à leurs doléances. 
M. A. Lôwy, si avantageusement connu dans l'orientalisme anglais, 
s'est friit l'interprète de la critique négative. Suivant M. Lôwy, l'ins- 
cription a été gravée sur l'antique stèle par un faussaire moderne, 
plus ou moins complice de ceux qui ont fabriqué les poteries moa- 
bites et le manuscrit pseudo-archaïque du Deutéronome. Le faus- 
saire se serait trahi par diverses incorrections au point de vue de 
l'orthographe et du style hébraïque : il aurait même employé des 
locutions qui sont particulières aux langues européennes. On voit 
que les arguments de M. Lôwy sont presque tous d'ordre linguis- 
tique, qui peuvent avoir leur importance comme preuves addition- 
nelles, mais qui s'effacent presque entièrement devant les considéra- 
tions paléographiques, qui priment tout le reste. Or, la paléographie 
a été tout à fait oubliée par M. Lôwy ; il ne se donne même pas la 



316 REVUE DES ETUDES JUIVES 

peine de nous dire à quel monument phénicien le faussaire aurait 
emprunté le caractère archaïque dans lequel il a gravé l'inscription, 
sans doute dans le but de rehausser la valeur de son factum. Ce 
n'est certainement ni l'inscription d'Eschmounazar, ni celles de 
Marseille, de Cartbage et de Chypre, seules connues avant 1870, qui 
auraient pu lui révéler les formes antiques qu'aucun orientaliste ne 
connaissait alors. Cela suffit pour mettre l'authenticité du document 
moabite au-dessus de tout doute. Mais, en récusant la conclusion du 
savant hébraïsant, disons que sa critique littéraire mérite de fixer 
notre attention et que, sans être partout d'une exactitude rigou- 
reuse, elle contribuera considérablement au progrès de l'interpré- 
tation, soit en aidant à élaguer quelques lectures hâtives, soit en 
provoquant des réflexions sur des points restés obscurs jusqu'au- 
jourd'hui. 

Je laisserai, de côté l'affirmation un peu trop absolue de M. Lôwy, 
suivant laquelle le dialecte des Moabites était inintelligible pour les 
Hébreux; cela ne résulte pas de Néhémie, xin, 24, 25, passage qui 
ne parle que du dialecte asdodéen, lequel était, en effet, un patois 
araméen. Je me bornerai aux choses de grammaire hébraïque, qui 
ne manquent pas d'un certain intérêt. 

P. 223. — Le soupçon émis contre la forme ^jN est peu fondé : un 
faussaire se serait plutôt servi des formes hébraïques "02K et ">2N. — 
P. 234. — L'existence, chez les Moabites, de noms composés avec le 
nom divin UJto^ est prouvée par le nom K a-mu-su-na-ad-bi = n^OTlD 
mentionné dans un texte assyrien — P. 235. — M L. eût mieux fait 
de laisser à l'école panaryaniste le soin d'expliquer 3>M par le persan 
mesch. — P. 236. — La séparation du "< voyelle du mot ^THn, en tète 
de la ligne 2, à son parallèle dans la mise du ■* de "HE* en tête de 
la ligne et ne constitue pas une irrégularité. — La construction 
. . ♦ ^i . . . ^ nN a p 0()r but de mar q Uer i a su ite immédiate des deux 

personnages et leur différence politique. — P. 237. — riNT ntt3!"î 
pour nNT!-» nto^rr est un trait remarquable d'archaïsme et se retrouve 
en phénicien. — ïirnp est un quartier deDibon et nullement la ville 
de Kerak, qui s'orthographie *yO. Avec cela disparait la difficulté 
soulevée par M. L. en ce qui concerne la situation de la stèle. — 
L'auteur critique, avec raison, la leçon 3M2E I>Ma] adoptée par 
MM. Smend et Socin, mais il a tort d'affirmer que la paronomasie 
•^îûri ^ est une imitation de Matthieu, i, 24 ; des jeux de mots sem- 
blables pullulent dans la littérature hébraïque. — P. 238. —J'ai quel- 
que peine à imaginer que ^ suivi de W ne puisse signifier « car ». 
En hébreu pur, il est vrai, on aurait omis la conjonction dans ce cas 
(Isaïe, xl, 2, passim). Au sens de « que », la construction V* W • **0 



BIBLIOGRAPHIE 317 

est très fréquente en hébreu, et l'on sait que la transition de « que » 
en « car » se constate aussi dans les autres langues sémitiques. Com- 
parez l'araméen 1 et l'éthiopien ÛpN. Rien n'empêche, du reste, de 
traduire ce passage : « Et j'ai fait cette bama en l'honneur de Che- 
mosch quand il m'a sauvé de tous les rois et quand il m'a vengé de 
tous mes eunemis » L'expression ''coia b^n ^îon a son parallèle dans 
W3 nnin ^"nata de P>aumes, cxvm, 5, mais n'en dérive pas : un 
imitateur aurait écrit ">:r*uN ban ■w ïl$r\n. Par watt, Mêscha entend 
les ennemis de toute espèce et non pas seulement ses adversaires 
sur les champs de bataille. L'emploi de ce terme est très correct. — 
Le"ï de Speo n'est pas sûr; l'original portait probablement tpNnn. — 
Le mot ">73"<n (1. 6, 10), « en mes jours », veut dire qu'a l'avènement 
de Mêscha, le roi d'Israël se proposait de continuer la politique ,vexa- 
toire de son père. — ÛW ^hfijj "OH bfinwn (1. 7, 4-7) ne saurait être 
l'antiphrase de W2"D ùy m3N (Nombres, xxi, 29) : un imitateur au- 
rait écrit ùb-tfb *nN mm dan. — Le rr de VOVra 1. 8, 2), fût-il éty- 
mologiquement incorrect, ne saurait être dû à un scribe moderne, 
lequel aurait plutôt gravé la forme biblique fromtt. — P. 239. — Je 
ne puis pas admettre la restitution HM " , 7û" 1 ">i£m m^" 1 (1. 8, 5-8) ; la 
lacune reste irrémédiable. — La répétition de "^a (1. 9, 3) accentue 
ici encore les mérites de Mêscha. — On traduit à tort mus» (9, 9) par 
« citerne », c'est, sans aucun doute, un arbre sacré de l'espèce cèdre; 
ar. NmtzîN, ass. askuhu, « cèdre féminin ». Comparez dn nantf îBJ'n 
ïmu)8n (I Rois, xvi, 33). — Les formes arabes de couleur comme 
Cjbn .dnnbrt ,întf constituent des archaïsmes remarquables et s'ex- 
pliquent par le voisinage du dialecte mixte des Nabatéens. Un faus- 
saire moderne ne les aurait pas adoptées. — P. 240. — *ipïrM d?n 
serait incorrect en hébreu; M. L. le remarque avec raison, mais, si 
l'existence de 12 se vérifiait, il faudrait l'accepter malgré nous. — 
rrn (1. 42, 2) est contracté de rn&jH, analogue à rvoa ^^V et n'a rien 
à voir avec le nom de rim = mjn. — L'hypothèse d'après laquelle le 
scribe aurait ajouté au nom.de Vfï un ï"ï gratuit est trop étrange; 
n'y insistons pas. La vérité est que le sens de •"HYl btfiN nous est 
inconnu. — P. 241. — mriE n'est nullement Machaerus, qui s'écrit 
"113», mais une ville moabite située entre l'Arnon et le Jabboc. — La 
coutume de traîner les ennemis devant les dieux est attestée par les 
textes assyriens, qui emploient aussi le verbe artD dans ce sens. — 
La construction hy thn n'est pas usitée en hébreu, mais elle n'est 
pas pour cela fautive dans-le dialecte de Moab. C'est aussi le cas de 
mniûn ypni2 (1. 15, 5, 6), qui serait en hébreu biblique -iffiDïi mb*îcf. 
Ces sortes de variations de dialecte à dialecte n"ont rien d'extraor- 
dinaire. — P. 242. — Le retour sporadique du D pour ) dans ûnn^rt 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et ùb3 est en lui-même aussi peu singulier que les hésitations ana- 
logues dans plusieurs passages bibliques. — La combinaison nniD? 
1D723 n'est pas encore bien claire, mais son authenticité ne souffre 
pas de doute : un moderne aurait écrit mnti33>. — En faisant abstrac- 
tion de la prononciation antique du tétragramme, il est évident que 
le scribe moabite devait accepter l'orthographe hébraïque ïTim Les 
scrupules de M. L. sont bien outrés. — P. 243. — Le sens de ïp nœ'n 
"•a iittnnbm est clair : le roi d'Israël avait pris Yahaç pour base de 
ses attaques contre Mèscha. Il faut lire ïimpb nmDEïi nns "part, 
« et j'ai fait tailler les pierres de taille pour construire Korha ». — 
P. 244. — Lire également Nil onrr ">5j « qui était détruit ». — Je ne 
trouve rien d'étrange dans l'omission du i suffixe dans tWDBMO. — 
Le verbe b$ tpi est fréquent en hébreu, et l'on n'a nullement besoin 
d'aller le chercher dans l'inscription d'Eschmounazar. 

En un mot, l'authenticité de la célèbre inscription de Dibon n'est 
pas ébranlée par la critique de M. Lôwy, mais le savant hébraïsant 
a, par ses observations incisives, servi la cause de l'interprétation. 
Qu'il en reçoive nos remerciements. 

J. Halévy. 



Lt, gérant, 

Israël Lévi, 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 

Brunschwicg (Léon). Les Juifs de Nantes et du pays nantais. . 80 
Derenbourg (J.). Mélanges rabbiniques. III. Quelques obser- 
vations sur le rituel 26 

Duval (Rubens). Notes sur la Peschitto 49 et 277 

Friedi^exder. Les Esséuiens 4 84 

Halévy (J.). Recherches bibliques. IX. Gaïnites et Séthites 1 

Kaufmann (David). Sens et origine des symboles tumulaires de 

l'Ancien-Testameut dans l'art chréiien primitif... 33 et 217 
KraCauer. Accusation de meurtre rituel portée contre les 

Juifs de Francfort au x vi e siècle 282 

Lambert (M.). Le traité de Para ponctué 269 

Loeb (Isidore). Histoire d'une taille levée sur les Juifs de Per- 
pignan en 1413-1414 55 

II. Le nombre des Juifs de Gastille et d'Espague au 
moyen âge. 161 

III. Notes sur l'histoire des Juifs en Espagne 254 

Neubauer (Ad.). Le Midrasch Tanhuma {fin) 92 



NOTES ET MÉLANGES. 



Blogh (Isaac). I. Kalifa ben Malka M 4 

IL Un permis de résidence 116 



320 REVUE DES ETUDES JUIVES 



BIBLIOGRAPHIE. 



Halévy (J.). Prolegomena eiues neuen hebràisch-aramàischen 

WÔrterbuch, par F. Delitz^h [fin) 4 46 

II. The apocryphal character of the Moabite Stone, par 

Rev. A . Lo vy 34 5 

Loeb (Isidore). Revue bibliographique 418 et 290 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



ACTES ET CONFÉRENCES 



DE la 



SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



DEUXIÈME ANNÉE 

(8° ANNÉE DE LA SOCIÉTÉ) 

1887 



ACT. ET CONF., T. I. 



LA 

PRÉDICATION JUIVE CONTEMPORAINE 

EN FRANCE 

C ONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

Par M. Albert GAIIEN 

Professeur de rhétorique au collège Rollin. 



Mesdames, Messieurs, 

De quelque reconnaissance que je me sente pénétré à l'égard de 
la Société des Études juives et de son éminent président, M. le grand 
rabbin Zadoc Kahn, ce n'est pas sans appréhension que je me. suis 
assis ce soir à cette place, d'où vous avez entendu parler tant de 
causeurs charmants, tant de personnages illustres, les maîtres de 
la science, de la pensée, de l'éloquence contemporaines. Du moins 
désirè-je, dès l'abord, prévenir un malentendu que je redoute. Je 
serais fâché que le titre un peu austère sous lequel cette conférence 
a été annoncée vous laissât croire que vous allez assister, ce soir, à 
une véritable et savante leçon. Faire des leçons, c'est un peu mon 
métier, je le sais ; non pas toutefois devant un auditoire comme 
celui-ci; car je n'ai pas encore accoutumé de parler en docteur dans 
une assemblée où ce sont les disciples qui tiennent la férule, tandis 



XCVI ACTES ET CONFERENCES 

que le professeur tout seul est exposé aux mauvais points. Au reste, 
pour discuter avec compétence de la prédication juive contempo- 
raine en France, il faudrait être sans doute un érudit théologien : je 
ne suis ni théologien, ni savant. Simple fidèle, profane même, si 
l'on veut, confondu dans la foule, j'ai entendu beaucoup de sermons 
juifs; grâce à l'inépuisable obligeance de M. Zadoc Kahn, de M. Isi- 
dore Loeb, de M. Israël Lévi, j'en ai lu davantage encore : j'ai 
voulu, pour ma propre satisfaction, essayer de noter les enseigne- 
ments généraux qui se dégageaient de tous ces discours, ainsi que 
les traits précis qui leur sont communs et par lesquels la prédication 
juive paraît se caractériser ; et c'est le résultat de ce modeste tra- 
vail que je vous apporte ce soir. 

Le public nourrit généralement d'assez fortes préventions contre 
l'éloquence religieuse. Tandis que les autres œuvres littéraires 
diffèrent entre elles suivant le temps où elles ont paru, le pays qui 
les a vues naître, le génie des auteurs qui les ont produites, on 
affecte de croire qu'un sermon ressemble nécessairement à tous les 
sermons, que, forcés de développer toujours les mêmes thèmes, les 
prédicateurs ne se distinguent que par les mérites de l'expression, 
et qu'ils restent tous, comme on l'a dit de l'un 4'eux, des diseurs 
plus ou moins sublimes de vérités ordinaires. On connaît la jolie 
boutade que M. Emile Augier prête à son Gibeyer 1 . 

M me de La. Vieuxtour. — Le P. Vernier a été admirable ce matin. Y 
étiez-vous, M. de Vrillière ? 

Le comte de Vrillière. — Je n'ai pas pu entrer. . . 

M me de La Vieuxtour. — Vous avez perdu. Il a eu sur la charité des 
pensées si touchantes, si nouvelles ! 

Giboyer, à fart. — A-t-il dit qu'il ne faut pas la faire ? 

Eh ! non sans doute, le P. Vernier n'a pas dit quïl ne fallût pas 
faire la charité. Mais si le P. Vernier est un grand orateur, c'est 
par des raisons que lui seul pouvait trouver, ou auxquelles les gens 
de son temps et ceux qui partagent sa foi seuls pouvaient s'inté- 
resser, qu'il a essayé de faire comprendre comment et pourquoi il 
nous faut aider, servir, aimer les misérables ; c'est par des argu- 

1 Le fils de (xiboyer, IV, 6. 



LA PREDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE XCVII 

ments tirés ou de son expérience personnelle de la misère humaine, 
ou du spectacle des infortunes lamentables qui affligent la société 
moderne, ou des nobles préoccupations dont ne peuvent s'empêcher 
d'être tourmentées les âmes les plus généreuses de notre temps ; ou 
bien, dédaignant, de parti pris, toutes les raisons humaines, tous les 
arguments de la philosophie, c'est, à l'exemple de Bossuet, de la 
contemplation même du mystère de la croix, de la vie et de la 
passion de Jésus-Christ, Dieu des pauvres, qu'il a voulu déduire 
tous nos devoirs envers les pauvres. La vérité, en effet, c'est qu'à 
l'égal des autres genres, à l'égal de la poésie dramatique ou de 
l'éloquence politique, l'éloquence religieuse, qui s'adresse à un 
public sans cesse renouvelé, pour lui parler en face de ses devoirs 
ou de ses intérêts souverains, se modifie, suivant les époques, les 
circonstances, les mouvements de l'opinion, les sentiments des 
auditeurs. L'histoire de la chaire française le prouverait au besoin. 
Quelle différence, toute idée de comparaison entre les talents étant 
d'ailleurs écartée, quelle différence entre les sermons d'un orateur 
du xvii e siècle et ceux des plus grands prédicateurs du xix c ! Dog- 
matique avec Bossuet, la prédication catholique devient morale avec 
Bourdaloue, philosophique avec Massillon et les meilleurs orateurs 
religieux du xviii siècle, raisonnable et raisonneuse avec M. de 
Frayssinous, romantique et lyrique avec le P. Lacorclaire ; les dis- 
cussions mêmes de l'économie politique ne l'ont pas, de nos jours, 
laissée indifférente. Est-il possible, dès lors, que la prédication juive 
contemporaine ne se distingue pas, elle aussi, par quelques carac- 
tères propres, et que ces caractères ne nous apparaissent pas clai- 
rement, si nous étudions tour à tour la forme et le fond des discours 
de nos rabbins? 

Ce n'est pas à dire toutefois qu'on ne puisse d'abord retrouver 
chez nos orateurs ces qualités essentielles, fondamentales, sans 
lesquelles il n'y a ni orateur, ni écrivain : la netteté du plan et de la 
composition, l'ordre, la solidité, l'abondance de l'argumentation. Je 
pourrais citer, par exemple, tel sermon sur la Foi et les Œuvres*, 
dans lequel l'orateur, après avoir établi, par des citations nom- 

1 Zadoc Kahn, Sermons et allocutions, l re série, p. 93. 



XCV1II ACTES ET CONFERENCES 

breuses, indiscutables, que, suivant la doctrine constante du ju- 
daïsme, la foi ne saurait suffire sans les œuvres, que même « l'étude 
et la connaissance de la loi ne sont pas l'essentiel, mais que c'est 
l'action, » montre, par une fine analyse, quelles conséquences se 
déduisent de ce principe : la préférence accordée à la charité active 
sur- un ascétisme stérile; la tolérance pour les doctrines, puisque 
c'est à ses œuvres qu'on doit juger l'homme et que Dieu le ju- 
gera; la pureté d'une morale où tout est pondéré, mesuré, et qui 
ne donne pas dans les exagérations périlleuses du mysticisme ; la 
rigidité enfin de la conscience juive, qui ne peut se décider à 
fournir aux actes blâmables la facile excuse de la direction d'inten- 
tion. Et toutes ces conséquences, incessamment rattachées au prin- 
cipe dont elles découlent, amènent elles-mêmes, en forme de conclu- 
sion, cette règle pratique : « Ne nous contentons pas d'une foi 
inerte, agissons : car le mérite de l'homme est surtout dans les 
œuvres. » 

Même finesse et même solidité dans l'argumentation par laquelle 
l'orateur se propose de justifier la prière 1 , cet acte religieux dont 
l'incrédulité a tant de fois essayé de prouver Tinanité. Tous les ins- 
tincts de notre être, dit l'orateur, nous poussent à la prière. — Ins- 
tincts aveugles ! répondent les incrédules. Car pensez-vous que votre 
prière puisse faire modifier à Dieu ses décrets éternels ? — Et qui 
donc, reprend l'orateur, * qui donc oserait marquer des limites à la 
bonté, comme à la puissance de Dieu? Qui aurait la prétention de 
soumettre à la mesure de son jugement borné l'Etre, qui, par sa 
nature même et sa perfection, échappe à toute mesure? » 

Mais il y a plus. Quand il serait vrai que la prière n'a pas la puis- 
sance de modifier en notre faveur le cours des choses, la prière n'en 
serait pas moins utile et nécessaire. Soit : Dieu n'a pas besoin de 
nos prières ou de nos actions de grâces pour discerner ce qu'il doit 
faire ou se payer de ce qu'il a fait ; mais nous en avons besoin : 
car, comme la prière seule, en nous arrachant aux préoccupations 
tristes et vulgaires de la vie terrestre, nous élève tous, humbles et 
puissants, jusqu'à Dieu, comme par elle seule nous lui parlons, nous 

1 Zadoc Kahn, Sermons et allocutions, 2° série, p. 39. 



LA PRÉDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE XC1X 

nous confions à lui, en elle seule nous trouvons, pour notre lassi- 
tude, notre faiblesse, notre douleur ou notre désespoir, refuge, 
appui, consolation, réconfort. Que répondre à une argumentation 
qui retourne ainsi la question, et qui, après avoir réfuté une pre- 
mière fois l'objection, veut bien feindre cependant d'en admettre la 
validité, afin de lui opposer une réponse plus décisive encore que la 
première ? 

Mais, si l'argumentation d'un sermon peut être forte, elle doit, du 
moins, être bornée dans ses développements, l'attention d'auditeurs 
bienveillants sans doute, mais souvent légers et médiocrement pré- 
parés aux méditations austères, risquant de se lasser trop tôt. La 
lettre pastorale, qu'on lit à loisir, peut s'épandre avec plus d'abon- 
dance, et je me voudrais mal de n'en pas citer ici au moins une, 
que j'extrais du Recueil de lettres pastorales et de discours d'inaugura- 
tion de M. Klein, grand rabbin de Colmar 1 , recueil que je qualifie- 
rais de magistral, si l'on en pouvait élaguer quelques redondances 
et faire disparaître quelques germanismes. Il est impossible qu'on 
ne soit pas frappé, en la lisant, comme je l'ai été moi-même, de 
l'ampleur et de la finesse d'une dialectique qui ne se soucie pas de 
reprendre à son service les arguments trop faciles d'une métaphy- 
sique élémentaire. 

Il s'agit ici, en effet, d'une démonstration de la Providence, et 
tout de suite la preuve téléologique, la preuve tirée de l'ordre de 
l'univers et des causes finales, se' présente à l'esprit de l'écrivain 
sacré : mais il l'écarté aussitôt, pensant qu'il appartient peut-être 
au philosophe de la développer, pour réfuter l'athéisme, mais qu'elle 
ne saurait suffire au prédicateur instruisant ses frères au nom de la 
foi. Sur quoi va-t-il donc appuyer sa croyance à l'intervention de 
la puissance divine dans les affaires humaines? Hardiment, sur les 
miracles. 

Mais on refuse, au nom de la raison-et de l'expérience, d'admettre 
l'authenticité des miracles attestés par l'Écriture. Eh bien ! accor- 
dons cause gagnée à l'incrédulité, ou plutôt ne nous occupons pas 
de ces miracles qu'elle conteste : mais il en est un au moins dont 

1 Colmar, 1863. 



ACTES ET CONFERENCES 



les effets durent encore ; un miracle permanent, qui continue de 
s'accomplir sous nos yeux : c'est l'existence même et la perpétuité 
d'Israël. 

Qu'on se demande, en effet, si c'est une œuvre humaine, non pas 
de donner à un peuple une constitution, mais de créer, à un moment 
précis, cette constitution de toutes pièces, et de la créer, dès l'ori- 
gine, immuable, quoique les constitutions paraissent aux hommes 
n'avoir ordinairement quelque chance de durée que lorsqu'elles sont 
l'œuvre du temps, comme les mœurs mêmes des peuples, et que le 
temps peut incessamment les modifier. 

Or, Israël, au sortir de l'esclavage et d'une abjection profonde, 
Israël tout entier dominé par les appétits sensuels et grossiers, 
Israël, peuple dur à manier, reçoit une constitution qui est en con- 
tradiction non seulement avec sa nature, mais avec toute la nature, 
toutes les lois fatales, tous les instincts brutaux de la nature, une 
constitution qui est devenue le code des sociétés modernes, et qui 
prêche l'amour du prochain, la charité, la tolérance, le respect de la 
dignité humaine, l'égalité, l'ordre, la liberté, et tous ces principes 
qu'Israël devait conserver au monde, mais que le monde ne devait 
reconnaître que trois mille ans plus tard ; et ainsi, en même temps 
que la destinée d'Israël est fixée, l'avenir du monde est prédit 
trente siècles à l'avance. 

Ici la démonstration, qui, vous vous le rappelez, avait commencé 
par faire la part la plus large possible à l'opinion de l'adversaire, 
pourrait paraître enfin terminée. Mais non : l'écrivain redoute 
encore de nouvelles objections et leur oppose par avance des ar- 
guments multiples. 

On discute, dit- on, sur la date à laquelle cette constitution 
d'Israël a pu être rédigée : mais qu'aura- t-on gagné, si l'on prouve, 
en admettant qu'on y puisse arriver, qu'elle a précédé de vingt-cinq 
siècles, et non de trente, l'avènement dans les sociétés modernes 
des principes qu'elle proclame ? 

On objecte encore que cette constitution, prétendue divine, oblige 
Israël à bien des pratiques mesquines, qui ne méritent pas que Dieu 
s'intéresse à les voir accomplies. — Mais d'abord qui donc est juge 
de ce qui est digne ou indigne de la majesté divine? — Qui donc, 



LA PRÉDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE CI 

ensuite, nierait l'utilité de ces pratiques, dont les unes, nous rappe- 
lant des souvenirs historiques, servent par là de soutiens au dogme 
lui-même, tandis que les autres habituent notre corps à souffrir les 
privations de toute sorte et nous font plus forts pour les jours 
d'épreuve (l'histoire de nos aïeux l'a prouvé) ? — Enfin, prenons 
garde que discuter sur une seule des prescriptions divines, c'est 
ébranler les autres, et qu'il faut ou les accepter toutes, car toutes 
émanent de la même autorité, ou les rejeter toutes, même celles qui 
protègent et assurent l'ordre de la société tout entière. 

La conclusion de cette ample argumentation est facile à déduire : 
nous ne pouvons nier qu'il n'y ait quelque chose de miraculeux dans 
la destinée d'Israël et dans la loi dont il a été le dépositaire ; il faut 
donc avouer qu'une force supérieure, providentielle, intervient dans 
les affaires du monde. 

Mais il ne peut nous suffire de montrer que nos meilleurs pré- 
dicateurs ne sont pas inférieurs aux grands orateurs chrétiens dans 
l'art de composer un discours, d'ordonner un développement, de 
nourrir une démonstration d'arguments solides et bien liés : nous 
n'avons pas promis de faire voir seulement qu'ils sont égaux, mais 
qu'ils sont différents. 

A vrai dire, leur originalité se montre déjà dans le développe- 
ment de certains thèmes communs aux prédicateurs de toutes les 
religions, l'utilité de la douleur par exemple. On sait que dans son 
beau sermon sur la Providence, prêché en 1662 \ Bossuet n'a, en 
réalité, traité que de cette question de l'existence du mal dans le 
monde et de la répartition, injuste en apparence, des biens et des 
maux. Après avoir réfuté les théories d'une philosophie orgueilleuse, 
qui s'obstine à nier que le sage soit sensible à la douleur, et les dis- 
cours d'une aveugle superstition, qui veut toujours voir, dans le 
malheur dont un homme est frappé, une marque de la réprobation 
divine, Bossuet se réfugie, pour convaincre les incrédules, au fort 
même de l'objection que les incrédules lui présentent : oui, dit-il, le 
mal existe sur la terre et les hommes vertueux sont souvent mal- 

1 Je ne rappelle ici que pour mémoire que nous avons deux sermons de Bos- 
suet Sur la -Providence, dont Floquet et Gandar ont rétabli les dates longtemps 
méconnues, l'un prêché à Dijon en IC5G, Fautre au Louvre en ÎC62. 



GII ACTES ET CONFÉRENCES 

heureux ; mais le dogme du jugement dernier nous fait comprendre 
la raison de cette espèce de désordre : car qui dit jugement, fait 
entendre un discernement; or il ne peut y avoir discernement que 
s'il y a eu d'abord mélange; et voilà pourquoi les bons et les mé- 
chants, qui seront distingués plus tard, doivent d'abord être confon- 
dus, et pourquoi les biens et les maux paraissent se répartir sur la 
terre sans règle et sans loi. 

Il semble qu'à cette démonstration si forte, il ne reste rien à 
ajouter. L'orateur juif y ajoute cependant, et, après avoir, lui aussi, 
justifié les tristesses du présent par les espérances de l'avenir, il 
veut trouver dans notre vie terrestre elle-même un nouveau motif 
de croire à l'utilité et à la nécessité de la douleur, et j'ose dire un. 
motif où se révèle la tendresse naturelle du cœur de l'Israélite : 
c'est par la douleur que nous apprenons à être bons et compa- 
tissants : 

Pareille à cette verge miraculeuse du grand prophète, qui, d'un ro- 
cher nu et aride, tira des flots d'une eau limpide et bienfaisante, elle 
fait jaillir de notre sein des sources inépuisables de pitié, de sympathie, 
de charité. Rien ne rend sensible aux malheurs d'autrui comme d'avoir 
souffert soi-même. C'est là cette communauté de souffrances dont parle 
le poète en termes si touchants, et qui a tant d'empire sur les nobles 
âmes. Notre divine Thora en a bien compris la puissance, elle qui ne 
cesse de rappeler à Israël ses commencements difficiles et les rudes 
épreuves qui ont affligé sa jeune nationalité, dans l'unique but de lui 
apprendre à devenir doux et humain, et à entourer tous les êtres, surtout 
les faibles et les malheureux, d'un amour généreux et d'une sollicitude 
infatigable. Presque toutes nos prescriptions de charité publique ou 
privée, nos lois de protection en faveur des déshérités de la terre, sont 
accompagnées de ces mots : « Souviens-toi que tu as été esclave en 
» Egypte. » Et à vrai dire, aucun autre commentaire, aucun autre ex- 
posé de motifs ne pourrait être plus expressif, ni prétendre à plus d'au- 
torité *. 

Combien d'autres exemples ne trouverions-nous pas de ces déve- 
loppements dont le thème est connu, mais que l'orateur juif renou- 
velle en les soutenant d'un sentiment original, personnel. C'est ainsi 
que tous les orateurs ont parlé de la douceur du mot de patrie : 

1 Zadoc Kahn, Sermons et allocutions, l re série, p. 89-90. 



LA PREDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE CM 

mais l'orateur juif la ressent plus que tout autre : les Juifs ont été 
si longtemps privés de patrie l ! 

Mais j'ai hâte d'arriver à ce qui fait, par dessus tout, le ca- 
ractère propre de la prédication juive, j'entends de la prédication 
juive la plus récente, de la prédication contemporaine. Car il faut 
bien l'avouer : les premiers rabbins du xix' siècle qui ont du parler 
en français, sans règles, sans tradition, ont fait ce que font tous les 
débutants : ils ont imité les seuls modèles qu'ils eussent sous les 
yeux, c'est-à-dire les grands orateurs chrétiens du xvn c siècle. On 
retrouverait aisément des traces curieuses de cette imitation. 

Dans un passage de son célèbre sermon pour la fête de TEpi- 
L>l>anie, Fénelon fait une description très animée de la vie et des 
ardeurs des néophytes chrétiens du Nouveau-Monde : 

Là, on court pour baiser les pieds d'un prêtre quand il passe ; là, on 
recueille avec soin, avec un cœur affamé et avide, jusqu'aux moindres 
parcelles de la parole de Dieu qui sort de sa bouche. Là, on attend avec 
impatience, pendant toute la semaine, le jour du Seigneur, où tous les 
frères, dans un saint repos, se donnent tendrement le baiser de paix, 
n'étant tous ensemble qu'un cœur et qu'une âme. Là, on soupire après 
la joie des assemblées, après les chants des louanges de Dieu, après 
le sacré festin de l'Agneau. Là, on croit voir encore les travaux, les 
voyages, les dangers des apôtres, avec la ferveur des Églises nais- 
santes. • • 

Le développement continue encore assez longtemps, se reprenant 
sans cesse à cet adverbe là, mis en tête de chaque phrase : l'accent 
en est d'ailleurs chaleureux; mais le dessin en semblera peut-être 
un peu facile : il ne pouvait manquer d'être imité, et je ne m'étonne 
pas beaucoup de trouver dans un sermon juif, vieux déjà de près de 
trente-cinq ans, une page qui rappelle de très près celle de Fénelon. 
L'orateur parle de la célébration du Sabbath, au temps de nos aïeux, 
dans les lieux consacrés au culte : 

Là, dit-il, on venait renouveler cette force morale, ce courage et ces 
sentiments d'abnégation qui faisaient supporter, pour la gloire de Dieu 
et de la religion, toutes les épreuves et toutes les souffrances. Là on ve- 

1 Zadoc Kahu, Sermons et allocutions, l ro série, p. 245. 



cfv ACTES ET CONFÉRENCES 



nait remercier des succès et des satisfactions de la semaine l'auteur de 
toute bénédiction et de toute félicité. Là on prenait la résolution de ne 
pas user de toutes les faveurs du ciel pour assouvir les besoins égoïstes 
et les appétits grossiers de l'homme charnel. . . Là. . . la famille israélite 
venait se retremper dans la pratique de toutes les vertus domestiques. . . 
Là les parents israélites puisaient dans la conscience de leurs devoirs 
et de leur mission la force de diriger leur famille dans la voie du bien. . . 
Là aussi les enfants de tout âge venaient apprendre à ne pas suivre le 
torrent destructeur de la légèreté et de la dissipation. . . ; là ils appre- 
naient à respecter les enseignements de leurs pères ! . . . 

Je n'insiste pas : l'imitation est évidente; ou, si l'on veut, il est 
évident que l'orateur, dont je viens de citer un fragment, a dû se 
proposer pour modèles les amples développements des prédicateurs 
du xvii siècle et chercher à recueillir et à s'approprier leurs pro- 
cédés. 

Mais à mesure que le judaïsme français s'éloigna des premières 
années de son affranchissement et que les rabbins prirent davantage 
conscience de leurs forces et de leur talent, on comprit mieux l'in- 
conséquence d'un système qui, sans tenir compte de la différence 
profonde des auditoires, cherchait à emprunter aux Massillon, aux 
Fénelon, aux Bossuet, leur langue, leurs tours, leur manière. Déjà 
en 1855, dans une suite de courageux articles 2 , M. Wogue se plai- 
gnait que les enseignements de nos prédicateurs fussent trop peu 
précis et leur langue trop peu familière : il demandait instamment 
à nos rabbins de prononcer des sermons vraiment juifs. C'est préci- 
sément là la tâche que se sont imposée les prédicateurs israélites du 
dernier tiers de ce siècle ; c'est l'honneur de quelques-uns d'entre 
eux d'y avoir réussi. 

Sans entrer dans l'étude particulière de leurs œuvres, je veux 
du moins signaler un petit nombre de leurs procédés habituels, ceux 
qui donnent enfin à la prédication juive un caractère séduisant d'o- 
riginalité. 

On conçoit d'abord que l'histoire des Israélites, soit avant, soit 
depuis la dispersion, si variée, si pleine de faits et d'enseignements, 

1 D. Marx, Sermon sur le culte jmblïc, Bordeaux, 1853. 

2 Parus dans le journal Le Lien d'Israël, Mulhouse, 1855- 1856. 



LA PRÉDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE CV 

ait fourni à nos orateurs la matière de plus d'un développement . 
Ils se plaisent à évoquer le souvenir de quelques scènes sublimes ou 
touchantes de la vie juive dans l'antiquité ou pendant le moyen âge. 
C'est ici le tableau grandiose des cérémonies de Kippour dans le 
sanctuaire ancien : 

L'heure solennelle a sonné ; c'est le dixième jour du septième mois ; 
c'est le jour des Expiations. Le peuple hébreu remplit les saints por- 
tiques, et le chef suprême du culte, le grand pontife officie en personne. 
Entouré des anciens de la tribu sacerdotale, il offre les oblations et les 
sacrifices prescrits, et se dirige vers le Lieu, saint entre tous, où sont 
déposées les Tables de la Loi. Dès qu'il y a pénétré, il sort de sa bouche 
une prière instante, une confession publique; il prie pour lui-môme, 
pour les siens, pour les chefs, pour le peuple tout entier ; lui, le pre- 
mier de tous par la sainteté, par le mérite, par la dignité, il avoue hau- 
tement les fautes qu'il a pu commettre ; il se fait l'interprète du repentir 
de tous, et, pour tous, aussi bien que pour lui-même, il demande le 
pardon du Ciel : « Grâce, Seigneur, s'écriait-il, le front prosterné sur les 
dalles sacrées ; nous avons péché ; nous avons transgressé tes volontés 
saintes ; nous avons été pervers, moi, ma maison et tout ton peuple 
Israël. Pardonne-nous les transgressions dont nous nous sommes rendus 
coupables, pardonne-nous, ainsi que le promet ta loi. » Les prêtres et le 
peuple, réunis dans le parvis du Temple, s'agenouillaient à leur tour, 
après avoir entendu l'invocation du pontife, et s'écriaient : « Béni soit 
à jamais le nom du Roi glorieux des mondes l . » 

Là, nous entrons, avec nos aïeux, dans ces temples du moyen 
âge, où leur âme s'épanouissait, où leur courage se retrempait, au 
sortir des épreuves, des tristesses et des humiliations : 

Au dehors la haine s'acharnait contre eux ; dans leurs temples, ils 
se sentaient réchauffés par les rayons de l'amour. Au dehors, ils n'en- 
tendaient que menaces, malédictions, railleries insultantes ; dans leurs 
temples, Dieu parlait à leur cœur pour les consoler et les soutenir. 
Au dehors, ils étaient obligés de se faire humbles et petits ; dans leurs 
temples, ils se relevaient avec fierté, confiants dans la bonté de leur 
cause, pénétrés de la grandeur de leur mission. Ah ! quelles brûlantes 
invocations s'échappaient de leur âme pendant ces heures bénies où ils 
se sentaient près de Dieu ! Comme ils savaient exhaler leur douleur dans 

1 Astruc, Entretiens sur le judaïsme, p. 77. #> 



GVI ACTES ET CONFÉRENCES 



ces poignantes Selichoth, où retentit comme une plainte éternelle, et 
qui nous arrachent encore des larmes aujourd'hui ! Comme ils sor- 
taient de là animés d'une nouvelle énergie pour affronter de nouveaux 
dangers 1 ! 

Au même titre que les récits de l'histoire, les légendes pieuses de- 
vaient solliciter l'attention de nos prédicateurs. On sait que l'imagi- 
nation d'Israël a déployé une fécondité extraordinaire dans l'inven- 
tion des contes édifiants, et l'on ne s'étonnera pas que les orateurs 
religieux aient puisé à pleines mains dans cet inépuisable trésor, 
pensant avec raison que ces belles histoires, si caractéristiques, ne 
manqueraient pas de piquer la curiosité de leurs auditeurs ou de ré- 
veiller chez eux ces souvenirs d'enfance, toujours si chers au cœur 
de l'homme. 

Si Peau d'Ane m'était conté, 
J'y prendrais un plaisir extrême. 

Les légendes juives ont sur Peau d'Ane bien des avantages. 
Beaucoup moins compliquées que le vieux conte, elles sont beau- 
coup plus morales et plus instructives. Ce ne sont point des fées ri- 
dicules ou frivoles qui y remplissent les premiers rôles ; c'est Dieu, 
les anges, les patriarches : le merveilleux est là d'une incomparable 
grandeur. Mais toutes ces histoires ne sont pas merveilleuses ; beau- 
coup mettent en scène des hommes ; — des rabbins, des sages, je le 
veux ; — quoi qu'il en soit, des hommes, qui, comme nous, sont 
heureux ou malheureux, comme nous souffrent ou espèrent, aux fai- 
blesses desquels nous pouvons compatir, sans qu'il nous soit permis 
de récuser l'exemple de leurs vertus. Et comme ces personnages 
sont vivants ! vivants comme toutes les créations de l'imagination 
populaire. Ici les exemples abondent; mais je ne veux citer qu'une 
seule de ces histoires, une des plus touchantes que nos prédicateurs 
nous aient racontées : elle est bien célèbre, mais j'espère que ceux 
mômes d'entre vous pour qui cette citation ne sera pas nouvelle, ne 
l'entendront pas cependant encore une fois sans plaisir. 

Un samedi que Rabbi Méir enseignait 'la loi à ses disciples, ses deux 

1 Zadoc Kahn, Sermons et allocutions, t re série, p. 161. 



LA PREDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE CVII 

enfants mouraient à la maison atteints d'un mal subit. Beruria, la pieuse 
femme de Rabbi Méir, ne voulant pas troubler, pour son mari, la sain- 
teté du jour du Sabbat, prit les cadavres des deux enfants, les déposa 
dans une pièce retirée de son appartement; puis, composant son visage 
et dévorant ses larmes, elle attendit son mari. Il revint à l'heure de midi 
et demanda : « Où sont les enfants ? — Tu les verras plus tard, répond il 
Beruria ; prends ton repas et va rejoindre tes disciples. » Kabbi Méir 
repartit et ne rentra qu'à la nuit. Il demanda une seconde fois : « Où sonl 
les enfants? — Tu les verras tout à l'heure, répondit Beruria; récite, 
en attendant, la prière de Habdala ». Quand il eut récité cette prière, 
Beruria s'approcha de lui et lui dit : « Maître, j'ai une question à t'a- 
dresser. Il y a quelques années, un homme, que ses affaires forcèrent à 
s'expatrier, me confia deux pierres précieuses d'une très grande valeur . 
Il est revenu et il me. réclame le dépôt qu'il a remis naguère entre mes 
mains. Suis-je tenue de le lui rendre? — Peux-tu bien m'adresser une 
pareille question? s'écria Rabbi Méir. Ne sais-tu pas qu'un dépôt n'est 
pas une propriété ? » Il eut à peine prononcé ces mots que Beruria le 
prit par la main, le conduisit dans la chambre où étaient étendus les 
cadavres des deux enfants, et, enlevant le drap- qui les recouvrait, elle 
dit : « Voilà aussi deux pierres précieuses, deux trésors que le Sei- 
gneur nous avait confiés. Il nous les redemande aujourd'hui. Souviens- 
toi des paroles que tu as prononcées tout à l'heure : un dépôt n'est pas 
une propriété. » Rabbi Méir baissa la tête ; des larmes silencieuses cou- 
lèrent le long de ses joues ; puis, relevant ses regards vers le ciel, il ré- 
cita les paroles de Job : l'Éternel a donné, l'Éternel a repris : que le 
nom de l'Éternel soit béni { ! 

Enfin, l'un des caractères encore qui contribuent à donner aux 
sermons des rabbins leur physionomie propre, c'est la familiarité du 
ton, de l'expression, des peintures. Songeons, en effet, que l'audi- 
toire auquel s'adressent nos rabbins est très différent de celui devant 
lequel les prédicateurs catholiques parlent le plus souvent. Ceux-ci 
ont à instruire des auditeurs très nombreux et dont ils ne peuvent 
connaître un peu familièrement qu'une très faible partie ; de là, 
presque toujours, pour eux, la nécessité des enseignements généraux 
et du style soutenu. Tous les membres, au contraire, de la petite 
communauté qui se presse autour du rabbin lui sont connus ; les 
grandes communautés elles-mêmes ne sont encore qu'une minorité 
restreinte et distincte au milieu des flots de population dans lesquels 

1 Cité par M. Isaac Lévy, Eloge funèbre de Léon Tréfousse, Vesoul, 1874. 



CVII1 ACTES ET CONFÉRENCES 

elles sont noyées ; ajoutez à cela le petit nombre des régions dont 
sont originaires la plupart des familles juives françaises de notre 
temps, et vous comprendrez que le rabbin, parlant à des gens dont 
il connaît et le nom, et la famille, et l'origine, et le caractère, et 
les mœurs, et l'esprit, et la fortune, puisse prononcer, sous le nom 
de sermons, de véritables et charmantes homélies, au sens étymo- 
logique et familier du mot. Quand M. Isidore Loeb, par exemple, 
dans un sermon sur les devoirs des petites communautés l t qu'il a peut- 
être oublié aujourd'hui, mais que j'ai trouvé, pour ma part, bien 
du plaisir à relire, faisait, devant des auditeurs provinciaux, un 
tableau des vanités et des rivalités mesquines qui sont le fléau des 
petites villes, avec une verve digne de La Bruyère et de Picard, 
tempérée cependant par un grand esprit da charité, ce n'était pas à 
tout le monde, aux inconnus, aux premiers venus, que son discours 
s'adressait, mais expressément à ceux qui devaient l'entendre, et 
c'étaient de leurs affaires, de leurs intérêts, de leurs travers, non 
des intérêts ou des travers généraux de l'humanité que l'orateur les 
entretenait. Quand le grand-rabbin de Paris, la plus grande com- 
munauté de la France cependant, parle, dans un de ses sermons, des 
jeunes gens « instruits, éclairés, appliqués avec passion à l'œuvre 
de la science, des lettres, des arts, de l'industrie, » qui ne sont pas 
cependant brouillés avec le judaïsme, avec ses doctrines et ses pra- 
tiques : « J'en connais, dit-il, et vous en connaissez aussi qui ont un 
savoir étendu, un talent incontesté, une haute situation, le droit 
d'avoir toutes les ambitions, et qui ont conservé la foi de leurs 
jeunes années, qui savent ce qu'ils doivent au culte de leurs pères, 
et sur lesquels la religion peut compter comme sur son meilleur ap- 
pui 2 ; » ce n'est pas là un mouvement oratoire, un vain artifice de 
rhétorique, mais l'expression même de la vérité ; car il n'est pas un 
seul des membres de la communauté à qui s'adressait l'orateur, qui 
n'eût pu, en même temps que lui, nommer par leur nom ces jeunes 
gens, célèbres dès l'école, savants, modestes, respectueux, dont il 
proposait l'exemple à l'imitation de tous. 

1 Sermons, Saint-Etienne, 1866. 

2 Zadoc Kahn, Sermons et allocutions, 2 e série ; La jeunesse Israélite et le 
judaïsme. 



LA PREDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE GIX 

Autre milieu, autre tableau, toujours du genre intime. L'orateur 
parle des bienfaits de l'instruction à d'humbles familles juives, as- 
semblées pour voir distribuer des prix à leurs enfants, et, voulant 
montrer que le judaïsme a de tout temps favorisé l'instruction popu- 
laire, il fait appel à la mémoire de ses auditeurs : 

Reportons-nous, dit-il, de cinquante ans en arrière. Peut-être quel- 
ques-uns d'entre vous. Messieurs, ont encore vu ce qu'on appelait alors 
le Héder. On a beaucoup ri de ces modestes établissements, mais je vous 
assure qu'ils valaient beaucoup mieux que leur réputation. Chaque com- 
munauté, si pauvre, si petite qu'elle pût être, avait à cœur d'avoir son 
Héder ; et là, dans une chambre nue, de misérable apparence, et qui sou- 
vent n'avait pour tout mobilier qu'une table boiteuse et quelques chaises 
estropiées, on apprenait d'abord à lire et à écrire, ce qui, pour le mo- 
ment, parait être le comble de l'instruction élémentaire ; mais on appre- 
nait aussi à approfondir l'Écriture Sainte, on étudiait la Bible et ses 
commentaires ; on traduisait les prières du rituel. A cette époque, un 
Israélite qui ne savait ni lire ni écrire était une espèce de phénomène 
curieux, et celui qui ne savait que cela, s'attirait infailliblement le nom, 
toujours si redouté chez nous, de am-haaretz, d'ignorant x . 

Le tableau ne vous paraît-il pas d'une aimable et piquante fami- 
liarité? Il n'est pas jusqu'à ces vieux mots hébraïques dont l'emploi 
ne soit comme un lien de plus entre l'orateur et les vieillards de son 
auditoire, débris d'une époque plus éloignée de nous encore par ses 
mœurs que par le temps qui nous en sépare, et où les Israélites, du 
moins les plus humbles, les moins mêlés au grand courant du monde, 
s'exprimaient en hébreu (un hébreu farci d'allemand) plus couram- 
ment et plus volontiers qu'en français. Pour moi, il me semble que 
je vois toutes ces vieilles figures s'animer et sourire à cette évoca- 
tion du passé, tous ces grands-pères hocher la tête comme pour 
montrer à l'orateur qu'ils le comprennent et qu'ils le goûtent, et 
se répéter l'un à l'autre, à leur manière, dans leur langage, avec 
moins de finesse sans doute que Sophie Arnould, mais avec autant 
de sincérité, le fameux mot de la cantatrice : « Ahl le bon temps, 
que celui où nous étions si malheureux ! » 

Ce caractère de familiarité, qu'on remarque dans la prédication 

1 Zadoc Kahn, Sermons et allocutions adressés à la jeunesse israélite. 

ACT. ET CONF., T. I. 9 



CX ACTES ET CONFERENCES 

juive, s'explique, nous l'avons dit, par le petit nombre des fidèles 
auxquels s'adresse le prédicateur. Mais il faut encore tenir compte 
de l'importance que les Israélites ont toujours attachée à l'idée de 
famille : c'est comme une grande famille que le prédicateur veut à 
dessein considérer la communauté qu'il est chargé d'instruire, et ce 
sont ainsi ses sentiments, sentiments qu'on trouve au fond de toute 
âme juive, qui exercent tout d'abord une influence sur la forme de 
ses ^sermons. Il est donc temps maintenant de pénétrer plus avant 
dans notre étude et d'examiner de plus près les idées et les sen - 
timents mêmes dont sont nourris les discours de nos orateurs. 

Non que je veuille précisément insister sur cette idée de la fa- 
mille, qui tient une telle place dans la prédication juive ; caries 
vertus de la famille juive sont presque proverbiales et les plus mal- 
intentionnés n'ont jamais essayé d'élever sur ce point la moindre 
contestation. Mais n'est-il pas au moins un membre de la famille, 
une personne, sur le rôle de laquelle il serait bon de savoir quelle 
est, en définitive, l'opinion des rabbins et des prédicateurs : la mère, 
la femme ? 

Combien de fois a t-on reproché au judaïsme son prétendu mériris 
de la femme ! Et, à prendre certains aphorismes à la lettre, il est 
certain qu'on en trouvera plus d'un qui semblera donner raison aux 
détracteurs de parti pris. Eh ! oui, je le sais, parmi les quatre sortes 
d'hommes qui échapperont à l'enfer, le Talmud dit qu'il faut ranger 
ceux qui ont eu une mauvaise femme *, — Sur dix mesures de ba- 
vardage qui ont été départies au genre humain, dit encore le Tal- 
mud, les femmes en ont pris neuf pour elles 2 , — Enfin, pour qu'on 
ne me reproche pas de rien laisser dans l'ombre, voici une dernière 
citation qui, sans doute, paraîtra en résumer beaucoup d'autres : 
<c Lorsque Dieu, dit le Midrasch 3 , se fut décidé à créer la première 
femme, il se dit : « Quelle partie du corps d'Adam vais-je employer 
» pour former la femme? Je ne veux pas la former de l'œil, pour 
» qu'elle n'ait pas les yeux hautains; ni de l'oreille, de peur qu'elle 
» ne devienne trop curieuse ; ni de la bouche, pour qu'elle ne soit pas 

1 Schuhl, Sentences et proverbes du Talmud et du Midrasch, J27Û. 

2 Id., ibid., 1180. 

3 Ib., ibid ,250. 



LA PRÉDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE CXI 

» trop bavarde; ni du pied, pour qu'elle n'aime pas trop à courir : 
» je vais la former d'une côte, une des parties du corps les plus 
» cachées, et, de cette manière, elle sera portée à l'humilité. » — 
Eh bien ! malgré toutes ces précautions, la femme a précisément 
tous les défauts que le Créateur tenait à éloigner d'elle. » 

On pourrait ainsi accumuler bien des sentences du Talmud et du 
Midrasch assez peu favorables aux femmes. Mais, messieurs, c'est 
ici le cas de se rappeler le mot de Pascal sur Platon et sur Aristote : 
« On ne s'imagine, dit-il, Platon et Aristote qu'avec de grandes robes 
de pédants. C'étaient des gens honnêtes et comme les autres, riant 
avec leurs amis, et quand ils se sont divertis à faire leurs Lois et 
leur Politique, ils l'on fait en se jouant » . » J'inclinerais assez à croire 
qu'on en peut dire autant des docteurs du Talmud, et que, comme 
l'indique quelque part M. Loeb 2 , il ne suffit pas de lire ou d'entendre 
lire tout sèchement des passages tels que ceux que nous avons cités, 
il faudrait voir aussi le jeu des physionomies, le sourire qui devait 
accompagner ces traits d'esprit ou de satire et qui montraient bien 
que de telles boutades étaient pure plaisanterie et que ce jour-là l'é- 
cole était d'humeur folâtre. Non, en effet, nous ne devons pas prendre 
les attaques des talmudistes contre les femmes plus au sérieux que 
les amusants propos de nos vieux conteurs français et des auteurs 
comiques de tous les temps et de tous les pays. Car, en regard de 
ces malignes indications, on peut placer trente, cinquante maximes 
des mêmes talmudistes, cette fois tout à l'honneur des femmes. Il 
faut, disent-ils, aimer, honorer, respecter, consulter sa femme, se 
baisser, si elle est petite, pour écouter ses conseils 3 . Gloire suprême 
enfin : « C'est, disait Rabbi Akiba, par le mérite des femmes justes 
qui étaient en ce temps-là, que les Israélites ont été sauvés en 
Egypte. » Mais, ici encore, une seule citation suffira : car c'est d'a- 
près les livres sacrés qu'en prononçant l'éloge funèbre d'une femme 
illustre dont on déplorait ce soir même ici la mort, l'orateur com- 
posait le portrait suivant de la femme juive : 

1 Ed. Havet, t. I, p. 85. 

2 Revue des Etudes juives, u° 18, p. 307. 

3 Schuhl, Sentences et proverbes du Talmud et du Midrasch, 44, 171, 440, 971, 
974, etc. 



CXII ACTES ET CONFÉRENCES 

La femme, telle que la connaît la littérature du judaïsme, est l'appui 
de son époux ; elle est la couronne de celui dont elle porte le nom et 
partage la destinée ; Dieu ne saurait faire à l'homme un don plus pré- 
cieux, car avec elle la bénédiction pénètre dans la famille. Sa sagesse 
établit la maison sur des fondements sûrs et inébranlables. Aussi, son 
époux met-il toute sa confiance en elle, car il sait que son bonheur et 
son honneur sont entre de bonnes mains. Plus encore que lui, elle veille 
à l'éducation de ses enfants, elle sème dans leur âme tous les grands et 
bons sentiments, et le Sage ne perd pas une occasion de leur prêcher 
une soumission tendre et constante à une autorité aussi douce et aussi 
sacrée. 

Si dévouée qu'elle soit au bien-être de sa famille, elle sait que le 
monde ne s'arrête pas aux limites de son foyer, elle pense à tous ceux 
qui sont dans la peine, son cœur s'émeut de pitié et sa main s'ouvre 
comme d'elle-même. Si elle a le cœur bon et compatissant, elle a aussi 
l'esprit élevé, et de ses lèvres coule un enseignement plein de sagesse, 
de grâce et de douceur. 

Elle suit ainsi sa voie, remplissant dans toute son étendue la mission 
que Dieu a confiée à la femme, répandant joie, contentement, paix et 
bonheur autour d'elle. C'est que ses vertus tirent leur origine d'un sen- 
timent supérieur, qui est la source féconde de ce qui est grand et beau, 
le sentiment religieux, la foi en Dieu. C'est pourquoi son époux est fier 
de la voir à ses côtés ; ses enfants à l'envi proclament ses louanges, et, 
le parfum de sa légitime renommée se répandant bien au-delà de son 
foyer, tous reconnaissent et admirent la beauté de son âme, la noblesse 
de son cœur et la distinction de son caractère '. 

Je voudrais, messieurs, pouvoir ainsi passer en revue les différents 
sujets traités par nos prédicateurs, afin de donner par là une idée 
de leur doctrine, aussi complète que possible. Mais le temps m'est 
mesuré, et peut-être n'emporteriez-vous pas une impression bien 
nette de ces multiples et trop rapides indications. J'arriverai plus 
sûrement à mon but en essayant de vous montrer quels sont les 
caraetères les plus frappants de cette doctrine. 

J'en signalerai deux : la simplicité et la modération. 

Quelque soit, en effet, le nombre des dogmes que la théologie juive 
peut avoir établis, il n'en est guère qu'un seul que nos prédicateurs 
s'attachent à enseigner, parce que, de ce dogme seul, tous les devoirs 

1 Zadoc Kahn, Oraison funèbre de M me la baronne James de Rothschild, douai- 
rière, prononcée le 9 septembre 1886. 



LA PRÉDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE CX1II 

des hommes découlent naturellement: « Il existe un Dieu, un, saint, 
créateur du monde, ayant fait l'homme à son image. » Et de là se 
déduit pour nous l'obligation d'aimer les hommes comme nous ai- 
mons Dieu, à la ressemblance duquel ils ont été créés ; de les res- 
pecter, comme nous nous respectons nous-mêmes, puisque nous 
sommes tous frères, nés du même père ; de là, la nécessité de cet 
esprit de tolérance, qu'on croit une vertu moderne, mais que nos 
vieux rabbins avaient déjà glorifié : car quelle plus belle leçon de 
tolérance que cet admirable et poétique apologue du Midrasch ? 

Israël venait d'échapper à la persécution égyptienne. Il n'avait pas 
seulement réussi à briser les fers de l'esclavage ; un obstacle épouvan- 
table s'était dressé devant lui ; les flots lui avaient barré le passage : 
maisMl avait vaincu jusqu'aux éléments et traversé la mer Rouge à pieds 
secs. Et les anges, amis de notre peuple, s'étaient réjouis dans les cieux 
élevés ; ils se préparaient, pour célébrer cette merveilleuse victoire, à 
entonner un chant de triomphe ; mais Dieu les en empêcha en leur di- 
sant : « Eh quoi ! toute une nation est aujourd'hui plongée dans le 
deuil ; elle pleure non-seulement la mort de ses premiers nés, mais en- 
core celle de ses plus illustres guerriers, dont les cadavres sont semés 
sur les bords de la mer Rouge ; l'Egypte est dans la désolation ; et vous 
voudriez chanter ! Non, non, cette victoire m'a coûté trop cher ; pleurez 
avec moi la perte de mes enfants égarés l . » 

D'ailleurs, comment Israël ne respecterait-il pas cette liberté de 
penser, qu'il a, pour lui-même, achetée du plus pur de son sang? Ou 
comment ses souffrances ne lui auraient-elles, pas enseigné le prix 
de la charité ? 

Oui, en effet, la charité est bien une vertu israélite, qu'on l'admire 
dans ses mouvements les plus chaleureux ou dans son zèle le plus 
intelligent : quelle ardeur plus généreuse et plus délicate que celle 
qui ne se contente pas d'épargner au pauvre les horreurs de la faim, 
mais qui ne croit pas avoir assez fait pour lui, si elle ne l'associe aux 
fêtes des riches - ? Quelle libéralité plus clairvoyante que celle qui 
ne veut pas seulement venir en aide aux malheureux, mais prévenir 
.e malheur, et permettre à celui qu'elle secourt de se passer plus 

1 Cité par M. Alfred Lévy, La Fraternité humaine, sermon. Dijon, 1879. 

2 Zadoc Kahn, Sermons et allocutions, l r0 série, p. 13. 



CX1V ACTES ET CONFERENCES 



tard du secours d'autrui *? Car c'est là la vraie marque de' la charité 
juive : elle ne se défend pas, mais elle ne se contente pas d'être 
enthousiaste ; c'est le sentiment qui la fait naître, mais c'est la rai- 
son qui la dirige, et les œuvres quelle crée sont durables, parce 
qu'elles sont le résultat d'efforts patients et réfléchis : les sociétés de 
secours mutuels 2 , les écoles professionnelles étaient connues dans le 
judaïsme bien avant que le monde moderne s'avisât de les inventer. 
Enfin, la charité juive, très ardente et très perspicace, est, elle 
aussi, empreinte de cet esprit de tempérament, de pondération, de 
modération, qui est au fond de tout le judaïsme et qui fait le second 
caractère de sa prédication. 

Certes, il y a dans le judaïsme moderne, comme dans toutes les 
communions religieuses, comme dans toutes les sectes politiques, 
deux partis extrêmes : l'un se défiant de toutes les innovations ; 
l'autre, au gré duquel on ne va jamais ni trop vite ni trop loin ; l'un 
qui croit voir l'idéal dans le passé et qui regrette de s'en éloigner, 
l'autre qui le pressent dans l'avenir et voudrait l'atteindre d'un seul 
effort. Mais ce qui est vraiment remarquable, c'est que ceux qui 
parlent au nom de la religion juive et qui sont revêtus de son auto- 
rité ne se soient jamais laissés gagner ni à l'une ni à l'autre de ces 
doctrines excessives et que les enseignements de ces théologiens 

estent toujours modérés, sages, raisonnables, humains, prudents. 

: Regrettez les vertus et la foi du passé ; mais ayez confiance dans 
l'avenir et jugez équitablement le temps présent ; — ne vous con- 
tentez pas de jouir inconsidérément de la vie ; mais ne la consumez 
pas dans la contemplation de la mort ; — soyez humbles devant Dieu ; 
mais, en vous préservant de l'orgueil, gardez qu'un trop vif senti- 
ment de votre faiblesse ne vous conduise à un stérile désespoir ; 
— fuyez l'excès enfin, même dans la dévotion ; » ce sont là, je le 
répète, les leçons du bon sens et celles de la prédication juive : 
voilà ce qu'elle enseigne aux timorés ; voici pour les révolution- 
naires : « Les pratiques extérieures sont d'une importance secon- 
daire, soit ; mais quand penserez-vous à Dieu, si vous les suppri-, 
niez, et quelle religion a jamais pu se passer d'un culte par lequel 

1 Isaac Lévy, Sermons, Paris, 1875. 

2 Astruc, Entretiens sur le judaïsme, p. 222. 



L/V PREDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE CXV 

elle se manifeste? — Les œuvres sont supérieures à la foi, on nous 
le dit souvent. Alors, qu'importe la foi ? l'œuvre est bonne, il suffit. 
Ecoutez : c'est la foi qui produit les œuvres ; la foi est la racine, si 
les œuvres sont l'arbre et les fruits. » 

C'est la doctrine du juste milieu ; et, tout en la vantant, je sais 
bien quels en peuvent être les périls. Car, à se maintenir toujours 
dans les bornes de la raison, à se défier de tout ce qui paraît ex- 
cessif, ne risque-t-on pas d'appauvrir l'éloquence religieuse? Où re- 
trouverons-nous dans ces discours si sages, quelque chose de ce feu 
véhément dont semblait dévorée l'âme d'un Lacordaire ? Ah ! mes- 
sieurs, n'allez pas croire que le prédicateur juif, pour sage et rai- 
sonnable que soit sa doctrine, ne trouve pas, lui aussi, dans l'ardeur 
de sa foi, le secret des mouvements sublimes ! Mais il a cette bonne 
fortune que la foi ne l'inspire pas même toute seule, et que les sou- 
venirs encore de l'histoire de son peuple peuvent exalter son âme 
et développer en lui des sentiments d'une incomparable grandeur. 
Je n'en veux pour témoin que cette dernière citation. L'orateur ré- 
pond à ceux qui accusent les Juifs de ne jamais s'être dévoués à la 
propagation de la vérité religieuse : 

Quand cent mille Juifs, dit-il, montèrent sur les bûchers en s'é- 
criant : «Écoute, Israël, l'Éternel, notre Dieu, l'Éternel est un ; » quand 
cent mille Juifs subirent le supplice de la faim, le supplice de l'escla- 
vage, plutôt que d'apostasier ; quand cent mille Juifs, chassés, spoliés et 
arrivant presque nus dans des pays étrangers, n'avaient rien de plus 
pressé que d'élever des maisons pour prier Dieu et des écoles pour étu- 
dier la Loi ; en présence de telles manifestations, de telles prédications, 
a-t-on le droit de nous contester notre titre de pontifes et de nous dire : 
« Qu'avez-vous fait pour la foi ?» Ah ! vous qui avez déchiré le sein de 
votre mère, laissez-nous ce légitime orgueil de nous appeler Mamle- 
chet Kokanim, royaume de pontifes ! Nous n'avons pas envoyé nos mis- 
sionnaires dans le monde ! Nous avons été tous des missionnaires; nous 
sommes allés tous vers les nations, et, avec le burin que nous avions 
trempé dans notre propre sang, nous avons gravé dans leur cœur la loi 
du Dieu un, la loi de justice et d'amour. 

Cet admirable passage, comparable, suivant moi, à tous les plus 
beaux mouvements des orateurs religieux les plus renommés, beau- 
coup d'entre vous, messieurs, ont conscience de ne pas l'entendre 



CXV1 ACTES ET CONFERENCES 

ce soir pour la première fois : je l'extrais, en effet, d'un sermon qui 
fut prononcé à Paris , le premier jour de Rosch Haschana 5625 
(1 er octobre 1864), par M. le grand -rabbin Isidor l . 

L'étude que nous venons d'achever, mesdames et messieurs, ne 
vous aura pas paru, je l'espère, tout à fait indigne d'intérêt. Nous 
. avons vu comment les prédicateurs juifs de notre temps, se préoc- 
cupant d'abord de composer fortement et solidement leurs discours, 
en ont renouvelé la forme par des procédés originaux, et comment 
les arguments nouveaux, les souvenirs empruntés à l'histoire des 
Juifs, les légendes du Midrasch ont nourri ces sermons, ou plutôt 
ces véritables homélies. Passant de la forme au fond, nous avons re- 
connu le double caractère de la doctrine prêchée par nos rabbins, et 
toujours j'ai tenu à me renfermer dans les limites d'une étude pure- 
ment littéraire. Est-ce ma faute, à moi, si, en parlant de la prédica- 
tion juive, j'ai dû fafre passer devant vos yeux les admirables pré- 
ceptes dont elle s'est inspirée, les nobles enseignements qu'elle nous 
distribue, et opposer ainsi, malgré moi, et par la force même des 
choses, la plus victorieuse des réponses à des attaques auxquelles je 
n'avais pas dessein de faire seulement allusion? 

' Notre prosélytisme , sermon, Paris. 



RAPPORT 

SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L'ANNÉE 1886 

LU A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 11 DÉCEMBRE 1886 
Par M. Théodore REINAGH, secrétaire 



Mesdames, Messieurs, 

S'il est vrai que les peuples heureux soient les seuls qui n'aient 
pas d'histoire, les études d'histoire juive ne sont pas encore près de 
chômer faute de matière. La souffrance, suivant le mot d'un de nos 
docteurs du moyen âge, est comme le lot naturel, l'apanage propre 
de la race israélite. Elle en a si bien conscience que, pendant les 
courts intervalles de répit que lui ont laissés les persécutions, elle 
a trop souvent employé ses forces à se déchirer elle-même. Bref, on 
ne sait ce qui doit plus étonner : ou la multiplicité des épreuves 
qu'elle a subies, ou le mélange singulier de fortitude et de souplesse 
grâce auquel elle les a traversées sans perdre ni son originalité, ni 
sa foi, ni cette espèce d'optimisme mélancolique qui fait le fond de 
sa nature morale. 

1 Ce rapport comprend les travaux publiés intégralement ou achevés dans les 
n os 23 à 20 (tomes XII et XIII ) de la Rtvue et des Actes. Les articles encore 
incomplets sont réservés pour le prochain rapport. 



CXVIII ACTES ET CONFERENCES 

Toutefois, on se tromperait grandement si l'on réduisait l'histoire 
du judaïsme à un long martyrologue. A travers tant de vicissitudes, 
le peuple juif n'a jamais cessé de remplir sa mission historique et de 
poursuivre son évolution naturelle. Cette mission, c'est la propa- 
gation et le maintien des principes du monothéisme pur ; cette évo- 
lution, c'est le passage graduel de l'état de groupe ethnique, de 
nation, à celui de groupe religieux, de confession. Voilà les deux 
faits, les deux fils inséparables qui rattachent les uns aux autres les 
différents épisodes cle 

Cette ample tragédie à cent actes divers 
Et dont la scène est l'univers. 

Cette remarque a son importance. 

Pour qu'une histoire puisse devenir un objet de science véritable, 
il lui faut une certaine unité : vous voyez que l'histoire juive la 
possède. 

Pour qu'elle puisse devenir une œuvre d'art, il faut qu'à cette 
unité fondamentale se superpose la plus grande variété possible 
dans le détail. A cet égard aussi, nous ne sommes que trop bien 
partagés. La période biblique présente, tantôt dans une succes- 
sion grandiose, tantôt dans un mélange saisissant, l'idylle, l'ode et 
l'épopée. L'histoire du second temple est un long drame qui se dé- 
noue sur les ruines fumantes de Jérusalem. Enfin, les destinées du 
judaïsme après sa dispersion., s'il leur manque l'éclat que donnent 
la liberté et la gloire, empruntent un intérêt toujours nouveau aux 
milieux divers où nos aïeux ont vécu , aux physionomies diverses 
qui en sont résultées, enfin aux services qu'ils ont rendus et aux 
récompenses qu'ils en ont reçues. 

Ainsi, Messieurs, l'ignorance ou la malveillance seules peuvent 
taxer l'histoire juive de monotonie. Pour s'en convaincre, il suffit 
de soulever un instant le voile dont une érudition trop discrète la 
recouvre. Chaque année, un cicérone — toujours le même, hélas ! — 
vous convie à pénétrer avec lui dans ce sanctuaire, si riche, mais 
si mal éclairé. Cette année encore, l'indulgente confiance de mes 
collègues m'a maintenu dans des fonctions qui risquent de devenir 
perpétuelles. Pour ma part, j'ose à peine m'en plaindre, car le pays 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ CXIX 

où je vous conduis a beau no pas changer, il est si grand et si varié 
dans ses aspects que je n'ai pas encore eu le temps de m'y ennuyer. 
Par malheur, j'ai quelque lieu de craindre que votre impression ne 
soit pas la même ; et c'est pourquoi j'ai tenu à vous dire, dès le 
début, que c'est au guide, et non à la contrée, qu'il faudra vous 
en prendre. 



Ce n'est pas seulement pour me conformer à l'ordre chronologique 
que cette année, comme la précédente, je commencerai la revue 
de nos travaux par ceux de M. Joseph Halévy; c'est encore pou 
adresser, sans plus tarder, un remercîment sincère au plus fécond, 
au plus hardi de nos collaborateurs. Au plus fécond : car, pour notre 
cher président du comité des publications, M. Isidore Loeb, ce n'est 
pas, à proprement parler, un collaborateur de la Revue, mais la 
Revue elle-même. Au plus hardi : car si M. Halévy n'a pas, comme 
il s'en défend, l'esprit de contradiction, il faut avouer, du moins, 
qu'il est un contradicteur plein d'esprit. Après s'être assimilé, avec 
une merveilleuse facilité, les ressources et les procédés de L'érudi- 
tion contemporaine* toutes les finesses de la linguistique, toutes les 
libertés de l'exégèse, toutes les audaces de la critique verbale, il 
retourne, en quelque sorte, ces armes contre ceux qui lui ont appris 
à s'en servir, et il y joint d'éminentes qualités d'écrivain et de 
dialecticien qu'il n'a pu apprendre de personne. Très avancé par la 
méthode, mais souvent très. . . . réactionnaire par le fond des idées, 
M . Halévy confond parfois ses adversaires et les embarrasse tou- 
jours. Alors même qu'il n'apporte pas une de ces brillantes décou- 
vertes qui font avancer ia science, il présente des objections qui 
l'empêchent de s'endormir. 11 dérange la quiétude de la routine, il 
ébranle, en se jouant, les théories qui paraissent le plus solidement 
établies. Bâties sur le sable, elles s'écroulent; bâties sur le roc, elles 
doivent, pour résister à ses assauts, s'étayer de preuves nouvelles 
ou soumettre les anciennes à une minutieuse vérification. Ainsi, soit 



GXX ACTES ET CONFÉRENCES 

qu'il construise, soit qu'il démolisse, soit qu'il éprouve, M. Halévy 
sert toujours également les intérêts et les progrès de la science. 

Rappelons maintenant quelques-uns des sujets sur lesquels ce 
redoutable jouteur a exercé cette année sa verve. Voici d'abord un 
long mémoire, dont l'Académie a eu la primeur, sur le chapitre x de 
la Genèse, le fameux tableau géographique ou ethnographique qui a 
fait couler déjà tant de flots d'encre *. Bien peu des interprétations 
courantes, même de celles qui ont rallié la presque unanimité des 
savants, ont trouvé grâce devant la critique de M. Halévy. Ainsi, 
pour m'en tenir aux peuples japhétiques, les noms de Gomer, de 
Magog, d'Aschkenaz, ne représentent pas pour lui les nations 
fameuses des Cimmériens, des Lydiens, des Phrygiens, mais un 
canton de la Cappadoce, une province de l'Arménie, une forteresse 
du pays des Mosques. Combien accepteront ces nouveautés trou- 
blantes? Combien souscriront à la fois aux corrections radicales que 
M. Halévy apporte à certains noms et au respect inattendu qu'il 
professe pour tel verset, généralement regardé comme interpolé ? 
Je n'essaierai pas de le prévoir, mais, en tout cas, on devra, à 
l'avenir, accorder une attention sérieuse à l'idée fondamentale de 
ce mémoire : à savoir , que le chapitre x de la Genèse est par 
excellence une œuvre de tendance, datant peut-être du siècle de 
Salomon, dont le but est de réaliser une alliance politique entre 
Israël-Sem et les peuples japhétiques de l' Asie-Mineure et des îles 
pour écraser l'ennemi commun, le Cananéen, le descendant de 
Cham le maudit. 

Dans le mémoire que je viens d'analyser, M. Halévy est arrivé à 
conclure, contrairement à l'opinion qui prévaut en Allemagne, que 
la rédaction du chapitre x de la Genèse est antérieure au prophète 
Ezéchiel et, par conséquent, au retour de la captivité. Dans une autre 
étude, consacrée au prophète Osée, il exprime des vues analogues 
sur l'ensemble de la législation mosaïque 2 . Il se refuse à voir en 
elle, avec les exégètes les plus marquants de notre temps, l'œuvre 

1 J. Halévy, Recherches bibliques, n° 8. Considérations supplémentaires sur le 
X e chapitre de la Genèse, XIII, 1 et 201. 

2 J. Halévy, Recherches bibliques, n° G. Le témoignage d'Hose'e sur la religion 
du royaume d'Israël, XI ï, 3. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE CXXI 

tardive des prophètes et de leurs successeurs immédiats. Suivant 
lui, longtemps avant Osée, le plus ancien prophète israélite dont 
l'œuvre nous soit parvenue, la plupart des prescriptions religieuses 
du mosaïsme étaient déjà formulées. Plusieurs, comme celles qui 
sont relatives à l'adoration des idoles ou au culte des dieux étran- 
gers, existaient si bien qu'on les violait, et c'est contre cette infrac- 
tion aux lois anciennes que fulminent les prophètes d'Israël. Ils ne 
sont pas, comme on le répète, des révolutionnaires, ni même des 
réformateurs du culte primitif. Ils sont les champions de la tradition, 
les défenseurs du bon vieux temps contre des innovations perni- 
cieuses, introduites à l'exemple des peuples étrangers. L'orthodoxie 
la plus scrupuleuse ne trouverait rien à reprendre à ces conclusions, 
qui auraient semblé banales il y a cinquante ans, mais qui, à l'heure 
actuelle, sont pour ainsi dire hardies à force de prudence. Elles 
sont d'autant plus remarquables qu'elles nous viennent de la plume 
d'un écrivain qui ne nous a pas habitués à un respect superstitieux 
pour la tradition massorétique ou autre 1 . 



II 



A la période proprement hébraïque de l'histoire juive succède la 
période des dominations étrangères — Perses, Hellènes, Romains — 
qui se prolonge jusqu'à l'achèvement du Talmud. Nous retrouvons 
ici notre cher collègue et ancien président, M. Joseph Derenbourg, 
qui, avec sa sûreté de méthode ordinaire a rectifié une leçon fautive 
de la Mischna et fixé le sens d'une racine hébraïque -. 

1 Du même auteur : XII, 3, Recherches bibliques, n° 5, Les citations d'an- 
ciens chants dans l' Hexateuque (corrections importantes aux passages suivants : 
Nombres, XXI, 14-18; 27-30; Josué, X, 12, 13). — XII, 107, Deux inscriptions 
phéniciennes récemment découvertes (Tyr et Masoub). — XII, 111, Encore un mot 
sur l'inscription de Teima (quelques lectures nouvelles). — XII, 151, Compte- 
rendu de Euting, Nabatâische Inschriften. (M. Halévy persiste à voir dans le 
nabatéen un dialecte araméen, influencé seulement par l'arabe.) 

5 Josepb Derenbourg, Mélanges rabbiniques, XII, 65. (Il s'agit du passage 
Yadaïm, IV, 1-2, et du sens de la racine Kaba.) 



GXX1I ACTES ET CONFÉRENCES 

M. Friedlànder s'est efforcé d'expliquer l'origine des sentiments 
d'animosité réciproque entre pharisiens et gens du peuple (am-liaareç) 
qui éclatent dans tant de passages du Talmud l . Il la trouve dans la 
juste impopularité des pharisiens teints de l'époque du second 
temple, politiciens égoïstes sous le manteau de la dévotion la plus 
exagérée. M. Friedlànder reproduit les divers témoignages épars 
dans Josèphe et dans les apocryphes qui attestent l'importance de 
cette secte, à laquelle seule conviennent et s'adressent les railleries 
de l'Evangile. La haine qui s'attachait aux pharisiens teints s'é- 
tendit de proche en proche aux pharisiens sincères ; après la chute 
du temple et la disparition des politiciens, elle se perpétua, s'accrut 
même, par suite du relâchement progressif des pratiques cérémo- 
nielles dans les couches inférieures de la population. Une pareille 
transposition de sentiments n'est pas un fait sans analogues dans 
l'histoire. N'est-ce pas ainsi que Molière, en bafouant les Précieuses 
ridicules, a donné le coup de grâce aux vraies Précieuses, qu'il ne 
visait pas? N'est-ce pas ainsi que Pascal, entraîné par sa fougue 
de sectaire, a enveloppé dans une même condamnation les théori- 
ciens du probabilisme et les émules de saint François Xavier 2 ? 

Les recherches talmudiques ont été un peu négligées cette année ; 
en revanche, le domaine, ordinairement si délaissé, de l'archéologie 
juive nous a valu plusieurs travaux instructifs. Vous n'avez pas 
oublié la belle conférence de M. Georges Perrot sur le temple de 
Salomon : nous regrettons de n'avoir pu en faire figurer le texte 
dans nos colonnes, mais peut-être une publication plus importante 
viendra-t-elle bientôt atténuer ces regrets. C'est aussi d'architec- 
ture religieuse que nous entretiennent MM. Kaufmann et Salomon 
Reinach clans leurs notices sur les découvertes récentes en Afrique 
et en Asie-Mineure 3 . D'après une inscription de Phocée, la syna- 
gogue de l'époque gréco-romaine se serait composée — du moins en 

1 M. Friedlànder, Les Pharisiens et les gens du peuple, XIII, 33. 

2 Rapprochez, sur le sujet traité par M. Friedlànder, les observations de 
M. Rosenthal dans son compte-rendu très nourri du Manuel de Schùrer, XIII, 
309 et suiv. 

3 David Kaufmann, Etudes d'archéologie juive, n° 1. La synagogue de Ham- 
mam Lif, XIII, 46. — Salomon Reinach, Note sur la synagogue d' Hammam 
Tïnf, XIII, 301. — Une nouvelle synagogue grecque à Phocée, XII, 236. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE CXXI1I 

Anatolie — d'un sanctuaire fermé et d'un préau entouré de colon- 
nades : c'est à peu près le type de la maison romaine, c'est peut- 
être celui des premières basiliques chrétiennes. On entrevoit là une 
liliation intéressante que des découvertes ultérieures réussiront sans 
doute à élucider. — A Hammam Lif, près de Tunis, on a décou- 
vert mieux qu'une inscription : toute une mosaïque, qui faisait partie 
du pavé d'une synagogue. Les premiers commentateurs avaient cru 
y voir un mélange bizarre de symboles juifs et chrétiens. Mieux 
informés, MM. Kaufmann et S. Reinach montrent qu'il n'en est 
rien. Les prétendus symboles chrétiens se ramènent à des motifs de 
décoration banale; au contraire les emblèmes juifs, — ethrog, corne 
d'abondance, chandelier à sept branches, — sont aussi décisifs que 
possible, et les inscriptions en mauvais latin qui les accompagnent 
achèvent de lever tous les doutes sur le caractère du monument. 
Quel dommage qu'en ait laissé se perdre ou se disperser cette ines- 
timable relique! Elle aurait tenu la place d'honneur dans le musée 
d'antiquités juives, qui est le complément nécessaire de la salle hé- 
braïque du Louvre ! 



III 



Dans l'histoire du judaïsme médiéval et moderne, nous conti- 
nuons à mettre au premier rang les travaux relatifs au judaïsme 
français, avec ses annexes : Alsace-Lorraine, Comtat-Venaissin, 
Algérie. Cette année, les annexes ont pris toute la place. M. Abra- 
ham Cahen a terminé son histoire du rabbinat de Metz pendant la 
période française — c'est-à-dire de 1567, époque où quatre familles 
juives obtiennent du maréchal de Vieilleville l'autorisation de s'éta- 
blir dans la grande forteresse lorraine, jusqu'en 1871 *. Avec les do- 
cuments dont ii disposait, M. Cahen aurait pu écrire une histoire 
complète des Juifs messins, pareille à l'étude si nourrie que M. Loeb 

1 Abraham Cahen, Le rabbinat de Metz pendant la période française (1567- 
1871), VII, 103 et 204 ; VIII, 255 ; XII, 283 ; XIII, 105. 



CXXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

est en train de consacrer aux Juifs de Carpentras. Par un excès de 
modestie, l'auteur a préféré circonscrire son sujet dans les limites 
plus étroites d'une histoire rabbinique. Celle qu'il nous donne est 
bien plus complète et plus exacte que les maigres notices de Ter- 
quem et de Carmoly. Depuis Isaac Lévy jusqu'à ce Benjamin Lip- 
mann, qui vient de mourir grand-rabbin de Lille, où l'avait conduit 
son touchant attachement à la patrie française, M. Cahen énumère 
tous les grands-rabbins qui se sont succédé sur le siège de Metz, il 
reconstitue leur biographie, il donne l'indication de leurs œuvres. 
L'étude valait la peine d'être faite ; la vertu et le savoir talmu- 
dique semblent avoir été de tradition chez les rabbins de Metz ; 
quant au patriotisme, il est de plus fraîche date : car jusqu'à la Ré- 
volution la communauté choisissait toujours ses rabbins à l'étran- 
ger, dans l'espoir un peu chimérique que, dégagée de toute influence 
de famille ou de coterie, leur autorité morale serait plus grande. — 
Oserai-je cependant avouer que j'ai trouvé moins d'intérêt au por- 
trait de tous ces braves talmudistes allemands et polonais, un peu 
oubliés aujourd'hui, — sauf peut-être, le moins recommandable, Jo- 
nathan Eibeschutz — que dans les échappées, heureusement fré- 
quentes, de l'auteur sur l'histoire générale de la communauté ? 

Rien n'est plus instructif que le tableau des restrictions successives 
apportées par l'autorité française à la juridiction des rabbins. Cette 
juridiction, bornée, dès le principe, aux matières civiles et de police, 
et aux contestations de juif à juif, avait son fondement légal dans 
une ordonnance rendue par le duc de La Valette en 1624, et con- 
firmée par Louis XIV en 1657. Encore à la fin du xvir 3 siècle, le 
chancelier de France déclare formellement que cette juridiction 
n'est pas seulement facultative pour les juifs de Metz, mais obliga- 
toire et exclusive de toute autre. Dès 1709 cependant, le Parlement 
de Metz, jaloux d'étendre la sphère de sa compétence, commence 
à accepter les procès civils entre juifs; il ne reconnaît plus aux dé- 
cisions rabbiniques que la valeur de sentences arbitrales, qui ne 
lient même pas les parties en cause. En 1743, nouveau progrès : le 
Parlement fait rédiger à son usage un résumé du droit civil talmu- 
dique qu'il applique désormais aux contestations entre israélites qui 
lui sont soumises. Puis, en 1759, les rabbins sont dépouillés du droit 



RAPPORT SUR LES PURIFICATIONS DE LA SOCIÉTÉ CXXV 

d'excommunication dont ils faisaient libéralement usage contre 
celles de leurs ouailles qui osaient recourir à des tribunaux chré- 
tiens. Enfin, après un éphémère retour de faveur au début du règne 
de Louis XVI, la juridiction civile des rabbins disparaît à jamais 
dans la tourmente de 1*792. Le juif, devenu citoyen français, n'a 
plus désormais d'autres juges ni d'autres lois que la généralité des 
citoyens français. 

L'important Mémoire de M. Cahen ne doit pas me faire oublier 
des travaux de moindre étendue, mais tout aussi solides. Nous de- 
vons à M. Scheid quelques traits nouveaux de la biographie de Josel- 
mann deRosheim, ce rabbin alsacien bien connu de nos lecteurs qui 
fut pendant toute la première moitié du xvi e siècle la providence 
visible de ses coreligionnaires contre la jalousie des villes libres et 
l'avidité des princes de l'Empire ! . Un épisode curieux de cet apos- 
tolat de cinquante ans, c'est la polémique de Joselmann avec les 
théologiens protestants. Ceux-ci, emboîtant le pas derrière Luther, 
faisaient pleuvoir sur les malheureux israélites de lourdes épi- 
grammes et les abandonnaient d'une façon fort peu évangélique à 
la rapacité de leurs persécuteurs. Lorsque Josel voulut solliciter l'in- 
tercession de Luther en faveur des juifs saxons menacés de l'exil, le 
grand réformateur refusa de recevoir l'humble rabbin et se contenta 
de lui répondre qu'il ne. voulait aucun mal aux juifs, pourvu qu'ils se 
fissent chrétiens. Josel prit noblement sa revanche quelques années 
plus tard en écrivant, en faveur de ses coreligionnaires, un Mémoire 
dont M. Scheid a retrouvé l'analyse dans les archives alsaciennes. 
Par la modération des idées et la fermeté du ton, ces pages font 
pressentir le Socrate juif, Moïse Mendelssohn. 

Avec MM. Weyl et Bloch nous abordons l'histoire du judaïsme 
en pays musulman, sans quitter tout à fait le judaïsme français 2 . 
Le premier a extrait des archives de la Chambre de Commerce 
de Marseille une série de documents relatifs aux négociants 
juifs en Barbarie et dans les échelles du Levant sous les règnes de 

1 Élie Scheid, Joselmann de Hosheim, XIII, 62 et 213. 
Jonas Weyl, Les Juifs protégés français aux Echelles du Levant et en Bar- 
barie sous les règnes de Louis XIV et Louis XV, XII, 207 ; XIII, 277. — Isaac 
Bloch, Les Israélites d'Oran de 1792 à 1Si'ô, XIII, 85. 

ACT. ET CONF., T. I. 10 



CXXVI ACTES ET CONFERENCES 

Louis XIV et de Louis XV. Quelques-uns de ces négociants avaient 
obtenu, presque par surprise, la protection diplomatique de la France 
pour leurs biens et pour leurs personnes. Malgré la vive opposition 
des marchands chrétiens de Marseille, qui accusaient les Juifs de dé- 
tourner le trafic vers les ports italiens, ce bénéfice fut maintenu et 
progressivement étendu à un plus grand nombre de familles. On 
obéissait d'abord à un motif fiscal, les Juifs protégés payant un 
droit de consulat de 2 pour 100 sur leurs marchandises ; plus tard 
on s'inspira surtout du désir de ne pas jeter les israélites dans les 
bras d'une puissance rivale de la France. Cette sage politique a. 
porté ses fruits. Elle a valu au judaïsme levantin une protection 
efficace dans mainte circonstance , et à la France une clientèle 
reconnaissante, qui est aujourd'hui l'un des soutiens de son influence 
économique et morale en Orient. 

M. Bloch s'est occupé des origines de la communauté d'Oran . 
Cette communauté ne date que de l'époque où la domination musul- 
mane remplaça à Oran la domination espagnole. Créée en 1792, 
organisée officiellement en 1801, elle compta bientôt des commer- 
çants actifs et des diplomates volontaires qui jouèrent parfois un 
rôle curieux dans les intrigues de l'époque napoléonienne. Il y eut 
dès lors dans cette population aujourd'hui française des partisans 
dévoués de la France, une femme entre autres, la belle Hanina, 
maîtresse d'un bey d'Oran, qui, après avoir rendu à notre diplomatie 
des services signalés, périt sur le bûcher, en 1813, enveloppée avec 
ses fils dans la disgrâce de son protecteur. 

Signalons encore dans le domaine du judaïsme oriental une note 
où M. Schreiner a réuni les principaux renseignements fournis sur 
les Juifs des derniers temps du gaonat (x e siècle) par Al Berûni, le 
plus exact et le mieux informé des historiens arabes sur ce sujet * ; 
puis le récit de la plus ancienne accusation de sang rituel portée 
contre les Juifs de Roumanie (à Niamtz, en Moldavie, l'an 1*710 2 ). 
Elle a pour auteur un jeune savant dont le nom seul nous rappelle 

1 Martin Schreiner, Les Juifs dans Al-Beruni, XII, 258. . 

2 E. Schwarzfeld, Deux épisodes de Vhistoire des Juifs roumains, XIII, 127. 
(Le second épisode est relatif à la reconstruction de la synagogue de Niamtz 
en 177C.) 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ CXXVII 

que l'ère des tribulations n'est pas close pour les israélites rou- 
mains : M. Schwarzfeld , l'un des journalistes expulsés récemment 
de Bucharest. 

Il me reste à mentionner deux articles sur le judaïsme espagnol. 
Ils sont dus à M. Loeb, l'interprète attitré des fureteurs d'archives 
d'outre Pyrénées, mais un interprète qui a toujours beaucoup à 
ajouter aux découvertes qu'il rapporte. Cette année, il nous donne 
un récit, plein de détails lugubrement curieux, du sac des juiveries 
de Valence et de Madrid en 1391, et une étude approfondie d'un 
règlement des Juifs de Castille en 1432 *. Ce dernier document, 
rédigé sous l'inspiration d'Abraham Benveniste, médecin du roi 
Jean II, présente, malgré quelques lacunes et quelques obscurités, 
un tableau très complet, très animé de la vie et de l'organisation 
des communautés castillanes, cinquante ans avant leur ruine. 
M. Loeb l'a commenté avec sa sagacité ordinaire et l'a rapproché 
des dispositions analogues qui se rencontrent dans les statuts de 
Sicile et du Comiat Venaissin. 



IV 



L'histoire de la littérature juive a perdu cette année son véné- 
rable fondateur, Léopold Zunz, dont le monde savant venait de 
célébrer avec éclat le 90 e anniversaire. Le doyen des études juives 
a eu, avant de mourir, la satisfaction en parcourant le volume 
publié en son honneur de voir qu'il laissait des disciples et des 
arrière-disciples dignes de lui et de son œuvre. Mais les successeurs 
de Zunz, comme les successeurs d'Alexandre, ont dû, sous peine de 
succomber à la tâche, se partager le vaste empire que le maître em- 
brassait d'un coup d'œil. La parole est désormais aux spécialistes; 
chacun s'astreint à cultiver un champ étroit pour l'exploiter plus à 
fond. Je retrouve cette année dans notre recueil la plupart des 
noms que je saluais l'an passé, et je les retrouve occupés de recher- 

Jsidore Loeb, Le sac des juiveries de Valence et de Madrid m 1591, XIII, 
231. — Règlement des Juifs de Castille en 1432, XIII, 161. 



CXXVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

ches du même genre. C'est M. Israël Lévi, fidèle à ses goûts pour 
la littérature légendaire, qui nous révèle l'origine hébraïque d'un 
conte latin du moyen âge, le Voyage d'Alexandre au Paradis *. C'est 
M. Neubauer, l'infatigable bibliographe, T auteur de ce magistral 
catalogue des manuscrits hébraïques d'Oxford 2 , qui, revenant à ses 
premières amours, complète peu à peu ses listes de rabbins proven- 
çaux 3 . "M. Bâcher, toujours à l'affût de grammaires et de gram- 
mairiens, nous signale un glossateur inédit de Joseph Kimhi, dans 
la personne de Moïse Nakdan ou le Ponctuateur, auteur bien connu 
du xm e siècle *. Enfin M. Schwab continue à nous montrer qu'il 
y a de l'inédit même dans les imprimés, et que des « documents 
humains » curieux se cachent jusque sous la garde des vieux in- 
cunables s . 

De cette revue rapide, tirons hors de pair la brillante hypothèse 
de M. Joseph Derenbourg sur le nom et l'origine du plus ancien et 
plus célèbre auteur de poésies synagogales G , le Kaliri, impropre- 
ment nommé Kalir. M. Derenbourg, en s'appuyant sur des indices 
étymologiques, épigraphiques et historiques, croit que le Kaliri s'ap- 
pelait en réalité Eléazar, fils de Jacob Celer, et qu'il vivait à 
Portus, le port de Rome, au commencement du vm e siècle. 

Un des chapitres de nos études les plus importants pour l'histoire 
générale est le tableau des relations des rabbins juifs avec des 
princes, des Mécènes ou des érudits chrétiens. Plus d'une fois, 
c'est par la voie de la curiosité que la tolérance a fait son chemin 

1 Israël Lévi, Le voyage d'Alexandre au Paradis, XII, 117. 

2 Compte rendu par M. Loeb, XIII, 155. 

3 Neubauer, Documents inédits, n° 18. (Extraits des recueils de casuistique de 
Salomon ben Adret. Sous le § II M. Neubauer donne des détails inédits sur la 
famille de Méir de Rothenbourg.) Voir dans le même ordre d'idées la liste d'an- 
ciens livres hébreux du ms 893 de Paris (xiv e siècle), publiée par M. D. Kauf- 
mann (XIII, 300). 

4 W. Bâcher, Moïse Ha-Nahdan glossateur de la grammaire de Joseph Kimhi, 
XII, 73. 

5 Moïse Schwab, Une page de comptabilité de 1525 à 1528, et Un incunable hé- 
breu, XII, 116 et 119. — Le commentaire de David Kimhi sur les Psaumes (ms. de 
la bibliothèque de Soissons, xm e siècle, renfermant aussi le commentaire de 
Nachmanide sur Job), XIII, 295- — Un manuscrit hébreu de la bibliothèque de 
Melun {Mahzor du rite français renfermant des poésies inédites), XIII, 297. 

G Joseph Derenbourg, JElazar le Peitan, XII, 298. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE CXX1X 

dans les âmes, surtout à l'époque, où, suivant le mot de Luther, la 
connaissance de l'hébreu était regardée comme partie intégrante 
de la religion. Ajoutons que le professeur d'hébreu était souvent 
doublé d'un médecin, de sorte que le salut du corps conspirait avec 
celui de l'âme pour ménager au juif savant un accueil favorable. 
M. Perles a relevé des détails nouveaux sur les docteurs juifs qui 
vivaient à Florence, dans l'entourage de Laurent le Magnifique : 
Jean Alemanno, le maître d'hébreu de Pic de la Mirandole; Elie del 
Medigo, l'ami de Marsile Ficin l . M. Mortara a publié une lettre 
d'un duc de Mantoue donnant la généalogie des Portaleoni, cette fa- 
mille qui, en deux siècles, a fourni dix médecins plus ou moins émi- 
nents 2 . M. Kayserling nous présente une nouvelle série de corres- 
pondants de Jean Buxtorf le fils, le premier hébraïsant chrétien du 
XVII e siècle, qui jouissait d'une telle autorité que les rabbins eux- 
mêmes sollicitaient de loin son approbation pour leurs écrits 3 . Enfin, 
MM. Dukas et Tamizey de Larroque ont édité une suite de lettres 
adressées à Peiresc — le procureur général de la littérature, suivant 
l'expression de Bayle — par Salomon Azubi 4 . Ce personnage, qui 
a laissé onze volumes de sermons manuscrits, appartenait, d'après 
une ingénieuse hypothèse de M. Loeb, à une famille d'origine fran- 
çaise, émigrée en Turquie : son nom rappelle, en effet, celui (VHysope, 
sous lequel les rabbins désignaient la ville d'Orange. Né dans le 
dernier ouart du xvi° siècle, à Sofia ou à Constantinople, Azubi 
retourna, on ne sait ni pourquoi ni comment, dans le pays de ses 
aïeux. Il devint rabbin de Carpentras, connut Plantavit, le jésuite 
Kircher, Peiresc, auquel il fournit des tables astronomiques, des 
médailles, des livres et des faits divers. Sur le tard, il émigra en 
Italie, où il séjourna successivement en Piémont, à Livourne et à 

1 Joseph Perles, Les savants juifs à Florence à ï époque de Laurent de, Médicis, 
XII, 244. 

2 Marco Mortara, Un important document sur la famille des Portaleone, XII, 
113. Du même auteur : Isaac Cardoso et Samuel Aboab, XII, 301 (Lettres inté- 
ressantes de Cardoso, savant marrane du xvn e siècle, au célèbre rabbin de 
Venise). 

3 M. Kayserling, Les correspondants juifs de Jean Buxtorf, XIII, 221. 

4 Jules Dukas et Tamizey de Laroque, Lettres inédites écrites à Peiresc pa- 1 
Salomon Azubi, rabbin de Carpentras, XI, 101 et 252 ; XII, 95. 



CXXX ACTES ET CONFÉRENCES 

Florence. C'était, comne dit Peiresc, un « bonhomme », médiocre 
antiquaire mais prédicateur infatigable, et qui méritait d'être tiré de 
l'oubli. 



J'ai achevé la table des matières raisonnée de la Revue. Elle ne 
donne pas cependant une idée complète de notre activité littéraire 
pendant l'année qui vient de s'écouler. Nous avons, il est vrai, re- 
noncé à la publication de Y Annuaire. Par son format exigu, par ses 
dimensions sans cesse décroissantes, il jetait comme une défaveur 
sur nos tentatives de vulgarisation. Et puis, en nous voyant consa- 
crer un recueil spécial aux articles « lisibles », plusieurs s'étaient 
imaginé que la Revue était décidément réservée aux articles qu'on 
ne lit pas. Nous avons voulu couper court à cette équivoque, mais le 
Conseil, en supprimant un rouage superflu, n'a pas entendu priver 
ses souscripteurs d'une seule feuille d'impression utile. Les articles 
de fond, genre Annuaire, paraissent désormais dans le corps de la 
Revue, qu'ils parsèment de fraîches oasis, dépourvues de caractères 
carrés. Quant aux Actes et conférences de la Société, ils forment un 
supplément qui paraît avec chaque numéro de la Revue et dans le 
même format qu'elle. C'est là que vous avez retrouvé M. Franck 
qui, l'année dernière, à pareille date, vous a tenus sous le charme 
pendant une heure, en plaidant les circonstances atténuantes en 
faveur de ce pauvre serpent, tant calomnié, et de son éternelle com- 
plice 1 . C'est là que vous avez de nouveau souligné de vos sourires 
la piquante succession des types du juif au théâtre que M. Abraham 
Dreyfus avait fait défiler sous vos yeux - . 

Quelques-uns de nos lecteurs reprochaient à nos annuaires de ne 
pas renfermer de calendrier. C'est encore une lacune que nous te- 
nions à combler; nous avons fait grandement les choses, puisque 
nous l'avons comblée jusqu'à l'an 3000 ! Les Tableaux du calendrier 

1 Ad. Franck, Le péché originel et la femme d'après le récit de la Genèse, 
Actes, I, v. 

2 Abr. Dreyfus, Le juif au théâtre, Actes, I, l. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE CXXXI 

juif de M. Isidore Loeb, — un magnifique volume in-4° publié sous 
les auspices de la Société, — peuvent, en effet, servir aussi bien à la 
construction future des almanachs, qu'à l'identification rétrospective 
des dates juives avec les dates chrétiennes correspondantes. C'était 
là naguère un labeur des plus pénibles, où les plus attentifs pouvaient 
se tromper. J'en puis parler en connaissance de cause : il m'est ar- 
rivé un jour d'employer deux heures de temps et quatre pages de 
calcul pour retrouver une seule date — encore n'étais-je pas bien sûr 
du résultat ! — Avec le livre de M. Loeb, ce travail de bénédictin 
devient un jeu d'enfants. Il existait déjà des tables du même genre, 
mais elles avaient le double tort d'être imprimées sans soin et de 
n'offrir au lecteur d'autre garantie que la conscience présumée du 
calculateur. Notre excellent imprimeur, M. Cerf, a su parer au pre- 
mier inconvénient ; quant au second, M. Loeb a eu l'heureuse idée 
de donner, outre le résultat brut, les moyens de le contrôler presque 
instantanément. Dans le compte rendu vraiment trop modeste qu'il 
nous a fait lui-même de son volume, notre collègue n'a voulu lui 
attribuer que ce dernier mérite. Il me sera bien permis d'ajouter 
que ces quelques pages représentent en réalité de longs mois de tra- 
vail et des scrupules infinis — cela soit dit sans aucun jeu de mots. Là 
encore, comme dans ces notices bibliographiques si complètes qu'il 
continue à nous prodiguer sans compter, M. Isidore Loeb, en assu- 
mant de gaieté de cœur les tâches les plus ingrates, nous laisse 
dans l'incertitude si nous devons plus admirer son érudition, sa 
patience ou son rare désintéressement scientifique ' . 



VI 



J'ai déjà trop retardé, Messieurs, le moment impatiemment 
attendu où vous allez entendre notre jeune et éloquent conféren- 
cier ; il va vous entretenir d'un thème aussi alléchant pour les assi- 
dus de nos temples, heureux de rafraîchir leurs souvenirs, que pour 

1 Isidore Loeb, Revue bibliographique, XII, 121 et 306; XIII, 131. Du même : 
compte rendu des Sermons et allocutions de M. Zadoc Kahn, XIII, 151. 



CXXXII ACTES ET CONFERENCES 

les fidèles — à domicile, désireux de compléter leur instruction. 
Laissez-moi cependant, avant de me rasseoir, vous rappeler les 
paroles par lesquelles je terminais l'année dernière : « En éclairant 
le passé du judaïsme, disais-je, nos érudits travaillent, même sans 
le vouloir, à sa réhabilitation. Le procès est engagé depuis vingt 
siècles, il n'est pas encore gagné partout. » Je ne pensais pas, hélas ! 
si bien dire. L'antisémitisme, qu'on pouvait croire mort dans notre 
beau pays de France, tâche de relever la tête. Un pamphlétaire — 
dirai-je bien lourd ou bien léger? — a sonné un coup de trombone, 
et le voici presque étonné de son prodigieux succès. Ce succès est 
éphémère, je veux le croire; il n'en est pas moins un symptôme 
inquiétant. J'estime trop le goût de mes compatriotes pour l'attri- 
buer au mérite littéraire de l'œuvre ; il ne reste donc, pour l'ex- 
pliquer, que la malveillance cachée de quelques-uns, la curiosité 
malsaine du grand nombre; c'est déjà beaucoup, c'est trop. 

Le judaïsme français a fait à ce livre la réponse qu'il méritait : 
le silence du dédain. Pourtant le dédain ne doit pas aller jusqu'à 
l'indifférence, et j'estime que nous avons une double leçon à ap- 
prendre de ce nouvel émule des Apjion et des Eisenmenger. — L'une 
est générale : elle regarde notre conduite à tous. Comme il n'y a pas 
de fumée sans feu, ainsi, dans ce tissu d'accusations mensongères, 
il doit s'être égaré quelques vérités qui leur donnent créance. Tâ- 
chons d'enlever désormais tout prétexte à la calomnie ; interro- 
geons notre conscience, redoublons de prudence et de sévérité. Nous 
ne sommes point parfaits, personne ne l'est, et nous ne devons être, 
à tout prendre, ni meilleurs ni pires que les autres. Mais nous avons 
été si longtemps soumis à un régime d'exception que nos défauts, 
comme nos qualités, ont aussi quelque chose d'exceptionnel et at- 
tirent, par conséquent, davantage l'attention. Minorité religieuse, 
nouveaux venus dans la famille française, par cela même nous 
sommes plus exposés à la jalousie et à la critique. Soyons donc à 
nous-mêmes, à nos actes, à nos paroles, nos censeurs les plus exi- 
geants. Ne nous endormons pas sur les progrès accomplis, ne nous 
contentons même pas d'avoir du talent et du succès, car c'est là, 
par excellence, la pâture de l'envie. Que tous nos commerçants 
soient probes, tous nos millionnaires simples et charitables, tous 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ CXXX1II 

nos savants modestes, tous nos journalistes patriotes et désinté- 
ressés. Par dessus tout, évitons de nous dénigrer les uns les autres 
en détail; car, de quel droit, après cela, nous plaindre .qu'on nous 
dénigre collectivement? 

L'autre conseil s'adresse plus particulièrement à nos collabora- 
teurs. J'ai été frappé, en lisant le pamphlet en question, que l'au- 
teur, qui a tant lu, ne connaisse pas la Revue des Etudes juives . Du 
moins, il ne la cite que de seconde main, et en commettant d'étranges 
bévues. Il n'y aurait là que demi-mal si les lecteurs étaient mieux 
éclairés que l'auteur, s'ils étaient à même de rectifier les erreurs 
historiques dont son livre fourmille et qui forment, pour ainsi dire, 
les prémisses de ses odieuses conclusions. Mais il est trop clair que 
ces moyens de contrôle manquent, que les travaux de nos historiens, 
qui jettent un jour si instructif, parfois si nouveau, sur notre passé 
méconnu, sont, pour la plupart des lecteurs, lettre close. A qui la 
faute ? Au public, direz-vous, à sa paresse. Peut-être bien n'est-il 
pas le seul coupable. On est paresseux de bien des manières, soit 
en ne cherchant pas à s'instruire, soit en ne faisant pas tout ce qu'il 
faut pour instruire les autres. Tâchons, à l'avenir, de ne plus mettre 
notre lumière sous le boisseau. Que nos- stylistes cultivent un peu 
plus l'hébreu et nos hébraïsants le style, et le public, mieux informé, 
rira d'un auteur qui cherche les dix tribus d'Israël parmi les juifs 
de Paris, ou qui répète sérieusement la fable de la grande conspi- 
ration des Juifs et des lépreux au moyen âge. 

Je soumets, Messieurs, ces quelques observations à votre sagesse. 
J'espère qu'elles ne paraîtront pas déplacées. Notre société a beau 
être spécialement consacrée au passé du judaïsme, elle ne peut s'in- 
terdire de jeter de temps à autre un coup d'œil sur son présent et 
sur son avenir. Dans son ensemble, le présent nous console des 
tristesses du passé ; faisons des vœux pour que l'avenir efface à son 
tour les inquiétudes de l'heure présente. Puisse le centenaire pro- 
chain de l'émancipation religieuse, qui est en même temps celui de 
l'émancipation politique, n'être pas souillé par ces appels haineux 
à la guerre sociale et rencontrer tous les Français unis dans une 
même pensée de concorde, de reconnaissance et de fraternité ! 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SÉANCE DU 11 DECEMBRE 1886. 

Présidence de M. Zadoc KAIIN, président. 

M. le président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames, Messieurs, 

Ce n'est pas la première fois que j'ai l'honneur de présider l'As- 
semblée générale de la Société des Études juives. En maintes cir- 
constances, j'ai dû prendre la place du président en exercice, retenu 
loin de nous par une cause ou une autre. Ce soir, c'est pour mon 
compte que je remplis mon office, en qualité de président élu par 
vos bienveillants suffrages ; mais, soit comme président d'occasion, 
soit comme président titulaire, je crois connaître les devoirs qui 
s'imposent à celui qui occupe le fauteuil pendant cette réunion an- 
nuelle. 

Son premier et principal devoir, qui heureusement ne coûte pas 
de grands efforts, c'est d'être court, aussi court que possible. Le 
programme de notre séance est passablement chargé et, de plus, je 
l'espère, fort intéressant. Vous entendrez le rapport financier de 
notre excellent trésorier ; vous entendrez le rapport littéraire de 
notre savant et éloquent secrétaire, M. Théodore Reinach, et vous 
savez, par l'expérience des années précédentes, avec quel plaisir et 



ASSEMBLEE GENERALE DU 11 DECEMBRE 1886 GXXXV 

quel profit nous écoutons chaque fois son magistral exposé. Enfin, 
ce soir, nous serons favorisés d'une conférence qu'un de nos jeunes 
professeurs de l'Université a bien voulu se charger de faire sur un 
sujet qui ne manque ni de nouveauté ni de piquant. Toute parole 
inutile dite par le président ressemblerait donc à une maladresse et 
presque à une impolitesse. 

Toutefois, je dois vous tenir un petit discours; car il est conve- 
nable qu'un président, entrant nouvellement en fonctions, remercie 
ceux qui, en lui accordant leurs suffrages, lui ont donné un témoi- 
gnage flatteur de leur confiance. Ce devoir, il m'est doux de le rem- 
plir, mais un mot suffit pour cela : je vous exprime, Messieurs, ma 
sincère reconnaissance, et, en outre, je vous promets d'apporter à 
mes fonctions tout le soin et tout le dévouement dont je suis ca- 
pable. 

Il est indiqué aussi que le nouveau président adresse un compli- 
ment au président sortant. Ici j'aurais beaucoup à dire, car mon 
prédécesseur n'est autre que M. J. Derenbourg, membre de l'Ins- 
titut de France, qui non seulement a dirigé la Société des Etudes 
juives pendant les deux années réglementaires, mais qui, dès le pre- 
mier jour, a pris une part brillante aux travaux et aux publications 
de la Société. Dans sa belle et forte vieillesse, il donne des leçons 
de jeunesse aux plus jeunes, des leçons d'activité aux plus laborieux 
et des leçons de science et d'érudition sagace et pénétrante aux 
plus savants. Ce sera toujours un honneur pour notre Société de 
pouvoir inscrire le nom de M. J. Derenbourg sur la liste de ses an- 
ciens présidents. 

J'ai le devoir ensuite de vous présenter notre jeune conférencier, 
M. Albert Cahen, et de le remercier en votre nom d'avoir répondu 
avec un si aimable empressement à notre appel. Son mérite est 
d'autant plus grand que, par suite de la reprise tardive de nos 
séances, nous n'avons pu solliciter son concours qu'au dernier mo- 
ment. M. Cahen aurait eu le droit d'alléguer le manque de temps 
pour décliner notre invitation ou pour nous ajourner à plus tard. 
Cette considération ne l'a pas arrêté. Il saura vous prouver d'ail- 
leurs, par sa conférence, que le temps ne fait rien à l'affaire. 

M. Cahen vous parlera de la prédication juive en France. Je suis 



CXXXVI ACTES ET CONFERENCES 

comme on dit, trop orfèvre pour me permettre une appréciation sur 
le choix de ce sujet ; mais vous penserez comme moi qu'il est juste 
que les prédicateurs, qui usent sans cesse du privilège de blâmer, 
de critiquer, de morigéner, sans que personne puisse répliquer, s'en- 
tendent aussi dire une fois leurs vérités. Si on leur fait passer un 
mauvais quart d'heure, ils n'auront que ce qu'ils méritent. 

Messieurs, une tradition qui remonte à la fondation de notre So- 
ciété et à laquelle nous sommes très attachés, veut que dans nos 
Assemblées générales il soit fait mention des sociétaires que la mort 
nous a enlevés au cours de l'année. Nous avons malheureusement 
subi des pertes cruelles depuis notre dernière réunion, et longue, 
beaucoup trop longue est notre liste nécrologique. Nous avons eu la 
douleur de perdre deux de nos membres fondateurs : M me la baronne 
James de Rothschild, qui avait témoigné à notre œuvre une sym- 
pathie toute particulière et bien naturelle, car la Société des Études 
juives était, pour cette grande bienfaitrice du judaïsme, comme une 
création de famille à laquelle resteront toujours liés le nom et le 
souvenir de notre premier président, le regretté James-Edouard de 
Rothschild ; M. Marc Lévy-Crémieux qui, dès les premiers temps de 
notre existence, nous a fait un don généreux de mille francs. Nous 
avons à déplorer, en outre, la disparition de nos chers collègues 
S. Beaucaire, Bernard Calien, Ernest David, Gustave d'Eichthal, 
Alexandre Lange, Gersam Léon, Lipmann, grand-rabbin de Lille, 
Merzbacher de Munich, Myrtil Prager et N.-Ph. Sander. Beaucoup 
de ces amis disparus mériteraient mieux qu'une simple mention, 
car ils n'étaient pas seulement pour nous des souscripteurs, mais 
encore des prédécesseurs et des modèles clans le labeur scientifique. 
Nous garderons à tous un fidèle et reconnaissant souvenir. 

S'il est vrai, Mesdames et Messieurs, que des vides douloureux 
se sont produits dans nos rangs, nous avons aussi, grâce à Dieu, 
fait de précieuses acquisitions. La liste que publie notre Revue 
dans chacun de ses numéros vous a déjà appris le nom de nos nou- 
veaux collègues. Je ne ferai aucune énumération, mais je dirai que 
le Conseil a accueilli avec une grande satisfaction et un sentiment 
de fierté des adhésions qui sont un honneur pour la Société. 

En somme, malgré les pertes éprouvées et certaines défections 



ASSEMBLEE GENERALE DU 11 DECEMBRE 1880 CXXXVIl 

volontaires et peu justifiées, nous avons fait plutôt des progrès pen- 
dant l'année qui vient de s'écouler. La situation de notre Société 
peut être considérée comme prospère. Le rapport financier vous 
montrera que nous ne connaissons pas la grande plaie des budgets, 
la plaie du déficit; le rapport littéraire vous fera connaître une fois 
de plus l'importance et la variété de nos publications. Le Conseil 
n'a qu'un désir : justifier la confiance que vous avez placée en lui, 
en assurant de mieux en mieux le succès d'une œuvre qui n'est pas 
seulement la sienne, mais qui vous appartient à tous, car tous vous 
avez entendu donner votre appui à une œuvre de science élevée et 
désintéressée. Nous comptons déjà plus de six années d'existence, 
et ce n'est pas commettre le péché d'orgueil de dire que ces six an- 
nées n'auront pas été stériles pour le progrès delà science juive ni 
pour l'honneur du judaïsme français. 

M. Théodore Reinach, secrétaire, lit le rapport sur les publi- 
cations de la Société pendant l'année 1885-1886 (Voir plus haut, 
p. cxvn). 

M. Erlanger, trésorier, rend compte, comme suit, de la situation 
financière de la Société à la fin de l'exercice 1886 : 

Mesdames et Messieurs, 

Lorsque je me suis permis, l'année passée, de donner à mon rap- 
port un aspect rassurant, j'éprouvais une certaine crainte. Cette 
note rassurarite ne pourrait-elle nous porter malheur, en refroidis- 
sant le zèle de ceux qui s'intéressent à notre œuvre? 

Heureusement rien de semblable n'est arrivé. Nos finances ont 
continué à être prospères. 

Est-ce à dire que nous sommes devenus plus riches? Ce n'est, 
certes pas le cas, et les chiffres que je vais vous lire, dans un mo- 
ment, me donneraient un démenti formel, si j'osais l'avancer; mais 
nous avons pu, dans le courant de l'année, faire paraître, outre les 
quatre numéros de la Revue, la publication des actes et conférences, 
et distribuer, à tous les Sociétaires qui en ont fait la demande, les 



CXXXVII1 ACTES ET CONFERENCES 

Tables du Calendrier juif de M. Loeb, travail aussi considérable 
qu'important, et dont il ne m'appartient pas de faire l'éloge ici. 

Sans ces publications supplémentaires notre exercice se solderait 
par un sensible excédent, que nous aurions pu porter en augmenta- 
tion de capital. Vous savez que j'ai mis jusque maintenant toute 
mon ambition à maintenir ce capital intact et à l'augmenter seule- 
ment de ses intérêts. 

Il faut qu'à cette occasion je vous fasse une confession. Votre 
trésorier est loin d'être un trésorier parfait. Il lui manque, pour 
l'être, la qualité essentielle. Il ne défend pas assez son trésor ; il 
n'a pas la férocité que comporteraient ses fonctions. Quand il s'agit 
d'une publication bonne et utile, il est le premier à lever la main 
au lieu d'être le dernier. Il pense que l'argent placé en travaux 
scientifiques, en produits intellectuels, rapporte plus que n'importe 
quelle valeur achetée à la Bourse. 

A-t-il raison, a-t-il tort? Le concours empressé que vous voudrez 
bien nous prêter, la propagande sérieuse que vous voudrez bien 
faire pour nous, seront pour lui la meilleure réponse. — Mais il est 
temps d'arriver à nos chiffres. 



ASSEMBLEE GÉNÉRALE DU 11 DÉCEMBRE 188G 



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CXL ACTES ET CONFERENCES 

Vous voyez, Mesdames et Messieurs, que je n'ai rien exagéré. 
Notre situation financière est bonne, sans être brillante. Le terrain 
que notre Société exploite est riche. Loin de s'épuiser il devient 
plus fécond à mesure qu'on le travaille. L'activité de nos savants 
collaborateurs ne nous fera, certes, pas défaut. Avec votre précieux 
concours, la Société des Etudes juives peut envisager l'avenir sans 
crainte et saura tenir toutes les promesses qu'elle a faites. 

M. Albert Cahen, professeur agrégé au collège Rollin, fait une 
conférence sur la Prédication juive en France (Voir plus haut,p.xcv). 

Il est donné connaissance du résultat du scrutin pour l'élection 
de huit Membres du Conseil. Sont élus : 

MM. Léopold Cerf, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, 
libraire-éditeur, membre sortant; 

James Darmesteter, professeur au Collège de France, direc- 
teur à l'Ecole des Hautes-Etudes, membre sortant; 

Joseph Derenbourg, membre de l'Institut, directeur à l'Ecole 
des Hautes-Etudes, membre sortant ; 

Joseph Halévy, professeur à l'École des Hautes -Etudes, 
membre sortant ; 

Louis Leven, membre sortant ; 

Michel Mayer, rabbin adjoint au Grand Rabbin de Paris, 
membre sortant; 

Moïse Schwab, sous-bibliothécaire de la Bibliothèque natio- 
nale, membre sortant ; 

Trénel, Grand Rabbin, directeur du Séminaire Israélite de 
France, membre sortant. 

L'Assemblée nomme au scrutin secret, à l'unanimité des votants, 
M. le Grand Rabbin Zadoc Kahn, président sortant, président de 
la Société pour l'année 1887. 

M. Emile Leven propose à l'Assemblée de voter des remercie- 
ments au Conseil pour l'activité et le dévouement dont il continue 
à faire preuve pour la prospérité de la Société . 

Cette proposition est adoptée. 

VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



SECTES JUIYES DE LA GALICIE 



CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 29 JANVIER 1837 

Par M. SACHER-MASOCH 



Présidence de M. Zadoc KAHN, président. 

M. le président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames, Messieurs, 

Le Conseil d'administration de la Société des Études juives con- 
sidère comme une bonne fortune d'avoir pu vous inviter à une 
conférence de M. Sacher-Masoch. Dès que nous avons connu son 
arrivée à Paris, nous nous sommes mis en campagne pour obtenir 
son concours, et vous voyez par sa présence au milieu de nous que 
nos démarches ont été couronnées de succès. 

M: Sacher-Masoch, quoique étranger, n'est pas un inconnu pour 
nous. Nous avons lu les charmants récits du conteur : il nous sera 
bien agréable d'entendre le conférencier. M. Sacher-Masoch a tou- 
jours professé une grande affection pour la France et pour tout ce 

ACT. ET GONF., T. I. '1 1 



CXLII ACTES ET CONFÉRENCES 

qui vient d'elle. Cela explique l'aimable accueil qu'il a fait à nos 
ouvertures. 

C'est la première fois que M. Sacher-Masoch parlera en public la 
langue de notre pays. Il n'aborde pas, sans quelque appréhension, 
cette tâche si nouvelle pour lui, mais l'événement montrera que ses 
craintes ne sont pas justifiées. D'ailleurs, s'il devait par moments 
éprouver quelque léger embarras, ce serait une raison de plus pour 
nous de lui être reconnaissants. 

Il se propose de vous entretenir des mœurs et des idées juives en 
Galicie, que ses contes ont déjà mises en lumière avec un art si cap- 
tivant et une sympathie si marquée. Il aime les Juifs et il ne s'en 
cache pas : c'est peut-être qu'il les connaît. Personne n'a su, mieux 
que lui, pénétrer dans ces humbles demeures qui cachent, à côté de 
tant de pauvreté matérielle, tant de richesses morales et de si nobles 
vertus de famille, ni lire avec plus de sagacité dans ces intelligences 
un peu embrumées, mais où fermente sans cesse l'amour du pro- 
grès et un désir instinctif de lumière et de vérité. Vous aurez grand 
plaisir à suivre l'étude de M. Sacher-Masoch, et, d'avance, je le 
remercie en votre nom. 



M. Sacher-Masech répond : 

Mesdames et Messieurs, 

En prenant ici la parole, je vous prie de vouloir bien m'ac- 
corder toute votre bienveillance et de ne pas être trop sévères 
pour moi si je m'exprime devant vous dans un mauvais français. 
L'amabilité française est si grande que j'ai dû céder devant elle 
et répondre à l'invitation que m'a faite le comité des études 
juives, d'autant plus volontiers que je suis très fier de prendre la 
parole à une place où se sont fait entendre des hommes éminents 
comme M. Renan et tant d'autres personnalités marquantes de la 
France. 

Je vous prie de me suivre sur un terrain un peu difficile, dans une 
question encore bien obscure, je veux dire dans l'étude des sectes 



SECTES JUIVES DE LA GALICIE CXLU1 



juives. Je laisserai de côté les sectes anciennes, comme les Samari- 
tains, les Hellénistes, les Esséniens, les Saducéens, les Pharisiens, 
les Zoharistes et les Sabatiens, pour ne vous entretenir que des 
sectes qui existent encore aujourd'hui en Galicie et y jouent un 
grand rôle. 

Je ne vous parlerai que des Hassidim, ou Bestiens 5 et des 
Karaïtes. 

La secte des Hassidim, comme l'indique son nom, est une des 
plus exaltées. En effet, le mot hébreu hassad signifie, comme nous 
dirions, faire en religion plus qu'il ne faut, s'exalter, dépasser ce 
qui est ordonné par le rite. Sous le nom de Hassid, on désigne 
l'homme qui, non seulement suit, d'une manière rigoureuse, les 
prescriptions de sa religion, mais qui, de plus, par un amour ex- 
cessif pour la divinité, fait encore plus et s'interdit même les choses 
qui sont permises. 

Voici ce que les Hassidim actuels de Galicie racontent sur les 
origines de leur secte : 

11 existait, disent-ils, beaucoup d'individus de cette secte aux 
premiers temps de l'histoire des Israélites, et leur nombre aurait 
été encore plus grand au moyen âge. Ils. étaient constamment en 
prières. Pour obtenir le pardon de leurs péchés, ils jeûnaient, pas- 
saient les veilles et se mortifiaient. Ils ne mangeaient jamais de 
viande ; ils s'interdisaient même l'usage de tout aliment provenant 
d'un être vivant : beurre, œufs, miel. 

Ils portaient un cilice dont l'étoffe rugueuse leur blessait la chair, 
car c'était le seul vêtement qui couvrît leur corps. En hiver, au 
milieu des froids les plus rigoureux, ils se jetaient dans l'eau gla- 
cée des fleuves. Leur vie n'était qu'un pèlerinage continuel d'un lieu 
à un autre ; ils ne séjournaient jamais plus d'une nuit dans le même 
endroit. Ils s'abstenaient souvent pendant trois jours de toute 
nourriture et de toute boisson et poussaient même ce jeûne parfois 
jusqu'à huit jours. En hiver, ils se roulaient dans la neige, et en été 
sur les épines. Ils ne voulaient pas, autant que possible, que la 
mort les surprît dans leur demeure, ils préféraient qu'elle les enle- 
vât alors qu'ils se trouvaient au milieu des champs, dans la cam- 
pagne. La plupart d'entre eux se livraient à l'étude delà Kabbalah, 



CXL1V ACTES ET CONFÉRENCES 

la science mystérieuse et mystique des sectes juives. Ils croyaient 
qu'ils ne pouvaient arriver à pénétrer les mystères de la Kabba- 
lah qu'en fustigeant leur propre corps ; c'est ainsi qu'ils croyaient 
pouvoir entrer en communication avec les anges, les esprits et Dieu 
lui-même. Beaucoup d'entre eux mouraient des suites des tortures 
corporelles qu'ils s'infligeaient ; d'autres devenaient complètement 
fous. Ces pratiques, si elles ne sont pas aussi anciennes qu'on le dit, 
étaient probablement répandues depuis longtemps parmi les juifs 
galiciens. 

Un homme vint, vers la moitié du dix-huitième siècle, qui pensa 
que les adeptes de la secte pouvaient arriver au but qu'ils poursui- 
vaient d'une manière à la fois plus douce et plus commode, et sans 
tourments. Il enseigna que la vraie manière de plaire à Dieu était 
de se perdre dans l'être divin, et que, pour y arriver, il fallait que 
l'homme se concentrât en lui-même et se livrât à la contemplation 
de Dieu. Il fit comprendre que ce n'étaient ni les privations, ni 
les tourments de toutes sortes que l'on s'infligeait, qui pouvaient 
prédisposer l'âme à cet état de béatitude ; au contraire, ce n'est 
que par la satisfaction des 'besoins non défendus, quand le corps et 
l'esprit jouissent de leur état naturel, que l'âme peut s'élancer 
vers la divinité et s'y trouve mieux rattachée. Il permit même que 
les adeptes se livrassent aux plaisirs naturels et licites, mais non à 
la débauche. 

Le seul moment où l'homme, pour contempler Dieu, doit s'élever 
au-dessus de la nature, ne peut être que celui delà prière. Passé 
cet instant, l'homme doit vivre de sa vie naturelle et prendre sa 
part de la gaîté et du plaisir qui peuvent s'offrir à lui. 

Plus tard encore, les adeptes ne se contentèrent pas de s'absorber 
en Dieu pendant le temps de la prière, ils abdiquèrent toute vo- 
lonté devant les chefs religieux de la secte, voyant en eux les re- 
présentants de la divinité et respectant chaque mot de ces chefs 
comme un oracle. 

Le fondateur de cette doctrine, qui eut bientôt de nombreux 
adhérents, vivait en 1750, dans la petite ville de Tlussty, dans le 
cercle de Czortkov en Galicie, et se nommait Israël Baalschem. 
Bientôt une légende fantastique se forma autour de lui. On la ra- 



SECTES JUIVES DE LA GALIC1E CXLV 

conte dans un livre paru en 1814,. à Berdischev. Ce livre se nomme 
Schivche ffabescht. Israël Baalschem lui-même a laissé un livre qui 
contient sa doctrine, le Sèfer Hamidot, livre de morale. 

Baalschem fut nommé par ses adeptes le Bescht, ce qui veut dire : 
l'homme capable de faire des choses merveilleuses. Ses adeptes 
se nommaient les Beschtiens. Les exemplaires du livre qui conte- 
sa doctrine étaient toujours de petit format, de manière qu'on 
pût le porter constamment dans sa poche et le consulter quand 
on voulait. Les rabbins avaient beau s'évertuer à montrer l'in- 
vraisemblance de la doctrine de Baalschem, l'adepte continuait 
à la suivre, malgré les anathèmes que les rabbins lançaient contre 
lui ; elle se répandit très vite dans la Pologne, la Russie, la Hon- 
grie, la Moldavie et la Valachie. La légende raconte que la mère 
du Bescht avait cent ans lorsqu'il naquit et son père plus en- 
core, et qu'à l'âge de dix-huit ans il étrangla un démon qui vou- 
lait entrer dans la maison de son père. Baalschem, lui-même, ra- 
conte que parfois son âme quittait son corps pour entrer dans les 
régions des esprits et prendre part au grand conseil du sénat cé- 
leste. Dans ces régions, chaque nation, disait-il, a un esprit ou génie 
qui la protège auprès de la divinité. Il raconte que son âme vit un 
jour le génie russe lutter avec le génie turc pour le jeter à terre, et 
il crut voir que le génie russe- allait succomber sous l'effort de celui 
des Turcs. Mais, comme le Bescht voulait la victoire des Russes 
qui traitaient mieux les Juifs, il aida, par ses prières, le génie des 
Russes et celui-ci resta victorieux. Peu de temps après, la guerre 
éclatait entre les Russes et les Turcs, et ces derniers étaient, en 
effet, complètement défaits. 

Espérons qu'en pareil cas, la France trouvera, elle aussi, son 
Bescht. 

On attribuait aussi au Bescht le pouvoir de guérir les malades, 
de rendre la vue aux aveugles et la vie aux morts. Il pouvait aussi 
retirer de l'enfer les âmes humaines et les faire sortir du corps des 
animaux, où les fait voyager la doctrine fantastique de la mé- 
tempsychose. 

On comprendra facilement le succès de cette doctrine à cause de 
son côté merveilleux, d'autant plus qu'elle naquit au temps des 



CXLVl ACTES ET CONFERENCES 

Cagliostro et autres mystificateurs qui, à cette époque, trompaient 
la foule en se jouant de sa naïveté et de sa crédulité. 

Personne, après la mort de ce grand pontife de la superstition, 
n'aurait pu le remplacer. Beaucoup, parmi ceux qui l'entouraient 
et suivaient sa doctrine, voulurent prendre sa place et se répan- 
dirent en Pologne et en Russie. Ils se nommaient tous comme lui, 
Zadik, le pieux, le juste. Aujourd'hui, il existe plus de cent Zadik, 
c'est-à-dire plus de cent papes juifs. Chacun d'eux possède dans son 
cercle une autorité parfaite. Ils ne reçoivent pas d'émoluments, 
mais les nombreux et riches présents qui leur sont offerts leur 
permettent de laisser en mourant à leurs successeurs une fortune 
assez élevée. 

Les dogmes principaux des Hassidim sont : aveugle croyance 
en Dieu et obéissance parfaite aux ordonnances du Zadik. Comme 
celui-ci est le représentant de Dieu, il n'est pas permis de douter 
de son autorité. Le Zadik peut remettre tous les péchés, le Hassid 
doit l'aimer, le louer, lui faire des présents et même lui procurer 
tous les plaisirs. 

Afin que la critique ne puisse s'exercer, toutes les sciences, toutes 
les connaissances, quelles qu'elles soient, sont interdites au Has- 
sid. D'ailleurs, à quoi pourrait servir cette instruction, puisque le 
Zadik est éclairé par Dieu, qu'il sait tout ce qui passe au ciel et 
sur la terre? Aussi est-ce à lui seul que doit s'adresser le Hassid 
pour tout connaître. Si la prière que fait le Zadik en faveur d'un 
de ses clients reste inutile, c'est que le démon Satan est inter- 
venu et en a détruit l'efficacité. Dans ce cas, le Zadik cherche à 
l'emporter sur Satan et à le battre par la ruse. Dans ce but, il 
n'adresse plus la prière à Dieu directement, car il sait que Satan 
la guette pour l'intercepter. Que fait-il alors? Il glisse subrep- 
ticement son vœu dans une conversation qu'il a avec quelqu'un 
et où il est question de choses tout à fait indifférentes. Satan ne 
s'aperçoit de rien. Mais Dieu a compris le Zadik et exauce son 
vœu. Ce qui fait que le rusé Satan est battu par le plus rusé 
Zadik.' 

Le soir du Sabbat, les Hassidim se réunissent chez le Zadik, 
comme pour y faire une sorte de pique-nique. Pour éviter des 



SECTES JUIVES DE LA GALICIE CXLVIi 

dépenses au Zadik, chacun apporte sa nourriture et sa boisson. Ils 
nomment cela schalosch senda, ou le troisième repas. Pendant la 
réunion, le Zadik repose sur son divan, tandis qu'autour de lui se 
trouvent ses Hassidim, assis à la turque, comme des esclaves. 
D'autres sont appuyés contre le mur, et tous, religieusement, écou- 
tent les paroles qu'il prononce. Le Zadik cherche toujours à pro- 
longer la réunion le plus possible, en voici la cause :. 

D'après les cabbalistes, une béatitude complète règne, pendant 
le sabbat, dans les régions célestes, et cette béatitude finit en 
même temps que le sabbat. De plus, pendant toute la durée du 
sabbat, l'enfer se repose et les âmes qui y séjournent sont dé- 
livrées de tous les tourments. Aussi, pour prolonger le bonheur 
dans les cieux et donner un plus long répit aux âmes malheureuses 
qui se trouvent en enfer, le Zadik fait tout pour prolonger la réu- 
nion du sabbat et le plaisir des Hassidim ; et le ciel doit suivre son 
exemple. Dans ces assemblées, on a coutume de chanter des chants 
cabbalistiques, toujours sur un air très gai. Un de ces cantiques, 
dont l'auteur est Isaac Luria, est ainsi conçu : 

« Les enfants du palais qui ont peur de voir leZeirAnphin (c'est 
le microcosme) doivent venir ici où le roi est présent dans celui qui 
est son image. Réjouissez-vous tous dans cette assemblée, au milieu 
de laquelle il y a des anges ailés. — Voyez cette assemblée où 
aucun des esprits impurs ne peut pénétrer. Ils sont exclus, il ne leur 
est pas permis d'entrer, à ces chiens insolents. » 

L'absence des esprits impurs est loin d'empêcher l'assemblée de 
s'abreuver de vin, de miel et d'eau-de-vie. Le Zadik, lui-même, 
très joyeux, laisse briller son esprit et éclater sa bonne humeur. 
Souvent, chacun des assistants lui donne un verset de la Bible à 
commenter, et le Zadik improvise un sermon où tous ces versets se 
retrouvent. 

Tandis que le juif talmudiste cherche dans la Sainte-Ecriture le 
sens exact et la véritable signification du mot, les Hassidim, tout 
au contraire, attachent au mot un caractère mystérieux et ne 
voient dans le texte qu'un voile impénétrable cachant le secret 
divin. Leur exégèse est à la fois pénétrante, fantastique et parfois 
bizarre. Par exemple, le Talmud dit : Il vaut mieux écorcher publi- 



CXLVIII ACTES ET CONFERENCES 

quement une charogne (nebéla) que d'importuner les gens par ses 
doléances. Les Talmudistes prennent cette parole au propre. Ils 
disent : Tout travail, même le plus répugnant, vaut mieux que la 
mendicité. Les Hassidim s'attachent à une autre signification du 
mot nebéla. D'après eux, le mot indique une chose tombée d'une 
grande hauteur, et voici leur explication : « Tu dois ôter le voile 
des mots qui sont tombés du ciel, et ensuite tu n'as plus besoin du 
secours des hommes, car tu dois faire tout par toi-même. » 

En priant, le Hassid doit frapper des mains, sauter en l'air 
tout droit, et retomber sur place en criant à haute voix la prière 
qu'il récite ; son corps se meut alors d'une manière convulsive. Peu 
lui importe qu'on se moque de lui. Comme pour l'étudiant alle- 
mand, celui qui n'est pas étudiant est un philistin ou un épicier, 
pour le Hassid, celui qui n'est pas de sa secte, est un prostelc, c'est- 
à-dire un niais. 

La tombe du Zadik est un sanctuaire, où les Hassidim se rendent 
en pèlerinage, comme les Mahométans à la tombe du Prophète. 

J'ai vu à Zloczov, le mausolée d'un de ces Zadik; la clef restait 
entre les mains de ses petits-enfants, de sorte que, pour le visiter, 
il fallait payer une entrée. Celui qui n'avait pas d'argent donnait 
soit une mesure de blé, soit une peau de renard ou de martre, soit 
un poulet vivant. 

Le second dogme des Hassidim, c'est la réunion avec Dieu. 
L'âme, pour eux, étant une émanation de la divinité, l'homme doit 
tout faire pour se réunir à l'Etre suprême. 

Pour atteindre ce but, il doit faire, par instants, abstraction de 
sa nature corporelle, son âme et son esprit doivent s'absorber dans 
la contemplation de la Divinité. L'extase à laquelle ils arrivent est 
considérée par eux comme l'avant-goût de la béatitude céleste. 
Ils s'efforcent de parvenir à cet état extatique en récitant des mots 
cabbalistiques et les noms de Dieu et des anges. 

Le troisième dogme, c'est azzout, ce qui veut dire que le Hassid 
s'attribue un courage et une volonté allant jusqu'à l'insolence et 
à l'arrogance. Il doit effrayer ceux qui ont d'autres idées, d'autres 
croyances que lui ; avant chaque cérémonie religieuse, il prononce 
la prière suivante : « Pour réunir le saint (qu'il soit loué) et sa 



SECTES JUIVES DE LA GAL1CIE CXL1X 

schechinah, la gloire de Dieu, et pour réunir les noms de Iah et 
de Vah } les deux moitiés du tétragramme lah-Veh, je suis prêt à 
accomplir le commandement suivant ». Pourtant ils suivent les 
mêmes commandements que les israélites, à moins que la kabbalah 
et le Zadik ne leur commandent autre chose. 

C'était en 1857, j'étais allé avec mon oncle voir le Zadik Lieb- 
mann de Sadagôra. J'eus l'occasion d'observer et d'étudier cet 
homme merveilleux, ainsi que les Hassidim. Mon oncle était 
médecin et très sceptique. Il croyait cependant jusqu'à un certain 
point aux qualités extraordinaires du Zadik, et il prenait partout 
son parti. 

Sadagôra était, clans ce temps, une petite ville habitée seulement 
par des Juifs et des Arméniens. Des rues étroites, pleines d'ordures, 
avec des coins sombres, jamais éclairés par un rayon de soleil. De 
petites maisons en bois, blanchies au plâtre, couvertes d'un toit en 
bois également. Dans les rues, de pauvres juifs, en manches de 
chemise, une petite boucle de cheveux de chaque côté du front, la 
barbe longue. Des femmes, vêtues de robes vertes, aux figures d'un 
teint verdâtre, souffreteuses, tenant leurs enfants dans les bras et 
nous regardant d'un air soupçonneux : voilà Sadagôra. 

Au milieu de la petite ville, une grande place, où se trouve la 
maison du Zadik. Maison de bois, ayant un étage, auquel on par- 
vient au moyen d'un escalier situé à l'extérieur de la maison. 
Devant cette demeure se trouvait une foule de gens. Le plus grand 
calme régnait, on n'entendait que quelques chuchotements. Des 
voitures de toutes sortes étaient arrêtées, des traineaux avec de 
riches couvertures de fourrures, des butlci, ainsi que l'on nomme 
chez nous les petites voitures juives que recouvre une toile, en 
forme de tente ; on voyait aussi quelques véhicules de paysans 
contenant de la paille pour se coucher et attelés de deux ou trois 
petits chevaux maigres, ces chevaux, dont un voyageur français du 
xviii siècle disait : en Pologne, les paysans attellent de grands 
chiens. A la porte du sanctuaire, dix ou douze jeunes gens montaient 
la garde. C'étaient de beaux hommes, vêtus de longs cafetans de 
satin noir. Leur visage encore imberbe montrait une santé floris- 
sante ; on remarquait naturellement les deux inévitables boucles de 



CF. ACTES ET CONFÉRENCES 

cheveux, et ils avaient sur la tête des kalpaks de fourrures. Ils 
jetaient sur les gens qui entouraient la maison des regards où 
perçait une certaine ironie. 

On nous laissa entrer aussitôt, et un jeune Hassid fut notre guide. 
Nous montâmes l'escalier et, ayant traversé l'antichambre, nous 
entrâmes dans une grande pièce où se trouvaient réunies les dames 
de la maison, c'étaient la femme et la belle-fille du Zadik, ses filles 
et ses nièces. 

Je me croyais dans le harem du sultan à Constantinople. Toutes 
ces femmes étaient belles ou, du moins, jolies. Toutes nous regar- 
daient d'une façon mi-étonnée, mi-souriante, avec leurs grands 
yeux noirs si veloutés. Toutes étaient habillées de robes d'intérieur 
en soie et de longs cafetans de soie et de velours, garnis et dou- 
blés de splendides fourrures. On voyait là du velours et de la soie 
de toutes les couleurs et toutes les sortes de fourrures. De la soie 
jaune et rose, du velours vert, rouge et bleu, du petit gris, l'her- 
mine, la martre et la zibeline. 

Les femmes mariées portaient autour du front de larges ban- 
deaux garnis de bijoux, les jeunes filles avaient les tresses par- 
semées de perles. 

Encore une antichambre, encore des gardiens à la porte. Cette 
fois ce sont des hommes à barbe grise, c'est la vieille garde du 
Zadik I 

On souleva devant nous une lourde portière, et nous pénétrâmes 
dans une grande pièce, où se trouvait le Zadik pour recevoir les 
solliciteurs. 

Juste en face de l'entrée de la pièce était un vieux divan turc, 
sur lequel était étendu le Zadik. Près de lui, une petite table sur 
laquelle se trouvait un livre avec reliure en cuir. Contre les murs, 
il y avait quelques chaises, une petite armoire, et un poêle où pé- 
tillait un bon feu. C'était tout l'aménagement. 

Le Zadik était un homme petit, ses cheveux étaient tout blancs 
ainsi que sa longue barbe ; sa physionomie respirait à la fois la 
douceur et l'intelligence, ses yeux bleus avaient un je ne sais quoi 
qui laissait à l'observateur la liberté de faire bien des réflexions, 
ils indiquaient un esprit pénétrant, une volonté ferme, le fanatisme, 



SECTES JUIVES DE LA GAL1GIE CLI 

la bonté, la douceur, la gaîté, l'ironie. Ils reflétaient, en un mot, 
tout ce que l'esprit de l'homme peut contenir de plus divers. 

Le Zadik nous lit, en guise de salut, un signe de la main, mais 
sans se lever. L'un des Hassidim approcha des chaises, pendant 
qu'un autre allumait la lulka, la pipe du Zadik. 

Aussitôt les gardiens quittèrent la chambre, et nous restâmes 
seuls devant cet homme extraordinaire. 

Mon oncle lui dit d'abord que j'avais entendu parler bien souvent 
de lui, même à Vienne, et ajouta que j'avais le plus grand désir de 
l'entendre donner ses conseils à ceux qui venaient le solliciter. 

Mon oncle le pria donc, s'il le voulait bien, défaire entrer ceux 
qui attendaient, car, dit-il, il voulait que mon incrédulité fût vain- 
cue. Le Zadik me regarda en souriant. « Vous êtes bien curieux 
jeune homme, me dit-il, mais je vais contenter votre curiosité. » 
Il sonna. Les gardiens se précipitèrent, le Zadik leur ordonna 
de faire entrer ceux qui voulaient le consulter, et il ajouta que 
ces personnes ne devaient entrer que par dix à la fois. 

L'étude que je pouvais faire sur ceux qui venaient consulter le 
Zadik m'intéressa beaucoup. Tous entraient avec beaucoup de 
respect, de considération, et saluaient le Zadik d'un air plein de 
dévotion, restant toujours debout près de la porte. 

Voici d'abord un Juif riche. Il est vêtu d'une pelisse et tient 
entre ses bras son enfant malade, qui jette des cris terribles. 
Un autre est vêtu. d'un talar rapiécé en maints endroits, et laisse 
échapper des soupirs à fendre l'âme. Un troisième, grand gaillard, 
habillé richement, la figure rouge et luisante comme une pleine 
lune ; deux paysans dans leurs peaux de mouton, une arménienne, 
un soldat en uniforme blanc, un ménonite, un colon allemand et une 
jeune femme, jolie et timide, habillée en juive, se cachant derrière 
les autres. 

Le premier qui se présenta au Zadik fut celui qui tenait dans 
ses bras l'enfant malade. Le Zadik prit l'enfant, aussitôt celui-ci se 
calma, ne criant plus du tout. Il lui souffla sur le visage, l'effleura 
de ses mains, et, après avoir prononcé une prière, rendit l'enfant 
à son père. J'appris plus tard que l'enfant était vraiment guéri. 

Le grand gaillard à la mine si florissante dit qu'il ne pouvait 



CLI1 ACTES ET CONFERENCES 



plus dormir, parce que chaque nuit l'esprit de son père défunt 
venait le tourmenter. A qui la faute? s'écria le Zadik. A toi-même ! 
ton père t'a recommandé, à sa mort, de payer 500 ducats à Sa- 
lomon Tabac, auquel il les devait et qui n'avait pas de pièces pour 
le prouver. Eh bien ! tu ne les as pas payés, et c'est pour cela que 
ton père vient la nuit, afin de te le rappeler. Il faut payer ces 
500 ducats, ensuite tu auras le repos et la tranquillité. 

A ce moment, le Zadik aperçut la jolie femme qui se dérobait aux 
regards. Il lui fit signe d'approcher, après avoir ordonné aux assis- 
tants de s'éloigner. 

Quand elle eut pris place auprès de lui, il lui dit : « Pourquoi 
ces habits juifs ? Je sais cependant que tu es chrétienne et que tu es 
une femme noble. » C'était, en effet, une comtesse polonaise. Le 
rouge lui monta à la figure et elle demanda à parler seule au 
Zadik. Celui-ci tendit son oreille, et la jeune femme lui murmura 
son secret. 

Nous nous aperçûmes qu'elle fut contente du conseil qu'elle 
reçut, car, en partant, elle déposa un riche présent sur la petite 
table, tandis qu'un sourire joyeux effleurait ses lèvres. 

Ce fut au tour de mon oncle de solliciter le conseil d'usage. Deux 
juifs s'étaient battus. Abel Oignon avait appelé Isaac Bischorko 
Amharez, c'est-à-dire « ignorant », et Bischorko avait frappé ru- 
dement le brave Oignon. Par suite de ce mauvais traitement, 
Oignon était devenu absolument muet, muet comme une carpe. 
Sa famille avait porté plainte devanl le tribunal, et on avait chargé 
mon oncle, qui était médecin, d'examiner le blessé. Il était triste 
que le malheureux Oignon fût devenu muet ; d'autant plus triste 
que Bischorko était un très honnête homme et pouvait être puni 
sévèrement. 

Le Zadik se mit à rire. « Abel Oignon n'est pas muet, il joue la 
comédie : ne vous laissez donc pas tromper par lui. Je les connais 
tous les deux. Oignon n'est autre chose qu'un vaurien, et Bischorko 
est un honnête homme. Il faut le secourir. » Le Zadik donna à 
mon oncle un conseil qui lui plut beaucoup, car mon oncle aimait à 
plaisanter. Nous nous rendîmes, en conséquence, dans la ville de 
Snyatin pour trouver Oignon. 11 était au lit, entouré de sa famille 



SECTES JUIVES DE LA GALICIE CL1II 

désolée. Mon oncle s'assit près de lui et commença à l'interroger. 

« Ainsi, Bischorko, cette canaille, t'a battu? » 

Oignon fit signe que oui, en inclinant la tête. 

« Il t'a bien battu ? » 

Oignon inclina deux fois la tête. 

« Il t'a même battu à ce point que tu as perdu tout usage de la 
parole. » 

Cette fois, il inclina trois fois la tête. 

« Rien à faire, dit mon oncle. Bischorko recevra une terrible pu- 
» nition. Il en sera pour une année de prison. Cependant, il faut 
» examiner davantage. Allons ! montre-moi ta langue. » 

Oignon la montra. 

« Maintenant donne-moi ton pouls. » 

Oignon tendit la main, et mon oncle compta les pulsations. Il 
régnait dans la chambre un calme solennel, quand tout à coup 
Oignon se redressa subitement dans son lit, se mit sur son séant, 
en mugissant comme un taureau furieux. 

Mon oncle avait suivi le conseil du Zadik, et, pendant qu'il comp- 
tait les pulsations, avait piqué notre muet avec une longue épingle. 

« Ah ! s'écria mon oncle, je vois que tu n'es pas muet. Tu as 
même une très belle voix. Cultive-la, mon garçon, qui sait, l'Opéra 
t'ouvrira peut-être ses portes ? » 

Ainsi se termina l'histoire. Oignon recouvra la parole, quïl n'a- 
vait pas perdue, et Bischorko fut sauvé ! 

Tout ce que je viens de raconter des Hassidim doit faire sur un 
public instruit et sceptique, l'impression de contes bleus. Je le com- 
prends parfaitement. Mais ce ne sont pas des contes, ce sont des 
faits, et je vais tâcher de vous en donner l'explication. 

Comment une secte, ayant des coutumes si mystérieuses, si fan- 
tastiques, a-t-elle pu se développer en Galicie et peut-elle même 
exister encore aujourd'hui? Ces Hassidim sont-ils des naïfs ou 
des trompeurs? Ni les uns ni les autres. 

Je me suis toujours appliqué dans mes romans à expliquer 
l'homme, sa manière de penser, de sentir et d'agir, non seulement 
par la psychologie, mais surtout par la nature au milieu de laquelle 
il est né, dans laquelle il a grandi, vécu, la nature enfin qui l'a pro- 



CL1V ACTES ET CONFÉRENCES 

duit, comme la plante, comme l'arbre, comme l'animal. J'ai voulu 
l'expliquer en même temps par les milieux, les circonstances, les 
conditions dans lesquelles il vit. C'est la méthode que j'emploierai 
aussi pour les Hassidim. Pour les comprendre, il faut connaître le 
pays où ils vivent, il faut connaître la Galicie. Figurez-vous, un 
instant, ces plaines sans limites, que le printemps transforme en un 
large et long tapis de verdure, que l'été couvre de longs épis dorés, 
et où le triste hiver vient ensuite jeter son blanc manteau de neige. 
Quand le vent commence à souffler sur cet immense plaine, agitant 
comme des vagues, aujourd'hui les jeunes pousses, demain les longs 
épis, et, plus tard, les flocons de neige, cette plaine fait la même 
impression sur l'homme que la mer sans bornes se perdant dans 
le lointain. 

Vous savez que le marin, qui passe sa vie sur ce désert humide, 
devient laconique, sévère et triste. La plaine galicienne produit les 
mêmes effets. 

L'homme, devant cette solitude, éprouve le sentiment de l'infini 
et rentre en lui-même. 

Voici maintenant les petites villes dans lesquelles demeurent les 
Juifs polonais. Les rues sont sombres, les maisons tristes, les 
chambres étroites, rarement visitées par le soleil. Dans ces petites 
pièces, vivent parfois deux, trois, quatre familles, semblables aux 
souris retirées dans de petits trous. 

Imaginez- vous dans cette solitude, loin du monde, loin de la ci- 
vilisation, loin du chemin de fer et du télégraphe, enfermé dans une 
cellule, mélancolique, un homme à l'esprit vigoureux, ayant l'ar- 
dent désir de chercher la vérité, de connaître le monde, de percer le 
secret delà création, ayant une fantaisie ardente et un cœur pas- 
sionné, enterré vivant, pour ainsi dire, dans ce réduit, ainsi qu'un 
prisonnier, ou une plante serrée dans un herbier; ne possédant 
d'autre source d'instruction que sa Kabbalah ou son Talmud, et vous 
comprendrez que ses aspirations le poussent à méditer constam- 
ment, qu'il devienne un rêveur, un exalté, et croie entendre la voix 
de Dieu, voir des anges et des démons. Non, les Hassidim ne sont 
point des trompeurs, ils sont tous des Hamlet ou des Faust. Il ne 
faut donc pas s'étonner qu'ils devienne-nt à moitié fous. 



SECTES JUIVES DE LA GAL1CIK CLV 

Mais assez parler de$ Hassidim. Je vais vous entretenir mainte- 
nant de la seconde secte qui existe en Galicie, des Retraites. 

Les Karaïtes m'intéressent, avant tout, à un point de vue 
spécial. Vous savez que les antisémites de Berlin ont déclaré, à 
diverses reprises, que ce n'est pas la croyance juive qu'ils atta- 
quent, mais la race juive à laquelle ils attribuent certains défauts. 
Mais où se trouve la race juive pure? En Pologne ? elle est forte- 
ment mêlée d'éléments slaves. A l'est ? elle n'est pure que chez les 
Karaïtes. 

Bien que les Karaïtes se conforment à une tradition religieuse, 
ils veulent, avant tout, suivre la loi de Moïse, comme l'auraient 
suivie les Juifs du temps des Juges et des Rois. 

Les Karaïtes, comme l'indique leur nom, sont ceux qui ne recon- 
naissent que la loi écrite, contrairement aux Mekubalim, qui, eux, 
reconnaissent, en outre, la tradition, c'est-à-dire le Talmud. 

Les Karaïtes n'obéissent qu'aux commandements de la Sainte- 
Ecriture. Ils s'appellent aussi Zadikim, les justes. Ils prétendent 
qu'ils existaient déjà avant la destruction du temple. Ceux d'aujour- 
d'hui ne rejettent pas toute tradition, seulement ils voient dans la 
tradition les enseignements d'hommes savants, mais non les com- 
mandements de Dieu. Ils maintiennent les paroles de la Sainte-Ecri- 
ture : « Tout ce que je vous commande aujourd'hui, observez-le 
strictement. N'y ajoutez, ni n'en retranchez rien. » 

La tradition des Karaïtes est la suivante : Moïse reçut de Dieu 
même, sur le mont Sinaï, la loi sacrée et la donna à Josué. Josué 
la transmit à Pinhas ; elle parvint ensuite à Simon, qui lui-même 
la passa à son élève Antigonus. Celui-ci dit : « Il ne faut pas servir 
Dieu par crainte d'une punition ou dans l'espoir d'une récompense, 
mais seulement par amour. Il faut exercer la vertu pour elle- 
même. » 

Dans la lutte entre les Karaïtes et les Rabbanites, ces derniers 
restèrent vainqueurs. On persécuta les Karaïtes, qui s'enfuirent en 
Egypte et dans les déserts de l'Arabie. Plus tard, nous les retrou- 
vons en Espagne, où le roi Alphonse les persécuta, parce qu'ils 
étaient accusés d'être des Sadducéens, c'est-à-dire des négateurs de 
l'immortalité de l'àme et de la résurrection des morts. C'était une 



CL VI ACTES ET CONFÉRENCES 



erreur, les Karaïtes n'étant pas des Sadducéens et croyant à la vie 
éternelle . 

Maïmonide dit d'eux : « Les Karaïtes qui vivent au Caire et en 
divers lieux de la terre sainte sont dignes qu'on les honore ». Au 
contraire, il dit des Sadducéens : « Il est permis de manger d'un 
animal tué par un apostat, mais non de celui qui est égorgé par un 
Sadducéen. » 

Il y a eu parmi les Karaïtes des hommes savants qui nous ont 
laissé des œuvres diverses. 

Beschizki nous explique les idées des Karaïtes d'une façon très 
claire. « Là où la raison et la révélation sont d'accord, dit-il, nous 
acceptons la raison comme guide, et, avec cette lumière, pour ainsi 
dire, doublée, nous marchons vers notre but. Mais, dès que la raison 
nous fait douter de la révélation et n'est plus d'accord avec elle, 
bien que toutes deux soient des lumières divines, il faut s'en tenir 
strictement à la révélation. Car, si la raison était suffisante, la 
révélation eût été superflue. C'est pour cela que la révélation s'est 
faite miraculeusement , pour prouver aux hommes leur origine 
divine. » 

Les Karaïtes rejettent tous les commandements qui ne sont pas 
contenus dans la Sainte-Ecriture. L'homme ne doit s'abstenir que 
des choses défendues expressément par la Bible. S'il fait des excès 
de zèle, il ne peut s'attendre à aucune récompense. Le roi Salomon 
lui-même a dit qu'il ne faut pas exagérer la piété. Les Karaïtes 
croient qu'il n'est pas permis de réfléchir sur les bases fonda- 
mentales de la religion. Beschizki dit : « Il ne convient pas de se 
demander s'il existe un Dieu, s'il y a une révélation, et de discuter 
d'autres questions semblables ». 

Quant au divorce, ils s'en tiennent strictement aux paroles de 
Moïse : « Quand l'homme trouvera une chose honteuse chez sa 
femme, il lui écrira une lettre de divorce et lui fera quitter la 
maison. » Les Karaïtes ne permettent le divorce que quand il y a 
eu adultère de la part de la femme. 

Il existait, du reste, en Pologne, avant l'introduction du mariage 
civil, une secte qui permettait à l'homme de chasser sa femme 
quand celle-ci avait mis trop de sel dans la soupe. 



SECTES JUIVES DE LA GALICIE CLVll 

Les articles de foi des Karaïtes sont les suivants : 

1° Tous les corps célestes, avec tout ce qu'ils contiennent, ont 
été créés. 

2° Le Créateur de toutes ces choses n'est pas créé. 

3° Il est seul et sans pareil. 

4° Il a envoyé son serviteur Moïse. 

5° Il a publié, par l'intermédiaire de Moïse, une loi absolument 
parfaite. 

6° Chacun doit comprendre la langue et le commentaire de 
la loi. 

1° L'esprit de Dieu a inspiré aussi les autres prophètes. 

8° Dieu, au jour de la justice, réveillera les morts. 

9° Dieu récompensera chacun selon ses œuvres. 

10° Dieu n'a pas abandonné son peuple dans la captivité, bien 
qu'il l'ait puni ; aussi faut-il attendre chaque jour que le Messie, 
fils de David, apporte la délivrance. 

Plus tard, on ajouta quelques articles : 

1° Dieu est incorporel, il n'a ni passions ni qualités corporelles. 

2° On ne doit adorer que Dieu, et aucun autre être. 

3° Il n'y a pas d'autre loi divine que la loi de Moïse. 
. 4° On ne doit ni ajouter, ni retrancher rien à la loi de Moïse. 

5° Dieu connait les mauvaises pensées comme les mauvaises ac- 
tions et les punit de la même manière. 

Les Karaïtes croient à l'immortalité de l'àme, à la récompense 
dans le ciel, à la punition dans les enfers; mais ils rejettent la 
croyance à la transmigration des âmes et ne croient pas au diable 
ni aux démons. 

Yoici leur morale : 

L'âme est vivante, au point de vue moral, quand elle évite tou- 
jours le mal et fait toujours le bien. 

L'âme est saine, quand elle sait distinguer le bien du mal et 
quand elle a la volonté de ne faire que le bien. 

Elle est malade, quand elle ne sait pas distinguer le bien du mal. 

Elle est morte, si elle fait le mal, en sachant qu'elle le fait, et 
quand elle persiste dans les péchés à ce point qu'il n'est plus possible 
de la sauver. 

ACT. ET CONF., T. I. 12 



CLVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

Leur sentence la plus importante est : « Si tu ne peux pas faire 
ce que tu veux, tu dois vouloir ce que tu peux ». 

D'après eux, le Messie n'aura pas besoin de réveiller les morts 
ou de faire d'autres miracles, mais il réunira le peuple dispersé 
d'Israël, rebâtira le temple de Jérusalem et rétablira la loi pure 
de Moïse. 

La vie des Karaïtes est des plus vertueuses. Ils sont très sobres ; 
ils disent : Celui qui mange et boit plus qu'il ne faut pour satisfaire 
sa faim et sa soif, comme un animal, celui qui dépense plus qu'il ne 
doit en vêtements pour se garantir des intempéries, mérite d'être 
lapidé. 

Ils prient le matin et le soir à genoux, ou debout, la tête baissée, 
parce que celui qui prie doit être devant son Seigneur ainsi qu'un 
esclave . 

Il n'est pas permis de prononcer les prières dans une langue autre 
que la langue hébraïque. 

Leurs synagogues, qu'ils nomment Kenessia, sont de jolis édifices, 
toujours très proprement entretenus. 

Le jour du Sabbat, ils lisent un passage du Pentateuque ainsi 
qu'un autre passage des prophètes. Ils n'ont ni Tephilin, mZizit. Ils 
célèbrent le Sabbat d'une manière très rigoureuse et, en Orient, ils 
n'allument pas de feu, même quand il fait très froid. 

En Galicie, où les froids sont très durs, ils ne pourraient rester 
sans feu ; ils laissent aux chrétiens le soin de l'allumer. 

Ils n'observent pas les rites relatifs à la jugulation des animaux. 
Ils se contentent de ne pas manger de viandes provenant d'animaux 
malades. 

Ils attachent une valeur toute spéciale aux xix e et xx e cha- 
pitres du Lévitique, qui défendent d'adorer des idoles et qui con- 
tiennent les commandements moraux de la vie de famille et de 
la vie civile. 

Ils sont très honnêtes dans leur conduite, et très chastes et pu- 
diques dans leurs paroles et leurs actions. 

Au moment de la bénédiction nuptiale, les époux se jurent mu- 
tuellement une fidélité et une union éternelles; l'infidélité de la part 
de la femme peut rompre le mariage. 



SECTES JUIVES DE LA GALICIE CL1X 

On trouve les Karaïtes, aujourd'hui encore, en Orient, à Alep, à 
Constantinople, en Tartarie, en Egypte, en Crimée et chez nous, 
en Galicie. 

En Galicie, ils vivent principalement dans les villes suivantes : 
Luzk, Halicz, Trozk, Krosny-Ostro, ainsi que dans quelques vil- 
lages. 

D'après le dernier recensement, leur nombre en Galicie s'élève 
à 40,000 

Les Karaïtes galiciens que j'ai visités à Krosny-Ostro prétendent 
que le commerce d'objets que l'on n'a pas produits soi-même n'est 
pas permis. Ils se livrent à l'agriculture, ils sont bateliers, artisans 
et ils ne vendent que les produits de leur agriculture et de leurs 
métiers. Ils font le commerce en gros des céréales et des bestiaux. 
Leur costume n'est pas celui des autres juifs polonais, ils portent le 
costume Petit-Russien. Leur langage n'est pas l'allemand corrompu 
des autres juifs polonais, qu'on appelle le jargon juif. C'est un 
composé d'hébreu et de tartare, mais ils parlent aussi bien le polo- 
nais et le petit russien. Leur cimetière, que j'ai vu, à Krosny-Ostro 
doit rappeler la vallée de Josaphat. Il donne une impression forte 
et touchante. C'est un petit bois enfoncé dans une profondeur, au 
milieu de collines, garnies de vieux arbres, dont les rameaux for- 
ment un épais toit de verdure au-dessus du cimetière. En arrivant à 
la porte, on se croirait en plein Orient. Çà et là, émergent de la 
verdure quelques tombes de pierre blanche se dressant vers le ciel 
grisâtre. On aperçoit des femmes, vêtues de longs cafetans et enve- 
loppées dans leur long voile blanc, ainsi que des spectres ; elles 
prient et déposent des fleurs sur les tombes. 

Les maisons des Karaïtes sont grandes et très bien tenues. La 
femme et les enfants occupent la plus grande partie de l'apparte- 
ment. Dans chaque maison, on trouve une copie de la Sainte-Ecri- 
ture, car chaque Karaïte a pour devoir de copier, au moins une fois 
dans sa vie, le Pentateuque. 

Les Karaïtes sont très considérés par ceux qui n'appartiennent 
.pas à leur confession. La parole d'un Karaïte est sacrée. 

On s'est toujours beaucoup intéressé aux Karaïtes. Charles XI, 
roi de Suède, envoya en Pologne, en 1690, le professeur de langue 



CLX ACTES ET CONFÉRENCES 

hébraïque .d'Upsala, Perringer von Lilienblatt, pour étudier les Ka- 
raïtes et leur acheter quelques-uns de leurs livres et de leurs ma- 
nuscrits. 

Jakob Trikland, professeur à Leyde, écrivit, en 1698, une lettre 
aux Karaïtes de la Pologne, en leur adressant quelques questions. 
Un Karaïte savant, Mardochée ben Nissa, de Krosnj-Ostro, en Ga- 
licie, lui répondit dans un livre intitulé Dod Mardochée. Ce livre fut 
imprimé in-folio a Constantinople, et parut à Leipsick, en 1714, 
avec une traduction latine de Wolf. Le comte Tadée Zaki a pu- 
blié une étude très profonde sur les Karaïtes de Pologne et dit qu'il 
est impossible de connaître l'époque à laquelle ils émigrèrent en 
Pologne. 

Ils reçurent les premiers privilèges du roi Sigismond I er , à Luzk, 
en Volhynie; plus tard, d'Etienne Bathory, dans la ville de Halicz, 
en Galicie. Vitold, grand duc de Lithuanie, fit entrer au xm e siècle 
383 familles karaïtes de la Crimée à Trozki, et Kasimir Jagelon 
leur accorda de grands privilèges en 1441. 

Le comte de Zaki ajoute : « Il est prouvé par des documents 
que, depuis quatre siècles, aucun Karaïte n'a été puni parla justice 
en Pologne. » 

Le même hommage leur est, du reste, rendu par la statistique 
autrichienne. 

Les Karaïtes rejettent la pratique du serment, le code autrichien 
leur permet de donner simplement une poignée de mains aux juges, 
à la place du serment. Cette simple poignée de mains d'un Karaïte 
vaut mieux que le serment prononcé par d'autres. 

Comme le Karaïte ne veut' pas verser le sang, il était exempt 
autrefois du service militaire. Depuis que le service est obligatoire, 
on leur a permis de faire le service dans le corps des ambulances ; 
ce que d'ailleurs ils font avec plaisir; Ainsi le Karaïte qui ne dé- 
chargerait pas son fusil sur le champ de bataille et se laisserait 
tuer tranquillement, se jettera au milieu du feu pour secourir les 
blessés. 

Permettez, maintenant, Mesdames et Messieurs, qu'avant de finir 
cette courte étude, que peut-être vous aurez trouvée trop longue, 
le romancier vous rapporte une histoire qui vous fera comprendre 



SECTES JUIVES DE LA GALIC1E CLXI 

tout à fait le caractère et l'esprit du Karaïte. Ce n'est pas une his- 
toire faite à plaisir, c'est un fait que je tiens de mon père. 

Le comte Agenor Kracinski s'était marié à une jeune baronne 
Vodizka. Ainsi que l'avait souhaité la jeune femme, les jeunes ma- 
riés n'avaient point entrepris de voyage de noces, mais s'étaient 
installés dans le château retiré du comte, où la comtesse, dès le 
premier jour, suivant la vieille coutume polonaise, s'empara du 
trousseau de clefs et prit la direction de la maison. 

Le lendemain, la jeune femme entra dans la chambre de son 
mari en lui disant : « Il y a à la porte un homme très curieux qui 
a la physionomie d'un juif et paraît être un paysan galicien, si 
j'en juge par sa stature et son costume. Il demande à te parler. » 

Le comte se mit à rire. « Mais oui! c'est mon facteur; c'est un 
juif, mais un Karaïte, et ceux-ci sont de véritables paysans, s'ha- 
billant comme des paysans. » 

Dans chaque maison seigneuriale de Galicie, on a un homme, 
ainsi appelé facteur, qui fait toutes les affaires et qui est toujours un 
juif. La plupart de ces facteurs juifs sont très fidèles et très hon- 
nêtes; ce sont les amis et conseillers de la maison. Cet emploi 
passe souvent d'une génération à l'autre. 

La comtesse fit entrer le Karaïte. Il se nommait Abel. C'était un 
homme grand et fort, ayant à peu près soixante ans. Ses cheveux 
et sa barbe étaient grisonnants; la figure était honnête et ouverte. Il 
ne portait pas les deux boucles des autres juifs polonais. Il était vêtu 
comme nos paysans, avec ses bottes montantes, son pantalon bouf- 
fant aux genoux ; son habit long, de gros drap, était serré à la taille 
par une ceinture de cuir non travaillé ; sa tête était couverte d'un 
bonnet en peau de mouton noir. 

La comtesse se familiarisa bientôt avec lui et lui demanda à visi- 
ter sa maison. Quand son mari la mena chez Abel, elle fut étonnée 
de trouver un intérieur confortable et un si bon ameublement. Elle 
fut encore plus surprise quand elle vit la manière dont il soignait 
les femmes de sa famille, sa vieille mère, sa femme et sa sœur. 

Le comte vécut heureux plusieurs années avec sa femme, qui lui 
donna deux enfants. Mais un jour éclata la terrible révolution de 
1846. Le comte avait été entraîné dans la conspiration de la no- 



CLXII ACTES ET CONFÉRENCES 

blesse polonaise. Comme il avait été officier autrefois, on l'avait 
nommé commandant d'un département, et il prit part activement 
aux préparatifs de l'insurrection. On fixa le commencement de la 
révolution au 18 février. 

Le comte ne voulut pas apprendre à sa femme ce qui se préparait. 
Il l'envoya avec ses enfants en Hongrie, quelques jours aupara- 
vant. 

Quand elle fut partie, il se confia à son vieux facteur Abel. Il lui 
dit : « Il peut se faire que la révolution n'ait pas de succès et que 
mes biens soient confisqués. En prévision de ce fait, je te donne tout 
ce que j'ai en argent comptant, tu le garderas fidèlement, et, si un 
malheur arrive, tu le donneras à ma femme. » 

Abel donna sa parole, et le comte lui remit 80,000 florins, c'est- 
à-dire 200,000 francs. 

Le 18 février, la révolution éclatait. La noblesse, les employés, 
les serviteurs des seigneurs prirent les armes, mais les paysans 
restèrent fidèles à l'empereur d'Autriche et répondirent par une 
contre-révolution. Les corps des insurgés étaient dispersés partout. 
Quand ce fut fini, des bandes de paysans parcoururent la campagne, 
brûlant les maisons des seigneurs et massacrant tous ceux qui leur 
tombaient sous la main. 

Le comte Kracinski se sauva à Cracovie, seul endroit où la révo- 
lution restait victorieuse. De là, une petite armée polonaise entra 
en Galicie et rencontra Benedeck, alors colonel, et plus tard, 
en 1866, général en chef. On se battit à Gdov ; les Polonais furent 
défaits et le comte Kracinski trouva la mort sur le champ de ba- 
taille. 

Aussitôt l'ordre rétabli, la jeune veuve revint avec ses enfants et 
ne trouva plus que les ruines de son château. 

Elle était assise sur un tas de pierres noircies par l'incendie, ses 
yeux étaient noyés dans le vague, et elle tenait sa tête appuyée 
dans ses mains. Elle ne trouvait pas d'issue à sa terrible situation. 
Tout lui semblait perdu, quand elle entendit des pas qui appro- 
chaient. Elle aperçut Abel. Il salua la comtesse et resta devant elle, 
semblant partager son émotion et sa tristesse. Ils restèrent ainsi 
longtemps sans s'adresser la parole. 



SECTES JUIVES DE LA GALICIE CLXII1 

Enfin, la comtesse rompit le silence : « Abel, mon pauvre mari, 
le père de mes enfants- est mort ; notre demeure est détruite, et pas 
un sou ! Il ne nous reste d'autre ressource que d'aller mendier, moi 
et mes enfants ! 

« Comment ? s'écria Abel. 

» Je ne puis, sans argent, songer à rétablir ce que l'on a détruit, 
et mon mari ne nous a rien laissé, rien, absolument rien ! » 

Abel se redressa. Un doux sourire illumina son beau et sévère 
visage. Il glissa sa main sous son grossier vêtement et en tira un 
grand portefeuille rouge. « Vous n'avez pas besoin de mendier, dit-il, 
vous n'êtes pas pauvre, comtesse. Nous rebâtirons la maison. Voici 
l'argent que m'a confié Monsieur le comte », et il donna à la com- 
tesse le portefeuille contenant les 200,000 francs. 

La comtesse, interdite, le regarda un instant. Tout d'abord, elle 
ne comprit pas ce grand caractère. Mais ensuite, les yeux pleins de 
larmes, elle se jeta dans les bras du vieux Karaïte, qui la reçut 
comme un patriarche. 

Abel conduisit ensuite la comtesse et les enfants dans sa maison, 
la priant de rester chez lui, jusqu'à ce que le petit château fût 
rebâti . 

Il mit grande hâte à trouver les ouvriers nécessaires. Le lende-. 
main même, on commençait à enlever les décombres, à apporter 
les briques et les poutres, à préparer le plâtre, et cent bras tra- 
vaillaient avec ardeur pour faire sortir de ces ruines un nouvel 
édifice. 

Le vendredi suivant, au commencement du sabbat, Abel s'habilla 
avec un soin tout particulier. Il s'avançait vers la synaguogue avec 
une dignité où se mêlait quelque fierté. Il entra la tête haute dans 
le temple de Dieu, où, au-dessus de la porte, se trouvaient ces 
mots : 

« C'est la porte de Jéhovah , les justes seuls peuvent la 
franchir. » 



LA SYRIE ' 

AVANT L'INVASION DES HÉBREUX 

. D'APRÈS LES MONUMENTS ÉGYPTIENS 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES LE 26 MARS 1887 

Par M. MASPERO, membre de l'Institut. 



Présidence de M. Zadoc KAHN, président. 

M. le président ouvre la séance en ces termes : 
Mesdames et Messieurs, 

Il y a quelques semaines, la Société des Études juives vous a fa i 
faire un voyage en Galicie; ce soir, nous vous convions à un 
voyage un peu plus lointain, à un voyage en Egypte, sous la con- 
duite d'un guide excellent, que vous pouvez suivre en toute con- 
fiance. 

M. Maspero connaît l'Egypte et ses monuments comme s'il les 
avait faits. Il semble avoir dérobé aux magiciens de la vieille 
Egypte, dont notre Bible vante l'habileté, l'art de deviner les 
secrets les mieux gardés, et de faire rendre à la terre des trésors 
qu'elle cache depuis des milliers d'années. Il a ainsi continué et 
complété avec éclat l'œuvre brillamment commencée par d'illustres 
prédécesseurs, ajouté au renom scientifique de la France et procuré 
à notre pays une gloire qui ne coûte pas aussi cher, sous aucun 



LA SYRIE AVANT L'INVASION DES UEBHEUX CLXV 

rapport, que d'autr